Avant d’aborder l’histoire des agences photos, il convient d’avoir présent à l’esprit que les photographes travaillant pour la presse sont considérés depuis les origines comme reporters-photographes.

 

 

Qu’est-ce qu’une agence photographique ?

Une agence est une entreprise qui représente des photographes auprès des clients commanditaires.

Elle centralise les demandes de travaux émanant des clients, les met à la disposition des photographes membres de l’agence ou les répercute directement à tel ou tel d’entre eux selon ses disponibilités ou ses types de travaux privilégiés.

En servant d’intermédiaire entre les photographes et les clients elle évite à ces derniers d’avoir à aller à la pêche aux photographes capables de réaliser les travaux dont ils ont besoin, et elle épargne aux photographes d’avoir à rechercher des contrats au hasard du marché. Elle régule leur travail et leurs revenus. Elle gère, archive, sauvegarde et distribue leurs travaux. Eventuellement, elle représente ses photographes en cas de contentieux avec des clients.

 

Quand sont nées les agences ?

Les agences, comme la photographie, sont nées en France.

Le noyau initial a été l’Agence Havas, du nom de son fondateur Charles Louis Havas, qui a été fondée en 1825. Au départ c’est une agence de presse. Puis elle devient une agence télégraphique. Au fur et à mesure du développement de la Presse, ses activités vont se diversifier (publicité, illustration photographique…)

Au début du XXe siècle les agences anglo-saxonnes deviennent concurrentes. (Associated Press aux USA – Reuters en Grande Bretagne, fondée par Reuter, ancien de Havas). Apparaissent également des agences photographiques indépendantes de Havas et des journaux.

  • 1904 création des agences Rol et Meurisse
  • 1933 création de l’agence Rado par Charles Rado
  • 1934 création de l’agence Alliance Photo
  • 1937 création de l’agence SAFRA

Charles RADO, fondateur en 1933 de l'agence Rapho. Années 60

Charles Rado

 

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Havas est transformée par le gouvernement de Vichy en AFP (Agence France Presse). Son siège à Paris sera le premier immeuble occupé par les résistants en août 45.

La seconde guerre mondiale, au sens large, c’est à dire dès 1937 en Espagne et en Chine, voit les images prendre une place nouvelle.

Les correspondants de guerre vont être présents sur tous les fronts, chez pratiquement tous les belligérants.

  • 1946 réactivation de l’agence Rado, sous le nom de Rapho par Raymond Grosset (voir article, deuxième partie)
  • 1947 création de l’agence Magnum Press par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Georges Rodger, William Vandevert et David Seymour. Magnum présente la particularité d’être une société coopérative. (voir article, deuxième partie)

Après la guerre, les agences de presse se multiplient sur le plan international (UPI …)

 

Le devenir des agences

Les années 70 voient une éclosion des agences photos, simultanée à la montée des images dans la société. La plupart d’entre elles sont des entreprises commerciales qui gèrent les photographes et les images comme elles gèreraient d’autres produits.

  • 1966 création de l’agence Gamma par plusieurs photographes dont Depardon  (voir article, deuxièmes partie)
  • 1972 création de l’agence Viva
  • 1973 création de l’agence Sygma, après une scission de Gamma (voir article deuxième partie)
  • 1973 création de l’agence Sipa Press par le photoreporter Sipahioglu
  • 1973 création de l’agence Fotolib, 1ère agence de presse photo de Libération
  • 1979 création de l’agence Cosmos
  • 1980 création de la Compagnie des Reporters
  • 1982 rachat de l’agence Viva par la Compagnie des Reporters
  • 1986 création de l’agence Vu par Caujolle.

 

L’arrivée d’internet et du numérique amènent une profonde évolution de la manière de faire des images, de leur place dans la société, de leur circulation, l’irruption massive d’images sans droits sur le web … et sur le marché. Tous ces changements déstabilisent les agences. Dans le monde des photographes et des photo-reporters dans une moindre mesure, les réactions sont diverses. La nécessité de changer complètement ses habitudes n’est pas admise par tous. Une partie des photographes trainent les pieds. Les demandes des patrons d’agences sont reçues parfois non comme des réactions de photographes qui comprennent la nécessité incontournable de changement, mais comme des réactions de patrons d’entreprise, avec les blocages qui s’ensuivent. Les agences qui fonctionnent avec des patrons et des photographes salariés s’avèrent mal armées pour résister à ce changement de statut de la photo en train de devenir image. Cette situation ajoute à la déstabilisation de ces agences.

