Comment se passer de flash ?

Il fut un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Celui où le flash était dans le quinté gagnant incontournable du photographe. Celui où l’on ne se demandait pas : comment se passer de flash ?

Le temps suivant fut celui où le flash était une partie constitutive du boîtier, comme le Z-1 en 91, ou plus tard le MZ-S. Suivit un troisième temps, celui où le flash à quitté les boîtiers haut de gamme, et bientôt le sac photo.

Enfin est advenu le temps où l’on peut légitimement se demander comment on peut se passer de flash.

En réalité cette interrogation peut se formuler autrement : peut-on se passer de flash ?

Peut-on se passer de flash ?

La réponse, pas si évidente que cela il y a encore peu de temps, est devenue désormais assez évidente : « Oui, c’est possible« .

L’évolution technologique nous a apporté et continue à nous apporter des outils qui renvoient le flash aux accessoires domestiques. Parce qu’ils restent le plus souvent à la maison. Pour illustrer mon propos, je dirai que depuis mon K-5 IIs déjà, je n’ai pas sorti mon flash du fond de son tiroir. Et il ne m’a jamais fait défaut.

Sur un plan moins personnel, plus général, de nombreux vendeurs ont constaté que les ventes de flashes cobras ont chuté ces dernières années. Cette baisse concerne de la même façon toutes les marques, ainsi que les labels indépendants. Les vendeurs considèrent unanimement que la montée de la sensibilité efficace des capteurs en est la cause principale. Les ventes sont légèrement remontées récemment avec une orientation de la production vers des flashes plus tournés vers la pratique de studio et des accessoires de synchronisation et de commande externe sans fil de ces flashes. Un autre aspect du problème est aussi illustré par le prix du flash Canon Speedlite EL-1, proposé à 1190€ !  Enfin une annonce récente achève le constat de la situation : la cessation de la production des flashs par Metz !

La question « comment ? » ne tardant pas à suivre.

Comment se passer du flash ?

La réponse à cette question est à deux niveaux.

La réponse par les capteurs

Désormais les capteurs montent sans problème à au moins 12 800 ISOs. Voire plus disent même certains. Mais bon, 12 800 est déjà une sensibilité élevée ! C’est 4 stops au-dessus du maximum d’il y a 10 ans. Si l’on se rappelle que les nombres guides (NG) des flashs, étaient donnés à l’origine pour une sensibilité de 100 ISOs, puis plus récemment pour 200 ISOs, la différence est de 6 crans. Ce qui est énorme.

cliché de nuit à 12800 ISOs
cliché de nuit à 12800 ISOs

 

Ce cliché, réalisé à main levée à la focale de 75mm n’est certes pas fantastique. Mais, autrement qu’en montant en sensibilité, il aurait été tout simplement impossible à réaliser. Et il rend bien la réalité.

Or, sans cette sensibilité haute, il n’y aurait eu que 2 alternatives :

  • Avec un pied et une pose longue, à 1600 Iso. > La photo aurait été vide, sans grand intérêt.
  • Avec un flash même puissant, l’éclair n’aurait pas atteint l’immeuble le plus proche, à gauche. > La photo aurait été un tas de charbon raté !

Rappelons brièvement la formule de calcul de la portée d’un éclair de flash.

Portée du Flash = Nombre Guide / F. Un flash de NG 40, c’est à dire puissant, a une portée à f:5,6 de 7,10m, avec une sensibilité de 100 ISOs. Noter que les nombres guides actuels sont souvent donnés pour 200 ISOs, ce qui correspond à la sensibilité minimale de nombre de boîtiers d’entrée de gamme et de moyenne gamme, mais permet surtout de gonfler la puissance annoncée des flashes !!!

Lorsque vous augmentez la sensibilité, vous n’augmentez pas la portée de votre éclair. Vous diminuez seulement la quantité de lumière nécessaire pour illuminer le capteur. Cela augmente l’autonomie de votre flash et cela diminue son temps de recharge. C’est tout.
En fait ce qui est énorme, c’est la possibilité de faire des photos par lumière beaucoup plus faible. Des photos impossibles il y a quelques années seulement.

Au point que si l’on veut obtenir des photos de nuit qui restent réalistes il faut sous-exposer, comme nous l’indiquions dans un article précédent.

La réponse par les objectifs

Cette évolution est encore renforcée par la mode actuelle des objectifs lumineux : entre f:2,8 et f:1,4 on gagne encore 2 crans/stops.

En fait moins, car user des très grandes ouvertures par faible lumière aggrave sérieusement les défauts que peuvent présenter les objectifs à ces ouvertures, plus particulièrement le vignetage. Même en ne prenant pas en compte le gain que semblent offrir les plus grandes ouvertures, on se rend compte que l’avantage de 6 crans offert par la sensibilité des capteurs permet de se passer de flash.

