Faire du ménage dans ses objectifs photo

Il existe (au moins) deux catégories de photographes parmi les amateurs : ceux qui possèdent le matériel strictement nécessaire à l’assouvissement de leur passion, et ceux qui sont toujours à la recherche de la perle rare, achètent souvent et donc possèdent une grande quantité d’objectifs. Parfois bien trop, ce qui peut les conduire à s’interroger : « Dois-je faire du ménage dans ma collection ? ».

Car, la plupart du temps, il est vrai que cette abondance est telle que l’on peut parler de collection. Pourquoi ? Tout simplement parce que le propre du collectionneur, c’est de posséder, mais pas forcément d’utiliser. Même en ce qui concerne le matériel photo.

Ici, nous ignorerons volontairement le monde des photographes professionnels, pour lesquels la notion même de « collection » n’existe pas. Un professionnel de la photo, la plupart du temps, ne possède que ce dont il a réellement besoin pour l’exercice de son métier : un boîtier – plus souvent deux – et 3 ou 4 objectifs en rapport, évidemment, avec le domaine photographique pratiqué.

 

Le « collectionneur » d’objectifs

Nous l’appelons ainsi, mais il est hautement probable que, lui, ne se considère pas comme un collectionneur. Il a simplement acheté, au fil du temps, des pièces qui, sur le moment, l’intéressaient beaucoup, pour une raison ou pour une autre. Et, bien sûr, avec la ferme intention de les utiliser aussi souvent que possible.

Le lecteur aura compris que notre propos n’est pas d’évoquer les VRAIS collectionneurs de matériel photo dont l’intention est de posséder les pièces les plus rares, mais pas de les utiliser. Ceux-là possèdent plus de vitrines que de sacs photo. Et, s’ils ont à faire du ménage, c’est surtout pour évacuer la poussière qui peut se déposer sur leurs précieux objets.

Mais l’intention est une chose, sa concrétisation en est une autre. Là encore pour des raisons diverses : un loisir comme la photographie recouvre bien des domaines : portrait, photo de rue, macro, architecture, animalier, paysage, etc. … Et les objectifs pour la pratique d’un domaine ne sont pas obligatoirement les mêmes que pour un autre domaine : allez donc faire de la macro (je dis bien de la macro, pas de la proxi photo) avec un téléobjectif de 600 mm ou avec un fish-eye ! Pas vraiment facile, non ? Or, beaucoup de photographes de loisirs veulent toucher à tous les domaines de leur passion et s’équipent en conséquence.

 

Sa collection d’objectifs

Et c’est là que commence la collection.

L’amateur n’a pas toujours des moyens financiers sans limites (les professionnels non plus, d’ailleurs, même si les problématiques sont différentes !). Il ne peut donc pas se permettre d’acheter, au prix du neuf, pléthore d’objectifs, sauf à jouir d’une situation financière aisée. Dès lors il se tourne vers le marché de l’occasion (voir ICI) : c’est facile et souvent moins onéreux. En pareil cas, on ne regarde pas si le besoin est primordial : on achète, au cas où… Le problème, c’est que cela devient souvent compulsif. Et, très vite, le parc d’objectifs prend une ampleur inquiétante.

 

L’utilisation de ces objectifs

Or, un fait est certain : très peu de photographes utilisent régulièrement l’ensemble de leurs objectifs. On finit toujours par se « spécialiser » dans 2 ou 3 domaines – voire un seul – et la « belle collection » finit par être sous-utilisée. Même les plus belles pièces restent « sur l’étagère » où elles prennent la poussière. Et l’expression « faire du ménage » n’a plus le même sens.

 

Pourquoi faire du ménage

Au sens de « réduire sa collection », bien sûr. Les raisons sont diverses, évidemment, et souvent cumulatives.

 

Changement de format

Il existe les changements radicaux, comme passer du 24×36 au moyen format, ou inversement, qui impliquent une refonte de sa gamme d’objectifs (ou l’achat de bagues spécifiques).

