La réponse à cette question nécessite au préalable de définir ce que l’on entend par « fermer » une photo. Il sera toujours temps ensuite de déterminer ce que l’on peut faire.

 

La lecture de l’image

 

Toute « bonne » photo doit permettre au regard de parcourir harmonieusement l’image, de préférence d’une manière logique : il serait en effet hasardeux que le regard ne sache pas où se poser, qu’il se « promène » anarchiquement dans l’image sans être guidé d’une manière quelconque. C’est la composition de la photo par le photographe qui va, ou pas, permettre cette promenade du regard. Une photo bien composée guidera le regard vers le ou les points forts de l’image, judicieusement choisis et placés.

 

 

 

La fin de la lecture

Fort bien ! Mais la question est alors de savoir où le regard devra s’arrêter (s’il doit s’arrêter), terminant ainsi la lecture de l’image, ou bien s’il doit sortir de l’image. Dans ce dernier cas, c’est l’imagination du lecteur qui prendra le relais. Cela peut avoir des conséquences non négligeables sur la lecture de l’image. Mais toutes les images ne se prêtent pas à laisser l’imagination vagabonder. Sauf cas particulier, une image de nature morte, un portrait, un insecte pris en macro, ne laissent pas beaucoup de place à l’imaginaire hors du sujet lui-même ! Le regard se concentrera sur le sujet et n’en sortira pas.

 

Composer une image

Composer une image n’est pas toujours facile et répond à plusieurs problématiques, et notamment (mais pas seulement) :

  • Ce que le photographe veut montrer
  • comment il va le montrer (brutalement, progressivement…).

Règle des tiers

Lignes de direction orientant la lecture

Dans la photo de gauche (Règle des tiers) le rocher à gauche se trouve bien sur un point « névralgique ». Sur la photo de droite, on constate que les lignes de fuite mènent toutes vers le bâtiment, sujet principal.

Dans cette image de proxi (ci-dessous) est suggérée une spirale de Fibonacci. Qu’il parte du bas de l’image (à droite puisqu’il n’y a rien à gauche) ou du haut de l’image à gauche (antenne de la sauterelle, puisqu’il n’y a rien à droite), le regard converge vers l’insecte, sujet de la photo, lui-même placé sur « un tiers ». On peut aussi y voir de (très) discrètes diagonales, y compris dans le bokeh.

Macro photo verte. © Micaz

 

Dans cette photo, quoi que l’on fasse, le regard ne peut que rester sur le sujet (dans sa globalité) et pourtant, pour ce faire, rien ne vient le bloquer  !

Le choix du sujet est, bien sûr, très important. Si le photographe veut montrer tel ou tel sujet, c’est évidemment qu’il revêt pour lui une certaine importance et même une importance certaine. Et surtout qu’il veut la faire partager. Sinon, à quoi bon faire une photo ? Mais bien sûr, on ne composera pas de la même manière une photo de paysage et un portrait en studio.

 

Composer une photo de portrait

La question du regard qui sort de l’image ne se pose pas, à moins que l’environnement du sujet n’ait plus d’importance que le sujet lui-même. Auquel cas, on s’est probablement trompé de sujet. Le seul regard qui peut « sortir » de l’image, c’est celui du modèle. Et encore faudra-t-il prendre garde à ce que ne sorte pas n’importe comment ! Un regard qui bute sur le bord de la photo, parce que placé trop près, est la plupart du temps une faute de composition.

Mika, mannequin

 

Mais le regard du lecteur, lui, sera concentré sur le modèle et même, le plus souvent, sur le regard du modèle. Tout élément extérieur au modèle (dans la photo) sera perçu comme plus ou moins perturbateur. En portrait de studio, il serait même incongru.

 

Composer un paysage

C’est un des domaines – mais certainement pas le seul ! – où la composition a le plus d’importance. Pour bien composer une photo de paysage, le photographe va organiser son image de façon à valoriser le sujet principal. Il tentera d’amener le regard du lecteur vers ce sujet (*) selon un parcours logique. Des lignes de force, des diagonales, etc., bref un « chemin », constitueront ce parcours.

