Les grandes agences photographiques

RAPHO

En 1933  Charles Rado, qui a quitté la Hongrie de l’amiral Horty en 1923, crée l’agence photographique Rado.

Rado a groupé autour de lui des réfugiés hongrois, Emile Savitry, Ergy Landau, Camilla Koffler (Ylla), Brassaï.

Charles RADO, fondateur en 1933 de l'agence Rapho. Années 60

Charles Rado

 

En 1939 l’agence est mise en sommeil, quand Rado, pour échapper aux nazis, quitte la France et émigre à New-York.

En 1946 Raymond Grosset reprend le fil, engage des jeunes photographes qui seront le noyau de la photographie humaniste française: Robert Doisneau, Edouard Boubat, Sabine Weiss, Willy Ronis, Jean Dieuzaide, Jeanine Nièpce…

Plus tard viendront Roland et Sabrina Michaud, Hans Silvester, Jean-Christian Bourcart qui continueront la veine humaniste.

Doisneau-Grosset-Mediapart

Doisneau et Grosset à l'agence

 

Raymond Grosset est très soucieux de la défense des droits de ses photographes. Il travaillent à la commission et non plus comme salariés. L’agence prend de l’importance avec le développement de la presse magazine illustrée: Match en France, Time, Life… aux USA, Picture Post en Grande Bretagne, Epoca en Italie …

En 2000 Raymond Grosset décède.

On est en pleine période de regroupements des opérateurs informatiques et du monde de l’image …  C’est le déclin des agences photographiques, mises en difficulté par la montée d’Internet, la transition numérique, la mondialisation et les bouleversements qui en découlent dans les pratiques de la presse. Une page se tourne.

Quelques mois après le décès de Grosset, l’agence est rachetée par Hachette Filipacchi Médias, Filiale de Hachette Multimédias. HFM est dirigée par l’ancien PDG de l’AFP. En 2006 Hachette Filipacchi est elle-même rachetée par Eyedea.  Laquelle dépose le bilan en 2009.

En 2010 le tribunal de commerce de Paris attribue à l’ancien propriétaire de l’agence Gamma la reprise de Eyadea, propriétaire de Gamma-Rapho-Keystone. Celui-ci crée une nouvelle société Gamma-Rapho.

 

GAMMA

Agence créée en 1966 par Hubert Henrotte, photographe au Figaro, Raymond Depardon, Jean Pierre Laffontet …

Elle connait ses heures de gloire durant les 20 années qui suivent.

Elle verra passer des photographes célèbres comme Abbas, Jean Gaumy, Sebastao Salgado, David Burnett, Eric Bouvet.

Dans les années 90, des «conflits sociaux», des blocages dus au refus du numérique conduisent au rachat, en 1999, de l’agence par Hachette Filipacchi. En 2006 Hachette Filipacchi est elle-même rachetée par Eyedea qui déposera le bilan en 2009.

 

SYGMA

Agence créée en 1973 par Hubert Henrotte Raymond Depardon, Jean Pierre Laffont, à la suite d’une scission au sein de Gamma. Elle comptera des photographes comme Dominique Issermann, Thierry Orban, Bettina Rheims…

Entre 1990 et 2000 des investissements dans le monde de la télévision et de médiocres développements de filiales amènent la cessation de paiement et le rachat en 1999 par Corbis, filiale image appartenant à Bill Gates, suivi en 2001 d’un plan social avec 90 mises à pied, dont 42 photographes.

Dépôt de bilan en 2010.

 

SIPA Press

Agence créée en 1973 par Göskin Sipahioglu, journaliste, éditeur et photo-reporter turc. On peut citer les photographes Philippe Warrin, Alain Mingam.

Elle est vendue en 2001 à Sud communication, groupe de médias du groupe pharmaceutique Fabre et rachetée en 2011 par la nouvelle agence de presse allemande Deutscher-Auslands-Depeschendienst (DAPD). En 2012 dépôt de bilan et reprise par de nouveaux actionnaires dont l’agence britannique Rex Features.

Le réseau Sigma a des liens étroits avec Associated Press et compterait 12000 salariés.

