La question est intéressante. Avant d’y répondre, il convient d’apporter quelques petites précisions historiques et techniques. D’abord que veut dire ce terme de synchro flash ? L’expression complète serait plutôt « vitesse de synchronisation avec l’éclair du flash ». Cette vitesse qui permet d’avoir une insolation parfaite de la photo est variable selon le type de l’obturateur et la durée de l’éclair du flash.

 

 

Historiquement

Le flash est apparu très tôt. Il s’utilisait pour des photos en extérieur. En effet, la sensibilité des plaques était tellement basse que le moindre portrait de groupe –  le plus souvent- aurait nécessité une pose « longue ». On la raccourcissait avec un éclair de flash. Celui-ci était obtenu par la combustion de poudre de magnésium disposée dans un instrument en forme de cornière que le photographe – ou un assistant – tenait au-dessus de sa tête.

Photographe utilisant un flash au magnésium en poudre.

Photographe utilisant un flash au magnésium en poudre.

 

Le magnésium était enflammé en même temps que l’objectif était découvert ou l’obturateur ouvert comme sur la photo ci-dessus. Vous n’aurez pas manqué d’admirer le déclencheur pneumatique ! Tout était « instantané ». Instantané à l’époque voulait dire que cela ne durait pas plusieurs minutes ! On dirait maintenant « une plombe »… Cela signifie au passage qu’on ne faisait pas ce genre de photo par temps venteux et surtout pas avec le vent dans le dos du photographe… Pour éviter que les portraituré-e-s soient ébouriffé-e-s et en plus asphyxié-e-s par la fumée du magnésium. La photographie était vraiment un art difficile.

 

 

Techniquement

Il n’y avait pas de problème de synchro. Puis sont advenus les foldings et autres appareils de « poche » munis d’obturateurs centraux. Avec ces obturateurs la vitesse n’avait pas d’importance, l’illumination de la surface sensible était toujours bonne. Mais ces obturateurs plafonnaient à 1/500sec. On est donc passé à l’obturateur à rideaux. Qui présentait nombre d’avantages. Il était installé dans le boîtier, il était compact, et surtout il a permis d’atteindre le 1/1000 sec. Et par la suite, le 1/2000 sec.

Cet obturateur fonctionnait avec 2 rideaux de toile qui glissaient dans deux rails horizontaux, l’un après l’autre. Le temps de pose était obtenu par la vitesse de translation des 2 rideaux et par le décalage entre le départ du premier rideau et celui du second rideau. La plus belle illustration – opérationnelle – de ce système se trouve dans le premier Leica en 1932. Cette translation se faisait sur 36 mm. Ce système présentait quand même un défaut. Plus la vitesse augmentait, plus le décalage entre le départ des 2 rideaux était court.

Rideaux à translation horizontale du LX. La position semi-armée permet de voir le bord métallique du second rideau.

Rideaux à translation horizontale du LX. La position semi-armée permet de voir le bord métallique du second rideau.

 

Et donc le temps de pose était obtenu par le passage d’une fente plus ou moins large devant la surface sensible. Avec les flashes électroniques, l’éclair, devenu très court – entre 1/1000 et 1/10000 sec. – pouvait ne pas illuminer toute la surface sensible, mais seulement une bande. La limite dans les années 60 était le 1/60 sec. Le passage à l’obturateur à rideaux métalliques à course verticale – une invention Contax – a permit de « monter » à T= 1/4000 sec, puis 1/8000 sec et la synchro flash est montée au 1/125, puis 1/180, 1/200 et 1/250 sec.

Obturateur à défilement vertical du Z-1. Cet obturateur permet le 1/8000 de seconde.

Obturateur à défilement vertical du Z-1. Cet obturateur permet le 1/8000 de seconde.

 

Ce dernier bond technologique ne date que des années 80, autant dire hier. Maintenant que ces points sont clairs (éclairés !), revenons à la question initiale.

 

 

Pourquoi Pentax ne propose-t-il pas de synchro flash au 1/250s ?

Malheureusement, seule la marque pourrait donner une réponse univoque et définitive à cette question. Faute de quoi nous ne pouvons que formuler des hypothèses. Des hypothèses rationnelles, donc pas farfelues. Mais qui ne peuvent être des réponses définitives.

