À sa fondation en 1703 par Pierre Ier (le Grand) la ville a été baptisée Sankt Petersburg. Pendant la Première guerre mondiale, elle a été rebaptisée Petrograd, pour la « dégermaniser » et lever le soupçon de collusion de l’impératrice, d’origine allemande, avec l’Allemagne du Kaiser, son cousin. Après la mort de Lénine, elle a été rebaptisée Leningrad. Enfin après l’effondrement de l’URSS une consultation de la population a décidé de lui rendre son nom d’origine, Saint Petersbourg. Mais depuis longtemps, quel qu’ait été son nom officiel, les habitants l’ont toujours appelée Piter. Et actuellement les différents noms sont restés attachés à différentes entités administratives de la ville ou de la région. Laquelle région se nomme toujours « Région de Leningrad », le quartier nord du centre-ville se nomme Pétrogradskaïa Starana (le coté de Petrograd). Tout cela ne gêne personne, tout le monde se retrouve dans Piter.

Ces quatre jours passés à Peterbourg n’étaient pas pour moi une découverte. J’y avais fait de nombreux séjours une trentaine d’années auparavant. Mais mon voyage à Moscou à la bascule de 2017-2018 (voir ) m’avait prémuni contre le possible choc.

Piter a toujours été une ville magique, pleine d’un charme – au sens fort du terme – que les écrivains russes eux-mêmes n’ont jamais réussi à élucider.

 

Saint Petersbourg, une ville magique et vivante

Ces retrouvailles n’ont pas fait exception. Première impression positive qui prédispose bien : quand nous arrivons de Paris, il fait beau. Deuxième impression positive : le taxi que nous décidons de prendre à l’aéroport de Poulkovo nous emmène tous les trois à notre hôtel du centre-ville pour 20 €. Le chauffeur est sympa, il explique que 15 jours auparavant il a pas mal neigé, que la neige a tenu une semaine, puis qu’une semaine de redoux l’a fait disparaître. Toutes les voitures sont munies de pneus généreusement cloutés que l’on entend crisser sur l’asphalte. Après avoir un peu tourné dans les arrière-cours, avec l’aide très empathique d’un habitant du quartier, nous trouvons l’entrée (discrète) de notre « hostel » (hôtel très bon marché avec une majorité de dortoirs, type auberge de jeunesse, affilié à l’organisation worldwide hostelworld.com)

Jardin d'enfants dans dans une cour intérieure rue Lomonossov. Vue depuis une des fenêtres e notre chambre d'hôtel.

Jardin d’enfants dans une cour intérieure rue Lomonossov. Vue depuis une des fenêtres de notre chambre d’hôtel.

 

Nous nous installons, trouvons nos marques. Et très vite nous prenons le chemin de la grande artère centrale de Piter, la Perspective Nevsky. C’est à 10-15 minutes à pied. Nous sommes dimanche, il est 18 heures. Sur le chemin je me retrouve en terre connue, chez moi, dans une ville qu’il y a très longtemps j’ai très vite aimée.

Arrivée sur le Nevsky : étonnement. Les larges trottoirs des deux côtés sont pleins d’une foule impressionnante, de jeunes gens surtout. De petits orchestres jouent sans prétention, mais plutôt bien, certains passants dansent. Au milieu des passants se faufilent des trottinettes. La chaussée est pleine de voitures, des Allemandes, des Japonaises, et même une Maserati customisée tonitruante, mais très peu de Lada. Et des motos, des vélos. Qu’est-ce qui peut bien expliquer une pareille foule ? Une question posée à deux jeunes femmes m’a donné la réponse : « Tout le monde fête l’arrivée du beau temps ! » Tout simplement. Il est vrai que cette arrivée du beau temps coïncide avec l’allongement des jours et que cela revêt à Piter une importance fondamentale. L’hiver dans cette ville de 5 millions d’habitants signifie peu de lumière…

Peterbourg - La perspective Nevsky le soir.

Peterbourg – La perspective Nevsky le soir.

 

Peterbourg - La perspective Nevsky le soir-2

Peterbourg – La perspective Nevsky le soir-2

 

Orchestre sur le Nevsky le soir du 15-04 en soirée.

Orchestre sur le Nevsky le soir du 15-04.

 

Peterbourg - La perspective Nevsky le soir-3

Peterbourg – La perspective Nevsky le soir-3

 

Peterbourg - Sur le quai de la Néva le soir.

Peterbourg – Sur le quai de la Néva le soir.

 

Sur le quai de l'Hermitage, le dimanche 15 au soir.

Sur le quai de l’Hermitage, le dimanche 15 au soir.

 

Peterbourg a été fondée il y a 300 ans par Pierre le Grand (on le saura !). La ville a été construite sur une période assez courte, celle de l’art baroque, puis classique, avec une unité de style architectural exceptionnel, sur un terrain marécageux rigoureusement plat. Le delta de la Néva a été doté de canaux qui permettent le drainage. Cela a donné une ville traversée de cours d’eau : La Fontanka, la Moïka, le canal Griboïedov, le canal Obvodniy, le canal Krioukov, la Karpovka, la Smolenka et bien sûr les bras de la Néva : la Grande Néva, la Petite Néva, la Grande Névka, la Moyenne Névka et la Petite Névka.

