Il suffit de parcourir les forums photo (ou, parfois, ce qu’il en reste, tant les réseaux sociaux les ont rejetés dans les limbes du passéisme) pour tomber très rapidement sur un leitmotiv : le poids du matériel photo. Le poids, mais aussi, généralement, son corollaire, l’encombrement.

C’est particulièrement vrai quand on parcourt des fils consacrés à la photo animalière, mais pas uniquement : le photographe de rue rencontre la même problématique, à un échelon différent.

Le but n’est pas ici de trouver une solution à cette problématique. Et d’ailleurs, à l’heure actuelle, existe-t-il vraiment une solution ?  Non, cet article ambitionne seulement de faire prendre conscience d’un paradoxe dont on ne sait pas encore s’il va se creuser ou pas. Personne, sans doute, ne se plaindra de l’allègement des boîtiers. Mais quant aux objectifs, c’est une autre histoire. Il faudra bien pourtant un jour cesser de faire grossir les optiques et plutôt trouver des solutions pour les alléger sans en altérer les performances.

 

L’individu et son évolution

Prenons l’exemple d’un individu « standard », si tant est qu’il puisse exister. Il naît, il grandit, et, parfois, il s’intéresse à la photo. Jeune adulte, en pleine force de l’âge, il n’a souvent aucune difficulté à transporter son équipement photo pour une sortie en terrain escarpé. À lui les gros téléobjectifs montés sur des boîtiers performants… donc complexes, lourds et… chers ! S’il peut financièrement se le permettre, bien sûr ! Tout va bien : aucun souci !

Mais voilà, notre jeune adulte vieillit, comme tout un chacun, d’un an… tous les ans, jusqu’à atteindre, si la vie n’est pas trop méchante avec lui, ce que l’on appelle un « âge respectable ». Entendre par là un âge sans doute un peu avancé, où les forces physiques de l’individu, sans s’être complètement effondrées, ont tout de même subi les outrages du temps. En plus, en vieillissant, on s’habitue à aimer le confort, ou autant de confort que possible. Et, que l’on en ait encore les forces ou pas – et surtout si on ne les a plus – on se plaît alors à souhaiter pouvoir « voyager léger ». La photo – sauf pour les professionnels – n’est pour beaucoup qu’un loisir. C’est donc un des premiers « domaines » où on souhaite bénéficier de ce confort et donc aussi de cette légèreté.

Pour s’en convaincre, il n’est qu’à voir le nombre d’amateurs qui ont abandonné leur reflex et ses objectifs pour se satisfaire d’un smartphone de plus en plus performant. Ou, dans le meilleur des cas, d’un compact de haut niveau tel le récent Ricoh GR III. Remarquons tout de même que rares sont les amateurs de photo animalière (et c’est un euphémisme) qui s’adonnent à ce plaisir avec un smartphone pour tout équipement ! Parfois, il faut quand même ce qu’il faut !

GR III - vue avant

GR III – vue avant

 

L’évolution du matériel

Le progrès est perpétuel depuis l’apparition de l’homme sur terre. Il n’y a donc aucune raison qu’il n’affecte pas les loisirs, les métiers, et la photo en particulier. On a même pu assister, ces dernières années, à un certain emballement en la matière. Nous y reviendrons un peu plus loin. Il ne s’agit pas de passer en revue toutes les évolutions, mais seulement de noter les grandes tendances, celles qui, parfois, ont radicalement changé la donne. Et, partant, les habitudes et la manière d’opérer des photographes. Cet « historique » ne se veut pas exhaustif, loin de là !

 

Le matériel traditionnel

Il s’agit, bien sûr, du matériel utilisé au premier temps des pellicules, de l’argentique, donc.

Le propos se limitera au matériel utilisant des films au format 135 (le fameux « 24×36 »). On aurait pu y inclure le matériel encore plus ancien et les chambres photographiques d’utilisation encore plus ardue.

 

Les objectifs

On se plaint parfois aujourd’hui de l’encombrement et du poids de bien des objectifs. Mais cela a toujours été vrai dans certains domaines.

Chez Pentax – mais ce n’est pas différent dans les autres marques – les objectifs dédiés à la photo animalière ont toujours été relativement encombrants, parfois même très encombrants, et nul ne s’en plaignait : il fallait l’accepter car c’était inhérent à ce domaine d’activité photo. Impossible d’y échapper.