 

Premier élément de réponse

Au début des années 90, Pentax a lancé un boîtier AF argentique, le Z-1. Ce boîtier était novateur. Il offrait une large série de modes de travail réglés électroniquement : P.T.A.M. Vous allez dire : « Mais ça n’a rien de novateur ! » Erreur funeste ! Le mode P était en fait un Hyperprogram. Qui fonctionnait grâce à deux molettes. La molette arrière – sous le pouce – modifiait le diaph (faisait basculer en Av), la vitesse suivait. La molette avant – sous l’index – modifiait la vitesse (faisait basculer en Tv), le diaphragme suivait (avec des objectifs A). C’est-à-dire que le photographe conservait toujours la main sur ses paramètres. Une pression sur le bouton vert (déjà) permettait de revenir aux paramètres proposés par le boîtier.

Les deux molettes étaient également une nouveauté (géniale à mon avis). Toutes les marques ont repris les 2 molettes, pas l’HyperProgram, certainement Marque Déposée. Notez que le mode Manuel était également Hyper, c’est-à-dire permettant le retour à au couple A-T proposé par le boîtier. GMC avait écrit à l’époque dans Chasseur d’Images que ces 2 modes étaient géniaux !

Le mode P a été conservé par Pentax sur les boîtiers numériques à partir du K-10D. Contrairement aux idées reçues, ce mode (chez Pentax) n’est pas un mode de débutant. Il permet en outre de paramétrer la fonction MTF (choix par défaut du diaph donnant le meilleur rendement de l’objectif monté sur le boîtier). Ce choix, bien sûr, ne fonctionne qu’avec les objectifs Pentax reconnus. Pour mémoire, c’est le plus souvent 5,6.

Dernière particularité du Z-1 – c’est un peu pour cela que nous parlons du Z-1 – : son obturateur montait au 1/8000sec et la synchro flash était au 1/250sec. Pentax, donc, sait faire. Dix ans avant, avec le LX et ses accessoires pour flash, Pentax avait montré qu’il n’ignorait rien des de sa pratique.

Le LX avec la poignée porte flash permettant d'utiliser un Cobra. Cette poignée assure la synchronisation X et les vitesses lentes. Elle peut être montée à droite comme à gauche. Démontée, elle peut abriter le câble de connection ou bien des piles pour le flash. Cet acessoire permet un fort décentrement qui exclut les yeux rouges. Le cobra monté ici est un Cullman à double réflecteur, de nombre guide 40 extrêmement efficace.

Le LX avec la poignée porte-flash permettant d’utiliser un cobra déporté.

 

Cette poignée assurait la synchronisation X et les vitesses lentes. Elle pouvait être montée à droite comme à gauche. Démontée, elle pouvait abriter le câble de connexion ou bien des piles pour le flash. Cette configuration évitait complètement les yeux rouges. Elle permettait une prise en main très stable, similaire à celle du célèbre SpeedGraphic des reporters américains. Le cobra présenté ici est un Cullman à double réflecteur, de nombre guide 40, extrêmement efficace. Muni d’un culot interchangeable, il était compatible avec les grandes marques et leurs griffes de flash spécifiques.

Cela dit, et la remarque qui va suivre est toute personnelle et n’engage que l’auteur. L’utilisation d’un flash cobra avec les boîtiers argentiques était simple. Avec le Z-1 elle était d’une facilité déconcertante. Le fill-in en plein soleil était un jeu d’enfant. Par la suite, avec le numérique, l’utilisation du flash est devenue beaucoup plus délicate. Semble-t-il avec toutes les marques. Notez que l’auteur possède un flash Metz 58 AF-1, réputé pour avoir une interface redoutable. Ceci explique peut-être son avis sur le flash numérique.

 

 

Deuxième élément de réponse

Avec le numérique, les constructeurs ont dû accomplir des prouesses techniques avec les capteurs. Et ils y sont parvenus. La montée en pixels s’est accompagnée d’une montée en sensibilité de plus en plus efficace. Alors que les pellicules grand public plafonnaient à 1000 ASA, les capteurs montent efficacement à 12 800 ISO, voire plus, marginalement. Cette augmentation, purement électronique, de la sensibilité n’est pas seulement technique, c’est aussi un élément décisif de l’évolution profonde de la pratique photographique.

Plus particulièrement de l’utilisation du flash. Je parle ici de l’utilisation du flash cobra, doté d’un nombre guide supérieur à 40. Shooter à 3200 ISO ou même à 6400 ISO permet de se passer d’un flash, d’avoir des couleurs moins contrastées, moins dures, plus naturelles. Accessoirement d’être plus discret. Il est donc logique que l’utilisation du flash soit devenue plus rare. Sans parler de la place mobilisée dans un sac et des problèmes d’énergie qu’ont toujours posés les flashes.

