Le terme de « possibilités hors normes » d’un appareil photo peut être discuté, sinon discutable. Qu’est-ce que la norme ? Grosso modo ce que font tous les appareils ou presque tous. Or Pentax nous a depuis très longtemps habitués à des possibilités pas forcément très répandues, sur le segment reflex FF particulièrement. Quelles sont-elles, ces possibilités ?

 

 

L’utilisation des objectifs sans aucune liaison avec le boîtier

Celle utilisation exige tout d’abord de programmer l’utilisation possible de la bague des objectifs autrement qu’en position A. Pour cela dans le MENU, en C -4-26, il faut choisir la position 2 -autoriser. Ce qui rend possible le déclenchement lorsque la bague de diaphragme n’est pas en position A, ou bien tout simplement l’utilisation des objectifs ayant une bague de diaphragme sans position A.

Avec ces objectifs, votre boîtier vous demandera également de lui indiquer la focale de votre objectif, pour permettre au SR d’utiliser le bon algorithme. Ces objectifs se partagent en plusieurs sous-catégories.

 

 

Les objectifs sans aucune liaison mécanique ou électrique

Ce sont principalement les anciens vissants de ø39mm (les plus anciens) ou ø42mm (les un peu moins anciens). Avec eux, le K-1 fonctionne en ouverture réelle à tous les modes et avec tous les paramétrages disponibles sur le boîtier. Le plus commode est quand même de choisir le mode Av, puisqu’en affichant un diaphragme manuellement, vous vous placez en situation de priorité au diaphragme, c’est-à-dire Av. Dans la pratique, si vous voulez utiliser une ouverture de la PO à 4,5/5,6 vous pouvez cadrer à cette ouverture et déclencher. Votre photo sera bien exposée, la vitesse étant choisie par le boîtier en fonction du diaph. Si vous voulez travailler plus fermé, il vous faudra viser à la PO et diaphragmer juste avant de déclencher, à l’ancienne.

Certains objectifs sont munis de 2 bagues de diaph : une bague crantée pour fixer son ouverture, une bague libre pour fermer le diaph à la valeur prédéterminée. Cette bague permet d’ailleurs d’ailleurs une infinité d’ouvertures selon où l’on arrête de « visser ». Si vous avez un objectif à bague unique, il vous faudra : Soit : 1 -cadrer, 2-fermer le diaph à la valeur choisie, 3 -refaire le cadrage. Soit fermer le diaph en comptant les clics du crantage de la bague des diaphs. Cela exige de connaître bien ses objectifs. C’est une astuce qui marche et que j’ai personnellement utilisée avec bonheur (*). Mais le bonheur (**) procuré par les objectifs à diaphragme synchronisé est d’une autre nature.

Dans les deux cas, cette pratique est, pour ceux qui ont commencé la photo après 1990, une sorte de punition, pas vraiment compensée par le fait que ce soit un héritage de la visée télémétrique, sans aucun lien entre le diaph et la visée.

Cela permet de comprendre mieux (si c’était nécessaire) pourquoi les objectifs synchronisés se sont généralisés, puis après eux, le réglage du diaphragme par le boîtier !

 

 

Les objectifs de type M ou K

Ces derniers comportent une liaison mécanique assurant la synchronisation du diaphragme avec le boîtier. Avec eux, il faut passer le boîtier en mode M et presser le bouton vert qui ferme le diaph à la valeur affichée et mesure la lumière en la mémorisant. Vous pouvez alors déclencher. C’est évidemment rageant de ne pas pouvoir travailler comme avec les objectifs totalement « inertes », mais c’est comme ça. À noter pour le fun (?) : dans les 2 cas le diaph F n’est pas affiché dans le viseur, ni sur l’écran arrière. Mais il apparaît dans certains EXIFs ! De là à penser qu’il pourrait apparaître sur l’écran arrière, après prise de vue, il n’y a qu’un tout petit pas…

 

 

Les objectifs de type A

Ils comportent une bague de diaphragme avec une position A permettant de piloter le diaphragme depuis le boîtier, ou depuis la bague de diaph. Seule cette dernière catégorie d’objectifs manuels permet l’affichage du diaphragme dans le viseur et sur l’écran arrière. Les deux premières n’affichent que F— .