 

Des objectifs pour la photo animalière

Ainsi le smc Pentax 500mm f/4.5, successeur du Takumar à monture M42 de caractéristiques optiques similaires, mesurait 400 mm de long (40 cm) pour un diamètre de 126 mm et un poids de… 3,370 kg. Pas franchement léger, pas franchement compact, mais conforme et adapté à ce qui se faisait et qui était nécessaire.

On pourrait aussi parler de son « grand frère » le smc Pentax 1000mm f/8. Certains nostalgiques diront : « Ah, la belle époque où Pentax était encore capable de produire de tels objets ! ». Certes, mais accepteraient-ils, aujourd’hui, ces mêmes nostalgiques, de partir en « chasse photo » avec un tel objectif qui mesurait près de 74 cm (73,8 très exactement), pour un diamètre de 143 mm et un poids de 5,290 kg ?

Une image est accessible sur ce site.

 

Un phénomène ?

Enfin, pour le « fun », ne passons pas sous silence le « modeste » SMC Pentax 6×7 de 800 mm f/4 destiné, lui, au format 6×7 dont les dimensions laissent rêveur :

  • Longueur : 611 mm (61,1 cm)
  • Diamètre : 236 mm (23,6 cm)
  • Poids :…. 17,7 kg !
Pentax 6x7 et Takumar 500mm f/4

Pentax 6×7 et Takumar 500mm f/4

 

Pourrait-on imaginer aujourd’hui un tel « engin » sur un boîtier hybride ? Tiens, par exemple (si la bague d’adaptation existait) sur un Q10 ? Ce serait assez cocasse, non ? En pareil cas, on ne monterait plus l’objectif sur le boîtier, mais le boîtier sur l’objectif. Heureusement, cela ne risque pas d’arriver !

Pour qui aimerait avoir une idée plus précise de son aspect et de son prix, il suffit de se rendre à cette page.

 

Les boîtiers

Quant aux boîtiers 24×36, Pentax a toujours été un adepte de la performance dans la compacité. Et ce matériel de l’époque argentique était très souvent compact… et performant !

Pour rester dans l’époque des années 1980, le merveilleux, efficace et professionnel Pentax LX, sorti en 1980, ne pesait que 570 g pour des dimensions de (Longueur x Hauteur x Epaisseur) 144.5 x 85 x 50 mm. C’est presque moitié moins que le K-1 actuel (1010 g). Ses concurrents de l’époque étaient le Nikon F3 et le Canon F-1 qui le dépassaient, en poids, de respectivement 200 g et 400 g (environ). Ils le dépassaient aussi en taille. D’autres boîtiers un peu moins performants affichaient des caractéristiques dimensionnelles inférieures à celle du LX.

Boitier Pentax LX et son moteur

Boîtier Pentax LX et son winder

 

Le matériel de l’époque « intermédiaire »

Nous entendons par là le matériel des dernières années de l’argentique, des 20 dernières années environ.

 

Les boîtiers

À cette époque, Pentax était beaucoup mieux représenté qu’aujourd’hui sur le marché de la photo. Et la marque démontrait à chaque sortie de boîtier son savoir-faire en la matière.

L’électronique n’avait pas encore envahi nos vies, et elle n’avait pas non plus envahi les boîtiers. Tout, ou presque, était mécanique, ce qui impliquait de nombreuses pièces métalliques. Et pourtant ! Un boîtier de gamme moyenne ne dépassait que rarement les 600 g.

Par exemple, le Pentax ME Super, construit de 1980 à 1986, présentait des caractéristiques intéressantes pour l’époque et une modernité de bon aloi. Pour autant, il ne pesait, nu, que 445 g. Et on pouvait même déclencher, sans pile, au 1/125s (aujourd’hui, aucun appareil grand public ne le permet).

Pentax ME Super vu de face

Pentax ME Super vu de face

Pentax ME Super vu de dessus

Pentax ME Super vu de dessus

 

De nombreux autres boîtiers Pentax se situaient dans « les mêmes eaux ». C’était l’époque bénie ou tout progrès se traduisait par la sortie d’un nouveau boîtier. Nous en sommes bien loin aujourd’hui ! Peut-être l’émergence de l’hybride est-elle un moyen de revenir à des boîtiers de poids comparable avec ceux de cette époque.

