La photographie, comme la plupart des disciplines, artistiques ou non, connaît de nombreux adeptes. Il existe ceux qui sont naturellement talentueux (un don naturel ne se décrète pas, il s’apprécie !) et tous les autres, bien plus nombreux, évidemment. Et ces « autres », pour atteindre un bon niveau, passent inévitablement par une ou plusieurs phases : c’est l’apprentissage.

Nous allons tenter, dans cet article, de présenter les différentes possibilités qui s’offrent aux amateurs (au sens de « ceux qui aiment ») pour ce qui peut être considéré comme une mise « du pied à l’étrier ». Car ensuite, l’apprentissage, ou ce qui pourrait être considéré comme une sorte de « formation continue » a déjà été exposé dans cet article.

 

 

Le goût pour la photo

Si l’on ne possède aucun goût pour la photographie, il est inutile de lancer dans un apprentissage de la discipline. « Discipline », le mot est adéquat : toute phase d’apprentissage et de perfectionnement, dans quelque domaine que ce soit, nécessite de la discipline, de l’assiduité, de la volonté, voire, dans le pire des cas, de l’acharnement. Ce dernier (l’acharnement) n’est toutefois recommandé qu’à ceux qui, ne possédant pas de prédisposition naturelle, ni pour la photo ni pour l’art en général. Et encore n’est-il que faiblement recommandé : un peu d’acharnement peut permettre de passer un cap, trop d’acharnement signifierait qu’on a beaucoup de mal à franchir les obstacles. Et donc, qu’on n’est pas fait pour ça. Ce n’est pas une honte. Personne ne peut être doué en tout, même si c’est l’ambition de beaucoup !

Je pourrais parler de mon propre parcours. Mais, outre que cela a déjà été fait, je reste convaincu que ce n’est pas un exemple à suivre tant, sur la durée d’une vie, il devient limitant en termes de progression.

Essayons toutefois de déterminer les structures qui permettent « d’entrer en photographie ». Si nous employons cette expression, c’est parce que, pour certains, c’est un peu comme « entrer dans les ordres ». Il faudra accepter la simplicité, parfois la médiocrité (pour mieux en sortir), la rigueur, l’entraînement, toutes choses qui, comme c’est aussi le cas en sport, font devenir « grand » dans le domaine.

 

 

Quelles études faut-il suivre ?

On devrait plutôt dire : « quelles études peut-on suivre ? « . Il n’existe pas, au départ, d’études spécifiques. Au départ seulement ! Car si l’on ressent un goût pour l’image, on ne sait pas toujours s’il s’agit de l’image fixe ou de l’image animée. C’était bien sûr différent avant l’invention de l’image animée.

Évacuons l’image animée pour nous recentrer sur l’image fixe, autrement dit la photo. Comme chacun sait, la photo obéit à des règles inspirées d’un art beaucoup plus ancien, la peinture. Malgré notre grande considération pour ces merveilleux artisans que sont souvent les peintres en bâtiment, c’est bien des artistes peintres que nous voulons parler.

Malheureusement, mais c’est compréhensible, l’organisation de l’éducation dans notre pays ne facilite pas la progression des artistes en herbe. L’école nous apprend plus sûrement, et c’est normal, les mathématiques et le français, voire d’autres matières. L’enseignement artistique se limite, dans les premières années de la scolarité, à un peu de dessin et de musique. Avouons qu’à cet âge, musique et photographie n’ont pas grand-chose à voir l’une avec l’autre.

Pour le dessin, ce pourrait être différent s’il n’était pas aussi souvent négligé. Il pourrait, bien enseigné, permettre, par exemple, de s’initier aux lois de la composition.

Mais, souvent, c’est parce qu’un élève se révèle plus doué que la moyenne dans ce genre de matière, qu’il sera, mais seulement après des études primaires et secondaires, orienté vers un enseignement artistique. Et encore parfois lui fait-on sentir que ce n’est pas un métier « sérieux », « rémunérateur » et d’avenir. Dès lors, seuls les plus motivés chercheront les structures les plus appropriées pour les faire progresser. Dans un premier temps – et l’exemple de plusieurs grands photographes le démontre – le candidat photographe fréquente des écoles d’art.

 

 

Les écoles d’art

Il existe de très nombreuses écoles spécialisées dans l’enseignement artistique. Souvent, la photographie – au contraire de la peinture – n’y est pas l’enseignement principal. Mais ce serait une erreur d’ignorer que l’apprentissage des règles de la composition en peinture est aussi utile en photo. De même d’ailleurs que d’autres bases (équilibre des couleurs, etc.). C’est, de notre point de vue, une étape importante dans l’apprentissage de la photographie.