Exemples d’objectifs vissants 42 ou type M

2,8/50mm de Carl Zeiss Jena Ø42

2,8/50mm de Carl Zeiss Jena Ø42

 

smc Pentax M2,5/200mm

smc Pentax M2, 5/200mm K

 

 

L’utilisation avec une bague allonge, ou un TC *** sans liaison électrique

Elle correspond d’assez près au premier cas des objectifs sans liaison. C’est-à-dire que le boîtier prend en compte automatiquement la perte de lumière (réduite) due à la bague allonge. La manipulation est similaire à celle d’un objectif seul. L’ajout de la bague allonge en fait un objectif macro avec des agrandissements assez énormes. Plus la focale de l’objectif est courte, plus le grandissement est fort. En outre l’ensemble étant plus long et le poids placé plus loin du boîtier, l’équilibre de l’ensemble est nettement modifié.

Attention, l’usage d’une bague allonge confère à un objectif des propriétés macro, mais ne modifie pas sa focale. Comme l’ensemble ne renseigne plus le boîtier, il faut entrer à l’allumage la focale de l’objectif. Cela dit, le SR ne sera pas très utile, car l’utilisation d’un tube allonge, même court, rend l’usage d’un pied pratiquement obligatoire. La zone de Profondeur de Champ devient rapidement tellement courte que la moindre imprécision est fatale à la photo.

Le marché des bagues allonge, comme celui des TC n’a jamais été très large, étant donné les contraintes d’utilisation évoquées ci-dessus. La complexité grandissante de leur fabrication avec multiplication des automatismes, et la nécessité de transmettre des données de plus en plus nombreuses de l’objectif au boîtier et du boîtier à l’objectif n’ont rien arrangé. L’arrivée du numérique d’abord, la vague des zooms à focales longues ou très longues (150-450 ; 150-600…) ensuite ont achevé le processus. Les bagues allonges et même les TC sont devenus des articles rares, voire exotiques. Il n’est même pas certain qu’il y ait encore de la production de tels articles en dehors de la Chine.

Jeu de bagues allonge K made in RPC - côté boîtier

Jeu de bagues allonge K made in RPC – côté boîtier

 

Jeu de bagues allonge K made in RPC - côté objectif

Jeu de bagues allonge K made in RPC – côté objectif

 

Nota : Un vieux TC, inutilisé parce que pas très bon optiquement peut devenir une excellente bague allonge en enlevant le bloc optique. Ce qui n’est jamais très difficile mécaniquement. Pour parfaire le résultat, il peut être nécessaire de donner quelques coups de peinture noire mate sur les parties métalliques rendues visibles par la suppression du bloc optique. Les aérosols noir mat font très bien l’affaire.

La possibilité de travailler en ouverture réelle du K-1 est donc un élément simplifiant majeur. Le paradoxe du flagship Pentax est que cet appareil très sophistiqué peut aussi travailler très efficacement dans des configurations, disons, frustes. Ainsi, malgré ce qui s’est dit ou écrit ici ou là sur la capacité de son AF à faire son job dans certaines conditions de lumière, l’assistance de mise au point assurée par l’AF fonctionne parfaitement avec un tube allonge monté derrière un objectif ouvrant à F:2,8, jusqu’à F:8 en lumière diurne moyenne.

Le bilan de ces utilisations particulières est assez simple en ce qui concerne le K-1, c’est la facilité pratique. Cette facilité ne va bien sûr pas jusqu’à rendre automatiques des objectifs ou accessoires totalement manuels, ni transformer des objectifs Canon, Leica, Nikon ou autres -par ordre alphabétique- compatibles avec un boîtier Pentax.

