Quel photographe n’a pas rêvé un jour de faire une exposition, de vendre des photos ? Très peu d’entre nous, voire aucun. Et c’est naturel. Donc il est tout aussi naturel de vouloir passer à l’acte. Quelques remarques préliminaires pour éviter les déconvenues.

Dans le monde des expositions existent deux sphères : la sphère « culturelle » et la sphère commerciale. Les règles de ces 2 mondes sont totalement différentes.

La sphère culturelle est centrée sur l’exposition d’artefacts intéressants ou jugés comme tels, donc, sans raison financière majeure. Elle n’est pas tournée vers la rentabilité. Ce sont les Mairies, les MJC, les associations, etc. qui ont des lieux d’exposition. C’est à dire des structures à but non lucratif. On peut y ajouter un certain nombre d’établissements commerciaux qui offrent des cimaises (équipées ou des murs (non équipés), comme certains magasins, boutiques, restaurants, cafés, bars, etc. Y exposer n’est pas forcément difficile. Les critères ne sont pas exactement les mêmes selon qu’il s’agit de lieux institutionnels ou commerciaux.

La sphère commerciale – les galeries d’art essentiellement – est centrée logiquement sur la rentabilité. Donc elle s’intéresse au premier chef aux candidats « bankables ». La notoriété étant un des premiers critères de ce concept, si vous êtes inconnu, vous partez avec un handicap, plus ou moins surmontable. Ce handicap dépend de la vision qu’a le galiériste de son métier et de votre capacité à vous présenter, à vous vendre, et aussi, bien sûr, de la qualité de vos photos, mais hélas, souvent, dans une nettement moindre mesure.

 

 

 

Quelles démarches et comment les faire ?

 

Le préalable incontournable

Pour faire une exposition, il faut avoir une production élaborée. C’est-à-dire des photos qui tiennent la route :

  • par leur qualité technique
  • par leur approche technique (focale, mode de prise de vue, type de développement, etc.)
  • par les thèmes
  • par leur homogénéité
  • par leur originalité…

En un mot que votre production soit élaborée, pensée, et que cela soit perceptible.

Concrètement, il vaut mieux que vos proposiez des séries dont le volume dépasse la quantité d’accrochages que vous visez, que peut vous proposer la galerie. Si un lieu offre 12 accrochages, il vaut mieux que vous proposiez 18 à 20 photos plutôt que 10, et même 12. Surtout ne pas lui proposer 5 clichés en disant « Je pourrai en faire encore 7 autres… ». Aucun galiériste ne vous donnera de chèque en blanc, qui ne pourrait le tenter que si vos photos étaient géniales. Concrètement, il vaut mieux présenter des séries dont le volume dépasse l’accrochage que vous visez et que la qualité soit homogène (autant que faire se peut). Un galiériste pense en termes de ventes envisagées / souhaitées / possibles. Si vous vendez, il faudra regarnir les cimaises.

Une photo étiquetée « vendue » fait un bien meilleur effet sur les visiteurs qu’un trou entre deux photos. Un bon galiériste vend, il ne prend que ce qui lui paraît vendable, soit parce que c‘est « tendance », soit parce que, à ses yeux, c’est bon. Pour paraître vendable à ses yeux, vous avez (aussi) intérêt à connaître un minimum le monde des galeries, pour ne pas vous faire écarter, au mieux avec condescendance, au pire avec mépris. Et éventuellement ne pas vous faire rouler, si on vous propose un contrat.

 

Expo Henri Cartier-Bresson - Beaubourg 2014

Expo Henri Cartier-Bresson – Beaubourg 2014

 

Expo Henri Cartier-Bresson - Beaubourg Paris 2014

Expo Henri Cartier-Bresson – Beaubourg Paris 2014

 

 

Le book

Cette production élaborée sera présentée dans un book.

