Qui dit « photo » dit lumière, surtout étymologiquement. En effet, le terme « photographie » signifie « écriture par la lumière ». Puisque nous en sommes à faire étalage de culture (mais c’est tout relatif), rappelons que ce mot a été inventé à partir de 2 mots grecs :

  • φωτoς – photo – (lumière)
  • γραφειν – graphein – (écrire, dessiner).

L’Histoire a surtout retenu le nom de l’inventeur de la technologie (Nicéphore Niepce), mais a oublié le nom de l’inventeur du mot lui-même, ce qui peut se comprendre, plusieurs thèses s’opposant sur cette question : on ne sait pas avec exactitude qui de John Frederick William Herschel, scientifique anglais, ou Antoine Hercule Romuald Florence, inventeur franco-brésilien, doit assumer la paternité du mot.

Quoi qu’il en soit, nous ne trancherons pas ici ce débat. Mais posons-nous une simple question : quelle lumière naturelle est plus évidente que celle du soleil ? Aucune, sans aucun doute ! Mais, si cette source de lumière est recherchée en photographie, il est nécessaire de savoir la maîtriser et d’en connaître aussi les dangers, plus nombreux qu’on ne l’imagine souvent.

 

 

Les dangers intrinsèques du soleil

Il ne s’agira pas ici de faire un cours de médecine sur les dangers que l’on court en s’exposant inconsidérément à cette puissante source de lumière : pour cela, votre médecin ou votre dermatologue est bien plus qualifié.

Mais il importe de connaître l’effet de la lumière sur le matériel photographique, sur celui qui utilise ce matériel, et sur le résultat purement photographique de son utilisation.

 

 

Soleil et matériel

Ce qui nous intéresse le plus ici, c’est moins la lumière du soleil que la chaleur qu’il dégage.

Les avis sont divers et bien souvent contradictoires. Toutefois, le bon sens permet de retenir quelques principes qu’il vaut mieux retenir pour éviter tout ennui.

Bien sûr, comme pour des nombreux objets de la vie courante, il n’est pas recommandé d’exposer trop longtemps son matériel à la chaleur et aux rayons du soleil. L’électronique n’aime pas la forte chaleur : c’est d’ailleurs rappelé dans le guide d’utilisation des APN, vous savez, ces pages finales qu’on ne lit jamais …

Le guide d’utilisation du K-3 dit ceci (extraits, page 111) :

« Évitez de soumettre l’appareil à des températures ou des taux d’humidité élevés. Ne le laissez pas à l’intérieur d’un véhicule où des températures très importantes sont possibles.

  • […]
  • La fourchette de température d’utilisation de l’appareil est comprise entre -10° C et 40° C.
  • L’écran risque de s’assombrir à température élevée mais redevient normal à une température normale.
  • […]
  • Les brusques changements de température peuvent entraîner la formation de gouttelettes de condensation à l’intérieur comme à l’extérieur de l’appareil. Dans un tel cas, mettez l’appareil dans votre sac ou un sac en plastique. Sortez-le uniquement lorsque la différence entre température de l’appareil et température ambiante est stabilisée.
  • Évitez d’utiliser ou de stocker l’appareil dans des endroits sujets à des variations de température brutales ou à la condensation, et veillez à ne pas le laisser exposé en plein soleil.»

Nous ne pouvons que vous encourager à suivre ces conseils.

Pour ce qui est des objectifs, surtout les plus modernes, ils sont eux aussi bardés d’électronique et de pièces mobiles (moteurs DC ou SDM par exemple pour Pentax) dont la lubrification peut souffrir d’une trop grande chaleur, sans compter les effets que cette chaleur peut avoir sur le mécanisme des lamelles du diaphragme. Evitez aussi de les laisser trop longtemps à la chaleur du soleil.

Et, si vous devez photographier le soleil, SURTOUT AVEC UN TELEOBJECTIF, utilisez des filtres neutres de densité à très fort coefficient d’opacité : ND1000, voire davantage. Ce sera bénéfique à votre objectif, à votre APN et à votre image (celle que vous ambitionnez d’enregistrer sur le capteur, bien sûr, mais aussi la vôtre, personnelle, qui permettra de vous classer comme connaisseur aux yeux de vos observateurs).

Vous pouvez aussi acquérir un filtre  expressément prévu pour l’observation du soleil. Mais vous devez garder à l’idée que ce filtre, fin et fragile, s’achète en feuilles de format A4, vous devrez donc bricoler pour l’adapter à votre objectif. Ce filtre donnera une dominante orangée à vos images, tandis que les filtres de type Mylar© donnent une dominante bleue.

Mylar© est une marque de commercialisation d’une matière plastique de type polyester, le polytéréphtalate d’éthylène, parfois abrégé en français « PET » (merci de prononcer ce mot en l’épelant), utilisée dans la fabrication de lunettes d’observation des éclipses solaires.