Ces écoles sont donc une très bonne base de départ. Pour des renseignements à ce propos, nos lecteurs peuvent consulter le site de l’ONISEP (http://www.onisep.fr/ : Office National d’Information Sur les Enseignements et les Professions). En cherchant un peu, ils y trouveront l’adresse et la spécialité de nombreux établissements. Y compris en ce qui concerne le financement des études.

Les écoles d’art sont plus particulièrement indiquées sur cette page. Elles sont nombreuses et variées. Parmi elles, nous, amateurs de photographie, avons un petit faible pour celles qui proposent un département « Photographie » :

  • L’École Nationale Supérieure de la Photographie (ENSP) aussi appelée « École d’Arles ».

 

École d’Arles
Par Ji-Elle — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=33479077

 

L’inscription à la scolarité nécessite la réussite au concours organisé annuellement.

Les modalités d’inscription à ce concours sont précisées sur cette page.

L’école donne des conseils précieux pour qui veut se lancer dans la préparation à ce concours.

 

  • L’ENSLL – École nationale supérieure Louis Lumière (site).

Là encore, il s’agit d’une admission sur concours, des conseils de préparation sont également fournis sur le site de l’école, de même qu’une vaste bibliographie conseillée.

 

  • L’école des Gobelins (site)

Cette école est accessible aux titulaires du baccalauréat (année en cours ou année précédente) général, ou technologique, ou de certains baccalauréats professionnels, de préférence francophones. Pour les non-francophones, il est demandé de pouvoir soutenir un entretien oral de 30mn en français. L’assiduité aux cours est bien entendu exigée.

Il ne faut pas se leurrer : les conditions d’admission démontrent le sérieux et la difficulté des études. Il ne s’agit donc pas d’une filière à conseiller à des dilettantes.

Ces écoles ont aussi pour mérite d’obliger les étudiants à pratiquer. Et ensuite à critiquer leurs images et celles de leurs confrères. La critique est un élément essentiel pour progresser en photographie. Encore faut-il savoir se l’appliquer à soi-même avant de l’appliquer aux autres !

Nous en avons parlé dans cet article et celui-là.

 

 

Les cours particuliers et les stages

La différence entre ces deux moyens d’apprentissage de la photo réside dans le nombre de participants. Les stages sont toujours organisés pour un petit nombre de personnes, les cours particuliers, en principe, mais pas toujours, sont destinés à une seule personne.

L’avantage de ce genre de structure, c’est probablement que l’animateur n’ayant qu’un petit nombre « d’élèves » il pourra consacrer plus de temps à chacun. Les conseils donnés peuvent être immédiatement mis en pratique, et la critique est quasi immédiate. Voilà donc un bon moyen de progresser, et rapidement ! Pour autant, bien sûr, que l’animateur soit un pédagogue avisé et compétent en photo (c’est normalement évident).

Mais voilà, il y a aussi des inconvénients à ce genre d’apprentissage.

En ce qui concerne les stages, un des plus évidents réside sans doute dans le rapport coût/durée. Un stage, par définition, a une durée limitée : parfois, une seule journée, parfois plusieurs mais il faut alors un budget beaucoup plus important (déplacement, hébergement, restauration,…).

Un autre inconvénient : le stage est généralement ciblé sur un aspect et un seul de la photographie. Par exemple la photo animalière, ou encore la macro. Les autres aspects sont ignorés. Pour un apprentissage complet dans tous les domaines, il faut donc multiplier les stages… et les coûts ! Irréaliste pour le commun des photographes !

 

 

Les clubs photo

Ou, si l’on préfère, les photo-clubs

Un de leurs nombreux avantages, c’est le prix. Les inscriptions se font généralement à l’année. Les cotisations demandées sont généralement raisonnables. Elles couvrent les différents aspects de l’activité : séances de « travail », sorties, parfois quelques fournitures (mais, sur ce point, c’était plus vrai à l’époque argentique qu’aujourd’hui).

La plupart des clubs sont affiliés à la Fédération Photographique de France. Le fonctionnement de ces structures peut évidemment varier d’un club à l’autre. Toutefois, on retrouve les mêmes « constantes » :

  • Toujours : des conseils
  • Très souvent : des séances de visionnage « critique » de photos des membres
  • Parfois : des séances de prises de vue soit en groupe soit individuellement
  • Occasionnellement : des « travaux pratiques » à thèmes imposés, avec critique lors d’une séance collective ultérieure.