En numérique, il existe aussi le passage du format APS-C au format 24×36. On sait que les objectifs APS-C ne sont pas toujours compatibles avec les capteurs « plein format (FF) », excepté par leur monture. Et encore n’est-ce valable que si on reste dans la même marque.

Dès lors, si le boîtier change, une grande partie des objectifs va changer aussi. Sauf bien sûr, si l’on décide de garder les deux formats de boîtiers ET d’objectifs. Ce que ne font généralement que les passionnés. Et, en pareil cas, il va falloir se constituer 2 gammes d’objectifs, une pour chaque format. Si l’on reste dans la même monture, tout va bien. Dans le cas contraire, il va falloir se résoudre à faire des choix et… à faire du ménage !

Des focales équivalentes pour des capteurs différents :

Le Pentax DA * 16-50mm f/2.8Le Pentax D FA* 24-70mm f/2.8

 

Changement de marque

Là, l’obligation de faire du ménage se transforme en obligation de « faire du vide ». Si les montures ne sont pas compatibles – et elles le sont rarement entre marques différentes, jamais en numérique (sauf montures 4/3) – alors un changement complet de gamme s’impose. Financièrement, ce n’est pas neutre !

 

Trop d’objectifs inutilisés

C’est le cas le plus fréquent, sans doute. Il a d’ailleurs été évoqué ci-dessus. Au gré des promotions et autres occasions exceptionnelles, les achats successifs ont pu engendrer des doublons. Parfois des doublons stricts (objectifs de mêmes focales et ouvertures par exemple), parfois des doublons partiels : par exemple un excellent zoom qui couvre une focale fixe que l’on possédait déjà. Les cas sont trop nombreux pour être énumérés, mais chacun comprendra le sens du propos.

La question à se poser est évidente : « Pourquoi conserver ces doublons ? ». La sagesse consisterait à se séparer des versions les plus anciennes.

Un exemple

Je possède un zoom D FA 28-105mm f/3.5-5.6 ED DC WR et un « vieux » Zoom FA 28-105mm f/4-5.6 « PowerZoom » (acheté d’occasion bien avant, dans l’optique de l’arrivée d’un boîtier plein format chez Pentax). Un test comparatif a été effectué sur PentaxKlub. Il en résulte que le plus récent des deux produit des images d’une qualité nettement meilleure. Pour autant, l’ancien n’est pas ridiculisé (on peut le vérifier dans le comparatif en question), même si, évidemment, il accuse son âge. Dès lors, il n’est plus utilisé que pour vérifier qu’il fonctionne toujours. Il faudrait donc s’en débarrasser.

Pourquoi le garder

C’est aussi vrai dans l’exemple ci-dessus que dans d’autres cas.

Ces objectifs anciens ont très souvent été acquis à bas prix, au gré des promotions ou autres occasions (brocantes, par exemple) ou ont été largement « amortis » dans leur temps d’utilisation. Leur valeur marchande est ainsi devenue très faible, voire nulle pour certains. Faut-il alors les transformer en « presse-papier » comme le préconisent certains commentateurs ? Faut-il au contraire chercher un acquéreur « pour pas cher » ? Faut-il les donner à un jeune débutant ou à une association ? Toutes ces réponses sont plausibles, mais aucune n’est vraiment satisfaisante. En tous cas, aucune ne s’impose nettement. Le don, soit dit en passant, ne serait pas forcément « un cadeau », mais pourquoi pas ? Peut-être un échange…

 

Le manque de place

… pour ranger tout son matériel, s’entend !

Posséder beaucoup d’objectifs nécessite évidemment un endroit pour les entreposer. Un endroit facilement accessible et présentant suffisamment de sécurité. Un endroit où lesdits objectifs n’ont pas trop à craindre la poussière. Une armoire dédiée peut constituer un idéal de rangement. L’inconvénient, c’est que cela prend une place non négligeable dans les petits appartements modernes. C’est moins problématique si on possède un vaste logement.

Mais, en tout état de cause, il est inconcevable, pour un photographe normalement constitué, de laisser son matériel en vrac.