(*) ici au sens de avec succès    (**) ici au sens plus courant de plaisir.   *** multiplicateur de focale

 

 

L’utilisation de l’écran arrière articulé du K-1

Ce système permet d’incliner l’écran vers le haut ou le bas à 45°, à gauche ou à droite à 40°. En sortant l’écran de la platine intermédiaire, grâce à la charnière supérieure, on peut amener l’écran à l’horizontale (à 90°) derrière le viseur. Ce qui permet, tout en contrôlant son cadrage, de shooter au-dessus de sa tête, bras tendus, dans une foule par exemple. Et aussi de shooter discrètement sur les côtés. Ou enfin de cadrer comme avec un Rolleiflex, à hauteur de ceinture, ou au ras du sol. Des quantités de positions intermédiaires sont bien sûr possibles, qui permettent de shooter dans plus ou moins toutes les postures, c’est-à-dire dans plus ou moins toutes les situations. Le K-1 n’est pas le seul boîtier avec écran orientable du marché FF, ses possibilités d’utilisation sont simplement réellement hors normes. Ben sûr tout cela n’est possible qu’en usant du Live View.

 

K-1 - écran horizontal

K-1 – écran horizontal (on voit bien la platine intermédiaire)

 

 

Le Live View

Le Live View n’est peut-être pas le cœur de cible de Pentax, mais celui-ci fait bien son job. Le paramétrage de ses modes se fait dans le Menu en    -1 AF détection de contraste. Les réglages concernent :

  1. Contraste AF, offre 5 choix, symbolisés par des images
  • Détection des visages – le boîtier choisit le visage principal, pour Æ et EF, et l’affiche en jaune.
  • Anticipation – des mouvements du sujet choisit et ne lie pas le déclenchement à la mise au point.
  • Points AF multiples – même principe que le choix des collimateurs en visée « classique ».
  • Sélectionner – la zone de mise au point se détermine en fonction des pixels.
  • Spot – zone de mise au point centrée

2- Contours netteté. Accentue les contours du sujet choisi pour faciliter la vérification de la MAP.

3- Options AF contraste. Permets de choisir entre

  • priorité à la mise au point
  • et priorité au déclenchement.

En soi, le Live View du K-1 n’a rien d’exceptionnel, mais avec l’écran orientable, il est un outil très opérationnel, pour peu qu’on l’ait un peu pratiqué. Nous ne parlons ici que de son Usage photographique.

 

 

L’utilisation du Crop

Cette possibilité, que Pentax n’est pas seul à offrir, présente quand même une spécificité hors norme : le format 1:1. Présent sur le « boîtier de présérie » que certains heureux privilégiés parisiens parisiens ont pu manipuler à la boutique Images Photo Pentax permettait le format carré 1:1. Ce format avait disparu des boîtiers de série. Et le firmware 1.30 l’a réintroduit. Pour le plus grand bonheur de certains d’entre nous, qui préférons shooter carré plutôt que croper en PT, recadrer en post traitement, pour s’exprimer (presque) en français. Outre le format carré et tout son charme (voir l’article consacré à ce format), le 1:1 permet aussi d’utiliser certains bons zooms DA, comme le 50-135, sans vignetage. Il n’y a pas de petits profits.

 

 

L’utilisation du double slot

Ce point peut paraître ici saugrenu. Que vient donc faire le double slot dans les « hors-norme » ?

Juste un petit passage furtif. Pour ceux que le numérique a rapprochés/réconciliés avec le noir et blanc. Pour ceux qui aiment faire du N&B direct et pas de la désaturation/décoloration en PT. Comme pour le format et le recadrage. Pour ceux qui veulent faire du N&B direct, mais aiment bien le RAW, le K-1 permet ce mix paradoxal. Paradoxal, parce que le boîtier lit bien les RAW en N&B, mais Lr, Shop et les autres, lisent très rapidement les RAW pour ce qu’ils sont, c’est à dire des fichiers couleur. Très vite, en quelques portions de secondes, les fichiers RAW « NB » se colorent. Ce qui signifie qu’il faut les décolorer.

La solution peut passer par le RAW+ qui donne un N&B direct sur la SD 2. Et laisse la possibilité de post-traiter le RAW correspondant si l’on veut. Ou même de mettre en parallèle les 2 clichés dans certains cas. Personnellement, en N&B, le fait que le JPEG ne soit qu’un 8 bits et pas un 14 comme le RAW ne me gêne pas. Pas plus que la qualité des JPEG produits par les boîtiers, K-5, K-3 ou K-1.

