Les filtres ND (Neutral Densité en anglais ou Densité Neutre en français) sont particuliers. Ce sont des filtres dont la surface est plus ou moins grise selon la densité choisie. En théorie, ces filtres vont absorber plus ou moins de lumière, sans en modifier la couleur.

Le but est de réduire la quantité de lumière arrivant sur le capteur permettant ainsi de moduler les temps d’exposition de vos photos.

 

 

Pourquoi utiliser un filtre ND ?

Cela a déjà été dit dans de précédents articles, une prise de vue s‘effectue en tenant compte de 3 facteurs principaux : Ouverture, Temps d’Exposition et Sensibilité (ISO). On peut y ajouter la correction d’exposition qui permet une certaine compensation. Suivant la combinaison choisie, la quantité de lumière est plus ou moins importante.

L’utilisation des filtres ND va permettre de gérer le flux de lumière vers le capteur, le réduisant pour une même durée. On va pouvoir ainsi éviter des surexpositions, faire des poses longues de jour, créer des effets de lissage ou supprimer des passants. L’utilisation d’un filtre ND est donc intéressante dès que l’on souhaite effectuer de la photo en pose longue ou en milieu extrêmement lumineux.

Un filtre ND peut difficilement être simulé en post traitement.

 

 

Un soupçon de technique

Un filtre ND est donc un filtre dont la surface est plus ou moins foncée. Selon la densité choisie, et de manière basique, il va permettre d’augmenter le temps de pose par 2, 4, 8, 16, 64, 400 voire 1000 (valeurs les plus courantes).

Dans la pratique, cela revient à dire que, si on utilise un filtre ND 4, sans changer les paramètres d’ouverture et d’ISO, il faudra un temps de pose 4 fois plus long avec filtre que sans. Si, sans le filtre, le temps de pose est de 1/100s, avec le filtre, il faudra un temps de pose de 1/25s pour obtenir la même quantité de lumière. A contrario, si on conserve la même vitesse, la même ouverture et la même sensibilité, le capteur aura 4 fois moins de lumière que sans le filtre.

 

 

Les conditions difficiles, où l’excès de lumière

Commençons par le plus simple, les conditions difficiles. Il fait très beau et le soleil est à son maximum d’intensité lumineuse. Vous avez beau fermer le diaphragme, utiliser la vitesse la plus rapide que vous pouvez (selon ce que vous souhaitez photographier), mettre les ISO sur leur sensibilité la plus basse (souvent 100 ISO, 80 si c’est un K-5), rien n’y fait il y a toujours trop de lumière. Même la compensation d’exposition ne résout rien.

Comparaison sans et avec filtre ND

Comparaison sans et avec filtre ND

C’est alors qu’opère la magie du filtre ND. Bien choisi, il va permettre de réduire la quantité de lumière qui atteindra le capteur tout en conservant des paramètres suffisants pour permettre la prise de vue.

Cette situation est quasiment la seule où le filtre ND peut être simulé assez efficacement en post-traitement. Cela reste néanmoins compliqué car en cas de trop forte surexposition, il n’y a plus de matière dans les blancs. Et donc rien à récupérer.

 

 

Un besoin d’esthétisme en photo de jour

Il existe plusieurs cas où le photographe souhaite des temps de pose plus long. Pour obtenir des filés principalement, comme les trainées lumineuses des phares de véhicules, les effets d’eau (cascade, eau lissée, etc.) ou encore le mouvement des nuages.

5s - f/10 - ISO 125

5s – f/10 – ISO 125

La solution est simple, il suffit d’augmenter le temps de pose. Or cela à des conséquences. Augmenter le temps de pose va amener plus de lumière au capteur. Certes, pour compenser on peut baisser les ISO ou fermer le diaphragme. Mais souvent, on a déjà baissé au maximum les ISO et l’on souhaite conserver une ouverture donnée (f/11 par exemple). Utiliser un filtre ND va permettre d’augmenter les temps de pose tout en conservant les bons paramètres d’ouverture et d’ISO. On obtiendra alors l’effet souhaité.