 

Trop de travail d’entretien

Bien rangés ou pas, les objectifs photo demandent un minimum d’entretien. PentaxKlub vous a aussi déjà parlé de ce sujet, par 2 fois (pour les objectifs, c’est ICI).

Je connais des personnes qui adorent faire le ménage, mais peu d’hommes parmi elles. Pourtant, nettoyer et entretenir régulièrement ses objectifs est généralement un gage de leur bon fonctionnement. C’est indispensable. Aussi, en avoir beaucoup multiplie ainsi les tâches d’entretien et cela peut parfois devenir fastidieux. Bon, avouons que, sur ce point, on se fait un peu l’avocat du diable. Parce que, d’une manière générale, entretenir « amoureusement » son matériel peut aussi faire partie des plaisirs du photographe.

 

Rationaliser les accessoires

C’est, en quelque sorte, le corollaire de la possession de nombreux objectifs. Par exemple en ce qui concerne les filtres.

Filtres et porte-filtre
Les diamètres de filtres les plus courants

Ce sont : 49 mm, 52 mm, 55 mm, 58 mm, 62 mm, 67 mm, 72 mm, 77 mm, 82 mm.

Mais il existe aussi des filtres plus petits (37 mm, 39 mm, 43 mm, 46 mm) et des filtres plus grands (86 mm, 95 mm…).

On rencontre deux cas de figure :

Les filtres sur porte-filtre

C’est un système hautement recommandable si l’on possède de nombreux objectifs dont certains présentent le même diamètre de filtre.  Il suffit alors d’acheter un porte-filtre et des bagues d’adaptation à chaque diamètre. Un même filtre, judicieusement choisi, pourra dès lors être utilisé sur n’importe lequel des objectifs.

Les filtres vissant directs

Dans ce cas, au contraire, il faudra posséder autant de filtres de chaque type (neutres, UV, polarisants, ND de différentes densités…) que de diamètres d’objectifs.

Compte tenu de la grande variété des diamètres, on imagine tout de suite le nombre de filtres que devrait alors acheter un photographe qui posséderait 20 objectifs, dont la moitié avec des diamètres différents !

Évidemment, limiter le nombre d’objectifs permet aussi de limiter le nombre de filtres.

 

Les sacs photo

PentaxKlub en a parlé aussi très récemment. Beaucoup d’objectifs signifient souvent beaucoup de tailles différentes. Pour les transporter, même si ce n’est pas tous en même temps, il faudra posséder des sacs adaptés à leur taille et à leur poids.

Pour posséder une vingtaine (au moins) d’objectifs et 7 ou 8 sacs différents, je sais à peu près de quoi je parle !

 

Comment faire du ménage dans ses objectifs

Jeter

Solution simple, voire simpliste. Et surtout anti-écologique. Il ne saurait être question de la recommander, même pour des objectifs devenus largement obsolètes ou défectueux. Dans ce dernier cas, ils pourraient servir à des ateliers de réparations pour une éventuelle récupération de pièces.

 

Donner

Ce n’est sans doute pas la première solution qui vient à l’esprit, surtout dans notre monde où règne le dieu argent.

Pourtant c’est une solution qui peut rendre service. Et, à l’occasion, aider un jeune photographe à prendre pied à moindre coût dans le monde de la photo. Une de mes connaissances a ainsi donné à son fils une partie du matériel dont il ne se servait plus (un boîtier K-5 IIs, un zoom standard 18-55mm et un autre zoom 70-300mm). Le « cadeau » a, semble-t-il, été apprécié. Et si le récipiendaire vient à abandonner son envie de photo, alors il pourra toujours rendre le matériel, le donner à son tour, ou… le vendre !

 

Vendre

C’est probablement la première idée qui vient à l’esprit, pour différentes raisons là encore, ou quand les autres solutions sont impossibles à retenir.

Vendre, c’est s’assurer une petite (ou moins petite) rentrée d’argent qui pourra être affectée à l’achat d’un autre objectif… ou pas !

Vendre, c’est aussi, pour certaines personnes, un moyen de passer une période financièrement difficile. Il ne faut pas en rire : cela arrive !

