Troisième et dernier volet consacré à la couleur. Après des notions sur la colorimétrie et un article dédié au calibrage de l’écran, c’est la question de la gestion des couleurs sur Internet qui va être abordée. Il s’agit d’une question très compliquée, car, sur le net, on ne maîtrise plus rien !

Or, aujourd’hui, très souvent nos images numériques sont vues au travers d’Internet. Comme on l’a vu, les couleurs sont modifiées par les médias (les écrans principalement, mais aussi les imprimantes). Résultat, comme on ne sait jamais sur quel écran les photos seront affichées, son type (ordinateur portable, écran dédié sRGB ou AdobeRGB, tablette, smartphone,…), ou s’il a été calibré, il y a de grandes chances que nos images n’apparaissent pas chez autrui comme chez soi. Sans compter l’OS et le navigateur qui apportent aussi leurs distorsions !

Il est donc impossible de contrôler l’affichage de nos images sur les écrans des autres, comme on le ferait chez nous. La gestion de la couleur sur Internet a été et reste une histoire de compromis.

 

 

Conclusion

Pour une fois, commençons par la conclusion directement. Si on souhaite obtenir un résultat le plus proche possible de ce que l’on souhaite chez tous ceux qui visualiseront nos images chez eux, il suffit de :

  • enregistrer l’image dans l’espace colorimétrique sRGB (qui est le plus petit espace commun à tous) ;
  • incorporer le profil ICC à chaque image qu’on enverra sur Internet.

Et c’est tout. On ne se « prend pas plus la tête » que cela.

 

Pourquoi ? Certes, on pourrait faire un long article sur le sujet. Mais la réalité est très simple : parce que les navigateurs Web modernes sont capables de lire le profil ICC incorporé à l’image et surtout l’utiliser pour l’affichage de ladite image. Cela a pour conséquence que votre image sera affichée avec le respect de votre travail colorimétrique.

Pour Photoshop, il suffira d’aller dans le menu « Enregistrer pour le Web » et cocher les options « Incorporer le profil » et « Convertir en sRGB ». À une certaine époque, incorporer le profil n’était pas recommandé, car l’image s’alourdit (un profil ICC peut peser quelques ko).

Les bonnes options sous Photoshop

 

Quand on avait un modem 56ko, l’absence de profil ICC permettait de gagner de précieuses secondes à chaque téléchargement d’une image. Désormais, avec le haut débit, ce n’est plus important.

 

Pour Lightroom, dans Exporter, il faut aller dans la partie consacrée aux paramètres du fichier et choisir l’espace colorimétrique sRVB (ou sRGB). Par défaut, le profil ICC est enregistré avec lors de l’export.

Les bonnes options sous Lightroom

Les bonnes options sous Lightroom

Et pour paraphraser les Guignols, « Vous pouvez continuer à prendre des photos et les diffuser sur le net. Bonsoir. »

 

 

Un peu d’histoire

Pendant très longtemps, vouloir s’assurer que la colorimétrie était respectée sur Internet, relevait de l’utopie. Parce que les navigateurs ne savaient pas gérer les profils ICC. Dès lors, pourquoi s’embarrasser d’associer ledit profil au fichier ? C’est la raison pour laquelle le menu « Enregistrer pour le Web » de Photoshop ne coche pas par défaut cette option ! La seule possibilité sur laquelle reposaient tous les espoirs était le sRGB. Comme tous les écrans affichaient et respectaient plus ou moins le sRGB, on avait une garantie d’un certain respect. Nonobstant les dérives chromatiques de chaque écran évidemment.

Depuis, les choses ont évolué. Et continuent de l’être. Les navigateurs gèrent les profils ICC, les écrans à large gamut ont fait leur apparition et, surtout, de nouveaux médias ont débarqué dans nos vies, comme les smartphones et autres tablettes. Ce qui n’a pas arrangé les choses, car, ces derniers n’ont pas d’écran à large gamut et ils ne savent pas forcément gérer les profils ICC ! Du moins Android. iOS, lui, gère. Et les tablettes Surface aussi, étant sous Windows 10.

Dans le cas d’images en AdobeRGB (ou ProPhoto), donc d’image en large gamut, l’affichage sur un écran sRGB se traduira seulement par une légère désaturation des couleurs.

 

 

Alors, que faire ?

La première solution est de retourner à la conclusion. Ainsi, tous les navigateurs gérant les profils ICC proposeront une image adéquate. Sauf pour les smartphones et tablettes sous Android qui, eux, afficheront les valeurs RGB du gamut sRGB (avec les dérives possibles des écrans).

Une autre solution serait d’enregistrer votre image avec un gamut AdobeRGB. Les navigateurs gérants les profils ICC s’en accommoderont. Si l’écran est à large gamut, alors il y aura un bénéfice. Sinon, certaines couleurs seront désaturées. Mais cela vaut-il le coup ? C’est une autre histoire, car le gamut AdobeRGB apporte surtout dans les verts… Autant se contenter de la solution 1.