La question est de savoir si ce chemin s’arrêtera sur le sujet ou s’il se poursuivra, avec la possibilité de sortir de la photo. C’est la volonté exprimée implicitement par le photographe qui sera déterminante. S’il décide de bloquer le regard du lecteur dans l’image, c’est qu’il aura décidé de « fermer » la photo. Dans le cas contraire, la photo restera « ouverte ». Une solution n’est pas forcément meilleure que l’autre : l’intention de l’auteur est toujours primordiale. Pour autant, bien sûr qu’il s’agisse d’une véritable intention et non pas d’une erreur ou de l’effet du hasard.

 

Comment faire pour que le regard reste dans l’image ?

Le premier point est qu’il est impératif que le sujet soit plus important que son environnement. Cela paraît évident, mais, à l’observation, on constate très souvent que ce n’est pas le cas. Différentes techniques permettent d’y parvenir, par exemple en jouant sur la profondeur de champ : si elle est réduite, le regard se concentrera sur ce qui est net, et éludera ce qui est flou. C’est particulièrement vrai en macro où on préconise souvent une excellente netteté sur le sujet et un bokeh le plus fondu possible.

C’est moins crucial en photo de paysage où la netteté du sujet doit, certes, primer, mais où le bokeh ne s’impose pas vraiment. Dans ce cas, il faut guider le regard vers le ou les points d’intérêt que l’on a choisi de valoriser. Et, dans cette façon de composer, il faut faire en sorte que la lecture ne soit pas trop rapidement interrompue. Ainsi, le lecteur doit pouvoir garder le regard sur la photo et y trouver de nouveaux points d’intérêt. Si on laisse son regard s’évader, on a perdu la partie.

Il peut être utile, en pareil cas, de « poser des obstacles » pour y faire en quelque sorte « rebondir » le regard et le garder ainsi dans l’image. Dans certains cas, c’est moins facile à faire qu’il n’y paraît : tout dépend du paysage que l’on veut montrer. Mais dans la plupart des cas, on peut aussi y parvenir sans trop de difficulté. Il suffit d’utiliser quelques « trucs » tout simples, et savoir composer avec intelligence et/ou astuce.

 

Quels moyens pour fermer une photo

Pour un paysage (urbain ou non), s’agissant de la prise de vue elle-même, on peut procéder de deux manières :

  • On change légèrement l’angle de vue, de façon à inclure, sur le bord de l’image, un « obstacle » naturel sur lequel le regard viendra buter
  • s’il n’est pas possible de modifier cet angle de vue « physiquement » et que l’on shoote avec un zoom, le fait de « dézoomer » légèrement permettra souvent de parvenir au même résultat. C’est ce qui a été fait pour les photos ci-après :

 

Dans cette image, la rue n’est pas « fermée », elle est interrompue sans que l’on sache ce qui se trouve plus loin.Au contraire, ici, en changeant légèrement l’angle de prise de vue, et en dézoomant, on fait apparaître le bout de la rue et les bâtiments qui la bordent viennent « fermer » la photo.

 

Changer d’angle de vue

Quand on photographie un paysage, quel qu’il soit, on choisit une portion de ce que voit notre regard, on compose et on cadre, puis on presse le déclencheur. Comme pour toute photo, en somme. Oui, mais on a ainsi exclu ce qui paraît sans intérêt ou d’un intérêt moindre, ou, en tous cas, ce dont on a implicitement estimé que c’était sans intérêt.

Cela peut conduire à « tronquer » l’image : les bords (ou un bord) auraient pu présenter un intérêt que la « coupure » supprime. Le lecteur est alors obligé d’imaginer ce qui peut se trouver au-delà de ce bord d’image : le regard s’évade, sort de l’image. Pour l’y maintenir, la solution peut être de pivoter légèrement pour inclure dans l’image une « frontière naturelle », par exemple une colline, un bois, un arbre, etc. … Bien entendu, cela ne doit pas conduire à en faire le point d’intérêt principal de l’image : il faut juste que cela arrête le regard sur l’image !

Inconvénient : on a peut-être alors perdu ce qui se serait trouvé sur le bord opposé de l’image. Et c’est là qu’intervient le sens de la composition et du cadrage. Avec une focale fixe, le photographe sera donc contraint de bouger, de changer d’angle de vue, d’avancer ou de reculer par rapport à son sujet, bref, comme on dit, de « zoomer avec les pieds ». C’est un bon exercice pour améliorer la façon de composer.

