Dans le paysage photographique actuel se posent plusieurs questions de choix. La principale question «Quel format et quel type de boitier?» est à plusieurs entrées: MF, FF, APS-C, 4/3, reflex ou hybride? Nous nous attacherons ici à une partie de ce questionnement: FF ou APS-C ?

Quelles sont les raisons de choisir un FF ?

Tant que Pentax ne proposait pas de boitier 24×36, cette question pouvait paraître sans grand intérêt, voire tabou ou provocatrice. Ce n’est (bientôt) plus le cas. On a vu ou «entendu» sur les forums toutes sortes de raisons, pas toujours sérieuses ou tout au moins cachant, tant bien que mal, d’autres raisons autrement plus profondes, mais souvent vécues comme inavouables.

Ici, nous allons essayer d’aborder la question sans fard. Et commencer par nous limiter à 5 raisons.

 

1- La visée

C’est la première raison, incontournable. En effet l’acte de photographier commence par là. Le système de visée reflex est construit autour du miroir. Ce miroir a la même dimension que le capteur. Pour les mêmes raisons, le prisme aussi. Le capteur 24×36 (864m2) a, par rapport au capteur APS-C (360mm2), une surface presque 3 fois plus grande. Ces chiffres sont très parlants. Mais ce ne sont que des chiffres.

Taille-Capteur

Pour vraiment comprendre ce que signifie concrètement un viseur reflex de 24×36 qui flirte avec les 100%, il y faut mettre l’œil. Le résultat est inoubliable. Avec le LX de 1980, la visée était déjà impressionnante. Ce n’était pourtant qu’un 98%. La taille du prisme du FF à venir semble être encore plus impressionnant, ce qui laisse deviner une visée elle aussi impressionnante, avant même d’avoir mis l’œil dans le viseur.

La clarté de la visée, c’est la précision de la mise au point, une plus grande facilité de cadrage, et de composition. Le coefficient d’agrandissement améliore encore les choses. Il faut revenir ici à l’essai physique.

Essayez la visée FF 24×36, toutes les explications deviendront superflues. On pourrait presque dire que toutes les autres raisons deviennent secondaires.

 

2- La qualité des photos

La taille plus grande du capteur permet une densité de photosites plus faible, une taille de photosites plus grande, malgré un nombre de pixels supérieur.

Tout le monde est d’accord là-dessus. Plus la densité des photosites augmente, plus leur taille diminue, plus le rendement du capteur diminue, plus les problèmes apparaissent. Ces problèmes sont masqués, compensés par le traitement du signal, cela fait des progrès, mais ils ont des limites; et les conséquences sont : dynamique amoindrie, profondeur des couleurs et montée en ISO diminuées. Un capteur FF permet une meilleure finesse des photos, un meilleur rendu des détails, une plus grande délicatesse du rendu colorimétrique.

La première conséquence est claire. Les agrandissements sont meilleurs à partir d’un fichier FF, surtout à partir de 40x60cm. Cette tendance ne s’arrête d’ailleurs pas là, le même raisonnement peut s’appliquer au MF; Pentax est la seule marque que cette problématique ne gêne pas.

Un autre aspect est également important, celui du bokeh. Le format 24×36 permet des flous d’arrière-plan et d’avant-plan beaucoup plus développés et dont la transition avec les zones nettes est beaucoup plus progressive et douce. C’est une qualité importante qui enrichit les possibilités artistiques de construction des photos.

 

3- Les types de photo où cette qualité est vraiment importante

De façon générale, cette qualité se voit dans tous les cas. Mais cette différence de qualité est visible principalement dans les photos faites de loin, de très loin ou de près, de très près.

Autrement dit le paysage. Toute photo qui fixe une portion de réel large, signifie peu de pixels pour représenter beaucoup de détails, donc une imprécision qui devient rapidement visible. Pour le paysage et toutes ses variantes panoramiques le FF est un plus évident par rapport à l’APS-C. De façon générale, toute photo prise de loin, dès que l’horizon photographique est à plus de 800-1000m, est un «juge de paix» pour tout capteur et tout objectif. Pour la raison citée plus haut et aussi parce que, plus la «lame» d’air entre l’ infini est l’appareil est grande, plus les phénomènes de détérioration sont importants.

Et aussi la macro et le portrait. Pour des raisons qui offrent des similitudes, bien que les situations semblent opposées, les détails grossis de la macro et les rendus nuancés du portrait ont besoin d’une forte densité en pixels pour bénéficier d’un rendu fin. L’argument du recadrage n’est qu’accessoire et somme toute peu important s’il ne concerne pas le crop d’augmentation d’échelle.

Les raisons précédentes sont objectives. Or nous sommes des êtres éminemment subjectifs. Aussi la raison 4 est subjective. Totalement irrationnelle, mais néanmoins respectable.