 

La fin des 4 agences qui précèdent n’a plus qu’un rapport assez lointain avec la photo, mais très proche avec la finance et la rentabilité à court terme. (voir Partie I)

 

Dans ce paysage devenu désertique subsistent des «oasis», en voici 3. Elles sont différentes les unes des autres, mais ont cependant en commun d’être originales.

L’historique:

MAGNUM 

Créée en 1947 par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Georges Rodger, William Vandivert et David Seymour, l’agence est la première de ce genre: c’est une coopérative. Un article spécifique lui sera consacré, à paraître prochainement.

 

La journalistique :

VU agence créée en 1986 par Christian Caujolle, journaliste, puis rédacteur en chef chargé de la photographie au journal Libération, (par la suite directeur artistique des Rencontres d’Arles). Caujolle en choisissant ce nom rend un hommage évident au magazine VU. (voir chap. plus loin)

Libération est l’actionnaire de référence de l’agence.

En 1998 l’agence a créé en parallèle un galerie dédiée à la photo. Elle défend deux lignes photographiques, l’une intime, souvent autobiographique avec des photographes comme Michael Ackerman ou Christer Strömholm, l’autre plus conceptuelle, plus proche de l’art contemporain avec des photographes comme Jean-Christian Bourcart et Bernard Faucon.

VU n’est pas une agence qui gère le travail de ses photographes, mais distribue et fait la promotion des oeuvres de ses membres, considérés comme des artistes et non des journalistes. Que certains d’entre eux ne sont pas.

 

L’indéfinissable:

TENDANCE FLOUE Créée en 1991. Ce n’est pas une agence, mais un collectif.

Ce collectif est une association loi de 1901, qui a pris peu à peu de l’ampleur, est passé des 5 membres fondateurs à 11 en 2005, 13 en 2011. En 2010 l’association s’est dissoute pour devenir une Société Coopérative d’Intérêt Collectif.

Le but de ce collectif est de susciter le réflexion plutôt que d’imposer une réponse, de privilégier l’émotion plutôt que le factuel et le spectaculaire.

En 2011 il reprend l’expérience lancée en 2004 d’un blog. Il travaille avec les institutions, au niveau local, départemental. Il a un pied dans le réel, les deux pieds même, et la tête dans les étoiles, ou le contraire.

Le contact est simple : https://tendancefloue.net

 

 

Et totalement à part

Le précurseur:

Le magazine VU

A été créé en 1928 par Lucien Vogel. Celui-ci avait auparavant publié d’autres magazines illustrés comme « Les Feuillets d’art » en 1919, « L’illustration des Modes » en 1920, « La Gazette du bon ton » en 1921, « Le Jardin des Modes » en 1922. Puis était devenu directeur de Vogue France en 1923.

VU est un magazine hebdomadaire basé sur la photo.

Les photographes s’appellent Henri Cartier-Bresson, André Kertesz, Brassaï, Germaine Krull, Robert Capa, Gerda Taro, Man Ray, Marcel Ichac, Eli Lotar, Berenice Abott, Margaret Bourke-White…

A.Kertesz                       HBC

André Kertesz     Henri Cartier-Bresson

Germaine Krull 1929                 Robert Capa

Germaine Krull    Robert Capa

Un supplément littéraire et artistique LU, sera rapidement ajouté à VU.

VU se distingue par son combat contre le fascisme, le nazisme, le franquisme. En mai 1933 le magazine publie un reportage illustré de photos faites dans les camps de concentration de Dachau et Orianenbourg par la fille de Lucien Vogel, Marie-Claude, qui sera plus connue sous le nom de Marie-Claude Vaillant-Couturier, résistante, déportée à Ravensbruck, témoin au procès de Nuremberg.

La mise en page de VU est audacieuse, les montages de Marcel Ichac de grande qualité.

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La direction artistique est confiée en 1933 à l’américain d’origine russe Alexander Lieberman, qui deviendra ensuite directeur artistique de Vogue USA, où il collaborera longuement avec Irving Penn, puis Richard Avedon…

VU publiera plus de 600 numéros jusqu’à sa fermeture en mai 1940 et fera école en France avec des magazines comme Regards, Le Miroir du Monde, Photomonde, Voici… puis Match et aux Etats-Unis avec la refonte de Life, en 1936, Look en 1937.