Concrètement comment fait-on pour se passer de flash ?

La méthode est assez simple pour ce qui est du point de départ.

Commencez par relever les paramètres que donne votre boîtier pour une scène donnée. À partir de ces paramètres, par exemple : 1/10 – f:5,6 – 6400 Iso. Comme on constate qu’ils donnent une photo nettement surexposée, vous réglez ces paramètres pour obtenir un cliché qui rend correctement la lumière réelle :  +/- : -2 IL, c’est-à-dire 1/50 – f:5,6 – 3200 Iso. À partir de là :

  1. Vous déterminez une sensibilité maximale que vous choisissez en fonction de votre expérience et de vos goûts. Ou bien une fourchette de sensibilités dans laquelle vous voulez travailler. Vous pouvez également augmenter la valeur maximale de la sensibilité. Dans ce cas, ne pas oublier de re-paramétrer cette sensibilité ou cette fourchette après la séance de travail. En pressant sur le bouton ISO et le bouton vert simultanément. De façon à éviter une possible mauvaise surprise au shooting suivant…
  2. Vous choisissez le mode de prise de vue. (Je vous conseille Av ou P. Le mode Av signifie que vous avez déjà choisi la Profondeur de Champ (PdC) voulue, donc que vous avez anticipé la composition de votre photo. Votre boîtier vous indiquera donc une vitesse. Le mode P signifie que vous faites confiance à votre boîtier. Si les paramètres proposés ne vous conviennent pas, vous pouvez modifier celui qui ne vous convient pas, l’autre suivra automatiquement. Si les circonstances le permettent, vous pouvez faire un cliché de vérification, jusqu’à parvenir au réglage vous convenant. C’est un des avantages que vous offre le numérique, profitez-en ! Vous allez pouvoir rapidement trouver le bon réglage. Retenez-le, ainsi que les conditions de prise de vue auxquelles il correspond. Cela pourra vous servir par la suite.

Quelles sont ces circonstances ?

Celles où la lumière est jugée insuffisante. Cette lumière « insuffisante » pouvait être celle qui permettait de sortir son flash et de bénéficier du label « pro » ou du moins de la considération qui va avec… Cette époque est révolue, il faut en prendre acte sans complexe. Ces situations diverses peuvent trouver des solutions tout aussi diverses.

Utiliser systématiquement les sources de lumière existantes

Pour des portraits, par exemple, rechercher des lieux dotés d’éclairage public qui joueront le rôle d’éclairage de studio. Dit comme ça, cela peut paraître illusoire, mais dans la réalité nous le faisons inconsciemment plus souvent que nous ne l’imaginons. Il s’agit simplement de le faire encore plus souvent. De la même manière, utiliser les surfaces réfléchissantes qui peuvent ajouter de la lumière, ou simplement une surface éclairée, dans votre cadre. Cela n’évitera pas forcément de corriger en PT les zones sombres de votre photo, mais améliorera sa composition sans usage d’éclairage artificiel.

Ulilisation de reflet dans une carrosserie pour équilibrer la lumière.
Utilisation de reflet dans une carrosserie pour équilibrer la lumière.
Placement de la zone des tables où s'accroche la lumière + attente du serveur et sa chemise blanche pour répartir les zones claires dans le cadre.
Placement de la zone des tables où est la lumière + attente du serveur et sa chemise blanche pour répartir les zones claires dans le cadre.
Utilisation du reflet dans l'eau pour équilibrer la répartition de la lumière dans la photo.
Utilisation du reflet dans l’eau pour équilibrer la répartition de la lumière dans la photo.

 

Photo de nuit sans flash - photo ZAV
Photo de nuit sans flash – photo Xavier How-Choong
Cérémonie chinoise à la Réunion - photo ZAV
Cérémonie chinoise à la Réunion – photo Xavier How-Choong
Ajouter ou utiliser des sources de lumière d’un autre type

Par exemple un feu de cheminée qui deviendra un des éléments composants de la photo, alors que ce n’était pas prévu au départ.

Ou bien des bougies qui n’apporteront pas beaucoup de clarté, mais deviendront partie prenante de la composition du cliché.

Attention le feu vivant va poser le problème du temps de pose : faut-il figer les flammes (T° élevé) ou les laisser floues (ouverture plus fermée pour plus de PdC). La solution de repli à cette question est la montée en Iso, ou le pied. La seule réponse pertinente n’est pas technique. Elle dépend uniquement de votre choix.

