Collectionner du matériel photographique

Collectionner des boitiers et des objectifs photo est une passion comme une autre. Certes ! Mais qui sait comment on nomme ces personnes qui collectionnent ce type d’objets ? Ce sont des iconomécanophiles. On peut d’ailleurs dire aussi mécaphotophile ou encore phosapparaphile. La différence ? Si ces deux derniers noms (respectivement 14 et 15 lettres) peuvent, quoiqu’avec difficulté, être posés sur une grille de scrabble (lignes et colonnes de 15 cases), il n’en va pas de même pour le mot le plus répandu (iconomécanophile) qui, avec ses 16 lettres, « dépasse le cadre ».

Nota : Nous parlons ici de « collectionneurs ». En matière de genre, la langue française ne connaît que le masculin et le féminin, jamais le neutre. Mais bien entendu, il existe tout autant de collectionneuses que de collectionneurs. Ce sont toutes ces personnes, femmes et hommes, qui sont regroupées ici sous ce terme de « collectionneurs », masculin pour la syntaxe mais neutre dans notre esprit. Avec un peu d’humour, on pourrait d’ailleurs affirmer que le masculin est souvent bien neutre. N’est-ce pas, Mesdames ?

Pourquoi collectionner ?

On n’explique pas une passion : on la constate (chez ses semblables) ou on la pratique. Après tout, certains collectionnent bien des timbres-poste, d’autres des cartes postales, d’autres encore les objets de toutes sortes représentant des éléphants. Ou d’autres thèmes aussi divers que variés. Alors, pourquoi pas des appareils photo ou des objectifs ?

Cependant, cette passion, comme toutes les passions comporte un certain nombre de dangers, de difficultés, pas toujours faciles à surmonter !

Les dangers, ce sont tous ceux qui se rattachent à une addiction, quelle qu’elle soit. Parfois, quand elle est trop forte, elle tend à marginaliser celui (ou celle) qui en est « victime ». On peut en arriver à compromettre l’équilibre de vie, sur tous les plans : matériel, financier, affectif ; dans l’ordre ou le désordre, selon les personnes. Ce n’est pas inhérent à l’iconomécanophilie, mais consubstantiel à toutes les passions incontrôlées.

Nous parlons (un peu) de ces dangers, car ils ont tendance à affecter aussi l’entourage du collectionneur invétéré. Alors que les satisfactions dues à la passion, elles, ne concernent le plus souvent que le seul collectionneur. Il ne faut pas les ignorer pour autant.

Les difficultés, elles, touchent aux moyens nécessaires pour assouvir une passion. Il faut disposer d’espace pour la mise en valeur de la collection : des boîtiers photos sont plus grands et beaucoup plus lourds que des timbres-poste ! Il faut aussi des moyens financiers, parfois importants, pour acquérir des matériels rares sur le marché. A cet égard, la comparaison avec les timbres-poste ne tient plus : un timbre peut être beaucoup plus cher qu’un objectif ou un boîtier photo.

De gauche à droite et de haut en bas :

Boitier Honeyxell Pentax H1 (M42) – Objectif Zenitar 2.8/135 (M42) – Boîtier Pentax Me Super (K)

Industar 3.5/50 (M42) – Vivitar 3.5/200 (M42) – Helios 44K-4 2/58 (M42)

Le point de démarrage de la passion

Il est difficile à déterminer, surtout quand on n’est pas soi-même atteint de « collectionnite aigüe ». Et, d’ailleurs, on devrait plutôt parler de « points » de démarrage, au pluriel, tant ils peuvent être nombreux et, surtout, variés.

Chaque personne désirant collectionner le fait un jour parce que cela lui apparaît comme une évidence. L’appétence pour la chose choisie peut se révéler soudainement et devenir irrésistible. Elle peut aussi être le fruit d’un cheminement intérieur plus ou moins long. Elle peut se baser sur l’esthétique – notion cependant relative – de la chose : tous les goûts existent dans la nature ! Même les plus mauvais, hélas ! Ou bien encore elle peut revêtir la forme d’un investissement qui lui-même peut être aussi bien financier que complètement désintéressé, « à fonds perdus ». Bref, bien souvent, il existe autant de points de départ de l’envie de collectionner que de collectionneurs. Difficile, par conséquent de s’en tenir à des généralités.

Collectionner du matériel photographique

Pour la rédaction de cet article, j’ai choisi d’interroger deux personnes de mes relations. Moi qui ne suis pas spécialement collectionneur, mais parfois un peu accumulateur, il me fallait comprendre un certain nombre des motivations de ces deux personnes. Pourquoi elles s’adonnaient avec autant d’assiduité à la collection d’appareils et d’objectifs photo, dans quels buts, avec quels moyens.

Ces personnes ne souhaitant pas voir ici leurs noms divulgués, je les nommerai « Dupont » et « Dubois ». Par pure convention, et appliquant les principes évoqués ci-avant, je ne parlerai de ces personnes qu’au masculin, donc de façon neutre. Chacun se reconnaîtra !

