Le 27 septembre 2004, Adobe publiait la première spécification du format DNG. Avec ce format, la firme tentait d’apporter une réponse à la multiplication des formats RAW. Parce qu’il faut le reconnaître, c’est un peu « n’importe quoi » dans le monde RAW.

Quand on commence la photographie numérique, le premier débat auquel le débutant est confronté est celui des modes Auto ou Manuel. Un peu plus tard, quand il est aguerri, il fait face à un deuxième débat d’importance JPEG ou RAW. Nous avons d’ailleurs tenté plus d’une fois d’apporter notre pierre à l’édifice. Mais voilà, quand on a tranché pour le RAW, tout n’est pas réglé pour autant. Il reste un débat corollaire : format propriétaire ou DNG. À croire que faire de la photo est devenu un vrai chemin de croix. Et pourtant, pour les anciens, cela leur rappelle-rappellera les querelles de clocher entre les différentes pellicules et marques, entre les tenants de Kodak et ceux de Fuji, sans compter les adeptes d’Agfa et autres marques.

 

 

Retour sur le RAW en général…

… Et l’incompréhension dans laquelle se retrouvent les utilisateurs en particulier !

 

RAW = négatif numérique

Les fichiers RAW sont à la photographie numérique ce que le négatif était à la photo argentique. C’est à dire un original « parfait » permettant un Post-Traitement afin d’obtenir une image finale. Ces fichiers, de par les informations embarquées, offrent de larges possibilités en matière de développement. Par exemple, la profondeur des couleurs (chaque couleur primaire étant codée sur 12 ou 14 bits au lieu de 8bits pour le JPEG), la balance des blancs qui n’est plus figée ou encore une absence de dégradation en évitant la compression destructive du JPEG.

 

Conteneurs à foison

Mais voilà, depuis que le RAW existe, chaque constructeur a créé sa propre spécification de fichiers. Ce que l’on appelle souvent le conteneur. Ce dernier est le format technique dans lequel vont être encapsulées les informations brutes du capteur. Pire, il y a presque autant de sous-spécifications que d’appareils.

Par exemple, chez Canon, le conteneur porte l’extension CR2. Mais le CR2 de l’EOS 650D ne sera pas le même que le CR2 produit par l’EOS 760D ou l’EOS 5D mk III. Certes, souvent le boîtier le plus récent porte la spécification complète la plus récente, mais ce sont des infos supplémentaires qui viennent s’ajouter, pour prendre en charge le nouveau matériel. Cela a pour effet direct de rendre incompatible tout nouveau boîtier avec les logiciels du marché, au moment de sa mise en vente. Seul le constructeur sait lire et interpréter ce fichier. C’est lui qui donne aux éditeurs de logiciels les moyens de l’interpréter.

 

Conteneurs et logiciels

Sauf cas exceptionnel où l’éditeur publie une version de son logiciel au même moment, il y a toujours un moment d’attente entre la sortie d’un nouvel APN et la prise en charge de ses fichiers RAW par les différents logiciels du marché. C’est ainsi que le K-1 aura attendu plus de 6 mois pour être pris en charge par DxO. Ou le K-70 qui aura patienté 3 mois entre sa disponibilité et la sortie de Lr 6.8, version qui prenait en charge son format RAW natif (conteneur PEF).

Résultat, on doit désormais dépasser allègrement le chiffre de 500 spécifications RAW différentes. Si on s’en tient uniquement aux marques Canon, Fuji, Leica, Nikon, Pentax et Sony, il y a plus de 450 boîtiers capables de produire du RAW. Auxquels il faut ajouter les APN des marques Olympus, Panasonic, Hasselblad, Phase One et quelques autres.

 

 

Le DNG dans tous ses états

C’est pour tenter de mettre fin à cette anarchie qu’Adobe a proposé le conteneur Digital NeGative à l’ensemble des constructeurs. Ce format n’est pas libre, mais ouvert. Selon Wikipedia, un format ouvert est défini comme « tout protocole de communication, d’interconnexion ou d’échange et tout format de données interopérables et dont les spécifications techniques sont publiques et sans restriction d’accès ni de mise en œuvre ». La nuance entre libre et ouvert est que, pour ce dernier, les droits sur le fichier appartiennent à une société/organisation qui peut donc changer les modalités d’utilisation à sa guise, quand elle le veut. Voire fermer l’accès.

Depuis l’apparition du DNG, un débat récurrent a souvent fait rage au sein de la communauté photographique : les photographes doivent-ils adopter ce format ? Comme souvent, il y a du pour et du contre. Sur le papier, avoir tous ses fichiers images dans un seul format universel et qu’on saura relire dans 10 ans est très séduisant. Car le PEF, comme ses confrères CRW/CR2/NEF/RAF, est un format propriétaire fermé évolutif à chaque nouveau boîtier.