Veillez à ce que les photos soient à l’échelle, une seule échelle, ou alors précisez l’échelle – la dimension pour les grandes photos. L’élaboration du book aura évidemment un effet – positif ou négatif – sur celui qui le consulte. Si les séries ne sont pas présentées intégralement, indiquez le nombre de photos par série, éventuellement mettez quelques tirages de bonne qualité pour montrer vraiment vos photos et le reste en taille plus réduite, mais de bons tirages quand même.

Un book vous représente, pas seulement par les images que vous montrez, mais aussi par votre façon de les montrer, de vous montrer. Mais un book a un coût. C’est ce qui explique que certains photographes en « offrent » un à certain(e)s modèles débutant(e)s en guise de paiement. S’il est bien fait, le deal est honnête. Un book bien fait est un atout. C’est une carte de visite parlante. Qui dit votre goût, votre soin, votre professionnalisme, et votre estime de soi, mieux que vous-même avec des mots très souvent. Prévoyez une bio – en fait plusieurs – adaptée au client, glissée au début ou à la fin de votre book. La rédaction de votre bio est un miroir de vous-même.

 

 

Les démarches

Elles dépendent de ce que vous visez.

  • Stade1. Répertoriez les lieux qui vous intéressent, qui peuvent vous convenir.
  • Stade 2. Faites-vous un carnet d’adresses spécifique « expos ».
  • Stade 3. Dotez-le d’annotations, conçues par vous pour mémoriser le genre de lieu, son aura, sa cote, sa taille… Quand vous jugerez ce carnet d’adresses opérationnel, passez aux contacts, téléphoniques (rendez-vous) puis physiques (visites). Vous aurez ainsi une première impression basée sur l’accueil, les attitudes… Impressions importantes pour trouver le lieu qui vous convient. Quand vous aurez trouvé un lieu qui marche, c’est à dire qui vous convient et à qui vous convenez, vous pourrez passer à l’organisation concrète.

 

Exposition Jean Marquis - Salon de la photo Paris 2016

Exposition Jean Marquis – Salon de la photo Paris 2016

 

 

 

L’organisation concrète

Vous avez trouvé un lieu… et une date. Donc un volume à exposer (nombre de photos et dimensions, présentation – encadrement ou pas – dibon – marie-louises ou pas…) Vous devez alors vous organiser pour faire ou commander les tirages, acquérir ou vous faire prêter l’encadrement, les fonds, les vitres ou pas… Faites un prévisionnel des frais, et un calendrier des phases successives jusqu’au vernissage.

Attention les cadres de prêt sont souvent en état « relatif », pas toujours compatible avec un lieu de « classe ». Vérifier l’existence du matériel d’accrochage et son état s’il existe, la compatibilité des rails et des crochets de fixation s’il y en a. Dans le cas contraire, il vous faudra vous procurer de quoi accrocher et le prévoir dans le budget. Ce dernier point dépend du type de lieu que vous aurez trouvé.

Veillez très scrupuleusement aux dates : fabrication des tirages, fabrication des marie-louises s’il y en a, montage des photos, mises sous cadres. Prévoyez l’accrochage. Surtout, prévoyez des marges dans le planning pour conserver une marge de manœuvre qui absorbera les imprévus. Par exemple prévoir de faire la mise sous cadre plusieurs jours avant l’accrochage. Prévoir le transport des photos prêtes à accrocher à l’avance, plusieurs jours avant la date du vernissage si c’est possible. Prévoir éventuellement de l’aide pour le transport, s’accorder à l’avance sur les rendez-vous. Le stress au moment du transport des photos encadrées est souvent cause de dommages aux photos.

L’organisation « com » de l’évènement. Planifiez l’édition des invitations et leur diffusion. Les lieux d’exposition organisent rarement eux-mêmes le pot-cocktail de vernissage (sauf les galeries haut de gamme). Ce sera donc le plus souvent à vous qu’il incombera de le prendre en charge et de l’organiser. C’est un moment délicat, car il faut prévoir avec doigté les quantités (solides, liquides). Il faut également prévoir s’il faudra du « personnel » de service rémunéré ou bénévole. Les pots mal organisés peuvent créer une impression négative dommageable, ne serait-ce que pour vous, mais pas seulement. Un buffet qui présente un champ de bataille de verres vides au bout de 20 minutes est du plus mauvais effet ! ce n’est pas un détail, sauf avec un public « cool » qui n’a pas la moindre intention d’acheter la moindre photo.

