S’il existe une constante dans la plupart des photos de vacances, ce sont bien les clichés touristiques. Tout photographe amateur – ou presque – se transforme de temps à autre en touriste. Les voyages touristiques sont l’occasion idéale d’utiliser son appareil photo pour rapporter des souvenirs ou capturer des émotions. Mais que sont ce que nous appelons les « clichés touristiques » ? Comment peut-on les éviter ? Les solutions « clés en main » n’existent pas. Mais au moins peut-on, pour y parvenir, appliquer quelques mesures de bon sens.

On comprend facilement que, lors d’un voyage touristique, on s’adonne facilement à certains domaines photographiques, tandis que d’autres sont généralement délaissés. Parfois même, il peut s’agir de voyages à thèmes et, dans ce cas, on a peu de choix de sujets pour titiller le capteur !

Ainsi, il est très rare, en voyage, de se lancer dans de la photo de portrait en studio, ou même en extérieur, sauf de façon tout à fait occasionnelle. Il en va de même pour la macro.

En revanche, les paysages, les monuments, la rue sont des sources inépuisables et surtout variées.

 

 

Clichés touristiques : les pièges à éviter

Ce qui perturbe l’image

Les autres touristes

Ce n’est sans doute pas propre à la photo touristique, mais le premier de ces pièges est sans aucun doute l’élément perturbateur dans l’image. Il est évident que, dans les lieux touristiques, on croise beaucoup de… touristes ! Et on risque d’en avoir beaucoup autour de la jolie fontaine que l’on souhaite « immortaliser ». S’ils viennent, par leur seule présence, perturber votre vision de cette fontaine, alors mieux vaut vous abstenir de faire la photo. Dans le cas contraire, efforcez-vous de changer d’angle ou incorporez ces « éléments perturbateurs » dans la composition de votre image. Ce ne sera peut-être plus une photo de la fontaine stricto sensu, mais vous réussirez peut-être ainsi à faire une bonne photo de rue.

D’une manière plus générale, déterminez bien ce que vous voulez photographier, et donnez-vous les moyens de l’obtenir ! Vous pouvez, par exemple, revenir sur les lieux à un autre moment, ou bien encore attendre que l’élément perturbateur soit parti et/ou ne vous gêne plus.

2 éléments perturbateurs dans cette image

2 éléments « perturbateurs » dans cette image

Dans l’image ci-dessus, le sujet principal est la « sculpture » de pierre, à droite. Le pigeon au sol et l’enfant surgissant viennent « perturber » la vision initiale du photographe, donnant un « cliché touristique » qui n’est pas du meilleur effet.

 

Meilleur cadrage

Meilleur cadrage

Ainsi cadrée, l’image a beaucoup plus d’impact, met bien en valeur le sujet et s’éloigne de l’aspect touristique pour favoriser l’esthétique.

 

 

D’autres éléments

Si ces éléments sont mobiles, il est toujours possible d’attendre qu’ils soient partis, mais vous n’aurez peut-être pas l’occasion de revenir au même endroit. Ou bien, et c’est préférable, changez d’angle de vue (voir notre article sur ce sujet) afin d’éliminer l’objet « indésirable » du champ photographié. Trop de photos touristiques « ordinaires » ne prennent pas en compte ces objets indésirables et les contiennent sans même que l’auteur ait pris la peine de les masquer. C’est dommage : la vue d’un beau site peut ainsi être gâchée par pure négligence du photographe.

Reste aussi la solution de mettre en scène la ou les personnes qui vous accompagne(nt). Mais, bien sûr, pas n’importe comment. Cela donnera un cliché touristique, sans doute, mais qui prendra une toute autre dimension.

 

Le mauvais moment

Nous venons de l’évoquer, mais il est important de s’y attarder un peu.

L’heure

Vous n’ignorez sans doute pas qu’une même vue sera différente selon les moments de la journée. Prenons l’exemple d’un paysage maritime. Selon que vous le photographierez au lever du soleil, en pleine journée ou au coucher du soleil vous n’obtiendrez pas le même résultat. L’eau et son environnement ne présenteront pas les mêmes nuances de couleurs, la même luminosité, le même « relief ».

