Les objectifs photo, du moins ceux qui viennent se monter sur les boîtiers reflex, sont construits pour un usage principal, parfois pour un usage exclusif. Il en va autrement, bien sûr, des objectifs fixes – zooms, mais aussi focales fixes – qui équipent les boîtiers de type « bridge », en voie de disparition, ou certains compacts. La question qui se pose est : peut-on utiliser ces objectifs dans un but pour lequel ils n’ont pas été conçus, autrement dit, à contre-emploi ?

Tenter de répondre à cette question c’est soit faire un constat d’échec, soit proposer des solutions d’utilisation. Tentons cette « aventure » !

 

 

Quels objectifs sont-ils concernés ?

Les objectifs à focale fixe

À titre principal, on va bien sûr s’intéresser aux objectifs à focale fixe. En effet, les zooms ne présentent, pour le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui, qu’un intérêt secondaire. Du moins dans une large mesure.

Pourquoi ? Parce que du fait que l’on peut faire varier la focale, donc l’angle de champ, on peut largement, sinon totalement, les adapter à la situation rencontrée. Et notamment en ce qui concerne le cadrage. Pour beaucoup d’entre eux, on pourra même les faire passer d’une utilisation « paysage large » à une utilisation « portrait serré ». C’est le cas, en particulier, des zooms à grande amplitude. Ils ne sont donc pas obligatoirement utilisés à contre-emploi et les utiliser ainsi demande une volonté certaine de le faire. Bien sûr, nous ne nous plaçons pas, ici, sur le plan de la qualité de photo, mais seulement sur celui de l’utilisation.

On peut cependant parfois utiliser des zooms à contre-emploi, avec des accessoires, comme ici :

Pentax K-5IIs + Pentax F 28-105mm+Bague allonge 50mm Photo prise en manuel à main levée sans flash à f:8 – 1/125ème – 1600 ISO

Pentax K-5IIs + Pentax F 28-105mm+Bague allonge 50 mm Photo prise en manuel à main levée sans flash à f:8 – 1/125ème – 1600 ISO

 

 

Les objectifs anciens

Pentax a beaucoup de chance, enfin, surtout les pentaxistes ! Ils peuvent, en effet, utiliser, même sur un numérique récent comme le K-1, des objectifs de l’ère argentique, qu’ils soient en monture K, c’est une évidence, ou en monture M42 avec bague d’adaptation.

De fait, cette utilisation est bien « à contre-emploi ». Pourquoi ? Ces objectifs n’ont pas – et pour cause – été conçus pour une utilisation avec les appareils numériques. Les traitements des lentilles ne sont pas au niveau de ce que l’on attend aujourd’hui : résistance au flare, piqué, netteté. Ils ne bénéficient souvent d’aucun automatisme. Exception faite des objectifs dont l’ouverture peut être confiée au boîtier (séries « A », « F », « FA » « FAJ ») et ceux (les 3 derniers types de la liste qui précède) qui bénéficient d’une mise au point autofocus.

Encore faudrait-il – mais nous le ferons plus loin – faire un subtil distinguo entre les différentes focales. Car nous ne tenons compte, ici, que de la nature même de ces objectifs.

Retenons, toutefois, que faute de retrouver une nouvelle jeunesse, ils présentent parfois de beaux restes. Il faut juste savoir les exploiter et… s’en contenter !

 

Les focales et le contre-emploi

Un panorama des catégories de focales généralement reconnues permettra de « cerner » les utilisations à contre-emploi.

 

 

Les objectifs « fish-eye » (« œil de poisson »)

Ils sont ainsi nommés, car leur champ « de vision » s’étend généralement jusqu’à 180 °, autrement dit, un demi-cercle.

Zenitar 16 – Par JPRoche — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25511289

Zenitar 16 – Par JPRoche — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25511289

 

S’agissant de la longueur de la focale, elle est généralement inférieure à 15 mm en format 24×36 (l’exemple ci-dessus est une exception). Mais il ne faut pas s’arcbouter strictement sur ce genre de considération, les exceptions étant nombreuses. De plus, le format de capteur n’est pas sans incidence. Par exemple, le Zenitar indiqué ci-dessus est un fish-eye en format 24×36 à image redressée (sinon rectilinéaire) alors qu’il se comporte comme un Ultra-grand-angle en format APS-C. Ce qui, en format APS-C, en fait un objectif à utilisation « à contre-emploi » !