A la bascule du siècle, les agences françaises disparaissent les unes après les autres, rachetées par des entreprises qui n’ont que peu d’affinités avec la photo. Les agences sont remplacées par des fonds d’illustrations comme Getty ou Corbis, qui sont des sortes d’hypermarchés de l’image, où l’on vient faire ses courses, sans qu’il ne soit question de droits d’auteur. La meilleure illustration du phénomène est le tableau chronologique qui suit:

  • 1999 rachat de Sygma par Corbis (filiale Images appartenant à Bill Gates) qui crée Corbis Sygma
  • 1999 rachat de Gamma par Hachette Filipacchi Médias
  • 2000 rachat de Rapho par Hachette Filipacchi Médias
  • 2001 rachat de Sipa par un groupe pharmaceutique
  • 2006 rachat de Hachette Filipacchi Médias par Eyedea (fond d’investissement)
  • 2009 dépôt de bilan de Eyedea
  • 2010 dépôt de bilan de Corbis Sygma
  • 2011 rachat de Sipa par l’agence allemande DAPD
  • 2012 dépôt de bilan de Sipa

 

La situation actuelle

L’évolution de nos sociétés, la globalisation, la massification des appareils à fabriquer des images, la facilité à les échanger, la consommation de plus en plus présente ont conduit à une évolution de l’image et de son statut. L’image a envahi notre quotidien, elle s’est du même coup banalisée.

Le numérique a permis de produire des images très facilement … et de les jeter tout aussi facilement. Il a répandu l’idée que ces images ne coûtaient rien. Il a participé à la généralisation de cette idée. Il s’est donc établi dans le grand public que l’image ne coûtait rien. Parallèlement à celle que tout le monde pouvait faire des images.

Toutes ces évolutions ont porté un coup fatal aux agences photographiques traditionnelles. Elles ont été rachetées, remplacées par des fonds d’images, des banques d’images. Le mot est symbolique.

Ces fonds d’images sont gérés comme n’importe quelle entreprise commerciale. Ce sont des émanations d’entités financières plus ou moins grosses comme Corbis ou Getty images.

On trouve aussi des start-up comme Fotolia, créée en 2004, qui propose 34 millions d’images au bout de 10 ans d’existence. Elle est rachetée en 2014 par Adobe pour 800 millions de dollars US. Le fond photographique papier de Magnum Amérique pour 1947-1998 (50 ans) comptait 180 000 tirages. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

Un coup d’œil sur la typologie d’images proposée est tout aussi parlant:

Faune > Chiens  Chats et félins   Poissons

Fête   > Pâtisserie  Nourriture  Divertissement

Personnes > Femmes  Bébés  Enfants

Nature  > Plage  Fleurs   Arbre

Corps   > Cheveux   Tatouages   Cuir

Professionnel > Bureau  Affaires   Santé et médecine

 

Ces fonds d’images sont avant tout des machines à cash qui proposent des images sans droit, anonymes, standardisées, consensuelles, sans personnalité, anecdotiques, amusantes dans la norme… Ces images sont affichées « illustratives » et « non-journalistiques ».

La marge bénéficiaire est, par essence, mesurée ou faible, la mécanique commerciale joue sur la quantité.

On peut se risquer à porte un jugement sur la qualité artistique de ces images sans passer pour un vieux rétrograde. Et simplement constater que ces images se jettent très vite, elles sont remplacées par d’autres , tout aussi jetables. Comme la plupart des images crées au smartphone, qui « immortalisent » un instant, le temps pour le destinataire de les regarder et de les oublier, charriées qu’elles sont par le flot quotidien d’images vite faites, vite vues, vite évacuées…

 

Mais si l’on cherche sur Internet des agences photographiques, on en trouve des quantités. Ce sont des agences locales, dont les portails attestent la qualité d’infographiste de leurs auteurs, ainsi que leur imagination. Ainsi une agence se nomme en toute simplicité CAPA.  On imagine que le nom n’a pas dû être choisi par hasard,  et qu’il n’était pas protégé. On imagine… On imagine aussi que, malheureusement, ces agences ont aussi une vie éphémère.