Tout occupé à mettre en valeur son sujet, le photographe en oublie souvent l’environnement dudit sujet et surtout son arrière-plan. Pouvez-vous affirmer sans risque d’erreur que vos arrières plans ont toujours été adaptés au sujet photographié ? Si vous répondez affirmativement, cet article n’est pas fait pour vous. Sinon… eh bien vous y trouverez peut-être quelques idées pour améliorer vos images.

 

 

L’importance de l’arrière-plan

Nous n’évoquerons, dans la suite de cet article, que les arrières plans en général. En macro, mais pas seulement, on parle souvent de « bokeh » et on l’assimile à l’arrière-plan. Le bokeh (terme d’origine japonaise) constitue un sujet à lui tout seul. Il ne concerne que le flou de l’arrière-plan. Nous ne l’aborderons pas vraiment ici, même si certains points pourront y faire penser. En revanche, il fera l’objet d’un prochain article.

 

Pourquoi un bon arrière-plan est-il important ? Tout simplement parce qu’il doit mettre en valeur le sujet. Il ne doit pas, en quelque sorte, le « phagocyter », il ne doit pas détourner inutilement le regard du lecteur.

Mais il peut aussi donner au lecteur des indications : par exemple pour situer le lieu dans lequel se situe le sujet. Ainsi, lorsque vous faites un portrait en plan pas trop serré et qu’à l’arrière on aperçoit, même floue, une partie de la Tour Eiffel, le lecteur en déduira, avec de bonnes chances de ne pas se tromper, que la scène se situait à Paris. On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Bien entendu, cela ne peut fonctionner qu’avec des éléments que tout un chacun a dans ses références. Quelqu’un qui n’aurait jamais entendu parler de la Tour Eiffel aurait sans doute du mal à situer l’environnement de la personne photographiée !

Arrière plan identifiant la ville

Arrière-plan identifiant la ville

 

S’il est choisi judicieusement, l’arrière-plan aura un impact positif sur le sujet photographié. Mais, dans le cas contraire, il peut aussi gâcher la photo. C’est pourquoi, au moment de déclencher, il est nécessaire de vérifier aussi ce qui existe ou ce qui se passe à l’arrière du sujet principal.

 

 

Ce qui constitue l’arrière-plan

« Ce qui existe » est relativement facile à contrôler : tout photographe un peu soigneux ne se concentre pas uniquement sur le sujet, mais aussi sur son environnement, dont fait partie l’arrière-plan. Il peut ainsi vérifier qu’il n’interférera pas avec l’harmonie attendue de son image. Sinon, il lui suffirait sans doute de changer son angle de vue (voir notre article) pour rétablir un cadre convenable.

 

 

Les mouvements en arrière-plan

Mais nous disons aussi « ce qui se passe ». Cela signifie qu’il est parfois nécessaire de prévoir tout ce qui peut se passer à l’arrière du sujet : mouvements de personnes ou d’animaux, par exemple. Si vous photographiez de jeunes mariés en forêt sans prendre garde à ce qui se passe, il serait fâcheux de voir ensuite, sur l’écran, en arrière-plan, deux chiens en train de jouer à la « bête à deux dos ». Ne riez pas, c’est déjà arrivé ! Quand on a tout bien préparé (attitude du sujet, pied photo, accessoires divers,…), il est nécessaire de faire attention à ce que ce travail ne soit pas bêtement mis à bas par un arrière-plan soudain devenu gênant. Les cinéastes en ont bien conscience : il est nécessaire que les photographes soient dans la même attitude à cet égard.

 

 

L’arrière-plan universel

Inutile de tergiverser : un arrière-plan universel n’existe pas. On pourrait croire que tout fond uni est utilisable. Or, il n’en est rien ! Cela supposerait, en effet, que l’image ne comporte que deux plans : le sujet et ce qui se situe en arrière du sujet. Ce serait une vision simpliste de la photographie.

 

 

Le paysage

En paysage, cela ne marche pas ! Ou, en tous cas, pas souvent. Tout photographe de paysage veillera, bien sûr, à ce que rien, dans le contenu de l’image, ne vienne gâcher la vision qu’il a de cette image. Mais, généralement, cela se situe plutôt à l’avant-plan qu’à l’arrière-plan. Il existe assez rarement un arrière-plan en photo de paysage. Et s’il existait, il faudrait, bien sûr, faire en sorte soit de l’intégrer au paysage, soit, s’il était disgracieux, de l’éliminer en prenant un angle différent.

 

 

Le portrait

Cela constitue un sujet à lui tout seul, et un sujet très important. On sait qu’en portrait, le sujet, c’est le modèle. C’est lui qui doit être mis en valeur. On mesure ainsi tout de suite l’importance d’un arrière-plan sobre et surtout harmonieux. Le but est, encore une fois, de ne pas, d’une part, détourner le regard du futur lecteur de la photo et, d’autre part, de ne pas gâcher l’harmonie modèle/environnement.

 

 

La photo de rue

Dans ce domaine, les arrières plans sont souvent chargés d’éléments divers, hétéroclites. Le souci principal est d’éviter que certains de ces éléments n’entrent « en conflit » avec le sujet de la photo. Il n’est pas possible de donner d’indication générale unique, tellement les situations peuvent s’avérer diverses. Dans ces situations, il faut avoir l’esprit en éveil pour déceler instantanément ce qui pourrait contrarier ce que l’on souhaite montrer. Il est par exemple nécessaire d’éviter les taches claires (voire surexposées), ou, de nuit, des enseignes très lumineuses, qui, inévitablement, détourneront le regard au détriment du sujet principal. Bien sûr, on pourrait penser à noyer les éléments indésirables dans un flou faisant ainsi ressortir le sujet. Mais chacun comprendra que, dans la rue, ce n’est pas toujours possible. Reste ensuite la possibilité de « bidouiller » en Post-Traitement, bien sûr. Mais on sait aussi que c’est à la prise de vue que se construit l’image, pas en post production.