Mais ce n’est qu’un avis personnel.

 

N&B direct sur slot2 - K-1 en mode RAW+ et UserN&B

N&B direct sur slot2 – K-1 en mode RAW+ et User N&B

 

Même cliché en RAW sur slot1; Seulement recadrée légèrement en PT.

Même cliché en RAW sur slot1 ; Seulement recadrée légèrement en PT.

 

 

Le viseur

Ce n’est pas la première chose que l’on regarde quand on prend en mains le K-1 la première fois, mais quand on y met l’œil, le viseur du K-1 impressionne par sa taille. Il est immense. Et très lumineux. On est englouti par le viseur. Il abrite sans difficulté un certain nombre d’aides à la visée qui n’empiètent pas sur cette visée. Par exemple les deux horizons artificiels à la verticale à droite et à l’horizontale en bas. On a aussi 3 variantes de cadres qui remplacent des dépolis interchangeables : viseur nu, cadres entourant les collimateurs, diagonales et tiers.

Viseur du K-1

Viseur du K-1

 

Pour la première fois sur un reflex numérique Pentax, le K-1 propose une superposition LCD dans le viseur. Les avantages sont nombreux, ils vont de l’affichage plus clair des points AF à une certaine personnalisation des informations utiles à la prise de prise de vue (*).

Tous ces réglages sont font dans le menu C-2-9

Tous ces réglages sont font dans le menu C-2-9

 

Certes, ce n’est pas une révolution par rapport à ce qu’ont pu faire les concurrents, mais pour Pentax, ça l’est. Et c’est rudement efficace.

Tout cela est gravé de façon très fine, ce qui donne une plus grande précision des collimateurs et ne gêne pas la visibilité, pour les diagonales et tiers. Cet affichage « dynamique », grâce à l’utilisation de la couche LCD, permet un suivi de l’AF plus facile et plus confortable. Le collimateur qui accroche la MAP devient plus grand. En outre, par faible lumière, toute la couche LCD s’éclaire en rouge.

Seuls les cadres du format sont épais, délimitant bien les limites du cadrage dans le viseur. Ces cadres au format APS-C ou 1:1 (24×24) apparaissent automatiquement selon les objectifs DA ou FA et DFA qui parlent avec le boîtier en mode Auto ou manuellement par choix du photographe à l’aide de la molette secondaire Smart. Ces cadres permettent en outre de voir ce qui va arriver dans le cadre sans utiliser l’autre œil.

Enfin l’affichage des réglages, maintenant traditionnel, garde sa place en bas du viseur. Il est très complet, bien visible et lisible ; mais ne gêne pas la visée.

Affichage des réglages dans le viseur

Cet affichage regroupe 18 indications. Nous n’allons pas vous en imposer la liste ici (**). Sachez seulement qu’en utilisation courante il en indique entre 8 et 10, les plus importantes bien entendu. Ainsi dans mon viseur j’ai :  la vitesse – le diaph  – le SR – la compensation d’exposition et sa valeur – le régime ISO – le format de fichier – les ISO effectifs. La MAP accrochée et l’AE mémorisé ne s’affichent qu’une fois le déclencheur pressé à mi-course. Les autres indications n’apparaissent qu’en cas de besoin. Par exemple MF s’allume quand on passe en MF ou qu’on monte un objectif manuel. Dans ce cas le symbole mesure AE centrale pondérée (ci-dessus) s’allume aussi.

Pour rendre justice au K-1, il aurait fallu parler du viseur en entrée d’article. C’est en effet une des spécificités hors-norme du flagship de Pentax. Ce viseur est réellement exceptionnel, ne serait-ce que par le confort qu’il apporte à la prise de vue. Elle est quand même le moment clef de l’acte photographique, le passage obligé entre l’intention du photographe et le résultat qu’il produit. C’est une caractéristique fondamentale de tout appareil photo.

 

(**) Cette liste est consultable page 19 du mode d’emploi, mais également sur le site Pentax où l’on peut télécharger le mode d’emploi du K-1 sans avoir besoin de présenter une facture.