On lit souvent, ici ou là, et notamment sur les forums, des commentaires sur les images qui en critiquent la « BdB ». La « BdB » ? Quézaco ?

Si vous tapez ces trois lettres sur votre moteur de recherche favori, il y a très peu de chances que la première page de résultats vous apporte le moindre éclaircissement. En revanche, si vous tapez « Balance des Blancs », avec ou sans majuscules, un monde de renseignements s’offre à vous !

 

Qu’est-ce que la balance des blancs (BdB) ?

Contentons-nous, pour le moment, d’une définition rapide et générale : c’est une fonctionnalité qui, sur les camescopes et les appareils photo numériques, permet d’étalonner le capteur afin d’adapter la couleur dominante à l’éclairage ambiant. Le résultat, si on l’a bien réglée, c’est que les blancs seront bien blancs et non jaunes ou bleutés. Ainsi, ce réglage participe à une meilleur maîtrise de la couleur des photos.

 

Pourquoi faut-il faire ce réglage ?

Tout simplement parce que l’œil humain étant incomparablement plus évolué qu’un capteur d’APN, il est capable de s’adapter automatiquement, quel que soit l’environnement : que vous regardiez une feuille de papier blanche en extérieur par beau temps, par temps couvert, sous un néon public ou chez vous sous une lampe à incandescence, vous saurez dire avec certitude : cette feuille est blanche !

Un capteur d’appareil photo n’est pas aussi « intelligent », alors il faut l’aider un peu !

Rappelez-vous : en photo argentique, il existait des émulsions pour la « lumière du jour » et d’autres pour la « lumière artificielle ».. Et il fallait savoir choisir, sous peine d’avoir des tirages étranges ! En photographie numérique, le choix est beaucoup plus évolué et se fait par ce réglage de BdB.

Certains vont dire qu’ils ont déjà largement parcouru les menus de leur APN, compulsé le mode d’emploi (ça, c’est nettement plus rare) et, par conséquent, objecter qu’il existe une option « AWB », Automatic White Balance, en anglais, et, pour les francophones « Balance des blancs automatique » (quel effort pour traduire l’expression !). Certes, et force est d’admettre que, dans les appareils modernes, cette fonctionnalité est rudement efficace.

Mais alors, direz-vous, pourquoi se compliquer la vie ? Restons en automatique et tout ira bien ! Eh bien non, tout n’ira pas obligatoirement très bien dans toutes les situations. D’ailleurs, si c’était le cas, les fabricants d’APN n’auraient pas pris la précaution d’inclure, dans le « firmware » de leurs boîtiers, d’autres options de réglage de la BdB.

Rappelons les différentes options sur le K-3 (18 en tout) :

  • BdB automatique (AWB)
  • BdB automatique multi-zones
  • BdB Lumière du jour
  • BdB Ombre
  • BdB Nuageux
  • BdB Fluorescent (4 options) :
    • Lumière du jour
    • Blanc diurne
    • Lumière blanche
    • Blanc chaud
  • Tungstène
  • Flash
  • CTE (qui signifie « Color Temperature Enhancement, en français « Renforcement de la température de couleur)
  • Manuel (3 possibilités)
  • K (pour « Kelvin » (*)) (3 choix possibles de température de couleur à paramétrer),

 

Et sur le K-5 (17 choix) :

  • BdB automatique (AWB)
  • BdB Lumière du jour
  • BdB Ombre
  • BdB Nuageux
  • BdB Lumière Fluorescent (4 options) :
    • Couleur Lumière du jour
    • Blanc couleur du jour
    • Lumière blanche
    • Blanc chaud
  • Tungstène
  • Flash
  • CTE
  • Manuel (3 possibilités)
  • K (pour « Kelvin) (3 choix possibles de température de couleur à paramétrer),

 

On notera tout de suite une différence K-3/K-5 : la BdB auto multi-zones, présente sur le K-3, est absente sur le K-5.

Comme son appellation l’indique,elle se révèle particulièrement utile chaque fois que l’on photographie des scènes dans lesquelles on rencontre des sources lumineuses d’origines différentes éclairant des zones différentes :

– en intérieur ce peut être lumière tungstène + flash,

– en extérieur soleil+ombre+flash pour déboucher un contre-jour.

Ces exemples ne sont pas si rares qu’on pourrait l’imaginer ! Dans ces cas précis, la BdB automatique multi-zones règle la balance des blancs de façon à ce qu’elle s’adapte à la source lumineuse de chaque zone séparée. Les tonalités des couleurs sont ainsi restituées plus fidèlement.

 

 Mais revenons à nos… kelvin !

Il faut garder à l’esprit que :

  • plus le nombre de kelvin est élevé, plus la température de couleur est « froide », la dominante de couleur tire vers le bleu ;
  • plus le nombre de kelvin est bas, plus la température de couleur est « chaude », la dominante de couleur tire vers le jaune.