 

Les objectifs

Quant aux objectifs correspondant à la même période, en tous cas pour le format 24×36, leurs dimensions et poids n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. Et pourtant, là encore, l’utilisation du métal était quasi généralisée. On ne voyait pas encore de baïonnettes en polycarbonate. Hormis quelques exceptions (il en a existé à toute époque), la plupart des objectifs se situaient dans des zones dimensionnelles raisonnables : n’oublions pas cependant qu’il faut un peu relativiser les choses : le format de film de l’époque le plus répandu était le 24×36. Les objectifs étaient donc construits pour ce format, le numérique et donc l’APS-C n’étant pas encore arrivés sur le marché.

 

Le matériel dit « moderne »

Ici, il s’agit plutôt du matériel dédié au monde de la photo numérique

Dans le cadre de cet article, il ne pourra être question que de matériel à objectifs interchangeables. Sont donc exclus les appareils compacts et les bridges, deux « espèces en voie de disparition » totale… ou presque.

On notera qu’aujourd’hui les formats de capteurs sont divers et parfois très différents. Dans les appareils à objectifs interchangeables, on trouve les formats principaux suivants :

  • µ4/3 (micro 4/3)
  • APS-C
  • 24×36
  • Et différents formats de capteurs moyen-format.

Pour l’essentiel, on distingue les appareils à miroir (viseur optique, ou OVF pour « Optical View Finder ») et les appareils sans miroir appelés aussi « mirrorless » ou « hybrides » à viseur électronique (ou EVF, pour « Electronical View Finder »). Les premiers tendent à voir leur importance s’amenuiser. La tendance est clairement aux boîtiers hybrides, quel que soit le format de capteur utilisé, mais, de plus en plus des capteurs 24×36.

 

Les boîtiers hybrides modernes

Ces boîtiers, de plus en plus performants, sont plus faciles à fabriquer que leurs équivalents à miroir. La caractéristique commune à ces boîtiers est qu’ils sont plus petits et – généralement – plus légers que leurs désormais « concurrents ». Pourquoi ? Parce que l’électronique prend de plus en plus, à l’intérieur de la coque, la place auparavant occupée par les éléments beaucoup plus lourds et encombrants que sont le miroir (et sa cinématique parfois complexe) et le prisme qui vient redresser l’image qui traverse l’objectif. De plus, certains matériaux modernes (polycarbonate) sont plus légers et plus résistants que certains matériaux du passé.

Et « plus léger », pour un boîtier, signifie aussi plus petit en dimensions.

Chez Pentax, il a bien existé la série « Q » mais avec un petit capteur : les premiers exemplaires disposaient d’un capteur de 1/2.3″ de 12,4 mégapixels.

Pentax Q

Pentax Q

 

Notons cependant que, en utilisant la bague d’adaptation adéquate, on peut monter un Pentax DA 560mm f/5.6 sur ce boîtier Q. L’image de titre permet de se faire une idée de ce que cela donnerait.

 

Dimensions et poids

Qu’on en juge (chez les concurrents de Pentax, puisque ce dernier ne s’est pas encore lancé dans la course à l’hybride en plein format).

Nota : le choix des boîtiers s’appuie sur un prix aussi voisin que possible.
  • Un Nikon D850 (plein format à miroir) mesure environ 146 x 124 x 78,5 mm et pèse (nu) 915 g (1005 g avec batterie et carte mémoire).
  • Un Nikon Z7 – plein format lui aussi mais « mirroless » (hybride) – mesure environ 134 × 100,5 × 67,5 mm et pèse (nu) 585 g (675 g avec batterie et carte mémoire).

Dans les deux cas, le capteur est un 45,7 Mpxl.

Résultat de la « confrontation » : le Z7 est plus petit que le D850 et pèse bien moins que lui.

Ces exemples ont été pris chez Nikon, mais on fait la même constatation chez son « concurrent historique », Canon :

  • Canon EOS R (hybride) : 135,8 x 98,3 x 84.4 mm pour 580 g (660 g avec batterie et carte)
  • Canon 5 D SR (miroir) : 152 × 116,4 × 76,4 mm pour 845 g.