Cette image parisienne pourrait avoir été prise sur de nombreuses avenues, sans que l’on sache, si l’on n’est pas familier des lieux, l’endroit exact où elle a été prise.Le même lieu, quelques instants plus tard, en décadrant, montre que l’on est tout près du Centre Pompidou, dont on voit à gauche une partie de l’architecture et le nom sur le panneau d’arrêt des bus.

 

Dézoomer

Si au contraire on dispose d’un zoom, la manœuvre sera quelque peu facilitée. Le résultat n’en sera pas pour autant garanti.

Dézoomer, cela veut dire que le champ photographié sera élargi. Par conséquent, on y introduira de nouveaux éléments qui viendront – ou pas – faire obstacle à la poursuite de la lecture de l’image, « fermant » ainsi le cadre. Tout le problème, en pareil cas, est de bien choisir les éléments nouveaux. Il faut qu’ils ne soient pas complètement étrangers au thème de la photo, qu’ils ne s’opposent pas au sujet. En un mot, il faut qu’ils fassent réellement partie de la composition. L’ignorer ou le négliger affaiblirait sans aucun doute l’impact de l’image. En pareil cas, mieux vaudrait alors laisser fuir le regard du lecteur vers un imaginaire que lui seul pourrait définir. Et donc, mieux vaudrait ne pas fermer la photo !

 

Au même endroit que dans les photos précédentes, cette image a été prise avec un zoom à la focale de 40 mm.Sans changer de place ni d’angle de prise de vue, cette image a été réalisée à la focale de 25 mm

 

Ajouter du vignetage

C’est une solution qui n’est pas envisageable dans tous les cas de figure, mais qui parfois permettra de « fermer » la photo à « peu de frais ». Il suffit, quand c’est possible, d’ajouter du vignetage en Post-Traitement (PT), à défaut de pouvoir le faire à la prise de vue. On sait bien que certains objectifs souffrent de ce défaut, mais il est difficile de le maîtriser au moment où on prend la photo. C’est parfois possible quand on utilise certains objectifs DA (donc dédiés APS-C) sur un boîtier FF, à condition, cependant que cela ne soit pas outrancier. L’emploi dans ces conditions, par exemple, d’un DA ★ 16-50 ne serait pas du meilleur effet. En effet, on verrait la totalité du cercle optique et c’est esthétiquement à proscrire. D’autres objectifs DA ne présentent pas le même inconvénient et le vignetage qu’ils introduisent peut esthétiquement s’admettre.

Cela implique, bien entendu, de bien connaître ces (et aussi « ses ») objectifs afin d’en tirer le meilleur.

Si cela n’est pas possible, le PT permettra d’aboutir au résultat recherché.

 

Mettre un cadre dans le cadre

En quoi cela consiste-t-il ?

Bien sûr, il ne s’agit pas de proposer un service d’encadrement des meilleures photos de chacun. Pas davantage d’indiquer quel matériel choisir et comment l’utiliser dans un but d’encadrement. Les maries-louises, sous-verre et autres passe-partout ne sont pas vraiment la préoccupation du présent article. Il s’agit plutôt de savoir comment et avec quoi « border » une image, et en tous cas, son centre d’intérêt principal.

 

Qu’est-ce qu’un cadre ?

Dans le cas qui nous occupe, un cadre sera constitué de tout élément de composition servant à guider le regard du lecteur vers le centre d’intérêt de l’image. À l’exclusion, cependant des lignes verticales, diagonales ou horizontales structurant l’image. En effet, ces sujets ont déjà été abordés dans différents articles traitant de la composition.

 

Pourquoi mettre un cadre ?

Essentiellement, pour l’esthétique de l’image et/ou pour guider le regard du lecteur.

Un paysage proposé « brut de décoffrage » ne manque sans doute pas d’intérêt, surtout si l’on a pris la peine de choisir avec soin son sujet et de le traiter comme il convient. Oui, mais ça, c’est de la théorie ! On sait bien que, en théorie, il n’y a pas de différence entre la théorie et la pratique, mais, en pratique, il y en a !