Régler la BdB consiste donc à dire à l’APN, « pour la (les) prochaine(s) photo(s), le blanc se situe autour de nnnn kelvin ». Ainsi, sous un éclairage artificiel composé de lampes à incandescence (donc dominante de couleur jaune/orangé), on va choisir une BdB « Tungstène » pour « refroidir » les couleurs et, ainsi, obtenir un blanc réellement blanc et non pas jaunâtre.

S’agissant des lampes, vous avez sans doute remarqué qu’il en existe de nombreux modèles qui, selon l’ambiance lumineuse que l’on recherche, peuvent avoir des températures de couleur (TC) différentes et, par conséquent, affichent un indice de rendu couleur (IRC).

Ainsi, pour un tube fluorescent qui serait marqué « 840 » :

  • « 8 » indique un IRC compris entre 80 et 89% (100 étant le maximum)
  • « 40 » une température de couleur de 4000 K correspondant à un blanc neutre.

Ces données ont une influence non négligeable pour ce qui concerne l’utilisation recommandée des lampes en question dans différents domaines : photographie, bien sûr, mais aussi imprimerie, textile, tables lumineuses et même pour la fabrication de prothèses dentaires !

 

Quand utiliser quelles valeurs ?

– la TC d’un ciel sans nuage (et donc ensoleillé !) se situe entre 5000 et 6000 K : utiliser « lumière du jour » ;

– en extérieur, par ciel nuageux, la TC se situe autour de 6000 K : utiliser « Nuageux » ;

– en extérieur encore, par beau temps mais à l’ombre (sous un arbre par exemple) la TC peut atteindre 8000 K : utiliser « Ombre » ;

– en intérieur, sous éclairage de lampes à incandescence, utiliser le mode « tungstène » pour refroidir les couleurs ;

– en intérieur mais sous un éclairage par tubes fluorescents, la variation peut être très importante, entre 3000 et 6000 K : expérimentation indispensable ;

– Si vous utilisez un flash, sachez que la TC de la lumière qu’il émet est d’environ 5400 K : BdB « Flash » ;

– le mode AWB est capable de gérer, grosso modo, des TC comprises entre 4000 et 8000 K

 

Quelques images d’un même paysage prises avec un K-5, par beau temps (avec passages de nuages), toutes à f11 et ISO 200, Objectif Pentax F 50mm f1.7, pour illustrer les différences et l’influence de la lumière extérieure. (Cliquer sur les images pour les agrandir)

A noter que les seuls traitements appliqués sont un recadrage et un redimensionnement :

IMGP8599_BdB_autoIMGP8600_BdB_lumiere_jour
IMGP8601_Bdb_OmbreIMGP8602_BdB_Nuageux
IMGP8603_BdB_Lum_Fluo_coul_Lum_JourIMGP8604_BdB_Lum_Fluo_Blanc_Coul_du_Jour
IMGP8605_BdB_Lum_Fluo_Lum_BlancheIMGP8606_BdB_Lum_Fluo_Blanc_chaud
IMGP8607_BdB_TungsteneIMGP8608_BdB_Flash
IMGP8609_BdB_CTE

 

Vous pouvez noter les rendus fortement différents ! Il semble que, dans les images ci-dessus, celle qui restitue le plus fidèlement la réalité est celle en BdB CTE.

 

Mais, vous pouvez aussi intervenir directement, en utilisant les options « manuel » ou « K » (3 valeurs possibles pour chacune d’elles). Cela demande une certaine expérience, mais on peut dans ce cas s’aider d’une charte de blanc (une simple feuille de papier blanc fera l’affaire, quoique, pour certains papiers, les traitements aux azurants optiques peuvent modifier la réalité et ainsi tromper le capteur).

 

Pour opérer ainsi (sur le Pentax K-5) :

  • Avec le « trèfle » (bouton de navigation), choisir « balance des blancs » puis « manuel » puis un des 3 choix possibles
  • Vous obtenez l’écran suivant (ici avec le choix 1):

Balance des Blancs manuel1

  • Un appui sur la touche droite vous positionne sur l’écran de réglage :

Balance des Blancs manuel2

Vous pouvez alors choisir à votre guise votre réglage en combinant Vert (G), Bleu (B), Ambre (A) et Magenta (M).

 

Si vous opérez à partir d’une feuille blanche ou d’une partie blanche d’un objet, il suffit de viser la feuille ou l’objet en question puis de presser le déclencheur à fond : aucune image n’est enregistrée, mais le réglage est, lui, mémorisé. Dans l’hypothèse où le déclenchement serait impossible dans ces conditions, passez en mode de mise au point « MF » (manuel).

La sélection de la zone à retenir s’obtient par action sur la molette arrière.

 

Pour de plus amples informations sur ce réglage, se  reporter au guide d’utilisation :

  • pour le Pentax K-5, pages 232 et suivantes
  • pour le Pentax K-3, pages 58 et suivantes

 

L’influence de l’éclairage sur la BdB

Voici quelques images, réalisées en intérieur, avec un Pentax K-3, pour illustrer l’influence de l’éclairage. Aucun traitement autre que recadrage et redimensionnement n’a été effectué.

