Il y a quelque temps, la parution coup sur coup d’albums de photographies de deux personnages connus du show-biz et du monde de la télé et l’exposition d’un autre dans le sud de la France ont fait le buzz. Ce qui nous a amenés à nous intéresser à leur côté photographe.

Il s’agit, par ordre alphabétique, de Nikos Aliagas, Vincent Perez et Andy Summers. Auxquels nous avons ajouté pour faire bonne mesure Karl Lagerfeld. Ces quatre personnalités ont donc en commun d’être connues, pas forcément dans les mêmes milieux. Mais aussi, tous les quatre de pratiquer, ou d’avoir pratiqué, la photographie.

 

Nikos ALIAGAS

Né en 1969 à Paris de parents d’origine grecque. Après des études qui le conduisent à une maîtrise (mastère aujourd’hui) de lettres modernes, il travaille à la radio en 1992, puis à TMC (Télé Monte-Carlo). En 1998 il est engagé dans une des émissions de Christine Bravo où il travaille jusqu’en 2001. Il passe alors sur TF1 où il présente l’émission « Star Ac » jusqu’en 2008. Il poursuit sa carrière auprès de noms connus du monde des médias et du cinéma comme Franck Dubosc ou Gad Elmaleh…

Parallèlement à sa trajectoire professionnelle, il pratique la photographie, principalement en Grèce où il va régulièrement. Il a publié récemment un album consacré à la Grèce. Il travaille surtout en N&B, de façon très contrastée et volontiers sombre. Ce qui est une approche actuellement assez tendance pour les deux dernières caractéristiques. Les portraits « croustillants » de personnages (on disait autrefois des « gueules ») ou de street ne sont pas non plus d’une originalité marquante.

 

 

 

 Karl LAGERFELD

Kark Lagerfeld au Festival de Cannes en 2007

Il est né en 1933 à Hambourg (Allemagne) et mort à Neuilly en février 2019. Très vite tourné vers la mode, il est devenu couturier et styliste. Dès 1954 il remporte un prix international, ex æquo avec Yves Saint-Laurent. Il devient directeur artistique de la maison Chanel en 1983.

C’est à partir de 1989 qu’il se met à pratiquer la photographie. Il publie de nombreux livres photo, édités en Allemagne. Ses thèmes sont l’architecture, le corps humain et le monde du luxe. Il est primé en 1996 par la Société allemande de photographie. Ses travaux sont exposés à la Pinacothèque de Paris d’octobre 2015 à mars 2106. Par ailleurs il est propriétaire de la librairie 7L, spécialisée dans les ouvrages photographiques, et de la maison d’édition du même nom, toutes deux sises rue de Lille, dans le 7e arrondissement de Paris. Lagerfeld n’a évidemment pas eu besoin et n’a pas cherché à se faire un nom dans le monde de la photographie. Il a été le photographe attitré de Dior Homme. Poste que personne n’aurait cherché à lui contester. Il n’est pas sûr non plus qu’il ait eu besoin d’être rémunéré…

 

La carrière professionnelle de KL

Le niveau où elle s’est déroulée, et le temps qu’elle a duré disent bien l’œil qui était le sien. Cet œil produit les mêmes résultats en photographie que dans la création de modèles. La démarche qui, de ce coup d’œil, conduit au résultat, que ce soit une photo concrète ou un modèle de haute couture sont des démarches techniques. Les choix de tirage, d’encadrement et autres sont à la photo ce que les choix de défilé sont à la haute couture, des problèmes de « finalisation ». Pour lesquels l’auteur donne des ordres, des consignes, ou fait confiance à des personnes que l’on en juge dignes, selon ses rapports aux autres… dans un monde comme dans l’autre. Il y a fort à parier que si des gens comme Yves Saint Laurent, Pierre Cardin, Christian Dior ou Coco Chanel avaient fait de la photo, ils n’auraient pas été manchots non plus. De là à comparer ses photos à celles d’Helmut Newton, Richard Avedon, William Klein ou autres grands de la mode, il y a quand même un pas.