 

Pour l’esthétique

Est-on toujours bien sûr que ce paysage (le sujet) ne comporte que des éléments du plus grand intérêt ? Est-on certain qu’aucun élément indésirable ne vient gâcher sa beauté ? On ne remarque pas toujours ces éléments indésirables (par exemple un conteneur de poubelles malencontreusement placé dans le champ photographié). Mais, si on les remarque et qu’on ne peut pas les déplacer, on se doit de ne pas les faire apparaître. Ou de les faire disparaître. Oui, bien sûr, dans certains cas, le Post-Traitement pourra être une bonne solution. Mais, outre que cela représente un travail supplémentaire, l’éviter dès la prise de vue est une bien meilleure solution.

 

Pour guider le regard du lecteur

On le sait, guider le regard du lecteur est un élément fondamental dans le cadrage et la composition d’une image. Cela ne laisse pas trop de place à l’interprétation. On indique de cette façon ce que doit voir le lecteur et comment il doit le voir, selon quel cheminement. Plus facile à dire qu’à faire, c’est certain. Mais si l’on n’essaie pas, on ne sait pas. Il faut donc, chaque fois que possible essayer de se servir d’éléments du « cadre » photographié pour offrir de l’image la vision que l’on souhaite.

 

Comment procéder ?

Dans l’image ci-après (on le concède, c’est une image dont le seul intérêt est d’illustrer le propos), le photographe souhaite que le regard se porte sur la maison normande en arrière-plan. Pour ce faire, il a inclus un « cadre » constitué de ce rectangle de pierres au premier plan qui attire l’œil dès le premier regard et que l’on suit jusqu’au but recherché. Au surplus, le déplacement des passants, à gauche, conduit le regard dans la même direction. De fait, le regard se trouve « enfermé » dans un cadre dont il ne peut s’échapper. Si ce cadre de pierre n’avait pas existé, il est probable que le regard se serait plus sûrement porté sur les 2 premières maisons, à gauche. Elles ne manquent certes pas d’intérêt mais elles ne sont pas le sujet que le photographe a voulu fixer.

Mettre un cadre...

Mettre un cadre… (photo prise à Rouen)

 

Cette autre image, prise en Corse, sera, en l’état, un contre-exemple. Le cadre constitué par la roche n’enferme dans son espace qu’une partie de ciel et de végétation sans grand intérêt. C’était seulement un clin d’œil, car, en penchant la tête, on constate que le dessin de la roche fait penser aux contours mêmes de la Corse. Si, au moment de la prise de vue, un oiseau ou un avion s’était inscrit dans ce cadre, cela aurait fixé sur lui le regard du lecteur, tout en apportant un côté humoristique.

Roche en Corse

Roche en Corse

Une autre image, également prise en Corse (merveilleuse île !) montre comment un cadre bien choisi peut concentrer le regard sur le sujet principal, fermant ainsi agréablement l’image.

Cadre dans l'image

Cadre dans l’image

 

Même en photo animalière (ici, en parc zoologique) on peut composer de façon à « enfermer » le sujet dans un cadre :

Doublement prisonniers...

Doublement prisonniers…

 

Fermer une image : est-ce obligatoire ?

Comme il est clairement suggéré plus haut, la réponse est bien entendu négative. Seul le photographe sait ce qu’il a voulu faire, montrer, et il se doit de l’assumer.

Ne pas fermer une image est un choix délibéré, donc conscient, puisque l’on accepte et même que l’on désire que le lecteur ne garde pas son regard dans l’image. C’est un peu comme la dissertation de notre enfance, quand le professeur disait qu’une conclusion doit toujours élargir le sujet vers… autre chose. Cette « autre chose » n’est pas précisée, mais peut (ou doit ?) être suggérée.

Il faut cependant garder à l’esprit que, pour garder une certaine efficacité, cette manière de procéder doit s’accompagner d’une certaine « consistance » du sujet.  Il faut qu’il y ait suffisamment de matière à contempler avant de laisser l’imagination tenter de compléter ce qui a été montré.

 

(*) Est-il indispensable de préciser que, dans ce cas, le « sujet » peut n’être qu’une partie de l’image ?

 

Crédit photo :  © Micaz & fyve, sauf indications différentes.