L’été, saison en principe chaude où l’on recherche l’ombre, la fraîcheur : en vacances, c’est l’occasion de visites « souterraines » et alors la tentation est grande de photographier dans les grottes et leur spectacle fascinant.

Mais comment faut-il s’y prendre ? A-t-on besoin d’un matériel « de compétition » ?

Avis aux lecteurs : une fois n’est pas coutume : la plupart des photos de ce dossier ne sont montrées que parce qu’elles illustrent assez bien les problèmes rencontrés en matière d’éclairage dans les grottes. Prises en JPG, toutes à main levée, elles n’ont été que très peu post-traitées.

 

Des autorisations

La première question à poser aux exploitants de la grotte est : « est-il autorisé d’y faire des photos ? »

Si la réponse est non, il n’y a rien d’autre à faire que se repaître du spectacle assez fascinant des stalactites et des stalagmites, voire des cours d’eau souterrains. Le tout, bien sûr, en appréciant la fraîcheur des lieux.

Si la réponse est positive, il faut alors demander les conditions dans lesquelles c’est autorisé. Par exemple, peut-on utiliser un pied ? La réponse à cette question est généralement négative, en raison des risques de chute que cela fait prendre aux autres visiteurs. Dans ce cas, il faudra faire avec (l’interdiction) et sans (le trépied). Mais sait-on jamais ? Si vous êtes justement le seul visiteur, peut-être aurez-vous cette autorisation ?

La deuxième question à poser est relative à l’autorisation (ou pas) d’utiliser un ou des flashes. Là encore, il faudra accepter la décision si elle est négative, cas le plus probable, mais moins probable que pour l’utilisation du trépied. Souvent, les flashes sont interdits car leurs éclairs perturbent les petits animaux tel le protée anguillard qui n’y résisteraient pas.

 

 

Des précautions dans les grottes

Certaines de ces précautions ne concernent pas uniquement le photographe, mais aussi tous les visiteurs de grottes.

Dans les grottes, la température est en été très nettement inférieure à celle de l’extérieur. De l’ordre, le plus souvent, de 12 à 14°C. Ce serait excellent pour la conservation du vin (l’humidité en moins), car elle reste stable tout au long de l’année. Mais nettement moins pour les personnes : le « choc » avec les 30°C de l’extérieur peut apparaître brutal. Alors, n’oubliez surtout pas de vous munir soit d’une « petite laine », soit d’un vêtement qui vous protégera du froid, mais aussi de l’eau qui peut goutter sur vous dans certains passages.

Le photographe Pentaxiste, lui, a beaucoup de chance : ses boîtiers sont généralement résistants (WR), ce qui n’est quand même pas une raison pour les « doucher » à toute occasion. Mais les objectifs ? Si possible, ayez avec vous des objectifs également WR (ou AW). Sinon le passage du chaud au froid puis du froid au chaud risque de leur occasionner quelques « suées » sous forme de condensation sur les lentilles. Prudence donc !

 

 

Côté matériel

Le trépied

S’il est autorisé, alors soyez extrêmement vigilant. Nous y reviendrons. S’il n’est pas autorisé, la question qui se pose est celle de l’objectif à utiliser, surtout si le flash lui-même est interdit.

 

 

La lumière

Par définition, dans les grottes, il y a peu de lumière et elle est artificielle. En plus elle n’est pas répartie pour faciliter la tâche des photographes, mais pour d’autres raisons bien plus pragmatiques : sécurité, éclairage des « points intéressants ».

Circonstance aggravante : dans certains cas, la lumière est allumée au passage des visiteurs et le temps du commentaire sur le point d’intérêt et… elle s’éteint dès que l’on passe à un autre endroit pour s’allumer sur ce nouvel endroit. Pas facile dans ces conditions, pour le photographe qui se laisse glisser à l’arrière du groupe, de shooter avec suffisamment de lumière, surtout si le flash est proscrit.