Peterbourg - Plan du centre ville historique.

Peterbourg – Plan du centre-ville historique.

 

Dans toute la partie centrale, historique, de la ville, aucun immeuble ne dépasse 4 étages. Des étages de 5 mètres, certes, seulement 4. Seules les églises dépassent cette hauteur. Mais elles sont nombreuses. Les palais aussi sont nombreux. Le plus célèbre d’entre eux est bien sûr le Palais d’Hiver, plus connu sous le nom d’Hermitage. C’est un des grands musées du monde, qui s’est encore agrandi récemment par l’adjonction du bâtiment de l’État Major général, qui borde la place devant le Palais d’hiver.

Peterbourg - Le Palais d'hiver en arrivant depuis Nevsky.

Peterbourg – Le Palais d’hiver en arrivant depuis Nevsky.

 

Le Palais d'hiver la nuit.

Le Palais d’hiver la nuit.

 

Un orchestre sur la place du Palais.

Un orchestre sur la place du Palais.

 

Le palais d'hiver (Hermitage) et la place du Palais sous la pluie.

Le palais d’hiver (Hermitage) et la place du Palais sous la pluie.

 

Saint Petersbourg, une ville à la personnalité forte

Pratiquement tout le centre-ville a été restauré, en surface en tous cas. Aux abords du centre un certain nombre d’immeubles ont été reconstruits, dans un style architectural que se fond dans celui homogène de la ville. Qui ne tranche pas de manière choquante avec celui-ci. Malgré les plaintes récurrentes des habitants sur le manque de financement pour faire évoluer la ville, elle est hérissée de chantiers de rénovation de monuments, ou de constructions neuves. Piter présente un mélange subtil de conservation d’elle-même, d’évolution progressive et d’audace dans cette évolution.

 

Peterbourg - Immeubles récents rue Lomonossov.

Peterbourg – Immeubles récents rue Lomonossov.

 

Reste intangible la silhouette basse de la ville, ramassée sur les berges de la Néva. Cette silhouette horizontale est le plus souvent enveloppée de brume, tout habillée de gris bleuté, mystérieuse dans sa ouate. De cette longue silhouette tassée sur elle-même émerge la flèche de Petropavka, l’église Pierre et Paul dans la forteresse du même nom. Ou bien le dôme de Saint Isaac ou encore les bulbes de l’église du couvent Smolny. Et tout cela peut aussi étinceler sous le soleil. La ville prend alors une apparence moins mystérieuse, mais plus proche des ors des églises orthodoxes. La latitude des villes de la Russie du nord, particulièrement celle de Peterbourg, donne par beau temps des ciels d’un bleu profond que l’on ne trouve en France qu’en altitude dans les massifs montagneux.

 

La forteresse Pierre et Paul et la flèche de la cathédrale éponyme, où sont enterrés les Romanov.

La forteresse Pierre et Paul et la flèche de la cathédrale éponyme, où sont enterrés les Romanov.

 

La cathédrale du couvent Smolny.

La cathédrale du couvent Smolny.

 

La Moïka à la hauteur de la Nouvelle Hollande. Au fond le dôme de St Isaac.

La Moïka à la hauteur de la Nouvelle Hollande. Au fond le dôme de St Isaac.

 

Toute la ville est tissée de la présence littéraire des plus grandes œuvres des plus grands écrivains russes : les cafés en sous-sol de « Crime et Châtiment » de Dostoïevski », l’Opéra de « Eugène Onéguine », la statue de Pierre le Grand du « Cavalier de bronze » de Pouchkine, la cathédrale de Kazan du « Nez » de Gogol, Petrogradskaïa Starana de « L’Hyperboloïde de l’ingénieur Garine » de Alexis Tolstoï, les croisements de passants de « Peterbourg » de Biély… Évidemment ces présences littéraires ne parlent pas forcément à tout le monde, elles sont néanmoins indissociables de cette ville. Elles forment son tissu, sa particularité depuis sa naissance, indépendamment des régimes politiques.

Cette spécificité se voit dans le retour d’enseignes commerciales du XIXème siècle sans passéisme sensible, allié à la continuité modernisée de l’activité commerciale de l’époque soviétique (le magasin Singer par exemple, voir ci-dessous), ou les programmes de cinémas sur le Nevsky. Elle se voit aussi dans une sorte de retenue face à l’évolution actuelle, sans pour autant la renier, mais sans s’y jeter à corps perdu comme Moscou a tendance à le faire. Cette différence-opposition entre les deux villes n’est d’ailleurs pas nouvelle.

 

Boutique Singer à l'angle Nevsky-Moïka

Boutique Singer à l’angle Nevsky-Moïka

 

Elle a repris son nom d’origine, est restée librairie, a acquis un rayon papeterie et s’est modernisée. Synthèse rare. Tout à fait Piter…

Cela donne une ville où l’on rencontre plus de restaurants de toutes sortes, de street food ou plus chers, de natures diverses, des « Stolovaïa N° 1 », des « Teremoks » de crêpes, des « Tipas » de wraps, aux restaurants géorgiens abordables, japonais, libanais, ou bien aux restaurants russes à enseigne de pirates, etc.… et relativement peu de MacDo. Cela donne une ville où le métro est signalé par un logo spécifique. (voir photo ci-dessous). Ce métro est très beau, mais comme le reste, avec une sorte de retenue. Son réseau est assez peu dense à cause du plan de la ville et de la nature du sous-sol.