 

 

Un besoin d’esthétisme en photo de nuit

La nuit, on peut facilement augmenter les temps de pose. Cela permet de gagner en qualité puisque l’on peut réduire les ISO et donc atténuer le bruit.

8s - f/11 - ISO 200

8s – f/11 – ISO 200

Certes. Mais cette augmentation va avoir le même effet qu’en plein jour. Cela va accroitre la quantité de lumière. Ce qui fait, qu’au final, une scène de nuit peut-être trop éclairée. Là encore, un filtre ND (ND2, ND4 ou supérieur) va permettre d’obtenir une bonne luminosité sans que les réverbères ou autres lampes fortes amènent une surexposition malencontreuse.

 

 

La suppression des fantômes !

Qui dit pose longue, dit personnage dont on voit le déplacement. Or la nuit, on va vite se rendre compte que, dans une ville, utiliser des temps supérieurs à 4s amène trop de lumière. Et à moins de 4s, un personnage qui se déplace provoque un mouvement flou sur la photo. L’idée est donc d’augmenter le temps de pose et en réduisant la luminosité avec un filtre ND (400, 1000, 2000, etc.).

Des temps de pose allant au delà des 15s sont donc accessibles. Les personnes se déplaçant disparaissent alors comme par enchantement, vous permettant de prendre des photos de places, de monuments sans personne.

20s - f/11 - ISO 800

20s – f/11 – ISO 800

Cela fonctionne aussi en journée, mais attention, les filtres devront alors être plus forts puisque il y a plus de lumière en journée.

 

 

Les différents filtres ND

 

Une seule opacité ou plusieurs ?

S’il existe des filtres ND variables, je préconise fortement les filtres dont la densité est unique.

En effet, les filtres variables sont constitués soit de verres polarisés, soit de verres micro-perforés. Le verre intérieur (côté vissant sur l’objectif) reste fixe, tandis que le verre extérieur va tourner et influer sur l’opacité. Mais il est complexe de définir correctement la densité obtenue, sans compter que le risque de tourner le filtre sans le vouloir est grand.

 

 

Le filtre ND gradué

Il existe une variante, le filtre ND gradué, dont le facteur de transmission de la lumière va varier sur la surface du filtre. D’un coté du filtre, il n’y aura pas de gris et, de manière graduée (d’où son nom), le filtre deviendra de plus en plus gris, de manière progressive.

Ce filtre est très utile pour les couchers de soleil par exemple. A noter qu’il peut être simulé en post-traitement.

 

 

Vissant ou porte-filtre ?

Les filtres vissants viennent se visser devant la lentille frontale, sur le pas de vis prévu à cet effet. Si cela permet la conservation du pare-soleil lors des prises de vues, il y a quelques désavantages. Un filtre vissant est adapté pour un diamètre précis. Si vous avez des objectifs de diamètres différents, soit vous achetez autant de filtres/séries de filtres que vous avez d’objectifs, soit vous devez utiliser des bagues réductrices (et vous perdez alors l’usage du pare soleil). Attention alors à un possible vignettage.

filtre ND400 vissant de marque Hoya

filtre ND400 vissant de marque Hoya

 

Les filtres montés sur un support dédié sont indépendants du diamètre de l’objectif. Mais si vous avez des objectifs avec des diamètres très différents (un 82mm et un 62 par exemple), il faudra certainement investir dans 2 supports. Sans compter que les pare-soleils se sont plus utilisables car pas adaptés.

Filtres et porte filtre

Filtres et porte filtre

 

 

Nomenclature

En photographie, les filtres ND sont classés selon leur densité optique. Plus le chiffre est élevé, plus la densité est importante.

Malheureusement pour les utilisateurs, les fabricants n’utilisent pas tous la même nomenclature. Difficile donc parfois de s’y retrouver.

Voici un petit tableau des principaux filtres.