La plupart des « touristes », que ce soit par négligence ou par ignorance, ne prennent pas en compte ce paramètre.

Évidemment, si le but n’est autre que de garder un souvenir personnel du lieu visité, cela n’a (peut-être) pas une grande importance. Mais il en va autrement si l’on veut partager ces émotions avec d’autres personnes. Il est alors nécessaire de se montrer plus rigoureux. Non pas dans le but de « frimer », mais simplement pour exploiter au mieux les sujets vus par les objectifs de nos chers boîtiers.

Le moment dans la journée est important. Mais le « bon moment » dans l’instantané est aussi important.

 

L’instant

Si, en photographiant ce magnifique site maritime, vous n’avez pas remarqué le gros camion qui passe, là, sur cette route, juste devant vous, vous aurez gâché votre photo. Cet élément perturbateur aurait pu facilement être évité tout simplement en attendant quelques secondes avant de déclencher, ou en déclenchant avant son arrivée !

 

 

La photo « interdite »

Sauf si vous n’avez pas le choix, évitez de prendre des images au plus fort de la luminosité. Par exemple quand le soleil d’été est à son zénith, par exemple. Dans ce cas, très fréquent, malheureusement, vous n’obtiendrez qu’une photo ordinaire, plate, peut-être même cramée par endroits. Le contraste, c’est bien ; l’excès de contraste, comme l’excès de luminosité, c’est un défaut courant et pourtant facile à corriger.

 

 

L’erreur photographique (réglages, composition, cadrage, etc.)

Avec le « mauvais moment », l’erreur photographique (de paramétrage) est sans doute la plus fréquente.

 

Les sujets en mouvement

Beaucoup de photos comportant des sujets en mouvement comportent aussi… beaucoup de flou. Du flou non désiré et non souhaitable, bien sûr ! Car le flou assumé peut être, lui, un atout de l’image.

Ce n’est pas parce que vous faites du tourisme que vous devez soudain ignorer les fondamentaux de la photographie. C’est, au contraire, un moment privilégié pour les mettre en œuvre et, pourquoi pas, les perfectionner. Alors, veillez à choisir les bons paramètres AVANT de déclencher au lieu de vous apercevoir, après coup, de votre erreur.

 

Le mauvais cadrage

Avoir devant soi un beau monument est une chance. Mais c’est une chance facile à gâcher si le cadrage s’avère inadapté, si l’on coupe le monument au mauvais endroit quand on n’arrive pas à le faire tenir tout entier dans le viseur.

 

 

Quelques solutions pour réussir ses clichés touristiques

S’organiser

Ce n’est sans doute pas le plus facile, surtout si le voyage est organisé et que vous n’en maîtrisez pas l’organisation. Pourtant, un minimum d’organisation est indispensable si l’on veut éviter de ne ramener que des clichés touristiques.

En premier lieu, avant de partir, vous devrez estimer avec autant de précision que possible ce que vous allez voir. Cela conditionnera, au moins partiellement, le type de matériel dont vous aurez besoin. Bien sûr, les « pauvres amateurs » que nous sommes n’ont pas forcément dans leur sac tous les boîtiers et optiques qu’il faudrait, pour toutes les situations possibles. Nous y reviendrons. Mais c’est une raison supplémentaire de s’organiser précisément pour ce que vous allez voir.

Cela étant dit, ne tentez pas de rivaliser avec certaines photos de magazines – ou de catalogues de voyages – pour des sites très connus et visités : leurs auteurs ont sans aucun doute bénéficié de moyens et de conditions de prises de vues dont vous ne disposez probablement pas. Alors, au lieu de tenter de les imiter, misez sur votre propre réflexion, cherchez des angles de vue différents. Faites preuve d’originalité aussi !

 

 

Choisir le lieu

Lorsque l’on se rend dans une région ou un pays que l’on ne connaît pas, on a tendance à suivre aveuglément les indications de guides touristiques. Moyennant quoi, on se retrouve avec de nombreuses autres personnes, à photographier des sujets mille fois (et beaucoup plus !) vus dans les magazines. Vous en conviendrez : l’intérêt en est grandement diminué.