Petite précision : aucun des deux n’est photographe professionnel, aucun des deux n’a de fortune illimitée (façon élégante de dire que leurs moyens financiers comportent des limites).

Ce qui les réunit

Quel matériel collectionner ?

Si les motivations de l’un ne sont pas exactement celles de l’autre, il est compréhensible qu’elles recouvrent quelques points communs.

Chacun d’eux collectionne principalement du matériel de marque Pentax. Mais on commence rarement avec des objets de sa marque préférée. Bien souvent, avant les raisons de goût, il y a les raisons de coût. Et, dans ce domaine, les objets les moins chers sont souvent d’origine soviétique. Les boitiers Zenit et leurs objectifs Helios ont été et restent très populaires chez les collectionneurs. C’est d’ailleurs ainsi qu’a commencé la collection de « Dupont ». Il n’est pas seul dans ce cas. Ne trouve-t-on pas des spécialistes de ces objectifs ? Un des plus renommés, tant par sa collection que par la qualité des informations qu’il transmet, est bien sûr Pierre Tizien dont le site (ICI  ou encore ) est une mine d’or pour tous les collectionneurs d’objectifs de l’époque soviétique (mais pas seulement). Ceux qui, comme lui, partagent leur passion et leurs connaissances doivent être chaleureusement remerciés ! Même si l’on n’est pas véritablement collectionneur.

Hélios MC 44K-4 2/58mm – la lettre K indique qu’il est doté d’une baïonnette K (modèle initial)

 

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Le cheminement vers Pentax
Boitiers…

« Dupont » admet que c’est l’esthétique (au sens de l’harmonie des formes) des boîtiers de la marque Pentax qui l’a motivé. Et cela, depuis les débuts de la baïonnette K dans les années 1970. Pourquoi pas ? Il faut reconnaître aux boîtiers Pentax de l’époque argentique une certaine légèreté et une finesse de formes, associées à une ergonomie de haut niveau. Surtout si on compare à certains objets « concurrents » de la même époque. Il n’est pas interdit d’aimer cela ! Pour lui, l’envie de collectionner s’est déclenchée (terme adéquat en photo, non ?) avec les boîtiers métalliques. Puis, on se prend au jeu, et la collection s’étend alors à tous les boîtiers de la marque, même ceux dont le plastique (en fait le polycarbonate) est la matière prépondérante. Leur prix souvent plus modique est un argument supplémentaire.

A la condition essentielle, bien sûr, qu’ils soient dans un état parfait ou approchant la perfection.

… et objectifs

« Dubois », quant à lui, a suivi un chemin différent. Il est venu à la photo dans un monde qui n’était pas Pentax et n’a rejoint que tardivement cette marque, dans les années 2010. C’est donc très récent. Rappelons qu’à cette date, il existait déjà de bons numériques chez Pentax et tout particulièrement l’excellent, pour l’époque, K10D sorti en 2006. Démarrant avec des objectifs « de base », il s’est très vite aperçu que les capteurs acceptaient de moins en moins les « bas de gamme ». Toutefois, les très bons objectifs étant chers, quand on n’est pas fortuné, on les évite et on cherche d’autres solutions. C’est ainsi qu’il s’est tourné vers de bons objectifs destinés initialement à la photo argentique. Et, la possibilité de monter sur son boîtier des objectifs en monture à vis M42 s’est avérée une autre source possible de bons objectifs.

Pour autant, il ne néglige pas les boîtiers et, aujourd’hui encore, il aspire fortement à acquérir un Pentax SV ou le mythique LX.

 

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Le mythique Pentax LX

Ce qui les différencie

Certains collectionnent des objets en espérant donner une vraie valeur financière à la collection. Cela ne semble pas du tout être le cas ni de « Dupont », ni de « Dubois ». En tous cas, ce n’est pas leur but initial.

Il s’avère que l’un collectionne des boîtiers, si possible montés d’un objectif d’origine, quand l’autre a surtout cherché des objectifs, ce qui l’a conduit à acquérir dans le même temps des boîtiers anciens.  Mais le collectionneur de boîtiers en possède deux fois plus que le collectionneur d’objectifs ! Le résultat, allez-vous dire, est le même ? Eh bien non ! En tous cas pour le moment. Mais il se pourrait bien que des rapprochements (dans le comportement, hein !!!) soient constatés dans le futur : le côté « touche à tout » de « Dubois » pouvant facilement l’inciter à accorder une plus grande place aux boîtiers…

Esthétique

Indéniablement, « Dupont » collectionne pour l’esthétique des objets. Sa pratique photo s’exerce le plus souvent avec des boîtiers récents, même s’il lui arrive de leur adjoindre des objectifs anciens et parfois un peu « exotiques », ou en tous cas, des objectifs relativement peu répandus chez les amateurs de photo. Les « vieux » Spotmatic et autre AsahiFlex restent sagement dans leur vitrine. Il n’en sortent, semble-t-il, que pour leur entretien régulier.