 

 

Vincent PEREZ

Vincent Perez lors de son exposition au festival d’Arles

D’origine espagnole par son père, petit fils d’un homme fusillé par les franquistes en 1939, et d’origine allemande par sa mère, il est né à Lausanne (Suisse) en 1964. Il a fait des études de photographie au Centre professionnel de Vevey, puis des études d’art dramatique à Genève. C’est dans cette direction qu’il a continué au Conservatoire à Paris et enfin au théâtre des Amandiers à Nanterre, chez Patrice Chéreau.

Il perce dans le cinéma à 26 ans en 1990 dans « Cyrano de Bergerac » de J-P Rappeneau, dans « Indochine » de R. Wargnier (1991), « La reine Margot » de P. Chéreau (1994). Après avoir tourné dans plus d’une cinquantaine de films, avec des metteurs en scène comme Antonioni, Lounguine, de Broca, Lelouch, Polanski, il a également réalisé lui-même des courts métrages et un long métrage.

Mais il est également photographe. Il a renoué avec la photographie au cours d’un voyage en Russie. En 2017, il a d’ailleurs publié « Un voyage en Russie » chez Delpire. Il se présente comme citoyen du monde. Il est très attaché à l’Espagne, l’Allemagne, le Sénégal dont est originaire sa femme, à la Russie… Ambassadeur Pentax, il travaille avec un 645 Z.

La photographie n’est visiblement pas pour lui qu’un passe-temps. Ne serait-ce que parce qu’il a reçu une formation de photographe. Mais visiblement aussi parce que le choix de la Russie et de la Sibérie pour faire des photos n’est pas le choix de la facilité, quelles que soient les conditions de voyage. Et qu’enfin Arles n’a pas l’habitude d’exposer des célébrités ès qualités.

 

Russie – danse populaire

 

Russie – Sibérie, portrait d’intérieur

 

Sénégal – portrait.

 

Andy SUMMERS

Autoportrait

Né en décembre 1942 à Blackpool, en Grande-Bretagne. Il est devenu célèbre comme guitariste du groupe Police, dont le leader était Sting, de 1977 à 2008. Accessoirement il a été guitariste du groupe Soft Machine en 1968.

C’est à New York, en 1979, qu’abordé très souvent dans la rue par des gens qui voulaient le photographier, il s’intéresse à la photographie … et achète un boîtier photo, un Nikon F.

En février 2019, ses photos de tournées sont exposées à Montpellier et le mettent sur le devant de la scène… photographique. La particularité, la spécificité de ces photographies tiennent au fait qu’elles ont été prises de l’intérieur du groupe Police. Et qu’un élément extérieur, même « fondu » dans le groupe n’aurait pas pu saisir les mêmes réactions de groupies. Mais ces photos donnent assez nettement l’impression de s’arrêter là…

Par ailleurs il a fait des photos de rue, hors du contexte de tournée musicale. Il parle de l’influence de Truffaut, de Cartier-Bresson, mais les clichés faits au États-Unis font éventuellement penser à Robert Franck, mais pas à Cartier Bresson (que R.Franck n’aimait pas, le trouvant trop esthétique) …  Il semble qu’Andy Summers ait abandonné son Nikon pour un Leica.

Tout cela – les photos et les propos – laisse quelque peu perplexe ou dubitatif, au choix.

 

Sting pendant une tournée aux USA

 

Fans de Police

 

New York – 2004

 

Pékin – 2012

 

 

Que peut-on en penser ?

Je ne vais évidemment pas porter de jugement sur les clichés produits par ces photographes. Ils sont aussi divers que le sont les personnalités de leurs auteurs. Ne serait-ce que pour cette raison, il est impossible de les mettre « dans le même sac ».

Qu’il me soit néanmoins permis de penser, au moins pour certaines d’entre elles, que si elles avaient été faites par d’illustres inconnus, nous n’en aurions très probablement jamais entendu parler. Et elles n’auraient peut-être même jamais été publiées par personne. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Pour des raisons plutôt commerciales qui n’ont souvent pas grand-chose à voir avec la « qualité » ou l’originalité du travail photographique. Cette opinion n’engage évidemment que l’auteur de cet article.

Le cocktail complexe qui aboutit, ou non, à une publication est un phénomène très complexe. Qui mériterait – probablement, ou en tout cas, peut-être – un autre article … Mais c’est une autre histoire.