Essayez, là aussi, de « sortir des sentiers battus ». L’expression convient parfaitement et doit dans certains cas être prise au sens propre. Comment ? Eh bien en demandant aux habitants de vous indiquer ce qui, à leurs yeux, mériterait d’être vu et que les guides ignorent.

De la même manière, prenez avec prudence les avis des guides touristiques : vous n’êtes pas obligé d’avoir la même opinion sur tel ou tel site. Et vous pouvez aussi avoir le talent de valoriser, par votre prise de vue, un site moins apprécié. Soyez votre propre guide !

Mais il faut aussi avoir conscience que si vous souhaitez photographier le Taj Mahal ou le temple d’Angkor, il faudra bien accepter les inconvénients de la foule et des conditions de visite. En revanche, vous n’avez pas l’obligation de prouver que « vous y étiez » ! Alors, évitez de faire ce que désormais font les touristes : des selfies devant le monument. De notre point de vue, c’est de mauvais goût et cela ne donne quasiment jamais de bonnes photos. Et si vous en faites, ne les montrez qu’à des personnes qui aiment cela autant que vous.

 

Choisir le moment

(quand on le peut !)

Nous l’avons dit un peu plus haut : c’est primordial si vous avez entière latitude pour le faire. Autrement dit si personne d’autre que vous-même ne vous impose un autre choix. J’ai le souvenir d’une amie qui adorait les voyages et les préparait des mois à l’avance avec un soin méticuleux. Et quand on se rencontrait peu avant son départ, elle racontait son voyage comme si elle en été déjà revenue, avec force détails sur ce qu’elle allait voir et quand elle allait le voir. Ce n’était pas exactement minuté, mais presque. Je l’écoutais certes avec intérêt, mais, quand on se quittait, je n’avais plus la moindre envie de visiter les mêmes lieux : elle en avait trop dit et j’avais le sentiment de n’avoir plus rien à découvrir sur eux.

Bien entendu, cette façon de faire est un peu exagérée et, à notre avis, elle gâche un peu le plaisir de la découverte en ne laissant aucune place à l’inattendu. L’inattendu, c’est précisément, dans certains cas, ce qui vous permettra une bonne photo sortant des sentiers battus. Celle qui étonnera, qui intéressera.

Mais choisir, c’est aussi mettre un maximum de chances de son côté pour faire les images que l’on a envie de faire. Faire le bon choix est tout de même essentiel.

Par exemple, en choisissant de partir tôt le matin pour vos visites, vous éviterez la foule de la journée. Et, en prime, la lumière sera sans aucun doute bien meilleure !

 

Choisir le sujet

Bien souvent, le touriste photographie des monuments. Évidemment, cela ne manque pas d’intérêt. Mais vous pensez bien que le monument dans son ensemble a probablement été photographié des milliers et des milliers de fois. Alors que tel ou tel détail dudit monument n’a peut-être jamais – ou rarement – été photographié. Il ne manque pas d’intérêt pour autant ! Cherchez ces détails, présentez-les sous l’angle qui les mettra en valeur. Faites preuve d’originalité !

 

Barcelone - La Sagrada Familia

Barcelone – La Sagrada Familia

Cette vue de la « Sagrada Familia » à Barcelone ne présente aucun intérêt : les grues sont inesthétiques, le cadrage perfectible, la lumière mal gérée. Et pourtant, combien de fois voit-on de tels « clichés touristiques » !

Alors, plutôt que de shooter ainsi le célèbre monument, le photographe s’est concentré sur un détail de la façade :

Détail de la façade de la Sagrada Familia

Détail de la façade de la Sagrada Familia

 

et un autre de l’intérieur de la cathédrale :

Escalier intérieur de la Sagrada Familia

Escalier intérieur de la Sagrada Familia

 

Pour revenir au monument qui n’entre pas en totalité dans le viseur, il existe aussi des solutions. Vous pouvez, par exemple, vous éloigner de quelques dizaines (centaines ?) de mètres. Parfois, c’est mieux, mais pas applicable à toutes les situations. Considérez alors la possibilité de réaliser un panoramique en plusieurs images (3, 4, 5 ou même davantage). Faites ces images avec soin et, à votre retour, vous pourrez les assembler avec un logiciel adapté pour en faire une image s’éloignant des clichés touristiques habituels.