Panasonic fait exception avec ses récents Lumix S1/S1R (hybrides) : environ 149 mm x 110 mm x97mm pour un poids de 900 g environ. Mais aucune comparaison n’est possible avec d’autres boîtiers Panasonic, qui ne produisait jusqu’alors pas d’appareil à capteur 24×36.

Pas de comparaison possible non plus chez Sony, le fabricant ne produisant plus, pour des capteurs FF, que des boîtiers hybrides.

 

Les viseurs EVF

C’est incontestablement la « révolution » photographique des dernières années. Exit, le système de visée à miroir et prisme (pour redresser l’image), lourd bien que confortable. Place à l’électronique et aux écrans incorporés dans le viseur, bien plus légers et moins encombrants. Oh certes, les tout premiers n’étaient pas d’un confort exceptionnel. Leur scintillement nuisait assez fortement à la lisibilité tant des informations que de l’image elle-même.

Mais tout est progrès et les générations les plus récentes ne présentent plus cet inconvénient. Bien sûr, c’est variable selon les marques. Chacun se fera son idée sur ce « confort » et sa progression. Mais, clairement, c’est une tendance appelée à s’installer durablement. L’avantage de ces EVF, c’est qu’ils permettent de voir l’image telle qu’elle sera enregistrée, avec les réglages choisis tant sur le boîtier que sur l’objectif. En théorie, il est par conséquent impossible de ne pas « voir », par exemple, une surexposition ou une sous-exposition. Et, de plus, ils sont particulièrement agréables par très faible luminosité.

Pour autant, tout n’est pas qu’avantages !

En matière d’autonomie, il ne faut pas attendre des miracles. Quand un boîtier traditionnel permet de prendre environ 700 photos avec une charge de batterie, un boîtier hybride plafonne souvent à la moitié seulement. Les EVF sont gros consommateurs !

Par ailleurs, et c’est plus important… à nos yeux (!), on manque singulièrement de recul, par exemple, pour déterminer avec précision les effets sur la vue de la présence d’un rayonnement aussi près de l’oeil du photographe. Quelques visées dans un EVF n’auront sans doute aucun effet. Mais à long terme ? Après des années d’une pratique intensive ? On peut espérer que les chercheurs auront su trouver des parades ou pu supprimer toute conséquence sur la vue. Mais pour l’heure, on n’en sait strictement rien.

 

Résultats photographiques

Ce que l’on constate (mais à vrai dire on le savait déjà) c’est que le poids et les dimensions du boîtier, à capteur identique, ne sont pour rien dans la qualité des images obtenues

 

Les objectifs modernes

C’est là où le bât blesse.

Nous avons vu qu’il y a quelques décennies, les objectifs argentiques de longues focales étaient encombrants et lourds. C’était beaucoup moins vrai avec les objectifs plus « standard », que ce soit le traditionnel 50 mm « de base » ou les petits téléobjectifs et les objectifs grand-angle : selon les modèles et dans la plupart des marques, le poids variait d’environ 150 g à environ 400 g, avec quelques exceptions, bien sûr !

 

Un bref rappel

Aux débuts du numérique, on le sait, le format APS-C s’est prioritairement emparé du marché. Les objectifs conçus pour ce format de capteur étaient notablement plus petits et légers que ceux qui s’utilisaient sur plein format. Puis, avec les perfectionnements qui leur ont été apportés, ils sont devenus moins « légers ».

Les objectifs plein format, eux, ont aussi évolué. Pour devenir plus performants, ils ont aussi pris de l’embonpoint, dans toutes les gammes de focales.

Dans cette problématique, les utilisateurs ont leur part de responsabilité : en exigeant « toujours plus et mieux », ils incitent les fabricants à construire plus perfectionné, donc plus lourd le plus souvent.

 

Exemple dans les téléobjectifs

Notons cependant les initiatives prises par certains constructeurs comme Nikon qui proposent désormais des téléobjectifs à lentille de Fresnel, moins lourds et moins encombrants pour des performances aussi bonnes. Mais pas encore pour toutes les focales. Son AF-S NIKKOR 500mm f/5.6E PF ED VR a un diamètre de 106 mm et une longueur de 237 mm. Il pèse environ 1460 g, c’est-à-dire la moitié du poids d’un 500 mm traditionnel de même ouverture.