 

 

Les réglages de BdB (Balance des Blancs)

Qui dit lumière dit « balance des blancs ». Dans les grottes, c’est de la lumière artificielle, ne l’oublions pas. Il faudra donc de préférence en tenir compte pour régler la balance des blancs. Nous disons « de préférence » car d’une part le réglage « BdB auto » voire « multi-auto » sur certains boîtiers, rend bien des services, d’autre part, si vous shootez en RAW (recommandé !) le Post-Traitement permettra d’affiner le résultat ou de le corriger.

Ce n’est pas un point crucial, mais il garde tout de même un peu d’importance en fonction de ce que vous voulez rendre.

 

 

Quel boîtier ?

Sur PentaxKlub, nous parlons essentiellement de boîtiers reflex, parce que Pentax ne produit quasiment plus que des reflex. Si vous possédez un compact, vos possibilités seront limitées. Idem avec certains smartphones si vous ne pouvez pas, par exemple, adopter une sensibilité élevée. Avec un bridge (en voie de disparition), les possibilités sont déjà un peu meilleures. Mais c’est surtout avec les reflex et leurs réglages avancés que vous pourrez généralement obtenir les meilleurs résultats.

Si votre reflex Pentax est récent, il doit certainement accepter des sensibilités élevées de l’ordre de 1600 ou 3200 ISO. S’il « plafonne » à 400 ISO, ce sera plus difficile. Les boîtiers les plus récents, K-70, K-1, KP acceptent de monter en sensibilité sans trop dégrader le résultat. C’est un avantage certain, comme vous le verrez un peu plus loin.

 

 

Quel objectif

Focale fixe ?

Son choix découle souvent de ce que nous venons d’évoquer : la lumière. En l’absence de trépied et de flash, il faudra prévoir d’utiliser un objectif à grande ouverture. Non pas pour l’utiliser à sa plus grande ouverture (ou pas obligatoirement), mais surtout parce qu’un 50mm (par exemple) ouvrant au maximum à f:1.4, sera très probablement meilleur à f:3.5 qu’un zoom 28-105mm ouvert à f:3.5 qui constitue son ouverture maximale. C’est compréhensible, ne serait-ce que parce que la lumière, déjà relativement faible, a beaucoup moins de lentilles à traverser pour arriver au capteur. Pour l’exemple choisi :

  • le FA 50mm f:1.4 comporte 7 lentilles en 6 groupes
  • le DFA 28-105mm f:3.5-5.6 comporte 15 lentilles en 11 groupes

Ceci ne retire rien par ailleurs, aux qualités de l’un et de l’autre. Simplement, pour ces situations, l’un est mieux adapté que l’autre.

 

 

Zoom ?

Si toutefois vous voulez conserver la polyvalence d’un zoom – et c’est parfois bien agréable – alors, optez, si possible, pour un zoom à grande ouverture (f:2.8). Utilisé à f:4, il donnera de bons résultats si par ailleurs vous disposez d’un peu de savoir-faire.

Là comme ailleurs, tout est question de compromis. On fait avec ce que l’on a et on l’assume. Inutile cependant d’opter pour une focale trop longue. En général l’espace dans les grottes est assez réduit. Et, à moins de vouloir photographier un détail lointain, la longue focale est inutile.

Rappelons enfin que dans les grottes, l’humidité est omniprésente. Évitez, dès lors, les changements d’objectifs !

Photo réalisée avec un 18-55mm de modeste ouverture maximale. Une meilleure qualité aurait permis d’utiliser une plus grande ouverture… et un temps de pose plus court !

 

 

Comment se comporter dans les grottes

Les réglages du boîtier

Nous les avons déjà évoqués, mais nous pouvons y revenir plus en détail.

 

La balance des blancs

Choisissez soit « lumière artificielle », soit « auto » (ou, mieux, « multi-auto » si votre boîtier le permet) : cela convient à la majorité des situations. Mais vous pouvez assumer d’autres choix, en toute connaissance de cause, sachant que, si vous shootez en RAW, ce réglage pourra être affiné.