Voici un exemple. Le sujet est la Fondation Louis Vuitton. C’est une immense construction qu’il est difficile de cadrer entièrement, sauf à s’en éloigner de plusieurs centaines de mètres, ce qui est inenvisageable étant donné la configuration des lieux.

Partie de la Fondation Louis Vuitton

Partie de la Fondation Louis Vuitton

La vue ci-dessus, comme peut la saisir n’importe qui, ne donne qu’une idée très imparfaite et incomplète du bâtiment.

Il est préférable de montrer le bâtiment tout entier, au moyen de 3 images assemblées en panorama, comme ci-dessous :

Fondation Louis Vuitton (panorama de 3 images)

Fondation Louis Vuitton (panorama de 3 images)

 

 

Choisir le bon matériel

Quel objectif ?

Il faut bien entendu être prévoyant. Mais ne négligez pas la possibilité de réserver une place au hasard. Vous allez voir de beaux paysages aujourd’hui ? Fort bien ! En montagne ? C’est parfait ! Mais si vous « oubliez » de prendre avec vous une longue focale, vous manquerez peut-être l’occasion de shooter ce magnifique chamois (ou isard, pour les Pyrénéens). Dans ce cas, votre magnifique zoom grand-angle ne vous servira qu’à prendre en photo l’environnement de l’animal.

Avoir le bon matériel au bon moment, c’est ce qui caractérise le touriste-photographe exigeant. Vous n’aurez jamais tout ce qui serait nécessaire, sauf à charger démesurément votre sac et à vous transformer en galérien.

Mais si, avec le bon matériel, vous choisissez une composition adaptée et un cadrage sans défaut, alors vous approchez la perfection. Ne rêvez pas : elle est inatteignable. On peut juste s’en rapprocher !

 

L’objectif idéal

Les touristes l’ont bien compris, qui prennent un seul objectif avec leur APN : un zoom grand-angle / téléobjectif, « à tout faire », comme ils disent. Certes, un 24-800mm (voire davantage) ouvrant à f/2.8, du moins à la plus courte focale, couvre beaucoup de besoins. En tous cas, en matière de cadrage. Mais pour quels résultats photographiques ? Le jour où un constructeur aura réussi à fabriquer un zoom 8-1200mm ouvrant à f/2.8 constant, de bonne qualité optique, n’est pas près d’arriver ! C’est tout simplement utopique. Et les zooms de très grande amplitude n’échappent pas à cet état de choses : leurs résultats ne valent pas ceux de 2 ou 3 focales fixes bien choisies. Ils en sont même très éloignés. Dans ce cas, vous devrez peut-être « zoomer avec les pieds », mais, en vous contraignant à mieux choisir vos angles de vues et vos cadrages, vous vous éloignerez de la photo « tout-venant ».

Alors, différenciez-vous du touriste négligent ou dilettante et préférez la qualité à la facilité.

 

Les accessoires

Une astuce matérielle pour vous affranchir de la foule ? C’est tout simple : utilisez un filtre ND de la puissance adéquate (ND400 ou ND1000 par exemple) : bien utilisé, avec le temps de pose qui convient, vous éliminerez tous les éléments mobiles de l’image. À essayer, même si cela demande quelques précautions !

Et, même sans filtre, une pose longue peut aussi vous permettre de flouter tous les éléments mobiles. C’est plus efficace de nuit, car vous éviterez ainsi les images surexposées. Mais il faudra, dans ce cas, prévoir un trépied ou, à défaut, constituer un support stable à peu de frais, par exemple un sac de riz ou de lentilles (crus, bien sûr !!!) à poser sur un muret, une table, etc…

 

 

Bien d’autres astuces pourraient être mises en œuvre pour vous éloigner de ce que l’on nomme les « clichés touristiques ». Il faut juste faire preuve de bon sens et parfois d’imagination pour éviter ce type de clichés. Et, surtout, prendre son temps et ne pas déclencher à la va-vite avec le seul but de ramener des centaines d’images. Mieux vaut qu’elles soient moins nombreuses, mais plus construites.