De là à considérer que Pentax a pris la mesure de cette évolution et que cela a conduit à la décision de ne pas doter les boîtiers d’une synchro au 1/250sec, il n’y a qu’un pas. Car la synchro flash est liée à l’obturateur. Plus l’obturateur est rapide, plus la synchro est élevée, plus la rafale est élevée, plus le bloc obturateur coûte cher. À quoi il faut ajouter que le coût du miroir et de sa mécanique suit forcément. Étant donnée la politique tarifaire de Pentax, quoi qu’en pensent certains – et leurs raisons sont audibles -, on comprend le choix. Enfin on peut le comprendre.

 

 

Troisième élément de réponse

La question « Pourquoi Pentax ne propose-t-il pas…? » contient en elle-même le sous-entendu subliminal « alors que les autres marques le proposent… » Cette affirmation quant au sous-entendu est moins perfide qu’il n’y paraît.

Alors, examinons rapidement ce que proposent les autres marques en boîtiers reflex. Sur un choix de 10 boîtiers, dont le K-1, on n’en trouve que 3 synchronisés à 1/250sec. : les Nikon D810 à 3200 € et D850 à 3800€,  et le Canon 1Dx à 6300€. Cela se passe de commentaires.

Tableau comparatifs des spécifications techniques de la plupart des boîtiers reflex récents. Les boîtiers manquants sont cités ci-dessus.

Tableau comparatif des spécifications techniques de la plupart des boîtiers reflex récents. Les boîtiers manquants sont cités ci-dessus.

 

L’observation attentive du tableau ci-dessus permet aussi de voir le pourcentage de cases vertes du K-1 par rapport à la concurrence. Ce qui se passe aussi de commentaires.

Cette dernière constatation est corroborée par un comparatif de boîtiers pro / semi-pros fait par DPR. Ce comparatif n’inclut pas le K-1. Pour des raisons de prix : Il n’est pas assez cher pour figurer dans une liste « pro/semi-pro ». Ce qui se passe également de commentaires. Et n’a pas manqué de provoquer les protestations de nombreux consommateurs américains, choqués par ce critère qui est tout sauf photographique.

 

 

Conclusion

Ces éléments de réponse permettent de mieux comprendre pourquoi Pentax ne propose pas de synchro flash au 1/250sec. Ils correspondent probablement à la réponse que nous ferait la marque. C’est-à-dire que le choix est la conjonction de considérations d’ordre économique – de politique tarifaire entre autres -, d’adaptation à l’évolution du marché et à la pratique résultant de l’avancée technologique des boîtiers. Cette évolution a d’ailleurs conduit à des réactions divergentes des marques quant au flash incorporé. Canon ne dote plus les boîtiers de flash. Nikon continue à en mettre dans les siens ; enfin plus ou moins : le D850 n’en a plus. Pentax a fait un choix entre les deux, dotant le KP, APS-C « plus grand public » d’un flash, mais pas le K-1 plus pro. En outre la compacité des boîtiers Pentax impose des choix d’ordre technique évidents.

Il convient pour être complet de s’attarder sur le domaine où l’utilisation du flash reste omniprésente. C’est le studio, qui est aussi le domaine du moyen format. Plus exclusivement certes, mais quand même. Les boîtiers MF sont généralement synchronisés à une vitesse inférieure pour cause de dimension de l’obturateur et du mécanisme du miroir. Ou bien ils n’ont aucun problème de vitesse de synchronisation parce qu’ils utilisent (encore) des objectifs dotés d’obturateurs centraux, comme les Hasselblad. En studio on n’a pas – ou moins – besoin de « taper » à grande vitesse, les modèles s’enfuient rarement …  Et en extérieur, quant on voit des professionnels travailler avec de l’éclairage, ils utilisent plus souvent des floods. Quand on voit des éclairs de flash dans la rue – au pied de la tout Eiffel de préférence – ils proviennent le plus souvent de compacts ou, de plus en plus souvent, de smartphones. Je ne parlerai pas des musées, par pudeur.

Ces considérations n’empêcheront pas certains d’entre nous de regretter que le K-1 plafonne à « seulement » 1/200sec. Ce sont des regrets respectables. S’ils vous poussent à ne pas acheter le K-1, vous pouvez toujours vous rabattre sur le D810 ou 850… Ou espérer qu’un successeur du K-1 offre cette possibilité.