Dans tous les cas, veillez tout particulièrement à ce que ces types de filtres ne soient percés d’aucun trou, aussi petit soit-il, ni déchirés, bien entendu, ni rayés : les rayures pourraient dévier les rayons lumineux (c’est le principe du filtre polarisant).

La lumière du soleil est-elle dangereuse pour le capteur de l’APN ? Les avis sont très partagés et, à notre connaissance,  aucune réponse ferme et définitive, et scientifiquement fondée, n’a encore été apportée. Beaucoup pensent que, si l’on peut photographier le soleil, c’est que le danger pour le capteur est inexistant. D’autres au contraire estiment qu’on ne doit jamais photographier le soleil sans précaution (filtres) ce qui démontrerait la nocivité de sa lumière pour le capteur.

Quoi qu’il en soit, personne – sauf peut-être si une expérience scientifique était menée sur ce sujet – n’osera exposer le capteur de son APN à la lumière directe du soleil sans prendre un maximum de précautions : cela se conçoit aisément quand on sait le prix d’un changement de capteur. Notre avis se retrouvera donc dans le dicton « Prudence est mère de sûreté » : abstenez-vous de tenter de capturer de telles images et, surtout, pas de pose longue sans précautions maximales.

En revanche, il n’y a aucun danger pour le capteur à photographier un coucher de soleil : la luminosité est bien moins importante que celle du soleil au zénith.

Coucher de soleil sur l'Atlantique

Coucher de soleil sur l’Atlantique (K-3 + 55-300mm à 55mm – f:8 – 1/1000s – sans filtre)

 

 

Soleil et photographe

Nous disons bien « photographe » et pas photographie !

Il est bien entendu que tous les sujets sont ouverts au photographe. Toutefois, vouloir capter l’image du soleil n’est pas chose aisée et recèle quelques dangers. Notre propos, ici, n’est pas de vous expliquer une technique pour avoir des images regardables. C’est plutôt d’éviter les bêtises que font souvent ceux (et celles) qui ignorent qu’un objectif photo agit comme une loupe et que regarder le soleil au travers de cette « loupe » peut provoquer des lésions graves et irréversibles sur les yeux. Par exemple, que n’a-t-on vu lors des éclipses de soleil ? Des personnes inconscientes du danger collant leur œil sur le viseur de leur APN pour cadrer correctement. Il est vrai que si cette exposition ne dure qu’une infime fraction de seconde, le risque pour l’œil est relativement peu élevé. Le problème – et vous le rencontrez sans doute assez souvent – c’est qu’on veut toujours obtenir le cadrage parfait et les réglages qui vont avec ; alors on s’attarde, on en oublie le danger, et là … Bref, vous comprendrez qu’en pareil cas, il vaut mieux ne pas viser à l’aide de l’œilleton, mais plutôt utiliser le live-view et composer son image sur l’écran. Pour autant, n’y passez pas non plus « la journée entière », les effets d’une trop longue exposition ne pouvant pas être anodins. Dans le cas de visée en live-view, il peut être utile de faire usage du petit cache-oculaire que vous avez sans doute oublié dans la boîte de votre APN, et qui aura deux avantages :

  • il vous évitera d’être tenté de porter votre œil au viseur
  • il évitera que de la lumière parasite entre par le viseur, surtout si vous opérez en pose longue avec des filtres de forte opacité sur l’objectif

 

Et si vous devez, pour composer votre image, regarder le soleil, utilisez des lunettes prévues à cet effet, capables de filtrer tout à la fois les rayons UV et infrarouges, et pas de simples lunettes de soleil qui ne vous protègeraient de rien du tout. De la même manière, proscrivez les « solutions-maison » que sont les plaques de radiographie (composées de plastiques et de sels d’argent, halogénures ou bromures) ou les films photo.

Est-il nécessaire aussi de vous rappeler les précautions à prendre, pour vous-même, lors de longues séances photo en plein soleil ? Outre que le plein soleil n’est généralement pas recommandé pour faire de la photo, il va de soi que se protéger de ses effets doit être une précaution prioritaire. C’est le moment de sortir les chapeaux et autres couvre-chefs, les vêtements adaptés, et tous les accessoires nécessaires pour combattre la chaleur et la lumière trop intense (lunettes, etc …).

 

Soleil et photographie

Vous savez depuis longtemps que les meilleures photos ne se font généralement pas lorsque le soleil est à son zénith.