 

 

 

Les autres éléments constitutifs du succès d’une expo, d’un vernissage

 

Cette partie d’une expo est toujours plus difficile à gérer que les autres. Seules les galeries, dont c’est le métier de vendre, sont rodées sur ce plan. Avec les autres types de salles, orientez-vous plutôt sur des visites régulières, pour « relever le courrier », avec les boutiques, cafés, restaurants, etc., ne comptez pas sur des ventes. S’il y en a, ce seront de divines surprises. Dans ce cas pensez au dédommagement à la salle, même s’il était refusé, le proposer aura été un bon geste… qui laisse des traces.

Prévoyez dès le début de votre démarche que tout ce processus est lourd, demande une bonne capacité d’organisation et de l’investissement en temps et en argent. Renseignez-vous en amont sur les coûts des tirages photo, de l’encadrement, des accessoires d’accrochage, du cocktail de vernissage, de l’impression des cartons d’invitation (très variables selon les moyens utilisés).

Attention à ne pas trop lésiner sur ce dernier point, des invitations « cheap » sont toujours du plus mauvais effet. Mais attention les frais montent vite. Toute cette partie concrète concerne les lieux publics gratuits. Les galeries d’art sont moins concernées. Elles prennent en charge une partie au moins de la publicité, voire l’intégrité de celle-ci. Dans ce cas il vous sera demandé de fournir une liste de vos propres invités et leurs coordonnées. Soyez perspicaces, évitez les invités qui risquent de trop choquer parmi ceux de la galerie. Même si vous payez (le pourcentage sur les ventes) soyez diplomate, sinon vous serez banni des listings de la galerie.

Les lieux publics comme les restaurants sont plus faciles à démarcher, car ils ne sont pas intéressés par les ventes. Ils ont d’autres chats à fouetter. Ils peuvent accepter facilement pour peu que vos photos ne les choquent pas, voire leur plaisent, et que l’accrochage ne leur complique pas la vie. Dans le cas d’une réponse positive, veillez à choisir (si possible) des points d’accrochage visibles et hors zones « polluées » (près des sorties cuisines, au-dessus du percolateur…) Prévoyez si possible une feuille avec quelques mots sur vos photos, et un contact téléphonique. Sinon ne comptez sur aucune vente.

Pour être réaliste, vous « risquez » de vendre plus de photos par internet – Flickr, Tumblr et autres réseaux similaires ou blog – que par des expositions, ne serait-ce que parce que les tarifs ne sont pas comparables. Disons-le tout net, les tarifs de ce dernier sont bradés, donc les « ventes » sont plus faciles, les photographes professionnels en savent quelque chose !

Internet peut également vous servir de moyen de vous faire connaître et de go-between (d’intermédiaire) avec les galeries. Ce médium n’offre pas une probabilité de réussite absolue, mais sans lui cette probabilité est de 0.

Deux autres points qu’il convient de ne pas négliger :

  • La présence d’une ou plusieurs listes de vente des photos exposées, avec les numéros et les prix,
  • Un accord avec le gérant / propriétaire de la salle pour qu’il assure les ventes et ce qui va avec, récupération des chèques et mise à jour des listes, coup de téléphone pour vous mettre au courant…

 

Dans cette aventure, la volonté de parvenir à quelque chose est fondamentale, tout le reste n’est qu’intendance.

 

Un dernier point très important : cette aventure est beaucoup plus facile en province qu’à Paris (sauf pour les restaurants et assimilés), la banlieue parisienne étant ici assimilée à la province. Certes la prospection initiale est plus difficile, car elle implique un, voire plusieurs déplacements, mais elle elle présente une probabilité de succès incomparablement plus importante. Quoi qu’il en soit, une exposition est une aventure qui vaut la peine d’être tentée, d’être vécue.