 

 

DNG natif et transformé

Certaines marques comme Ricoh, Pentax ou encore Leica ont adopté ce conteneur universel. Cela a pour résultat d’enregistrer le RAW directement en DNG. L’avantage est qu’il n’y a pas besoin de conversion.

 

Cette conversion « a posteriori » peut s’effectuer de plusieurs manières :

  • Lors de l’import dans Lr. Le logiciel d’Adobe propose en effet cette option. Il suffit de cocher et votre fichier CR2, NEF, PEF ou autres devient un fichier DNG. C’est simple comme tout.
  • Utiliser le logiciel Adobe DNG Converter qui est gratuit.
  • Pour Pentax, utiliser le logiciel du constructeur. Digital Camera Utility possède une fonction de conversion des fichiers PEF en fichiers DNG

 

Lr : Menu de conversion en DNG

Lr : Menu de conversion en DNG

 

On notera que cette conversion est destructrice puisqu’il y a suppression d’informations et qu’un retour au format d’origine est quasi-impossible (sauf à inclure le RAW d’origine dans le DNG, à côté du fichier transformé).

 

 

Pour le DNG

  • Un format compatible et pérenne dans le temps. L’idée est que le fichier survive à la disparition d’un constructeur et qu’il soit toujours interprétable dans 15 ou 30 ans. Adobe souhaite refaire le coup du format PDF/A (une spécification du format PDF dédié à l’archivage, afin de pérenniser les documents électroniques dans le temps). La question mérite en effet d’être posée ; « Que se passerait-il si un constructeur arrêtait et que le format ne pouvait plus être ouvert pour des raisons juridiques ? » Les spécifications du DNG sont publiques et surtout à disposition de tous les constructeurs. Pentax a décidé depuis le K-10D de proposer un enregistrement des fichiers RAW au format DNG, en plus de son format propriétaire PEF.

 

  • Une spécification unique pour empêcher la multiplication des sous-formats. Vu le rythme actuel, qu’en sera-t-il dans 10 ans ? Il est clair qu’à force de faire un conteneur RAW par boîtier, les logiciels vont de plus en plus s’alourdir et le risque est de voir certaines spécifications « anciennes » disparaître, purement et simplement. Quid alors des fichiers actuels ? Cette question de la survie est essentielle dans notre ère où tout a basculé dans le numérique.

 

  • La fin de la course à la dernière version. L’universalité permet de prendre des photos avec un appareil récent et ne pas attendre (voire payer) pour développer sa production. C’est ainsi que les acheteurs de boîtiers Pentax peuvent, dès leur sortie, développer les clichés pris. Y compris avec un Lightroom version 5. Accessoirement, c’est très pratique.

 

  • Le développement des clichés est toujours écrit dans un fichier de type xmp, mais ce dernier est inséré dans le conteneur DNG, au lieu d’être à côté, dans le cas des fichiers CR2, NEF, PEF & co. Au moins, on est sûr de ne pas les perdre !

 

  • Le conteneur DNG est capable d’encapsuler de nombreux formats de fichiers graphiques autres que le RAW, comme le TIFF ou le JPEG. Il s’agit d’une idée déstabilisante pour certains utilisateurs qui ont associé DNG et RAW.

 

 

Contre le DNG

Les arguments contre le DNG sont nombreux et pas tous pertinents. Je vais ne retenir que les 3 qui sont très pertinents :

  • Le format DNG est un format ouvert certes, mais pas libre. L’organisation qui détient et régit la norme est la société Adobe. Rien ne garantit que ce format perdure dans le temps. Ni qu’Adobe n’interdise pas brutalement son utilisation. On peut imaginer qu’une fois les photographes captifs, le seul logiciel autorisé à ouvrir les DNG soit Lightroom, dans une version payante et chère avec obligation de déposer tous ses fichiers dans un cloud Adobe. Certes, il s’agit là d’un scénario noir, mais rien n’interdit de penser que cela puisse arriver dans l’avenir.