L’Asahi Pentax Spotmatic

 

J’incline à penser que ce n’est pas du tout le même comportement chez « Dubois ». Non pas qu’il n’entretienne pas son matériel, au contraire ! Mais chez lui le côté « utilisation » semble l’emporter sur le côté « contemplation », si l’on peut s’exprimer ainsi. Et puis une reconversion professionnelle reste toujours possible.

Pratique photographique

La collection de « Dubois » semble s’être constituée peu à peu, presque à son corps défendant. C’est la recherche d’objectifs peu onéreux qui l’a conduit vers des boîtiers anciens. Constatons, à cet égard, que « Dubois » les utilise pour sa pratique argentique et donc qu’il privilégie les plus récents ou, si l’on préfère, les derniers fabriqués à l’époque argentique

Numérique ? Argentique ?

Une autre différence essentielle : alors que « Dupont » ne semble désormais intéressé que par la pratique de la photo numérique, « Dubois », lui, effectue un retour de plus en plus marqué vers la photo argentique. Quand on le connaît un peu, on peut avoir la « faiblesse » de penser que chez lui, c’est vraiment un goût prononcé pour cette technologie et non un effet de mode passager. Tant et si bien qu’il a même étendu sa pratique à des formats de films moins conventionnels que le traditionnel 24×36 : l’achat d’un Pentax 645 lui a donné l’opportunité de goûter au moyen format. Je le soupçonne cependant de penser très fortement à un moyen format numérique… dès que la fortune lui aura souri ! Alors commencera, pour lui, la recherche d’objectifs plus modernes, mais tellement plus chers ! Ce ne sera plus de la collection, mais un investissement pour une pratique différente.

Pour l’heure, posséder un mythique 67 (format 6×7) pour pouvoir explorer d’autres compositions est un rêve qui nécessite un important investissement. Il ne faut pas s’y méprendre : ce type d’appareil constitue réellement un investissement, pas seulement financier. Il nécessite un savoir-faire certain pour être exploité à hauteur de ses possibilités.

Pentax 6x7 (modifié plus tard 67) avec la fameuse poignée en bois naturel)
Pentax 6×7 (modifié plus tard 67) avec la fameuse poignée en bois naturel)

Où trouver les objets à collectionner ?

Il n’y a pas de réponse unique à cette question.

Des sites

« Dupont » affirme chercher les objets qu’il convoite sur des sites d’annonces ou des sites d’enchères en ligne. Tout amateur de collection les connaît bien ! Une plus grande sécurisation des transactions sur un site d’annonces bien connu lui permet d’envisager plus sereinement certains achats. Après, comme pour tout matériel d’occasion, on en trouve aussi un peu partout, y compris sur les forums dédiés à la pratique photo. Et parfois aussi, on peut hélas tomber sur du matériel volé et revendu par des gens peu scrupuleux. D’où la nécessité d’une grande prudence.

Brocantes et vide-greniers

« Dubois » a plus souvent « trouvé son bonheur » dans les brocantes et vide-greniers. Ce qui, tout habitué de la chose en conviendra, ne garantit absolument pas le résultat. Il faut un peu (beaucoup ?) de chance pour trouver des objets intéressant, que ce soit pour un collectionneur, ou pour un utilisateur régulier. Pourquoi ? Tout simplement parce que, trop souvent, des vendeurs ne sont pas très regardants sur l’état et l’entretien des objets qu’ils proposent à la vente. Dans ces endroits, on cherche des objets en état de fonctionnement ou, à tout le moins, dans un état esthétique assez correct pour les placer dans une vitrine. Nul besoin de ces objets pour s’en servir de presse-papier ! Mais force est de reconnaître que cela peut procurer aussi quelques bonnes surprises.

Site(s) remarquable(s) pour les collectionneurs

Un collectionneur, quelle que soit la nature de sa collection, a toujours besoin de précisions sur les objets accumulés. Chercher des informations à cet égard fait aussi partie du plaisir de collectionner. Internet est devenu au fil du temps un « endroit » où l’on peut trouver ces informations. A la condition essentielle, cependant, de faire preuve de circonspection. Car le faux y côtoie très souvent le vrai. A chacun de faire la part des choses. Et de vérifier, par recoupements éventuellement, la véracité de ces informations.

Pour notre part, en matière de matériel photo, nous recommandons l’excellent site « collection-appareils » développé par un passionné, Sylvain Halgand.

Il en existe d’autres, éventuellement plus spécialisés, mais celui-ci nous apparaît comme incontournable. Même s’il n’est pas à la pointe de la technologie informatique question esthétique (du reste, ce n’est pas ce qu’on lui demande !), il permettra à chacun de découvrir une multitude de marques et/ou de modèles disparus, le plus souvent avec des illustrations et une foule de renseçgnements. D’ailleurs, avec l’autorisation de son fondateur, nous avons utilisé quelques unes de ses images dans certains de nos articles passés.

Pour ceux qui lisent le russe ou le japonais, il existe d’autres sites dignes d’intérêt aussi. Et parfois, aux détours d’une vente aux enchères ou d’annonces ici ou là, on peut aussi trouver de la documentation papier très intéressante sur des matériels anciens. Ce n’est pas à négliger!

 

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