Notation avec coefficient multiplicateur du temps de poseNotation ND 1number (number = nombre de stops)Notation Densité optiqueRéduction du nombre
d'ouverture en diaphs
ND4ND102ND 0.62
ND8ND103ND 0.93
ND64ND106ND 1.86
ND400--ND 2.68 2/3
ND1000 (ou ND1024)ND110ND 3.010

 

 

Les inconvénients des filtres ND

Le premier c’est la modification des couleurs. Elles peuvent se dégrader, devenir plus froides ou plus chaudes. Et certains filtres, de mauvaise qualité, peuvent altérer la colorimétrie. Un bleu peut devenir rose (à l’extrême).

Le deuxième, c’est la production d’artefacts. Des halos lumineux non désirés peuvent se créer sur la photo. Là encore, plus un filtre sera de qualité moyenne ou médiocre, plus ce phénomène aura des chances de se produire.

Troisième défaut, la déformation sur les bords ou un manque d’uniformité du gris. Risque courant pour les filtres premier prix.

Le quatrième concerne la prise de vue, la mise au point. Si pour les filtres légers (ND 2 à 8 essentiellement), l’AF de votre réflex devrait pouvoir continuer à faire la mise au point, le système va ensuite vite perdre sa capacité. Il va donc être extrêmement compliqué d’effectuer des mises au point. Une solution consiste à faire la MAP avant de mettre le filtre. Si cette technique est possible avec une focale fixe, vous vous rendrez compte qu’avec un zoom, c’est peine perdue, puisque, en vissant, vous tournerez involontairement l’objectif, entrainant une modification du range et de la MAP. Pour compenser, il faudra se mettre en manuel et sur l’infini (connaître à l’avance où s’effectuera la MAP avec l’infini peut aider). On peut aussi utiliser du « gaffer » (bande collante repositionnable) pour fixer les bagues de MAP et zooming. Mais cette pratique, si elle est régulière oblige à un entretien régulier supplémentaire de l’objectif.

 

 

L’utilisation des filtres ND

Tant que la vitesse est supérieure à 1/40s (voire 1/10s pour ceux qui ne tremblent pas), il n’est pas impératif d’utiliser un pied.

Au dessous, le pied devient obligatoire. Et un déclencheur à distance, fortement apprécié. Surtout si on utilise la pose B (il faut appuyer sur le déclencheur pour démarrer la prise de vue et pour l’arrêter ; en l’absence de télécommande, le risque de bougé est important).

Le temps de pose final est égal au temps de pose normal multiplié par la valeur du filtre. Si le temps de pose normal est de 1/125s et que vous utilisez un filtre ND1000, votre temps de pose final sera de 1/125s x 1024, soit environ 8s. Il existe des applications pour smartphone qui feront le calcul pour vous de manière efficace.

Les filtres ND peuvent être combinés entre eux. Dans ce cas, les valeurs se multiplient. Par exemple, si vous utilisez un filtre ND4 et un filtre ND64 en même temps, cela revient à avoir un filtre ND256 (4 x 64). Il est fortement conseillé de ne pas utiliser plus de 2 filtres simultanément sous peine de vignettage important dans les coins de la photo.

Les filtres ND s’utilisent principalement avec votre réflex en mode Manuel, seul moyen de contrôler en même temps la vitesse, l’ouverture et la sensibilité.

Les bons filtres ND coûtent cher. Certes, il existe des kits accessibles. Ces derniers sont intéressants pour tester, mais ils montrent vite leur limite en usage normal (artefacts, mauvaise uniformité du filtre, vignettage). Si vous comptez utiliser régulièrement ce type de filtre, il est préférable d’investir dans du matériel de milieu de gamme (haut de gamme si l’usage est intensif et/ou professionnel).

Les filtres les plus souvent utilisés sont les ND4, ND8, ND64, ND400 et ND1000. Idéalement et selon vos besoins photographiques, 2 à 3 filtres sont nécessaires (ND4+ND64+ND400 ou ND8+ND400+ND1000 par exemple).

Les marques les plus courantes sont B+W, Hoya, Cokin ou Lee Filters.

 

les images des filtres sont issues du net – crédit photos : fyve – cliquez sur les photos pour agrandir