D’un point de vue de la critique des photos, évidemment les comportements des participants peuvent varier. On peut évidemment rencontrer des gens incapables de dire autre chose que « j’aime » ou « j’aime pas » (et c’est le plus souvent « j’aime pas »). Néanmoins il est généralement conseillé (et parfois avec insistance) de faire des critiques « positives ». Ceci ne veut pas dire qu’il faut seulement complimenter l’auteur de la photo ! Mais si l’on pense que la prise aurait pu être meilleure, il faut le dire et dire pourquoi, arguments à l’appui, bien sûr ! Ainsi on peut en tirer des enseignements, éléments importants de l’apprentissage.

La pratique est un élément essentiel de l’apprentissage. Il importe donc, après critique, de « remettre l’ouvrage sur le métier » et corriger les erreurs relevées. C’est ainsi que l’on progresse.

Par ailleurs, beaucoup de clubs participent à des concours régionaux ou nationaux, organisent des expositions. Certains d’entre eux possèdent encore du matériel pour l’argentique.

 

 

Les blogs et les sites photo

Avec Internet, nous entrons dans le domaine du « gratuit ». Enfin… le plus souvent !

Les blogs et sites consacrés à la photo sont tellement nombreux qu’il serait impossible d’en donner une liste. Leur intérêt en matière d’apprentissage de la photo est très variable. Certains d’entre eux produisent des articles de vulgarisation, utilisables par tous. Notre site (votre préféré, non ?) en fait partie. Et il n’est pas seul dans ce cas.

D’autres sont consacrés à une seule activité : la publication de photos de leur fondateur. Ils ne sont généralement tenus que par une seule personne : ce sont des blogs entièrement personnels. L’intérêt esthétique ne fait pas de doute. L’intérêt pédagogique est beaucoup moins certain la plupart du temps. À chacun, par conséquent, de faire son choix en fonction de ses besoins.

 

Les tutoriels sur Internet

D’autres sites enfin proposent un véritable contenu pédagogique, notamment par le biais de vidéos de tutoriels.

L’inconvénient de ces tutoriels, c’est qu’ils opèrent « à sens unique », si l’on peut dire. En effet, celui qui les reçoit ne peut pas poser de questions : il doit « avaler » le contenu du tuto, le « digérer » et… le mettre en pratique. C’est très probablement moins efficace que les stages où l’animateur est présent et disponible.

Mais généralement, ces sites de tutoriels présentent un contenu de bonne facture. On y trouve aussi bien des contenus pour débutants que des contenus pour des photographes plus confirmés. Et aussi pour tous les domaines de la photo, Post-Traitement compris. Il suffit de soumettre les mots « tuto photo » à son fureteur favori pour que, dans les secondes qui suivent il en affiche des pages entières. L’apprentissage des subtilités de la photo en est grandement facilité.

 

Les MOOC (Massive Open Online Course)

Sous cet acronyme qui peut sembler barbare se cachent des cours en ligne, ouverts à tous. En français, on les appellerait des « FLOT » (Formation en Ligne Ouverte à Tous), mais, comme souvent, seul l’acronyme anglais est internationalement reconnu. En France, ils ont vu le jour en 2012 : c’est finalement très récent ! Ces cours peuvent « rassembler » de très grands nombres d’étudiants, jusqu’à plusieurs dizaines de milliers, géographiquement dispersés. Bien sûr, ils peuvent concerner d’autres matières que la photo.

Les MOOC s’organisent de plus en plus, jusqu’à se constituer en OpenClassrooms. Pour ce qui concerne particulièrement la photo le site mooc-francophone.com répertorie différents MOOC dont celui-ci.

Une des particularités des MOOC est que des cours peuvent parfois être dispensés par des sommités mondiales dans leur matière, ce qui bien sûr en accroît l’intérêt. L’interactivité est parfois utilisée comme sur ce site. À titre purement indicatif, une formation sur la photo de rue, sur ce site, revient à moins de 10 € par mois. Elle est dispensée par Bernard Jolivalt, personnalité reconnue dans ce domaine en particulier.

 

 

Les forums

À une période encore récente, beaucoup de photographes amateurs s’inscrivaient sur les forums pour tenter d’y trouver des réponses à leurs questions. Et cela marchait plutôt bien ! C’est nettement moins vrai aujourd’hui, tous les forums étant en perte de vitesse. Leur moindre fréquentation fait que l’on a moins de chance d’y trouver les réponses souhaitées. Et pourtant, il se cache souvent parmi les membres de ces structures de véritables connaisseurs de la photo. Ensuite de quoi, il faut bien constater que tous ne sont pas enclins à partager leur savoir. Certains s’en servent même de « galerie » pour exposer leurs images, sans même indiquer les conditions particulières de leur réalisation. Le partage du savoir n’est plus, trop souvent, ce qui motive ces personnes.