 

4- Le plaisir de photographier

Tout appareil vraiment réussi est un machine à offrir ce plaisir. Le K-5 en est une et c’est un APS-C, le K-3 visiblement aussi. Le LX et le Z-1 en étaient aussi, argentiques et de format 24×36.

Le (très probablement) K-1* est un FF numérique, il a de fortes raisons d’apporter ce plaisir. Celui de la visée lumineuse, d’une visée qui donne l’impression d’être dans l’image et permet en même temps de la composer, confortablement, avec le recul nécessaire, sans parler de l’écran arrière et de l’ergonomie. Dans l’acte de photographier, la visée est le moment initial qui conditionne tout le reste et qui est spécifique au format. C’est pour cela que le reflex a la vie dure, malgré les pressions économiques qui ont vu la naissance du viseur EVF. En tout logique financière, et c’est la seule qui soit vraiment indiscutable, le reflex aurait déjà dû avoir disparu! La suite de l’acte photographique peut elle aussi créer du plaisir ou l’inverse. Mais elle n’est pas spécifique au format. Elle est liée à l’ergonomie du boitier, au traitement du signal mis au point par la marque, à la fiabilité, à l’AF plus ou moins véloce et performant, ce qui est un point très subjectif lié à la pratique de chaque photographe.

Toute une série de critères conduisent au plaisir de photographier, qui sont tous subjectifs, même s’ils se cachent derrière des chiffres présentés comme objectifs. Les derniers à citer sont le poids et la taille. Vous lirez autant d’avis positifs vantant la stabilité que donne le poids d’un boitier et d’un objectif, que d’avis négatifs arguant de douleurs cervicales et de «tennis elbow»… parlant du même couple boitier/objectif. Vous entendrez autant d’éloges de «petites pattes» que de critiques de «grosses paluches» venant de gens «normaux» aux mensurations courantes ! Vous trouverez autant d’amateurs inconditionnels du grip que d’addicts du «petit boitier minimaliste». Encore que chez Pentax il n’y ait pas de boitier minimaliste, quelle que soit sa taille. Chez Lomo peut-être?

Chez Pentax il y a une particularité unique : dans les appareils produits actuellement la différence de taille et de poids ne passe pas entre APS-C et FF, mais entre Hybride Q et tous les autres boitiers. Et entre tous ces boitiers et le MF 645 D et Z. En ce qui concerne Le choix APS-C / FF, l’argument poids-taille n’est pas pertinent pour ce qui est du boitier.

Chacun trouve ses marqueurs du plaisir de photographier et construit ensuite un argumentaire, comme s’il avait besoin de se justifier aux yeux des autres et aux siens tout autant.

Alors que le plaisir de photographier est d’abord un fait individuel, lié au caractère et à l’histoire de chacun d’entre nous. C’est la raison pour laquelle cet article ne cite que la visée comme critère indiscutable, tout en ne déniant pas aux amateurs d’EVF leur choix. Mais en n’ignorant pas non plus que l’énorme majorité d’entre nous n’a jamais mis son œil dans un viseur lumineux de 24×36 (ou de Moyen Format).

(*) L’appellation K-1 est celle qui revient le plus régulièrement sur les sites de rumeurs. Il ne s’agit pas d’une information officielle à l’heure où l’article est rédigé.

 

5- L’ estime de soi

Ce dernier point est lui aussi subjectif, totalement irrationnel, mais d’une importance objective incontournable.

Un boitier 24×36, un FF est un très bel outil, un support d’une meilleure estime de soi. En un mot, forcément simplifiant: «J’ai un FF parce que je le vaux bien !» est une pensée très efficace. S’offrir un FF, c’est grandir à ses propres yeux. Et ce n’est pas honteux. Vous pouvez vouloir un FF parce que vous avez envie d’un FF, tout simplement. Un 24×36 ne fait pas forcément de meilleures photos, pas forcément.

Encore qu’une meilleure estime de soi peut permettre de faire de meilleurs photos. Mais c’est l’estime de soi modifiée qui permet les meilleures photos, pas l’appareil. Chacun vit ses rêves comme il peut, comme il sait faire.

Si vous rêvez d’un FF, offrez vous un FF ! Et si cela ne marche pas, si l’effet FF s’émousse trop rapidement, eh bien, vous aurez essayé. Tous les rêves ne se réalisent pas comme on les a rêvés. Mais ceux que l’on n’essaie pas de vivre tournent trop souvent au vinaigre.

 

Ce dernier point tiendra lieu de conclusion, tellement il est, dans les faits, important, au moins aussi important, sinon plus que des arguments ou des raisons objectives de choix d’appareils photo. La photo est une passion, il est normal que les choix qui la concernent répondent à des motivations plus proches de la passion que du raisonnement.