Dans les focales les plus utilisées, la tendance au « plus gros » est évidente aussi.

 

Exemple en focale « standard »

Chez Pentax, pourtant pas encore concerné par les boîtiers hybrides 24×36 :

  • L’ancien FA 50mm f/1.4 mesure 37mm (L) sur 65 mm (D) et pèse 220 g. Il accepte des filtres de 49 mm. Sa formule optique est de 7 lentilles en 6 groupes.
  • Le nouveau D FA* HD 50mm f/1.4 mesure environ 106 mm (L) x 80mm (D) et pèse 910 g sans pare-soleil, 955 g avec pare-soleil. Il accepte des filtres de 72 mm. Sa formule optique réunit 15 lentilles en 9 groupes. Et des lentilles bien plus grosses, évidemment.

Les voici, photographiés côte à côte. La différence est notable ! Mais les performances aussi.

Le Pentax FA 50mm f/1.4 et son "équivalent" DFA

Le Pentax FA 50mm f/1.4 et son « équivalent » DFA

 

On assiste à la même évolution chez d’autres fabricants. Et c’est principalement dû à l’abandon de l’AF par le boîtier, au profit d’un AF par moteur incorporé à l’objectif lui-même. Parfois l’alourdissement est augmenté par un l’incorporation dans l’objectif d’un système de stabilisation.

 

Et dans les zooms ?

Ce qui était vrai dans les focales fixes se vérifiait aussi pour les zooms. Ainsi, chez Sigma, existait (même en monture Pentax !) le fameux « Bigma », zoom 50-500mm f/4,5-6,3 DG OS HSM. Il comportait 22 lentilles en 16 groupes. Ses dimensions ? Diamètre de 104 mm, longueur 219mm, poids : 1970 g, filtres de 95 mm (Ouch !). Il n’est plus distribué.

La société vient de produire son successeur : le Sigma S 60-600mm f/4.5-6.3 DG OS HSM. Ce zoom comporte désormais 25 lentilles en 19 groupes, a un diamètre de 120 mm, une longueur de 269 mm, pour un poids de… 2700 g et des filtres de 105 mm (aïe !). Cela ne mérite qu’un seul commentaire : il n’existe pas en monture Pentax.

La tendance est assez générale ! Et elle se vérifie encore pour les objectifs dédiés aux boîtiers hybrides.

 

Les objectifs pour boîtiers hybrides
Une constatation s’impose :

Pendant que les boîtiers hybrides ont tendance à s’alléger (sauf exception), les objectifs qui leur sont dévolus voient, eux, leur poids augmenter par rapport aux versions « normales ». Pour l’heure, on ne le constate que sur quelques-uns d’entre eux parce que les gammes sont encore assez peu fournies.

Par exemple les boîtiers Nikon « Z » ont à ce jour peu d’objectifs dédiés (4 pour le moment : 35 mm, 50 mm, 14-30mm et 24-70mm). Mais il est certain que la gamme va s’étoffer. Occultons (ou presque) le fait que ces boîtiers, grâce à un adaptateur fourni par la marque, peuvent utiliser les objectifs traditionnels. Canon va un peu plus loin et commence déjà à proposer une gamme adaptée. Sony, en avance sur ses concurrents, a déjà une gamme relativement étoffée. De plus, grâce à différentes bagues d’adaptation, ses boîtiers hybrides peuvent recevoir la quasi-totalité des objectifs traditionnels existants.

Chez les « indépendants », Sigma, en figure de proue, annonce une bonne dizaine d’objectifs compatibles avec la nouvelle monture « L » (la monture des hybrides Leica… mais pas seulement !). Panasonic et Olympus présentent aussi, pour le format µ 4/3, nombre d’objectifs compatibles. De plus, leur implication dans le consortium « L » semble aussi prometteuse.

 

Le point commun

Outre, bien souvent, une qualité optique reconnue, c’est le poids. En effet, toutes ces optiques possèdent un moteur intégré qui les alourdit quelque peu, même si la miniaturisation permet de « limiter les dégâts ». De plus, ces optiques bénéficient souvent de grandes ouvertures nécessitant, comme déjà dit, une multiplication du nombre de lentilles et de leurs dimensions.