Mais, d’une façon générale, il est extrêmement compliqué d’utiliser les fish-eyes dans des domaines différents de celui pour lequel ils ont été conçus. Et c’est d’ailleurs à déconseiller, tant la difficulté est grande, sauf à vouloir se livrer à des expériences inédites.

Pentax K-1 + DA 10-17mm à 10mm - f/5.6 - 1/40s - ISO 320

Pentax K-1 + DA 10-17mm à 10mm – f/5.6 – 1/40s – ISO 320

 

Il existe (ou il a existé) des fish-eyes circulaires, qui donnent une image entièrement circulaire. Deux exemples : les 8 mm f/3,5 de Sigma et Peleng (de dernier totalement manuel).

Actuellement, le seul fish-eye chez Pentax est un zoom : le DA 10-17/3,5-4,5 ED (IF). Pentax prétend que sa mise au point minimale à 14 cm lui donne quelques avantages en macro : n’ayant jamais essayé nous ne pouvons pas le confirmer, mais nous nous y pencherons à l’occasion.

Portrait bovin au fish-eye à 15 mm – Image par « bosmanerwin »

 

 

Les UGA

On considère comme ultra-grand-angle, en format 24×36, tout objectif dont la focale est inférieure ou égale à 20 mm (environ 14 mm en format APS-C). On ne doit pas, bien sûr, prendre ces chiffres… au pied de la lettre ! Une variation de 1 ou 2 mm n’est pas considérable, même si, à ces focales, l’incidence sur le rendu de la photo n’est pas négligeable.

La caractéristique de ces objectifs est qu’ils déforment les perspectives : les verticales s’inclinent, on tendance à « se rejoindre » au lieu de rester parallèles. Difficile donc d’utiliser ces UGA si l’on ne respecte pas l’horizontalité parfaite du boîtier. L’utilisation « à contre-emploi » consisterait alors à prendre des photos en plongée ou en contre-plongée, de manière à exagérer leur effet (voir à ce sujet le test à venir des 14 mm et 20 mm Samyang). À vrai dire, on se lasse généralement assez vite de ce genre d’effets.

 

 

Conclusion pour les fish-eyes et les UGA

Ces focales sont généralement conçues pour le paysage ou l’astrophoto, ou pour obtenir des effets spéciaux. Parfois aussi pour l’architecture. Mais il faut alors bien choisir son angle de prise de vue pour éviter les déformations.

Il est difficile de les utiliser dans d’autres domaines. Notamment en macro, malgré ce que dit Pentax sur son zoom 10-17mm. Mais si nos lecteurs ont osé le faire, qu’ils nous le disent (formulaire de contact) !

 

 

Les objectifs grand-angles

Est généralement considéré comme un grand-angle tout objectif dont la focale est supérieure à celles des UGA et fish-eyes, mais inférieure à la focale dite « normale ». Nous n’entrerons pas dans une polémique tendant à déterminer avec certitude ce qu’est la focale « normale ». Considérons arbitrairement, pour la facilité de la compréhension, qu’il s’agit des focales comprises entre 20 et 45 mm.

Leur utilisation normale se situe dans les domaines du paysage et de l’architecture

Selon la manière de les utiliser – avec ou sans accessoires – ces objectifs se prêtent plus facilement à une utilisation à contre-emploi.

Pentax DA 35mm f/2.4 "Plastic Wonder"

Pentax DA 35mm f/2.4 « Plastic Wonder »

 

 

Sans accessoire

Le HD DA Pentax 35mm f/2.8 Macro Limited constitue un cas typique d’utilisation à contre-emploi. En effet si l’on considère qu’un 35mm est un objectif pour la photo de rue ou de reportage ou de paysage, alors l’utilisation macro (qui est inhérente à sa construction) est une utilisation à contre-emploi. Et vice versa, bien entendu, puisque cet objectif macro est largement utilisable dans les autres domaines, y compris le portrait : il ne déforma pas trop les traits du visage si on prend quelques précautions. Attention, en revanche, à sa définition qui risque de révéler les défauts de peau !