 

La sensibilité

En l’absence de flash, une haute sensibilité s’impose. En effet, le manque de lumière (et la mauvaise répartition « d’icelle ») rend nécessaires les hautes vitesses (ou, si l’on préfère, les courts temps de pose) pour éviter le flou de bougé. Pour compenser et parvenir à une exposition correcte, il faut donc une grande ouverture et/ou une sensibilité élevée. Si votre objectif n’ouvre pas suffisamment ou si vous avez besoin d’une plus grande profondeur de champ, il ne reste donc que la sensibilité pour parvenir à la bonne exposition. Avec cependant un inconvénient de taille : à haute sensibilité, le bruit numérique apparaît et vient dégrader quelque peu l’image. À vous de savoir ce que vous jugez acceptable et ce que vous pourrez corriger en Post-Traitement, en fonction de votre APN et des images qu’il vous fournira.

À titre purement indicatif, le KP ou le K-1 vous donneront des images parfaitement exploitables à 6400, voire 12800 ISO. Pour les autres boîtiers, il sera prudent de limiter à 1600 ou 3200 ISO. Toutefois, le meilleur compromis est toujours celui d’ISO aussi bas que possible tout en restant net. Seule l’expérience vous dira comment régler. Et rien de vous interdit de multiplier les prises avec des sensibilités différentes : le numérique, à cet égard, n’est pas très coûteux.

Le manque de recul malgré la courte focale du zoom (18mm) n’a pas permis de faire entrer le haut du sujet dans le cadre.

 

Ici, la présence des visiteurs, à droite, n’était pas essentielle : il eût mieux valu attendre quelques instants avant de déclencher.

 

Autofocus ou mise au point manuelle

C’est un point important : selon le boîtier et l’ouverture de l’objectif, l’autofocus fonctionnera correctement ou pas en basse lumière. C’est parfois aléatoire au-delà de f:4 ou f:5.6. Le manque de contraste et/ou de luminosité sur la scène en est la cause. La mise au point, que ce soit par AF ou en manuel, précède le déclenchement et l’ouverture du diaphragme. Dès lors vous avez compris que nous parlons d’ouverture MAXIMALE de l’objectif, et non de celle que vous avez choisie pour la prise de vue.

En pareil cas, optez pour la mise au point manuelle : il y a très peu de risque que les stalactites se mettent à bouger. Vraiment très peu ! Mais, bien entendu, cela demande un peu d’acuité de votre part, à moins d’opter pour des techniques telles que l’utilisation de l’hyperfocale pour s’assurer une bonne profondeur de champ, donc une zone de netteté aussi importante que possible.

 

La correction d’exposition

Ceci est valable si vous opérez dans l’un des modes automatiques ou semi-automatiques. En cas d’utilisation du mode manuel, vous en tiendrez forcément compte puisque vous réglez alors la totalité des paramètres.

Dans les grottes, il est souvent judicieux de corriger l’exposition. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne faut pas surexposer, mais sous-exposer, jusqu’à -2 IL. Pourquoi ? Parce que le calculateur de l’appareil va chercher à contrer le manque de lumière, et pour ce faire, il va avoir tendance à surexposer. Sous-exposer est donc le moyen de retrouver une exposition normale. Certes, on pourrait traiter ce point en Post-Traitement. Mais il est préférable (et formateur) de le faire dès la prise de vue. Si correction il doit y avoir par la suite, elle sera bien plus légère et moins susceptible de faire monter le bruit.

Les différences de luminosité ont trompé la cellule. Le spot et les autres visiteurs, à droite, auraient pu être évités.

 

 

Comment procéder ?

Nous partons du principe que vous ne disposez ni d’un flash ni d’un trépied et que vous visitez la grotte au sein d’un groupe, cas le plus fréquent. Vous connaissez les réglages nécessaires puisqu’ils sont explicités ci-avant. Mais pour la prise de vue elle-même ?