Du reste, il suffit, pour s’en convaincre, de consulter les sections « Tutoriels » qui existent dans pratiquement tous les forums de photo. Les tutos qui y figurent datent souvent de plusieurs années, ne sont pas actualisés et, par conséquent, peuvent s’avérer obsolètes. Ce qui, autrefois, était une source d’apprentissage des bases de la photo, bien sûr, mais aussi des techniques plus évoluées, est devenu la plupart du temps, un lieu d’échange d’informations sur les nouveautés dans le matériel. Ce qui n’apporte pas grand-chose au débutant ! Nous pensons que c’est dommage. Pourquoi ? Parce que si les forums ne remplissent plus ce rôle formateur, ils sont supplantés par les réseaux sociaux dans lesquels les notions d’apprentissage sont absentes.

 

 

La presse spécialisée

La photo est un domaine où la presse écrite a encore, en France, une certaine importance. Malgré les difficultés, quelques grands magazines existent encore, et on ne peut que s’en féliciter. Du reste, ils ne continueront d’exister que s’ils ont suffisamment de lecteurs. Et ils le mériteraient : nombre d’entre eux consacrent des pages entières à des sujets divers. Le but pédagogique transparaît toujours ou presque. Parfois, il faut chercher un peu, observer beaucoup, et, surtout, expérimenter ensuite soi-même les conseils qui sont donnés. Du reste, comme dans tout domaine, la pratique assidue est un élément essentiel de l’apprentissage d’abord, du perfectionnement ensuite.

Outre les magazines, il existe aussi de nombreux livres consacrés à la photo. Si on se les offre soi-même, les chances qu’ils soient lus sont maximales. Quand on les reçoit en cadeau, c’est parfois différent. Mais il est important, nous semble-t-il, de s’y pencher avec attention : l’apprentissage passe aussi par l’observation attentive.

 

 

Les lieux d’inspiration

Nous entendons par là les galeries et salles d’expositions. Bien sûr, aucun conseil n’est donné dans ces lieux. Mais l’apprentissage de la photo, répétons-le, c’est aussi l’apprentissage du regard sur les photos de « maîtres » du domaine. On peut trouver de l’inspiration et des sources d’amélioration de sa pratique en observant ce qu’ont pu faire des photographes célèbres. Par exemple, si l’on ne retire rien d’une exposition de Sebastião Salgado, c’est à désespérer. Ce n’est qu’un exemple, il en existe beaucoup d’autres. Et c’est pourquoi nous ne pouvons que recommander d’aller visiter les expositions, nombreuses (pas seulement à Paris !), et surtout d’observer le travail du photographe : composition, cadrage, choix du sujet, manière de le traiter. Et d’en tirer des enseignements pour sa propre pratique.

Exodes

Exodes (Salgado)

D’ailleurs, je dois m’arrêter là : je suis invité à l’inauguration de l’exposition de David Goldblatt au Centre Pompidou (du 21 février au 7 mai 2018). Pour qui ne le connaîtrait pas, David Goldblatt est un des plus grands photographes contemporains. Il est né en 1930 à Randfontein, en Afrique du Sud.

Ses images d’avant la fin l’apartheid (et d’après aussi) témoignent de l’évolution de son pays. On y puise non seulement des connaissances mais aussi de l’émotion, beaucoup d’émotions. Son sens de la composition fait merveille ; Goldblatt sait merveilleusement capter l’intensité d’un regard. Et chacun sait ce que pouvaient être les regards à cette époque et dans ces conditions.

Voilà, retour de l’exposition. Que de leçons reçues, une fois encore ! C’est véritablement une exposition à voir absolument.

David Goldblatt à l’inauguration de son exposition.
Photo © Micaz

 

Photographe : David Goldblatt

.

Photographe : David Goldblatt
Enherbement d’un terril de résidus miniers

 

L’apprentissage de la photo, de notre point de vue, n’est jamais terminé, à moins que l’on soit devenu un « maître » universellement reconnu. Les bases s’obtiennent par différents moyens. S’il est reconnu que le guidage par des enseignants compétents est un atout très important, les autres moyens d’apprendre ne sont pas pour autant à négliger.

 

Photo de titre : Par Ji-Elle — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=33479077