Quand on se rend en Provence, on roule ou vole longuement vers Aix-Marseille. Et c’est seulement sur la fin du chemin que l’on choisit l’une ou l’autre des destinations, qui ne sont séparées que de 28 km. Enfin en avion…

Ces deux villes Aix-en-Provence et Marseille ont en commun une origine ancienne.

 

 

Aix-en-Provence

Est une vieille ville qui date de l’Antiquité. Aquae Sextiae, c’est son nom en latin, a été créée en 122 avant J.C par une garnison romaine. C’est une source d’eau thermale chaude qui est à l’origine de ce nom.

Sur les hauteurs de la ville se trouve un oppidum celto-ligure antérieur à cette date. Mais on ne connaît pas son nom…

 

La cuvette d’Aix

La ville s’est développée dans une large cuvette qui borde les rives d’une petite rivière : l’Arc. Ce qui fait que pratiquement aucune rue n’est plate dans la ville. Mais aucune n’est en pente raide non plus. La ville, construite sur l’emplacement du camp romain, s’est ensuite étendue vers le sud, au Moyen-Age, par un lacis de rues tortueuses, de petites ruelles et de passages sous les immeubles. L’une de ces rues s’appelle « Esquiche-coudes » (*1). On peut en toucher les murs sans vraiment tendre les bras… Dans certains quartiers on peut (on pouvait) entrer dans une maison et, en passant d’un escalier à l’autre par des coursives, ressortir une rue plus loin… À condition de pouvoir pénétrer dans l’immeuble et de connaître le labyrinthe.

A la limite sud de cette partie de la ville s’étend le cours Mirabeau, planté de deux rangées de majestueux platanes et bordé d’hôtels particuliers nobles du côté du quartier « cardinal ». Ce quartier, bâti au XVIIIe siècle est coupé de rues rectilignes parallèles et perpendiculaires, bordées d’hôtels particuliers de même standing, construits en pierre de Rognes, avec un bâtiment d’apparat, une cour intérieure arborée et ornée d’une fontaine et les communs avec écuries et garages à carrosses donnant sur la rue suivante… Cet ensemble historique est truffé d’églises romanes, gothiques, baroques, souvent surmontées de campaniles, et de couvents. Cela donne à Aix une allure particulière, muséale. Cette partie historique de la ville était ceinte de murs, aujourd’hui remplacés par un boulevard circulaire, à l’extérieur duquel s’étend la ville moderne. Cette extension s’est fortement accélérée à partir des années 80. Des 80 000 habitants d’alors elle est passée à 145 000 actuellement.

Aix - la rue Espariat

Aix – La rue Espariat

 

Aix - la place des Augustins, devenue une terrasse de café(s)

Aix – La place des Augustins, devenue une terrasse de café(s)

 

 

Aix et ses couleurs

Aix est surtout séduisante et connue pour ses couleurs, ocre clair de la pierre de Rognes, calcaire local tendre, constellé de coquillages, jaune, ocre moyen et brun clair des crépis des façades, oranges de tuiles provençales, couleurs de l’eau des nombreuses fontaines qui parsèment la ville.

Aix - la place d'Albertas. Les pavés en galets de la Durance sont d'origine.Aix - la place d'Albertas. Les pavés en galets de la Durance sont d'origine.

Aix – La place d’Albertas. Les pavés en galets de la Durance sont d’origine.

 

Aix - Le plafond de la Librairie de Provence, située sur le cours Mirabeau

Aix – Le plafond de la Librairie de Provence, située sur le cours Mirabeau

 

Aix - l'Hôtel de Caumont devenu musée- l'escalier monumental.

Aix – Quartier Cardinal : l’Hôtel de Caumont devenu musée- l’escalier monumental.

 

Aix - L'hôtel de Caumont, façade arrière.

Aix – L’hôtel de Caumont, façade arrière.

 

Et puis, et puis la montagne Sainte Victoire, célébrée par Cézanne, connue dans le monde entier. Aix est une ville que l’on peut arpenter longtemps, sans se lasser des courbes de ses ruelles tortueuses, de ses façades irrégulières, ou bien rectilignes et ornementées, des entrées monumentales des hôtels particuliers, des cours intérieures, plantées de figuiers, agrémentées de fontaines, bien sûr. J’ai vécu 24 ans à Aix, et je ne me suis jamais lassé de ses ruelles, de ses placettes, de ses monuments, de ses fontaines, de ses terrasses de café, de son art de vivre dehors, de préférence à l’ombre, de sa cuisine méditerranéenne… Je les ai dessinés et photographiés sans relâche…

