Ce samedi 9 janvier, le monde de la photo a perdu un de ses artistes. Le photographe russe Guéorguy Poïlov est décédé à Kirovo-Tchépetsk, dans l’Oural.

La photographie russe est moins connue en France si on la compare à la photographie française ou américaine. Néanmoins, elle est présente et a offert de nombreuses pépites dans l’histoire de la photo. Gueorguy Poïlov faisait parti de ses acteurs importants.

Né en 1963, Poïlov a beaucoup pratiqué dans les années 80 la nature morte argentique, en composant de savantes mises en scène d’objets du quotidien, d’objets emblématiques de la société soviétique et d’objets anciens qui disaient le passé d’un pays qui cherchait à en effacer toute une partie. Ses photos étaient alors faites en noir & blanc en 6×6.

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J’ai connu Guéorguy par un autre photographe, dont j’étais devenu l’ami depuis quelques années déjà, Alexandre Slioussariev, tête de file de la « photographie directe » en URSS, jouissant là-bas d’une impressionnante aura. Alexandre m’avait demandé de récupérer trois tirages de Guéorguy Poïlov, photographe de Kirovo-Tchépetsk, petite ville dans l’Oural, pour les apporter à la Bibliothèque Nationale de France, rue Richelieu. Au Fond photographique de la BNF qui les avait achetées. J’ai donc d’abord fait connaissances avec ces photos. Puis par la suite avec leur auteur.

A cette époque Guéorguy ne photographiait pratiquement que des natures mortes, C’étaient de grands tirages carrés N&B, des 30x30cm pour les plus petits, le plus  souvent des 40×40 et des 50×50. Il s’en dégageait une atmosphère pesante et grave qui disait des histoires, récentes ou anciennes, portées par des objets, des destins individuels, portés par des photos de jeunes gens en uniformes, de jeunes filles en robes longues, traces de gens et de choses que l’on sentait engloutis par l’histoire pas toujours gaie de ce pays, mais souvent tragique. Ses photos, sans être cataloguées «dissidentes», n’étaient à l’évidence pas dans le style officiel. Cela n’a pas empêché la renommée de ces natures mortes de dépasser les frontières de son pays.

Je suis devenu ami avec Guéorguy, nous ne nous voyions que de loin en loin, mais chaque fois c’était comme si nous nous étions quittés la veille.

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Guéorguy Poïlov a de nombreuses fois exposé en Russie, dans l’Oural, à Kirov (Viatka), comme à Moscou.  Il a également été exposé par la «Fontaine Obscure» à Aix en Provence.

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L’effondrement de l’URSS et l’arrivée du numérique ont coïncidé et permis à Guéorguy de montrer d’autres facettes de son talent. Il a continué ses natures mortes, mais en couleurs, et elles sont devenues moins tristes, moins imprégnées de mort, mais toujours autant de passé, un passé que l’URSS a bien contribué à effacer et qui manque à beaucoup de gens. Parallèlement à ces natures mortes, Guéorguy a commencé à photographier la nature vivante, les gens autour de lui, avec un bonheur évident, un regard aiguisé, visiblement bienveillant et une maitrise impressionnante de la lumière, des ombres, du cadrage et de la composition. Regarder ses photographies, observer sa façon de voir et de photographier interpellait, poussait à se questionner soi-même, je sais que j’ai évolué à son contact. Il était comme beaucoup de photographes russes, très simple et communiquait d’égal à égal, sans jamais donner l’impression de se sentir « plus photographe » que vous. Ce qui était une grande et belle manière de vous aider à le devenir vous même.

Il avait plein de projets, comme faire venir des photographes japonais à Kirov…  Depuis quelques temps, il mettait sur le net des photos qui constituaient déjà le matériau pour un album. Il les appelait «русское простое», soit « Simple quotidien russe ».

Il est tellement triste qu’une mort prématurée nous prive d’un photographe aussi discret et talentueux.

 

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