 

Que faut-il garder et pourquoi ?

Faire du ménage dans ses objectifs ne consiste pas à choisir au hasard. Cela impose d’y réfléchir, car, dans la plupart des cas, si l’on vient à regretter sa décision, il sera difficile d’y apporter remède. Racheter un objectif que l’on a vendu peut coûter plus cher que le profit de la vente, particulièrement si l’on doit racheter du neuf.

Le but est de conserver ce que l’on est sûr d’utiliser. Et aussi qui constituera une gamme cohérente !

 

Les objectifs facilement trouvables

À une époque, j’ai possédé plusieurs versions en monture vissante (M42) du célèbre Helios 58mm f/2, objectif fabriqué en Union Soviétique et prisé de beaucoup de photographes adeptes du « tout manuel ». Et aussi adeptes des caractéristiques propres à cet objectif (son bokeh, par exemple).

Je m’en suis séparé sans le moindre regret le jour où j’ai trouvé et acheté un Helios 44K-4, donc en monture à baïonnette K, de même focale et ouvertures. Il devenait beaucoup plus aisé de le monter sur mon boîtier et de l’en démonter. Et plus besoin de bague M42/K. Le faible montant de la transaction a, probablement, été apprécié de l’acquéreur et il a couvert en grande partie mon achat.

Helios 44K-4 en monture K
Helios 44K-4 en monture K

 

Les objectifs difficilement trouvables

Contrairement aux précédents, il n’est pas forcément facile de trouver certains objectifs sur le marché de l’occasion (et encore moins neufs pour nombre d’entre eux). Donc, même s’ils ne servent pas souvent, il est conseillé de les conserver. Il en va de même, évidemment, des objectifs de qualité et/ou extrêmement rares, même si leur fréquence d’utilisation est très réduite.

 

Les objectifs à valeur sentimentale

Cela peut aussi arriver : une personne estimée a offert un objectif qui, finalement, sert peu, fait doublon ou est tout simplement mauvais. De fait, un objectif qui ne donne pas satisfaction à la personne qui l’a reçu. Selon le cas et la personne offrante, il ne sera pas obligatoirement facile de s’en séparer sans regret. Là encore, cela nécessite une petite réflexion préalable.

 

L’intérêt de conserver une gamme plus restreinte d’objectifs

Outre l’intérêt de conserver une gamme cohérente, avoir peu d’objectifs c’est souvent les utiliser davantage. C’est aussi apprendre à connaître ou à mieux utiliser ceux que l’on a décidé de garder. Ce qui, souvent, conduit à en tirer le meilleur et ainsi produire des images de qualité supérieure.

On croit toujours que deux objectifs « identiques » produisent des images « identiques ». Ce n’est pas vrai. Comme pour une voiture automobile, d’ailleurs. Chacun a sa « personnalité », sa manière de réagir, notamment en mise au point autofocus : un exemplaire peut souffrir d’un léger back-focus quand son frère jumeau pourra, lui, présenter un front-focus. Bien sûr, tout cela peut se régler, par soi-même ou en atelier. Mais c’est une opération supplémentaire à exécuter… et, éventuellement, des frais supplémentaires. Sans compter que, pour celui qui posséderait plusieurs boîtiers, le réglage pourrait devenir problématique : on n’est jamais sûr, a priori, que la correction à apporter serait identique pour les différents boîtiers.

C’est d’ailleurs pourquoi les tests d’objectifs, s’ils présentent des « tendances » générales, ne sont rigoureusement incontestables que pour l’exemplaire testé et dans les conditions du test.

D’une manière générale, quand on aime vraiment un objectif ou qu’on le trouve très bon, même si l’on s’en sert peu, on DOIT le garder.

De plus, il faut bien admettre que les meilleures raisons de conserver un ou des objectif(s) sont exactement trouvées en prenant le contraire des raisons pour lesquelles on veut faire du ménage dans son parc.

Alors, à chacun de jouer, de faire ses choix et, éventuellement, d’agir !