La Sainte Victoire

La Sainte Victoire

 

Aix - la rue Paul Bert et le beffroi de la Mairie

Aix – La rue Paul Bert et le beffroi de la Mairie

 

Aix-place de Mairie - alternativement marché et terrasses de cafés

Aix – Place de Mairie – Alternativement marché et terrasses de cafés

 

Aix - le marché de la place Richelme

Aix – Le marché de la place Richelme

 

 

Aix et le pays d’Aix

Le charme d’Aix et du pays d’Aix ce sont aussi des villages comme Vauvenargues où a vécu Picasso de 1958 à 1961 et où il est enterré. Ou Meyragues, dominé par un château qui abrite un hôtel-restaurant exceptionnellement bien situé, non loin de La Roque-d’Anthéron, dont le festival de musique attire des musiciens et un public venus du monde entier, tout comme celui d’Aix. C’est aussi le Tholonet, tapi dans un creux sur la route qui mène à la Sainte Victoire, où, sur fond de pavillon du XVIIIe, se donnent en plein air certaines pièces théâtrales et musicales du Festival d’Aix. Du même Tholonet part le vignoble de Palette, qui compte une quarantaine de cépages, dont certains n’existent plus que là et qui donnent un vin tout aussi rare. On ne peut pas citer tous ces villages, souvent perchés, où sur la place, autour d’une fontaine se serrent quelques platanes et les tables d’un café.

Aix -Vauvenargues - le château où est enterré Picasso.

Aix – Vauvenargues – Le château où est enterré Picasso.

 

Pour en rajouter encore dans le charme, Aix a rénové ou bâti ces 25 dernières années, dans une zone autrefois manufacturière proche du centre, un théâtre régional, un centre de danse contemporaine, le Carré Noir, inauguré en 2006, dirigé par le chorégraphe de renom international Angelin Preljocaj.

 

 

La rivalité Aix-Marseille

Très tôt Aix a été la capitale de la Provence. C’est là que se trouvait le centre du pouvoir judiciaire de la Région, L’Archevêché, l’Université ancienne de Droit et de Lettres, et plus tard le Rectorat, tête de l’Académie Aix-Marseille. Aix était la ville bourgeoise, riche. Celle qui se réclame de Mirabeau, de Zola, de Cézanne. Marseille était un port, riche certes, mais peuplé de prolétaires, réfugiés de tous les coins de Méditerranée. De là est née une sourde, mais tenace rivalité entre les deux villes.

 

 

Marseille

Que tout le monde connaît sans la connaître vraiment, est une ville encore plus ancienne qu’Aix. Fondée en 600 avant J.C. par des Grecs de Phocée. Massalia est la plus ancienne ville de France. C’est avant tout un port ouvert sur le monde méditerranéen. Tout le reste de Marseille en découle.

C’est une ville cosmopolite, parce que l’on y arrive du monde entier. À un certain moment de l’histoire, le monde méditerranéen était LE monde. C’est une ville riche parce qu’il y a les armateurs. C’est une ville pauvre parce qu’il y a des marins, des dockers et… des migrants, grecs, italiens, espagnols, juifs, arméniens, libanais, algériens, tunisiens, marocains, africains… Et Marseille reflète cette variété dans son tissu urbain.

Marseille - la vieux port et la ville

Marseille – Le vieux port et la ville

 

Marseille - le vieux port et Notre Dame de la Garde, "la Bonne Mère".

Marseille – Le vieux port et Notre Dame de la Garde, « la Bonne Mère ».

 

Marseille - Place Castellane

Marseille – Place Castellane

 

 

Quartiers populaires ou quartiers chics ?

Elle a ses quartiers populaires et ses quartiers chics. Construite dans une baie entourée de chaînes de montagnes, elle est très vallonnée, sauf au bord de l’eau, de l’Estaque et la Joliette et, en passant par le vieux port, jusqu’à la corniche. Tout le reste de la ville est en pente, plus ou moins douce, avec des escaliers de ci de là.

Marseille- le quartier du Panier

Marseille – Le quartier du Panier

 

Marseille - le Panier, escalier passant sous un immeuble

Marseille – Le Panier, escalier passant sous un immeuble

 

Personnellement, je connais mieux Aix que Marseille. Mais j’essaie de rattraper le temps perdu ces 20 dernières années depuis que j’ai lu la Trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo (Total khéops – Chourmo – Solea), polars dont l’action se passe à Marseille. En dépit de sa réputation de ville populaire, voire malfamée, Marseille est la ville de France qui compte le plus de théâtres par habitant.