Pentax HD DA 35mm f/2.8 macro limited

Pentax HD DA 35mm f/2.8 macro limited

Bien que non prévues pour le portrait, il est aussi possible d’utiliser ces courtes focales dans ce domaine en veillant à prendre quelques précautions. Pas de plongée ou contre-plongée et pas de trop grande proximité avec le sujet, si on ne veut pas déformer le visage ou la silhouette. Totale liberté dans le cas contraire.

 

 

Avec accessoires

Utilisés avec des bagues-allonges, les courtes focales (20 à 45 mm) peuvent devenir redoutables en utilisation macro, particulièrement si elles disposent d’une bague de diaphragme. Sinon, il faut des bagues allonges transmettant la valeur de diaphragme choisie sur le boîtier. Comme leur distance de mise au point est déjà relativement proche, elle est encore abaissée par l’allongement du tirage ce qui permet de « rapprocher » le sujet. Corollaire défavorable : la mise au point (manuelle) peut devenir très délicate, alors qu’en utilisation « normale » elle est sans problème avec l’AF éventuel et généralement facile en manuel. Voir cet article.

Pentax K-5IIs + F50mm+Bague allonge 50mm Photo prise en manuel à main levée sans flash à f:8 – 1/125ème – 1600 ISO

Pentax K-5IIs + F50mm+Bague allonge 50 mm Photo prise en manuel à main levée sans flash à f:8 – 1/125ème – 1600 ISO

Toujours pour une utilisation macro – donc en contre-emploi pour ces focales – on peut aussi utiliser des bagues d’inversion. Là encore, il est impératif de disposer d’une optique avec bague de diaphragme, faute de quoi on sera toujours à pleine ouverture.

 

 

Les focales « normales »

Il n’existe pas réellement d’utilisation à contre-emploi avec ces focales « à tout faire », sauf si on leur adjoint des accessoires comme exposé ci-avant.

 

Les longues focales

Jusqu’à 200 mm

Nous entendons par « longue focale » toute focale supérieure à 100 mm en format 24×36 (environ 150 mm en APS-C Pentax).

Rappelons, pour la forme, qu’un 100mm macro peut aussi être utilisé pour le portrait, avec les mêmes précautions que le 35 mm (redoutable définition !), ce qui n’est pas réellement son domaine privilégié !

Les autres longues focales sont généralement prévues pour la photo de sport (au moins pour certains sports). Ou pour la photo animalière, principalement à 300 mm et au-delà.

Mais des utilisations « à contre-emploi » restent possibles en longue focale. Quelques-uns de nos articles ont déjà présenté ces possibilités. Par exemple celui-ci ou celui-là avec un 300mm.

 

 

À 200 mm et au-delà

Un DA* 200 mm f/2.8, s’il est excellent en photo de sport (à la bonne distance), peut aussi s’avérer utile et redoutable en photo de rue, pour du « portrait volé » et même en proxi-photo.

En proxi, cependant, nous lui préférons le DA* 300mm, qui propose un grandissement plus élevé malgré une distance de mise au point minimale supérieure (1,40 m contre 1,20 m). D’autres ont aussi utilisé avec bonheur, en proxi-photo, le D FA 150-450mm qui donne des résultats remarquables quand on parvient à le dompter.

Ces focales sont plus difficiles à utiliser dans d’autres domaines.

Pentax K-3 + DA* 300mm f/4 - 1/250s - f/11 - ISO 320

Pentax K-3 + DA* 300 mm f/4 – 1/250s – f/11 – ISO 320

 

En matière de photo « à contre-emploi », il existe, on le voit, de nombreuses possibilités. Bien entendu, selon le cas et les compétences de chacun, elles ne donneront pas toutes des images extraordinaires. Mais le but de la photo n’est pas de toujours produire des chefs-d’œuvre. On aimerait bien qu’ils soient plus nombreux, mais l’essentiel est de « tenter des choses », avec audace et aussi un peu de bon sens. Ainsi, on ne prend que le risque d’avoir de bonnes surprises, quitte à rejeter un grand nombre d’échecs. Le seul conseil à donner est : OSER ! En ce début d’année 2018, formons un vœu : que les dieux de la photo (ça existe, ça ?) daignent se pencher sur chacun des photographes, surtout ceux qui nous lisent, et leur permettent ainsi de produire des images toujours meilleures.

 

 

Nota : la photo de titre a été réalisée avec un Pentax K-1 + Samyang 20mm f/1.8 – 1/100s – f/14 – ISO 1600