Les paramètres de prise de vue sont les suivants (pour toutes les images) :

Objectif : zoom Pentax DA* 16-50mm à 34mm – f :11 – Iso 800 – Appareil sur pied, déclenchement au moyen de la télécommande Pentax O-RC1
Réglage sur l’APN :Avec éclairage (lampe basse consommation)
équivalent à une lampe à incandescence

Sans éclairage
Bdb AutoK3A_auto_AHPK3A_auto_SHP
BdB OmbreK3C_Ombre_AHPK3C_Ombre_SHP
BdB NuageuxK3D_Nuageux_AHPK3D_Nuageux_SHP
BdB TunsgtèneK3I_Tungstene_AHPK3I_Tungstene_SHP
BdB FlashK3J_Flash_AHPK3J_Flash_SHP
BdB CTEK3K_CTE_AHPK3K_CTE_SHP

Notez bien qu’aucune de ces images n’est satisfaisante : celle qui se rapproche le plus de la réalité est celle en BdB Auto sans éclairage. Il aurait quand même été utile de lui appliquer quelques post-traitements pour en faire une image TECHNIQUEMENT correcte.

 

Comment remédier à une erreur de BdB

Qui ne s’est jamais trompé dans ses réglages ? Qui n’a jamais shooté en extérieur par beau temps en ayant conservé par inadvertance un réglage inadapté, par exemple pour une BdB « Tungstène » ?

Ce sont des choses qui arrivent ! Mais, si, comme on vous le dit régulièrement, vous avez shooté en RAW, un peu de post-traitement dans votre logiciel favori de traitement d’image permettra facilement de rattraper l’erreur : il suffira alors de choisir une BdB adaptée aux circonstances de la prise de vue. Vous pourrez même peaufiner l’image en modifiant la température de couleur selon vos goûts : attention, cependant, à rester raisonnable pour un rendu réaliste : pousser les curseurs « à fond » n’est que très rarement une bonne idée.

En revanche, on vous déconseillera d’agir sur la photo en format JPG : certes, vous allez, dans le cas précédent, éliminer une bonne partie de la dominante bleue engendrée par le réglage « Tungstène », mais, comme toute action de post-traitement sur des JPG, vous allez aussi dégrader la qualité de l’image.

Un exemple pour illustrer le propos, dans le logiciel ACDSee Ultimate 8 © :

(photo réalisée en intérieur, sans flash, en « Lumière du jour ») :

Image initiale : on voit que la balance des blancs d’affichage est « telle que prise » (autrement dit réglage de l’APN), Température de couleur 5500 K

ACDSee1a

 

Les choix de BdB proposés :

Les autres choix possibles : « Auto », « Ensoleillé », « Nuageux », « Ombre », « Tungstène », « Fluorescent », « Flash » et « Personnaliser ».

ACDSee2a

En choisissant « Auto », le logiciel abaisse automatiquement la température de couleur à 4990 K :

ACDSee3a

La différence est nettement visible et affecte le rendu de l’image.

 

 

Ce qu’il faut retenir…

C’est que la balance des blancs est un élément primordial de la qualité finale d’une photo. Il est possible, dans une grande majorité de cas, de faire confiance aux automatismes de l’APN (BdB auto). Mais tout photographe exigeant aimera sans doute régler lui-même ce paramètre en fonction de ses goûts et surtout du rendu final qu’il désire obtenir. Dans ce cas, deux solutions :

  • régler manuellement la BdB avant la prise de vue, ce qui nécessite une bonne expérience et, souvent, l’utilisation d’une charte de blancs (ou de gris)
  • agir en post-traitement : dans ce cas, les moins expérimentés devront garder à l’esprit que plus on augmente le nombre de kelvin, plus on « refroidit » la température de couleur et que, bien entendu, plus on diminue ce nombre, plus on « réchauffe » la température de couleur.

 

Dans tous les cas de figure, acquérir de l’expérience par une pratique régulière et attentive est une nécessité absolue.

 

 

(*) Petit rappel : le kelvin (pas de majuscule, mais symbolisé K !), du nom de William Thomson, Lord Kelvin, est l’unité de température thermodynamique du Système International. La température de 0 K est égale à −273°C (très exactement -273,15) et correspond au zéro absolu. Par conséquent, il n’existe pas de température négative exprimée en kelvin. A noter qu’on ne dit pas « degré Kelvin » et qu’on n’écrit pas davantage « ° K », le kelvin n’étant pas une mesure relative mais absolue (il ne fait pas référence, par exemple, à la température de gel de l’eau (0°C) comme le degré celsius).

L’échelle kelvin usuelle va de 1 000 à 22 000 K. En photographie, l’amplitude réellement utilisée est bien plus réduite.