Pourquoi ? Parce que le soleil crée alors des ombres dures, des contrastes très violents, particulièrement difficiles à gérer et, surtout, inesthétiques. Aujourd’hui, la photo numérique permet de s’affranchir de nombreuses contraintes, le post-traitement permettant de rattraper, au moins en partie, les erreurs de prise de vue. Mais il ne rattrapera jamais une image inesthétique. Le mieux est dès lors de mettre tous les atouts de son côté dès la prise de vue.

Préférez donc « shooter », en extérieur, aux heures où la lumière procure des impressions agréables : tôt le matin et tard l’après-midi. Il est difficile de donner des heures précises, tant ceci est dépendant de la latitude et de la longitude de la région où l’on se situe, mais, généralement il vaut mieux éviter, en été, sous nos latitudes, la plage 10h-16h (voire 17h). Mais, encore une fois, c’est assez variable et ces horaires ne doivent pas être pris au pied de la lettre : c’est à chacun qu’il appartient d’apprécier la situation et d’agir en conséquence.

Si vous ne pouvez pas ne pas shooter dans ces plages horaires et sous un fort soleil, alors utilisez les artifices qui s’offrent à vous : réflecteurs, filtres, notamment polarisant et filtres de densité  comme il est dit ci-avant, (voir aussi les articles consacrés à ces filtres). Pourquoi ? Parce que, le plus souvent, il est difficile, et parfois impossible, dans ces conditions de lumière, d’équilibrer correctement le fameux « triangle » de la photographie, constitué de l’ouverture de l’objectif, de la vitesse d’obturation et de la sensibilité ISO. C’est bien là que l’utilisation de filtres peut sauver la photo que vous voulez à tout prix rapporter de votre séance ! Attention toutefois : les filtres UV et polarisants ne filtrent pas tous les rayons du soleil. La conséquence est qu’ils ne DOIVENT pas être utilisés si vous voulez photographier LE soleil, ils peuvent être utilisés si vous voulez photographier AU soleil.

Filtre polarisant

Filtre polarisant (Système Cokin)

Les réflecteurs vous aideront à « déboucher » les ombres disgracieuses provoquées par un soleil trop intense. Attention cependant à bien les choisir. Outre leur dimension, il est évident que leur teinte aura une influence sur le rendu de la photo : ainsi, un réflecteur argenté ou une feuille de papier ou carton blanc n’introduira pas de dominante de couleur alors qu’un réflecteur doré apportera une dominante jaune/orangée : attention, par conséquent, à l’effet que vous voulez obtenir.

 

 

Les réglages de votre APN

Evidemment, il n’existe pas de réglage unique puisque cela dépendra du sujet photographié : on ne règlera pas l’APN, pour photographier une éclipse solaire, comme pour photographier un paysage très ensoleillé.

Cependant, dans tous les cas de figure, utiliser la plus basse sensibilité ISO proposée par le boîtier , est une bonne base (généralement 100 ISO, 80 ISO pour le K-5).

Vous cherchez à ne pas laisser entrer trop de lumière : l’ouverture n’a donc pas besoin d’être très grande, et il est judicieux de choisir celle où l’objectif donne le meilleur de lui-même (généralement F :5.6 ou f :8), mais, encore une fois, cela dépendra des situations. Si vous avez ajouté un filtre de densité, tenez-en compte. De même si un polarisant est vissé sur l’objectif : il « mange » généralement 1 diaphragme, parfois 2 (voir ici).

Si la mise au point d’avère difficile (assombrissement important dans le viseur), essayez d’estimer la distance capteur/sujet, et réglez la MAP manuellement : pour du paysage, le risque d’erreur n’est pas bien élevé (surtout si vous savez pratiquer le réglage de MAP par l’hyperfocale), dans d’autres cas, si vous en avez le temps, réglez la MAP AVANT de monter le filtre.

La balance des blancs réglée en « AWB » devrait suffire dans la majorité des cas, mais rien n’interdit d’expérimenter d’autres réglages pour des résultats « originaux » : la créativité du photographe ne doit pas être bridée, même si un classicisme de bon aloi est parfois indispensable : selon que vous shootez pour votre plaisir ou qu’il s’agit d’une commande, vous n’aurez pas les mêmes contraintes en termes de résultats.

Vagues au soleil couchant (BdB Tungstène)

Vagues au soleil couchant (BdB Tungstène)

Ces recommandations peuvent aussi être appliquées dans la photographie de levers/couchers de soleil, même si la luminosité est bien entendu inférieure à celle du soleil au zénith.

Et, leitmotiv sur PentaxKlub : enregistrez vos images au format RAW pour pouvoir éventuellement rattraper en post-traitement les petites erreurs de prise de vue, en n’oubliant pas, quand même, qu’une image cramée par une trop forte surexposition finira irrémédiablement dans la corbeille.

 

Le soleil est indispensable à notre vie, mais soyez conscient des dangers qu’il recèle pour votre activité favorite, de façon à pouvoir les éviter.