La faisabilité technique est toujours un problème second qui découle du choix photographique, artistique, esthétique. Et ce choix est celui du photographe. Il paraît nécessaire de rappeler ici ce qui a été dit au début de ce paragraphe. Par défaut, en faible lumière, les boîtiers actuels sur-exposent. Ce qui donne une marge de pratiquement 2 IL. (voir )

Les seuls cas où cette marge est courte sont ceux des clichés comportant des personnages qui bougent assez vite.

Là encore la frontière est ténue entre personnages un peu flous (flou involontaire = photo ratée) et personnages dont le flou fait des fantômes (flou volontaire = photo réussie). La façon dont la photo est réussie est d’un autre ordre. Le goût du spectateur (élément subjectif) n’a rien à voir avec la réussite technique (élément objectif) d’une photo.

Conclusion

Pour conclure, nous sommes tentés de dire : le plus souvent, faites vos photos comme d’habitude, votre boîtier va s’adapter de façon satisfaisante dans beaucoup plus de cas que vous ne l’imaginez. Avec les derniers boîtiers de la marque – à partir du K-5 en gros – même la balance des blancs ne posera pas de problème. Sans compter que ce problème se corrige bien en PT. En agissant comme cela, vous vous forgerez assez rapidement votre guide de photo sans flash personnel intégré. Il conviendra simplement de photographier « normalement ». Mais en soignant beaucoup plus, préalablement au déclenchement, l’attention portée à la lumière ; aux sources de lumière dans votre cadrage.

Un dernier point enfin, pour conclure vraiment. En observant quelques clichés faits pour illustrer cet article, on constate bien que les boîtiers actuels délivrent des photos qui permettent fort bien de se passer du flash. Mais on constate également que les deux méthodes donnent des photos différentes, désormais ni meilleures ni moins bonnes, simplement différentes. Donc on a gagné en diversité, en richesse d’expression de notre palette.

À bien examiner les deux premières photos ci-dessous 1a et 1b, on constate qu’elles sont assez proches, avec une répartition plus équilibrée entre la gauche et la droite de la lumière dans la 1b (flash Metz 58 AF 1, torche en éclairage indirect haut à 50°) et un éclairage discret dans la partie couloir à droite. Par contre la 1c (flash frontal) est nettement moins bien. Ce qui se passe de commentaire.

 

photo sans flash
1a -1/15 sec -f:9 -6400 ISOs -sans flash
photo avec flash indirect haut
1b -1/40 sec -f:9 -6400 ISOs -flash indirect
photo avec flash frontal
1c -1/40 sec -f:9 -1600 ISOs -flash frontal

Si l’on s’imaginait qu’il allait être possible de faire de la place dans nos armoires, nos tiroirs « photo », c’est raté !

 

Crédit photo © Valia. Pour agrandir les photos, cliquer dessus

  • CYv
    1 avril 2021 at 1 h 27 min

    Le titre de l’article est : Comment se passer de flash ?
    Vous avez donné des réponses judicieuses et utiles.

    Par contre à la question : Peut-on se passer de flash ? « Oui, c’est possible »
    Pour moi sans aucune hésitation je m’inscris en faux et dit NON, ce n’est pas possible dans toutes les situations.
    Le flash ne s’utilise pas uniquement quand la lumière est jugée insuffisante.
    Par exemple :
    1) Déboucher les ombres disgracieuses en plein soleil. Si on couvre un événement on ne choisit pas la météo et la position des sujets.
    2) En photographie d’intérieur la lumière n’est pas toujours réparti comme de façon idéale. Parfois pour couronner le tout il y a des lampes halogènes + des néons ou des led.
    3) Architecture intérieure. Avec plusieurs flashs on peut vraiment créer l’ambiance souhaitée.
    4) Photo animalière de nuit, chauve souris en vol par exemple.
    5) La photo de studio, vous l’avez cité.
    La liste n’est pas exhaustive.

    Quels que soient les progrès des appareils photos le flash comme tout autres éclairages d’appoint resteront incontournables pour qui veut gérer la lumière.

    PS : J’ai huit flashs cobra et ils ne prennent pas la poussière.

    • Valia
      1 avril 2021 at 14 h 32 min

      L’article concerne avant tout les usages amateurs. Il précise que la production récente des flashs cobras s’est réorientée vers une pratique de studio, pratique plutôt professionnelle.
      Votre dernière phrase désigne une pratique professionnelle ou néo-professionnelle. Votre PS confirme bien cette pratique. Sur ce point je suis parfaitement d’accord avec vous : pour qui veut gérer la lumière les éclairages d’appoint restent incontournables. PentaxKlub n’est pas un site tourné vers les professionnels.

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