 

Calme et tranquillité

Évitez de shooter quand le groupe de visiteurs se déplace, et surtout si vous êtes placé au milieu « du flot ». Vous risquez en effet de vous faire bousculer. Conséquence logique : photo ratée, floue, etc., sans compter le risque d’endommager le matériel : les chemins dans les grottes n’ont pas la largeur des autoroutes ! Les parois sont parfois très proches et le sol cahoteux. Les risques de chute ou de perte d’équilibre ne sont pas tout à fait négligeables. À ce propos, vous remarquerez qu’il n’est pas rare de monter et descendre des escaliers parfois bien raides. Encore une fois, pas de risque, ni pour vous, ni pour les autres, ni pour le matériel : on s’abstient ! Sauf si l’on est tout seul, bien sûr !

Essayez de vous laisser glisser « en queue de peloton ». Ainsi, vous aurez entendu les explications du guide. Vous saurez donc quoi photographier, le cas échéant. Même si vous n’êtes pas obligé de vous limiter à ça. Et vérifiez qu’on n’éteint pas la lumière à ce moment-là !

 

Encore des accessoires

Vous n’avez pas de trépied, on le sait, mais vous pouvez avoir un « bean bag », un sac rempli de haricots secs ou de riz. Vous pourrez donc lui trouver un point d’appui et lui-même servira de point d’appui à votre APN. Pas de « bean bag » non plus ? Alors, improvisez : une de vos chaussures fera l’affaire, mais ne l’oubliez pas en partant !

Deux possibilités alors :

  • la lumière est suffisante pour shooter à main levée sans trop de risque de bougé. Rangez votre sac de haricots, mais ne vous privez pas, shootez !
  • la lumière est notoirement insuffisante et exige une pose longue, ou en tous cas, trop longue pour un shoot à main levée. Installez votre sac, activez le mode télécommande. Comment cela, vous n’avez pas de télécommande ? Mais alors, à quoi pensez-vous ? Dans certains cas, c’est bien utile. Quoique, de nos jours, avec les APN Pentax disposant du Wifi, un smartphone et l’application Image Sync, on peut aisément remplacer, en mieux, la télécommande. Pas certain, en revanche, que le smartphone fonctionne dans les grottes. Si nos lecteurs ont essayé, nous serons heureux de bénéficier de leur expérience.

 

Ni télécommande ni Wifi ? Alors il reste le mode retardateur. Mais le risque de vibrations est quand même plus élevé, sauf à shooter miroir levé. Nous y reviendrons dans un autre article.

Dommage aussi que le flash soit interdit : vous auriez pu utiliser la technique de l’open flash.

 

 

Pour quel résultat ?

Vous avez déclenché ! La première chose à faire est de vérifier que la photo est nette et l’exposition correcte. Pour cela, n’hésitez pas à afficher l’histogramme de la photo, il vous permettra de le vérifier. En cas d’insatisfaction, recommencez… si vous en avez le temps.

Et puis rassurez-vous : parfois (mais seulement parfois) des images floues, donc ratées, peuvent être quand même agréables à regarder pour leurs aspects graphiques. Mais c’est mieux quand le flou est volontaire. Par exemple si, à main levée, vous avez avec votre appareil formé des « huit » pendant le déclenchement. Essayez, cela peut vous plaire ! Inutile toutefois d’en faire un mode habituel de prise de vue.

 

 

Galerie

 

Grotte de Zonania (Crète) – Nuances de rouge (© Micaz)

 

Grotte de Betharram – K-3, 1/30s à f/2.8 – ISO 3200 – 36mm (© fyve)

 

Grotte de Betharram – K-3, 1/80s à f/3.2 – ISO 1600 – 40mm (© fyve)

 

Grotte de Betharram – K-3, 1/80s à f/4 – ISO 3200 – 40mm (© fyve)

 

Gouffre de Padirac – K-5, 1/40s à f/3.5 – ISO 1600 – 18mm (© fyve)

 

Crédit photo : Micaz (sauf mention particulière)