 

"A contre-courant". La grue sur la droite vient quelque peu gâcher la prise de vue.

« A contre-courant ». La grue sur la droite vient quelque peu gâcher la prise de vue.

Dans l’image ci-dessus, le photographe n’a pas pris garde à la grue à droite. Il est certes possible de la faire disparaître en post-traitement. Mais un cadrage mieux « réfléchi » et anticipé aurait évité de l’inclure dans le champ.

Il est extrêmement compliqué, sinon impossible, de donner des recettes toutes faites pour tous les domaines de la photo. Mais tout photographe doit constamment être conscient qu’il existe une infinité d’arrières plans possibles, mais qu’ils ne sont pas tous interchangeables. Il faut, chaque fois, penser à ce qui pourrait améliorer l’image et ce qui, à coup sûr, viendra la gâcher.

 

 

Comment choisir un arrière-plan

Nous venons de le dire : répondre à cette question n’est pas chose aisée. Tout dépend, en effet, du sujet que l’on photographie.

 

 

Un arrière-plan en macro

Par définition, en macro, le sujet est petit, mais on veut lui faire prendre la plus grande partie de l’espace dans la photo. Ce n’est pas forcément très judicieux dans tous les cas. Par conséquent, il faudra veiller à ce que le fond soit aussi discret et fondu que possible. Pour y parvenir, des solutions existent : elles font appel aux fondamentaux de ce type de photo : grande ouverture, faible distance de mise au point, faible profondeur de champ (en tous cas, profondeur de champ juste nécessaire).

Cela peut compliquer l’exercice, selon le sujet, mais c’est indispensable quand on ne veut pas, par exemple, photographier le papillon net tout le buisson en arrière-plan. Ainsi fondu, l’arrière-plan valorisera le sujet au lieu de minimiser son importance.

Arrière plan chargé (à éviter !)

Arrière-plan chargé (à éviter !)

 

Arrière plan par opposition de couleurs

Arrière-plan par opposition de couleurs

 

Un arrière-plan en photo de studio

C’est un domaine où le photographe pourra le mieux maîtriser sa prise de vue : les éclairages sont prévus, ainsi que les fonds unis de couleur (ou sans couleur dominante). Reste seulement à savoir les utiliser. Mais si l’on opère dans un environnement plus varié, alors se posera le même problème que pour les autres types de photo : il faudra absolument faire attention à tout ce qui se trouve en arrière-plan.

 

 

D’autres moyens pour un arrière-plan harmonieux

 

Le matériel utilisé

Un des premiers moyens, c’est le choix de votre matériel. Pas le choix du boîtier, car aucun d’eux n’interdit d’avoir de beaux arrières plans. C’est plutôt du choix de l’objectif qu’il est question. Avoir l’objectif adapté à ce que l’on veut faire est primordial : il est extrêmement rare de réaliser de beaux fonds flous, en macro, en utilisant un ultra grand-angle et en fermant le diaphragme à f/11. C’est la même chose en photo de portrait. Et de plus, les UGA introduisent souvent des déformations très désagréables : ils nécessitent une bonne pratique préalable pour être utilisés à bon escient.

Une longue focale peut aussi, selon le cas de figure, vous permettre d’isoler le sujet du fond, lequel apparaîtra alors très secondaire et, souvent, très flou.

 

Une autre manière de créer un arrière-plan agréable pour votre photo est d’utiliser un zoom. Si, en effet, vous ne pouvez pas changer facilement d’angle de vue pour obtenir un arrière-plan convenable, changer de longueur focale peut vous permettre d’intégrer ou d’exclure certains éléments de cet arrière-plan.

 

 

Les paramètres de prise de vue

D’une façon plus générale, on peut aussi agir sur l’exposition et/ou sur le contraste : si le sujet est clair, il peut, dans certains cas, être judicieux de l’insérer dans un arrière-plan plus sombre et vice versa. Attention toutefois à observer une certaine harmonie : il n’est pas ici question de créer des contrastes violents. C’est d’ailleurs pourquoi il faudra éviter, selon le cas, les taches claires qui pourraient détourner le regard du sujet principal.

Arrière plan par contraste de lumière

Arrière-plan par contraste de lumière

 

L’éclairage peut lui aussi vous permettre de « créer » artificiellement un arrière-plan, par exemple en générant des ombres portées. L’utilisation d’un flash peut y aider, mais attention à bien maîtriser l’intensité et la direction de la lumière.

 

 

Chaque cas est un cas particulier, mais chaque cas (ou presque) peut aussi recevoir une solution satisfaisante. Si vous n’y parvenez pas, posez-vous une question simple : ma photo, dans cet environnement, est-il indispensable que je la fasse ? En corollaire, vous vous poserez sans doute LA bonne question, celle qui résoudra le problème du moment. La photo est certes faite d’instantanéité, mais aussi – et même surtout, dirons-nous – de réflexion : tout se prépare et seule une pratique assidue vous permettra d’acquérir l’expérience nécessaire.