L’apprentissage de la photo est souvent long et complexe. L’apprentissage suit en cela une courbe que tous les photographes, en principe, connaissent. Détaillons un peu cette courbe.

 

 

La courbe d’apprentissage

Il s’agit d’une courbe relativement simple. Elle ressemble quelque peu à un S. Au début, le photographe met du temps à progresser avant que le travail d’apprentissage ne paye, de manière très rapide d’ailleurs. Puis, la courbe d’apprentissage s’infléchit, la progression devenant alors très très lente.

Courbe d'apprentissage

Courbe d’apprentissage

 

Évidemment, la courbe réelle de progression n’est pas aussi idéale que celle présentée. Dans la réalité, cette courbe est pleine de soubresauts. Parce que pour progresser il faut beaucoup pratiquer, de manière régulière. Et aussi parce qu’on a tous des moments où la motivation est moins présente, pour des raisons diverses. La courbe n’est donc parfaite que si le rythme d’apprentissage est régulier et que la vie n’a aucun impact sur la personne. Ce qui n’est jamais le cas.

 

 

La phase « découverte de la photo »

C’est la partie orangée de la courbe d’apprentissage. Durant cette phase d’environ 6 à 12 mois, le novice découvre la photo. Et les notions auxquelles il se confronte sont souvent complexes. Les informations à absorber sont si nombreuses que le novice n’a souvent pas l’impression de progresser. Ces notions sont de 3 types principalement.

 

 

L’apprentissage du boîtier et des acronymes

Pour certains, c’est leur premier boîtier. Pour d’autres, il s’agit juste d’un nouveau boîtier. Mais à moins d’être resté dans la même marque, il faut parfois tout réapprendre. Et même au sein de la même marque, il peut y avoir de grandes différences entre les modèles.

Le photographe va donc devoir s’approprier le boîtier, connaître les touches, le menu et les principales fonctionnalités. On fera grâce dans un premier temps des fonctionnalités plus exotiques. Mais pas longtemps. C’est ainsi qu’il devra connaître à quoi sert la fonction « mesure de l’exposition » et comment modifier quand c’est manifestement incorrect. Mais pas seulement.

S’il y a certes le boîtier, il devra aussi faire un détour par les objectifs. Comprendre les différences de focale, d’ouverture et autre angle de vision.

Il faudra aussi qu’il s’intéresse fortement aux modes de développement des photos en interne s’il shoote en JPEG. Les possibilités sont souvent si nombreuses et les risques grands de se rater, que le mode Auto apparaît comme un confort. Pourtant, pour progresser, il faudra dépasser ce mode Auto.

Il conviendra aussi de lire au moins une fois le manuel fourni avec le boîtier. Certes, ce manuel est souvent incomplet, du moins minimaliste. Mais il a le mérite d’exister et contient des informations parfois précieuses. Sans compter que cela évitera parfois de se voir retourner l’expression ‘RTFM’… [Pour ceux qui l’ignoreraient, cet acronyme anglais veut dire « Read the fucking manual », en français littéralement « lis le p…n de manuel »]

Quant aux acronymes, ils sont nombreux. À croire qu’on ne vit que dans un monde empli d’eux. IL, HSM, DA, FF, APS-C, FA, DFA, SR… Difficile de tous les citer. Même si nous vous proposons un glossaire, il faut connaître les principaux.

 

 

Connaître la technique

Le mot photographie vient de l’association de deux racines grecques. Tout d’abord le préfixe ‘photo’ qui signifie ‘qui utilise la lumière’. Le suffixe ‘graphie’ ensuite, qui signifie ‘peindre, dessiner’. Donc, photographie voudrait dire ‘dessin à partir de la lumière’.

C’est John Herschel, à partir de mars 1939, qui réussira à imposer ce nom qui circulait en petit comité (comme le franco-brésilien Hèrcules Florence ou William Talbot). Il récidivera peu après pour les termes ‘négatif’ et ‘positif’.

Pour en revenir à notre débutant, ce dernier va devoir apprendre le triangle d’exposition. À savoir la vitesse, l’ouverture et les ISO. C’est en sachant doser correctement ces 3 composantes qu’une bonne photo pourra être faite. Parce qu’il saura maîtriser la lumière pour que la photo ne soit ni surexposée ni sous-exposée.

 

 

Comprendre la composition

Il s’agit d’un art qui ne s’apprend pas en un jour. Composer graphiquement une photo peut parfois être inné. Pour la grande majorité, cela résulte du fruit d’un long travail. Et cet apprentissage est nécessaire si on veut avoir une bonne photo.

1999, Réapprendre les bases…

 

Mais souvent, savoir composer une photo ne suffira pas. Une photo peut être très bien composée et rendue, il manquera un soupçon de je ne sais quoi. Ce qu’on appelle la vie. Ce qui fera que la photo interpellera, ou pas.

 

 

La phase progrès

Il est évident que le photographe novice ne va pas tout apprendre durant la phase 1. Non, ce seront les principes de base qu’il va acquérir. Par contre, dès qu’ils seront acquis, la phase progrès va s’enclencher naturellement (en vert sur le graphique). La courbe d’apprentissage va avoir une allure presque exponentielle. Car, comme les notions de base sont comprises, tout va s’enchaîner à grande vitesse.