Ce qui me fait « descendre » à Marseille, ce sont ses quartiers populaires, en pleine rénovation pour certains comme le Panier, devenu un attrait touristique, mais qui garde tout son charme, la « largeur » des rues, les pentes et les angles qu’elles forment ne permettant pratiquement pas les voitures. Dans le même coin, les anciens docks maritimes ont été réhabilités en locaux d’entreprises, en boutique, en restaurants, en théâtres…

Marseille - Le panier, fleurs et linge...

Marseille – Le panier, fleurs et linge…

 

Marseille - Une place récente quartier du Panier

Marseille – Une place récente quartier du Panier

 

Marseille - Ruelle dans le Panier

Marseille – ruelle dans le Panier

 

Tout près du Panier, face à la mer se dresse le MUCEM, Musée des cultures du monde méditerranéen, superbe réalisation architecturale qui voisine sans complexe avec « La major ».

Marseille - La Major (fin XIXe)

Marseille – La Major (fin XIXe)

 

Marseille - le MUCEM

Marseille – le MUCEM

 

Le MUCEM - détail

Le MUCEM – détail

 

 

 

Marseille et ses lieux emblématiques

Autre lieu emblématique de Marseille : la Corniche, qui depuis le Club des Nageurs de Marseille, pépinière de champions et de médaillés olympiques, en passant par Endoume, le Roucas Blanc, conduit jusqu’au David, au rond-point de Prado.

Marseille - les Iles face au CNM et à Endoume

Marseille – les Îles face au CNM et à Endoume

 

Marseille - la Corniche et les Goudes

Marseille – la Corniche et les Goudes

 

Ce que j’aime encore à Marseille, c’est la présence quasi permanente de la Mer. Quand on est dans les quartiers d’où l’on ne voit plus la mer, on a l’impression de respirer moins bien. Vous parlerai-je du Vieux-Port, des forts qui en gardent l’entrée, Saint Nicolas et Saint Jean ? Du fort Saint Jean on peut passer directement au MUCEM. Comme Aix, Marseille a ses endroits satellites qu’il ne faut pas manquer : d’un côté, Cassis et la route de la Gineste, pour s’y rendre par la côte. Cette route est à consommer à vitesse modérée. Entre Marseille et Cassis des calanques fantastiques:  Frioul, Sormiou, Morgiou, Sugiton, En Vau, Port Miou, dont certaines ne sont accessibles que par la mer. De l’autre Carry le Rouet et sa superbe plage, et un peu plus loin Martigues, que l’on a surnommé la Venise provençale, et que je comparerais plutôt à Burano.

 

Calanques du Frioul entre Marseille et Cassis

Calanques du Frioul entre Marseille et Cassis

 

 

Aix-Marseille

Désormais, les deux villes sont moins dissemblables, moins opposées. Elles restent différentes, mais tout aussi séduisantes. Avec un point commun : elles méritent autant de temps pour être explorées.

Attention, sauf en hiver, toutes les deux ne sont pas à photographier entre 10h30 et 16-17 h si vous ne voulez pas vous battre avec les contrastes violents, les éclairages zénithaux qui écrasent le relief et les couleurs. Si vous y « descendez » en voiture ou en louez une sur place, ayez présent à l’esprit que, sorti des villes et des autoroutes, vous entrez dans le pays des petites routes sinueuses, avec le type de conduite que cela signifie. Soyez prêts à vous arrêter à la moindre occasion (avec toutes les précautions d’usage). Les points de vue superbes s’offrent à chaque virage, à chaque trouée de végétation ! Vous ferez l’editing plus tard. N’oubliez surtout pas que pour profiter de ce pays, il faut prendre son temps, savourer le moment présent (et le rosé – je ne suis pas fan de pastis).

Et ne pas regarder sa montre.

 

 

Côté matériel

Objectifs à emporter : la triade classique, c’est à dire :

  • un grand-angle (de 20 mm à 35 mm, le 15-30 est une bonne option !)
  • une focale petit télé pour le street-portrait (autour de 100 mm)
  • un zoom range 70-200mm ou les DA* 200 ou 300 mm. Pour les détails de paysage, des portraits volés…

Mais pour votre confort, shootez léger.

 

NB 1. N’oubliez surtout pas vos pare-soleil !

NB 2. N’oubliez pas non plus vos papilles, pour les pizzas, l’anchoïade, les salades, le pistou, les poissons de roche, les petits farcis…

 

Crédit photographique Valia