Et comme tous ces objectifs voient leur moteur alimenté en énergie par la batterie du boîtier (aucun ne possède, évidemment, de source d’alimentation propre), on perçoit tout de suite l’incidence sur la durée d’une charge complète de l’accu en question. Il faut espérer, sur ce plan aussi, une amélioration des performances car si l’on est obligé de partir, pour une sortie photo, avec 3 ou 4 accus chargés en réserve, cela risque d’en rebuter plus d’un. Non pas pour le poids que cela représente (encore que…) mais surtout par le fait qu’on peut être obligé de remplacer la batterie à un moment crucial où on aurait mieux à faire.

 

Quelles conséquences à cette évolution ?

Si l’on construit des boîtiers de plus en plus légers et des objectifs dédiés de plus en plus lourds, on imagine sans mal les problèmes que rencontreront les utilisateurs. Ce n’est pas tant en matière de déséquilibre dimensionnel (quoique…) qu’en ce qui concerne la manipulation. À moins, bien sûr, que quelque génie ait réussi à trouver le moyen de fabriquer un objectif zoom universel (et donc unique) de focale 8-1000mm, ouvrant à f/1.4 (ne soyons pas trop exigeants), stabilisé, évidemment, de longueur et de poids raisonnables.

Ne rêvons pas : aucun de nos lecteurs et nous même ne verrons la réalisation d’un tel « engin ». Parce que, jusqu’à plus ample information, l’individu n’a que deux mains pour soutenir le tout et, dans le même temps, peaufiner ses réglages (ouverture, mise au point, sensibilité, mode de prise de vue, etc. etc…). À moins de nous voir transformés en Vishnou (4 bras) ou, mieux encore, Brahma (4 bras mais aussi 4 têtes !). Que ceux qui croient à cette transformation lèvent… le bras ! Ou bien il faudra alors s’en remettre aux automatismes et une grande partie du plaisir de photographier aura disparu.

Dès lors, on sera contraint de posséder plusieurs objectifs, lourds, performants et chers. En espérant que la qualité de construction des boîtiers (de plus en plus légers, rappelons-le), et notamment de la baïonnette et sa platine de fixation, permette de supporter lesdits objectifs sans dommages. Sinon, les SAV auront de beaux jours devant eux !

 

Quel avenir ?

Comme on peut le voir, la tendance actuelle, pour les boîtiers, est clairement à l’hybride, technologie qui permet un « amaigrissement » certain par rapport à la technique « à miroir ». Cela va dans le sens des désirs des consommateurs dans que les performances ne soient à la baisse. Peut-être aussi avec des inconvénients que seule une pratique longue et assidue dévoilera : nous pensons aux effets à long terme sur la vue des écrans EVF qui « remplacent » les viseurs optiques.

En revanche, s’agissant des optiques, la tendance est assez nettement à un alourdissement des objectifs, bien plus important, souvent, que l’amaigrissement des boîtiers. Alors, finalement, le consommateur photographe sort-il gagnant de cette évolution ? On peut estimer que la réponse est pour l’instant négative – en tous cas sur le plan du poids –  mais qu’il ne fait aucun doute que des progrès seront encore accomplis.

À une époque où est annoncée la sortie d’objectifs plus nombreux ouvrant à f/0.95, voire plus grand encore, qui peut raisonnablement penser que le poids et les dimensions desdits objectifs ne vont pas s’accroître par rapport à ceux d’aujourd’hui ?

L’utilisation de lentilles de Fresnel, quand c’est possible, sera sans doute une évolution intéressante pour les longues focales. Et quand cela n’est pas possible ? Eh bien, seul l’avenir a la réponse. On se prend à souhaiter que, pour l’achat d’un tel objectif, les constructeurs puissent offrir quelques séances de gymnastique et surtout d’haltérophilie. Notons cependant un point essentiel : les uns (objectifs) ne sont pas toujours directement compatibles avec les autres (boîtiers), le tirage des boîtiers hybrides n’étant pas forcément adapté aux objectifs traditionnels. Cependant, même en hybride, les gammes d’objectifs se développent et la diminution de poids n’est pas encore à l’ordre du jour.