Rapidement, le rendu et la qualité des clichés du photographe sont en amélioration. Le cercle vertueux s’installe et, comme les progrès sont visibles, il cherche à faire mieux. Ce qu’il arrive à faire d’ailleurs assez facilement. Son statut évolue aussi en fonction des connaissances et de sa pratique photographique. Au bout que quelque temps, l’expérience accumulée va lui permettre de donner des conseils à d’autres utilisateurs moins avancés. Il sera même en mesure de solutionner des problèmes.

Toutes les difficultés rencontrées sont source de plaisir, car le photographe les surmonte rapidement. Cela se traduit directement dans la qualité de sa production de clichés.

Photographier de tout, pour les gammes

Photographier de tout, pour les gammes

 

Mais il va arriver un moment où le photographe atteint alors le point qui marque la fin de la phase d’apprentissage à rythme rapide. À ce moment-là, il est nécessaire que le photographe amateur comprenne qu’il n’y a pas de fin à l’apprentissage. Un photographe apprend toute sa vie ! Penser le contraire, croire qu’on n’a plus rien à apprendre est une énorme erreur. En aucune manière il n’est devenu le Pic de la Mirandole de la photographie. Le risque est double pour le photographe qui se met à penser ainsi :

  • Dans cette situation, il est amené à penser qu’il ne peut plus progresser. Le risque est donc de stagner indéfiniment.
  • Les conseils donnés ne sont pas bons, mais il est persuadé du contraire. On en voit beaucoup comme cela dans les forums.

 

 

Surmonter la frustration

Après 4 à 6 ans de progrès constants, le photographe se heurte à une forme de mur. Avec la phase de progression lente qui débute (en bleu sur le graphique), le photographe va ressentir une frustration qui va se traduire par :

  • Un découragement qui peut se terminer par un abandon de la pratique de la photo. Ceux qui abandonnent sont souvent des personnes plus attirées par l’apprentissage que par la pratique d’une passion. Ce sont des éternels élèves, trouvant leur plaisir dans leur passion qui est d’apprendre.
  • Le sentiment qu’il manque quelque chose aux photos prises, mais sans savoir quoi.

Pour éviter que le photographe remette en question sa perception de la photo et cesse toute activité, il devra comprendre son problème afin de surmonter cette phase. Mais accepter que le plaisir ne se trouve pas dans l’apprentissage lui-même, mais dans la pratique, n’est pas chose facile. Le photographe va devoir trouver une ou des nouvelles sources de bonheur.

Il est fondamental d’accepter que, dans cette partie de la courbe d’apprentissage où la progression a une pente faible, plus le temps avancera, plus une progression sera compliquée à obtenir. Il faudra du temps pour que les astuces ou autres petites découvertes se traduisent dans ses clichés qui sont devenus fortement qualitatifs.

 

 

Trouver de nouveau terrain de jeu

Il n’y a pas de solution « clé en main », toute faite. De plus, chaque photographe étant unique, une solution qui conviendra à l’un ne conviendra pas forcément à l’autre.

Par exemple, un repos forcé de la prise de vue peut être une solution. Faire des breaks peut permettre de revenir avec un regard neuf. Pour d’autres, il s’agira de trouver un nouveau terrain de jeu. Et les possibilités sont multiples. Cela va du partage de connaissance à l’acquisition de nouvelles pratiques. La seule limite est celle de l’imagination. Le but est trouvé, tout simplement, une nouvelle frontière à explorer.

S'asseoir, se reposer et prendre du recul

S’asseoir, se reposer et prendre du recul

 

Pourquoi ne pas envisager de participer à des forums de discussions, où se mettre à écrire des articles ? C’est d’ailleurs assez impressionnant le nombre de photographe amateur qui ont ouvert un blog sur le thème « apprendre la photo ». Souvent ce sera sous forme de billet, parfois sous forme vidéo. Avec d’ailleurs souvent une accroche similaire :

Autodidacte, j’ai acquis au fil de ces années une certaine expérience en photographie. En xxxx, je décide de créer un blog dans le but de partager ma passion et mes connaissances auprès de quiconque souhaite apprendre la photographie.

Découvrir de nouvelles pratiques photos est aussi une solution à explorer. Découvrez le paysage, la macro, le portrait, la prise de photo sous lumière continue ou sous flash… Et pourquoi ne pas essayer de photographier des sujets qu’on ne supporte pas en temps normal ? Il s’agit là d’un challenge non négligeable que d’obtenir une belle photo d’un sujet qu’on aime pas.

Mais surtout, il ne s’agit pas de baisser les bras. L’apprentissage n’est jamais fini en photo. Simplement, arrivé à un certain niveau qui ne sera pas le même pour tous, la progression va fortement ralentir. Tellement qu’on aura l’impression que l’on ne pourra plus progresser. Pourtant, au prix d’un effort individuel, on pourra continuer à apprendre. Certes plus lentement.

 

Et surtout, il ne faudra jamais oublier que le plus important est de prendre du plaisir dans ce que l’on fait.