 

  • Le format DNG est pervers. Il modifie le cliché dès le début, en appliquant un profil de correction « Adobe Standard ». Ce profil est comparable aux profils « lumineux », « paysage », etc., proposés par les boitiers et qui sont appliqués sur le fichier JPEG (y compris le JPEG vignette du RAW). Mais Adobe applique ce profil de correction sur les données brutes du RAW lors de la conversion, les modifie réellement avant d’enregistrer le DNG. Adobe agit avec les données brutes comme si c’était des données JPEG. Et, comme ce profil « Adobe Standard » est propre à Adobe, il est complètement inconnu des autres logiciels du marché. Ces derniers sont incapables d’interpréter la correction, ce qui fait que les données brutes sont altérées ! Si vous utilisez Capture One, DxO, RawTherapee, le DNG n’est pas un bon choix. Même chose si vous comptez changer un jour de logiciel d’interprétation.
Le profil Adobe Standard, profil par défaut de tous les DNG et non reconnu par les autres logiciels du marché

Le profil Adobe Standard, profil par défaut de tous les DNG et non reconnu par les autres logiciels du marché

 

  • Des fichiers parfois plus légers après conversion, mais au détriment d’informations qui ont disparu. Il est possible que ces infos ne soient pas nécessaires. Mais c’est Adobe qui décide de ce qui est nécessaire ou pas. Inquiétant parfois. Certaines des métadonnées contenues dans le fichier propriétaire sont confidentielles, réservées au constructeur. Adobe, ne sachant comment les interpréter, les supprimerait purement et simplement lors de la conversion. Avec parfois la disparition d’informations sur la correction du profil d’objectif ou l’affichage du point d’autofocus.

 

 

Les alternatives au DNG

Les formats propriétaires

Chaque fabricant a mis au point et utilise son format de fichier propriétaire pour mémoriser les données brutes de ses appareils-photo numériques. Parfois même, certains ont créé un format avant de l’abandonner et le remplacer. Ainsi, Canon a créé le CRW avant de passer au CR2. Cela veut dire que les méthodes de codages du fichier brut et des métadonnées ont été changées. La probabilité que ces fichiers soient lisibles dans 10 ans est faible.

Mais en même temps, ces formats propriétaires sont les seuls à contenir toutes les données voulues par le constructeur. Ce qui n’est pas négligeable !

Par contre, pour exploiter complètement ces informations présentes dans le fichier propriétaire, le photographe est dans l’obligation d’utiliser le logiciel fourni par les fabricants (par exemple DPP ou CaptureNX pour les plus connus, ).

Ces logiciels propriétaires permettent de réaliser certains traitements ou opérations que Lr ,ou Camera Raw ne savent pas faire, comme l’affichage des collimateurs AF utilisés, ou changer le Picture Style (Adobe a néanmoins avancé sur ce dernier point).

 

 

OpenRAW

OpenRAW est un collectif né en 2005, sous l’impulsion d’un collectif de photographes, décidés à ne pas être sous la coupe d’un fabricant. Son but a été d’encourager la conservation des images, tout en donnant le choix de leur traitement. Pour ce faire, les spécifications de ce conteneur sont entièrement libres et ne sont pas régies par un éditeur de logiciel ou un fabricant d’APN. Les données ou métadonnées ne sont pas dissimulées. Toutes les données cryptées par les constructeurs ne devront plus l’être. Ce collectif OpenRAW prône la création d’un conteneur très proche du DNG, à quelques nuances près.

Malheureusement, cette initiative semble avoir été un échec. La mayonnaise n’a pas pris et aucun format OpenRaw n’a vu le jour réellement (du moins, nous n’avons pas pu en retrouver trace).

 

 

Alors, faut-il adopter le DNG ?

Dans une optique d’archivage, de conservation de vos photos dans le temps, cette question mérite d’être posée. Au même titre que le support et le lieu, le format mérite une réflexion pleine et entière. Alors format propriétaire ou DNG ? Il s’agit surtout d’un choix personnel. Le DNG est devenu désormais (depuis la spécification 1.4) un conteneur stable et performant. Il remplit son contrat, à savoir offrir un format de fichier standard pour le développement comme l’archivage de vos photos. Néanmoins, tant que ce format ne sera pas régi par une organisation indépendante, il restera toujours une menace insidieuse au-dessus des têtes.

Si vous avez le moindre doute, il vous reste une solution. Prenez vos clichés dans le format RAW propriétaire de votre boîtier. Cette version sera archivée sur un disque de sauvegarde. Et à l’importation dans votre logiciel de traitement (ou juste avant), convertissez en DNG pour votre flux de travail. Certes, cela demande un double espace de sauvegarde. Mais au vu des tarifs actuels du stockage individuel, c’est largement faisable financièrement.

 

D’une certaine manière, cet article est le prologue d’une série consacrée aux différents logiciels permettant le Post-Traitement de fichiers RAW. Dès les début de l’année 2018, nous essaierons de passer en revue les principaux logiciels RAW à disposition, de Lr à RawTherapee en passant par le « nouveau » DxO PhotoLab ou Luminar 2018.