Camille Lepage, photoreporter

Camille Lepage est née le 28 janvier 1988 à Angers dans le Maine et Loire.

Les débuts

Passionnée de photo journalisme très jeune, Camille Lepage part étudier cette « discipline » en Angleterre à l’université de Southampton. Elle poursuivra ensuite aux Pays-Bas par le programme Erasmus. Elle fait ensuite un stage comme rédactrice à Rue 89, (voir aussi l’article ). Lors d’un second stage, en Egypte, elle découvre toute la dimension de la crise au Soudan. Elle va s’y installer comme journaliste multicarte dans l’idée de faire un reportage de fond sur ce pays méconnu par l’Occident.

Dans sa lettre de motivation au studio Hans Lucas elle parle de sa volonté de faire connaître le Sud Soudan qui vient d’être créé, et de « couvrir » ces régions ignorées.

Cette approche lui permettra de gagner la confiance de la population locale, de trouver des sources d’information sur place.

Le Sud-Soudan

Elle trouve un emploi au journal The Citizen (le plus grand journal de Djouba, capitale du Soudan du sud) et va s’installer au Kordofan du Sud, à proximité des zones de combats, en particulier des Monts Nouba (ou Noubas). Au cours d’un passage en France pour la noël 2012, elle protestera dans un quotidien français contre le silence obstiné de la presse au sujet des bombardements des Monts Nouba qui touchent les populations civiles et les réduisent à la famine.

 

Suite à ses articles sur les Monts Nouba, elle trouve un emploi dans un journal ougandais et en septembre 2013 elle part s’installer en République Centrafricaine …où vient d’éclater la guerre civile.

La RCA

Son travail révèle la réalité de la vie des populations civiles. Ce qui permet à Camille Lepage de se faire repérer par les médias de Guinée, Burkina et RCA, et ensuite par les grandes instances de presse internationales comme Reuters, Associated Press, l’AFP, la BBC, Wall Street Journal, Guardian, Sunday Times, Washington Post, Le Monde, La Croix …

Amnisty International, Médecins sans frontières la font travailler et lui fournissent … un gilet pare-balles. Ses confrères locaux découvrent l’intérêt d’avoir sur place une professionnelle engagée dans un travail de fond, sur le long terme et surtout qui connait bien les codes nécessaires à la réussite de la photo en Afrique : courtoisie, humour, bonne distance physique et acceptation du possible refus d’être photographié.

A la fin de 2013, l’ONU confie à la France l’Opération Sangaris.

L’opération Sangaris

Cette intervention a lieu dans un contexte extrêmement complexe de guerre civile entre les « Séléka », milices à majorité musulmane, qui soutenaient le pouvoir en place entre mars 2013 et janvier 2014 et les « anti-balaka » opposés aux précédents, dont une des composantes est également musulmane… Ces milices sont autant tribales que communautaires et … visiblement incontrôlées. Et pas faciles à comprendre pour les militaires extérieurs engagés sur place.

Les menaces contre les journalistes

Le début de l’intervention Sangaris coïncide avec l’apparition de pressions et de menaces locales envers les journalistes. Le 29 avril deux journalistes centrafricains sont attaqués à leur domicile. Ils décéderont dans les jours qui suivent. En décembre Camille Lepage s’était plainte à Reporters Sans Frontières de ces menaces. Les militaires français de Sangaris lui signalent peu après leur arrivée en RCA qu’elle prend beaucoup de risques. Au même moment elle est primée par Pictures of the Year International !

L’embuscade et la mort de Camille Lepage

Le 12 mai, elle se rend à moto vers le Cameroun avec d’autres journalistes. Elle est dans la queue du convoi sous escorte d’éléments anti-balakas. Elle est tuée d’une balle dans la tête. Le détail de l’engagement montre que c’est une embuscade ciblée.

En effet les agresseurs ont laissé passer le début du convoi. Ils n’ont ouvert le feu que sur la fin du convoi où se trouvait la photographe. Le convoi compte cinq morts. La tête du convoi fait demi-tour et engage le combat avec les agresseurs. Ils laissent 6 morts sur le terrain. Ce sont des Sélékas.

Corinne Lepage aura droit à un hommage officiel de la Présidence de la République le 10 septembre 2016. Mais la commission d’enquête sur sa mort n’a toujours pas déposé ses conclusions presque 5 ans après… Ce qui donne à penser que la France n’a pas une très forte motivation à éclaircir les circonstances de la mort de la photojournaliste.

Après sa mort, certains reporters ont fait remarquer que l’investissement très important des photo-reporters comme Camille Lepage mériterait une meilleure reconnaissance par les médias. Ceux-ci attendent de choisir les meilleures photos proposées, sans avoir passé de commandes.

La profession critique de plus en plus ce système. Car il exerce une forme de pression qui pousse à la prise de risque. Camille Lepage avait déploré dans une interview que sa couverture soit dépendante de l’agenda des médias. Autre conséquence, de cette pratique : le manque de moyens, la journaliste voyageant en moto, à pied ou dans de vieux taxis.