Peterbourg - métro Admiraltéïskaya. Remarquez le symbole M spécifique à la ville.

Peterbourg – métro Admiraltéïskaya. Remarquez le symbole M spécifique à la ville.

 

Métro - correspondance ligne 5 - ligne 2

Métro – correspondance ligne 5 – ligne 2

 

Peterbourg - un groupe d'élèves de 5ème dans le métro. Les scolaires sont les mêmes dans tous les pays du monde !

Peterbourg – un groupe d’élèves de 5ème dans le métro. Les scolaires sont les mêmes dans tous les pays du monde !

 

Peterbourg - Station Maïakovskaya

Peterbourg – Station Maïakovskaya

 

Bien sûr quatre jours sont un minimum limite pour faire connaissance avec cette ville riche d’un passé vivant mais pas endormie. Cette brièveté exclut les visites des palais extérieurs à la ville comme Tsarskoïe Selo ou Peterhof, dont les fontaines ne fonctionnent qu’à partir de la dernière semaine d’avril.

Mais mieux vaut peu que rien pour se frotter à cette ville incontournable.

 

Galerie

 

Le pont Lomonossov sur la Fontanka.

Le pont Lomonossov sur la Fontanka.

 

Peterbourg - Quai de la Fontanka le soir.

Peterbourg – Quai de la Fontanka le soir.

 

Un des quatre chevaux de Klodt sur le pont Anitchkov.

Un des quatre chevaux de Klodt sur le pont Anitchkov.

 

Peterbourg - Avenue de Moscou

Peterbourg – Avenue de Moscou

 

L'église catholique Sainte Catherine, sur le Nevsky.

L’église catholique Sainte Catherine, sur le Nevsky.

 

L'Hermitage - détail de l'angle ouest.

L’Hermitage – détail de l’angle ouest.

 

Intérieur de l'Hermitage - grand escalier.

Intérieur de l’Hermitage – grand escalier.

 

A l'intérieur de l'Hermitage, les salles elles-mêmes sont autant objets d'admiration que les œuvres accrochées.

À l’intérieur de l’Hermitage, les salles elles-mêmes sont autant objets d’admiration que les œuvres accrochées.

 

La vierge à l'enfant de Leonardo da Vinci. Et toujours la richesse des salles...

La vierge à l’enfant de Leonardo da Vinci. Et toujours la richesse des salles…

 

Un des amphithéâtres de l'aile nouvelle du Musée de l'Hermitage, l' Etat Major Général, amménagé en 2014.

Un des amphithéâtres de l’aile nouvelle du Musée de l’Hermitage, l’État Major général, aménagé en 2014.

 

La grille centrale du Palais d'Hiver, rendu centrale par le film d'Eisenstein "Octobre".

La grille centrale du Palais d’Hiver, rendu centrale par le film d’Eisenstein « Octobre ».

 

La cathédrale Pierre et Paul, prosaïquement.

La cathédrale Pierre et Paul, prosaïquement.

 

La cathédrale Pierre et Paul.

La cathédrale Pierre et Paul.

 

La cathédrale Smolny, joyau baroque. On peut monter dans le clocher de droite (à 65m de hauteur) la vue est grandiose.

La cathédrale Smolny, joyau baroque. On peut monter dans le clocher de droite (à 65 m de hauteur) la vue est grandiose.

 

Vue du clocher de Smolny. (sud est)

Vue du clocher de Smolny. (sud-est)

 

Vue plein ouest depuis le clocher de Smolny. Au fond la tour Gasprom, bâtie sur le front de mer hors de la ville historique. Elle est très controversée; autant pour des raisons politiques qu'esthétiques.

Vue plein ouest depuis le clocher de Smolny. Au fond la tour Gasprom, bâtie sur le front de mer hors de la ville historique. Elle est très controversée ; autant pour des raisons politiques qu’esthétiques.

 

La cathédrale sur le sang, bâtie là où Alexandre II a été tué par une bombe. Vue partielle.

La cathédrale sur le sang, bâtie là où Alexandre II a été tué par une bombe. Vue partielle.

 

Vue intérieure de Saint Isaac.

Vue intérieure de Saint Isaac.

 

L'église Saint Nicolas des marins.

L’église Saint Nicolas des marins.

 

Eglise Notre Dame de Vladimir, près des stations de métro Vladimirskaya et Dostoïevskaya.

Église Notre Dame de Vladimir, près des stations de métro Vladimirskaya et Dostoïevskaya.

 

Avenue Souvorov, dans la partie est du centre ville.

Avenue Souvorov, dans la partie est du centre-ville.

 

Sur le trottoir, avenue Zagorodniy.

Sur le trottoir, avenue Zagorodniy.

 

 

Crédit photographique : Valia ©