Quelles sont les qualités respectives des uns et des autres ?

Le match focales fixes vs zooms est le piège parfait. Car il n’y a apparemment que deux réponses à apporter, et des millions de photographes. Pour ne pas tomber dans ce piège, voyons donc les choses de façon objective et ordonnée.

 

Les focales fixes

 

Un concept simple

Les focales fixes ont, souvent, un niveau de qualité obtenu très élevé. Elles sont plus faciles à fabriquer, car optiquement plus simples. Il y a moins de lentilles et moins de mouvements mécaniques à gérer. C’est particulièrement vrai pour un panel de focales qui vont de 35mm à 300mm. Les formules optiques sont connues et les problèmes liés à résoudre, le sont aussi. Au fil du temps, les améliorations apportées à ces formules les ont compliquées, mais une focale fixe reste assez simple à produire. Parfois à bon marché.

Les problèmes théoriques à résoudre sont beaucoup plus complexes quand on va vers les focales GA et UGA (Grands Angulaires et Ultra Grands Angulaires).

Les focales fixes ont commencé par devenir très piquées. Elles sont maintenant, pour les meilleures, sans aberrations ou presque : flare, AC, distorsions géométriques, pour les courtes focales «extrêmes».

La dernière tendance est la marche aux grandes ouvertures (1.4 voire 1.2). Cette tendance était, jusqu’à maintenant, freinée par un corollaire obligatoire: aux grandes ouvertures, jusqu’à 2,8, voire 3,5, un objectif très lumineux est toujours plus faible. C’était la loi physique, inévitable. Avec l’amélioration extraordinaire des processus de conception épaulée par l’informatique, de production aidée par les lasers, des traitements de surface des lentilles et des fûts, avec des lentilles asphériques presque faciles à produire, les objectifs ultra-lumineux très bons dès la pleine ouverture sont possibles. Simplement cela a un prix. Qu’on se le dise !

Une qualité cachée des focales fixes est la présence de la double échelle des diaphragmes, gravée ou sérigraphiée en face de la bague des distances, qui permet de visualiser instantanément la profondeur de champ et de trouver très facilement l’hyperfocale.

 

Quel usage pour quelle focale ?

Chaque focale ou type de focale correspond à un usage particulier, dû à l’angle de champ correspondant.

  • La focale standard: 50mm (40-55) en FF / 30-35mm en APS-C correspond à la vision humaine, du moins au champ de vision intégré sans effort par le cerveau, donc à un usage passe-partout. Mais c’est frustrant parce que la vision humaine réelle comporte une partie périphérique non intégrée consciemment par le cerveau, mais présente dans l’inconscient et beaucoup plus proche du Grand Angle de 30/20mm.
Guide-FA50

Un standart de FF: le FA 50mm 1,4

 

FA 35mm f:2 AL

L’équivalent en angle et cadrage pour l’APS-C : le FA 35mm 2

 

  • Les focales plus courtes GA et UGA: de 30 à 15mm en FF / de 20 à 11-12mm en APS-C, correspondent à la photo de paysage, d’intérieur, d’architecture pour celles qui sont bien redressées. Les focales plus courtes correspondent à des usages plus « spécialisés », plus étroits, plus délicats, mais pas moins intéressants.

 

  • Les petits télés: 75 – 85 – 90mm en FF / 50 – 55 – 70mm en APS-C, sont traditionnellement utilisés pour le portrait, en studio comme en extérieur. Le 50/1,4 monté sur un APS-C va « fonctionner » comme un 75mm.  La focale 135mm en FF/90mm en APS-C, est plus polyvalente, sans vrai domaine dédié.

 

  • Les focales plus longues, télés et gros télés: à partir de 200mm en FF/135mm en APS-C et surtout 300mm/200mm, voire plus, sont les outils de prédilection des «sportifs» en pratique extérieure, et «animaliers», etc…

 

L’avantage majeur des focales fixes c’est d’obliger à zoomer « avec les pieds ». C’est à dire à bouger, à se déplacer. Ce qui apprend à chercher le cadrage, les raccourcis intéressants, originaux.

Le gros inconvénient, surtout pour les amateurs, qui sont touche-à-tout, est que cela implique de posséder plusieurs objectifs, d’où budget dédié et dégradé, et d’en changer sur le terrain. Avec tous les défauts que cela comporte : conditions rarement propices, perte de temps, fébrilité qui en découle, dégradation des objectifs , poussières dans le boitier, poids par accumulation et stress à chaque changement. Sans parler du nombre de fois où nous avons juré «Eh, m…, j’ai pas le bon !». Car, bien sûr, c’est toujours celui que l’on n’a pas emporté qui est nécessaire.

C’est tout cela qui a amené l’apparition des tourelles d’objectifs dans les années 50-60, idée rapidement abandonnée à cause de l’encombrement et du poids.

Ce système a eu du succès pendant quelques 10 ans sur les caméras, mais sur les appareils photos avec un 28mm, un 50 et un 135,  il a été un fiasco. Il a bientôt été remplacé par les zooms.

Rectaflex avec tourelle à 3 objectifs

Rectaflex avec tourelle à 3 objectifs

Les zooms

 

La marche vers la qualité

Apparus dans les années 60, timidement d’abord, car ils étaient lourds, gros et fragiles. Ils avaient un range limité et leur qualité optique était, disons… lamentable.

Les progrès n’ont pas tardé à les rendre compacts, voire « petits et mignons » comme certains 35-70 Pentax à pompe. Leur qualité optique devenait acceptable. Etant polyvalents, ils se sont fait une place dans le grand public. Puis ils sont devenus bons, et même très bons. Certains ont même dit qu’ils avaient rattrapé les focales fixes. Et leur range en a fait des couteaux suisses avec les 18-200mm que certains ont transformés de facto en bridges.

En réalité les zooms n’ont jamais rattrapé les focales fixes, car les progrès remarquables, sur le plan mécanique comme optique, qui ont été faits sur les zooms, ont profité aussi aux focales fixes. Simplement les zooms de haut de gamme sont devenus très bons et les focales fixes haut de gamme sont devenus excellentes. Tout est monté d’un cran, même si l’écart entre les 2 catégories d’objectifs a quelque peu diminué.

La qualité des zooms actuels avec leurs nombreuses lentilles (16 pour le DA 16-85, 19 pour le D-FA* 70-200) tient du prodige, il convient de le saluer. Cet éloge fait, il convient aussi de garder présent à l’esprit au sujet des zooms que les optique GA et les télés (>75-90mm) ont des formules, des structures contradictoires, puisque les GA doivent «écarter» les rayons lumineux, alors que les télés doivent les «resserrer».

La conception d’un zoom est donc une gageure et forcément un compromis. Calculer, dessiner et produire un zoom de 135-180mm est facile, un 20-35mm aussi, même si il l’est un peu moins. Dès que l’on aborde les trans-standards cela devient plus délicat car il faut mélanger les lentilles à rayon de courbure prononcé avec des lentilles «plates» (convergentes et divergentes). Lorsqu’on élargit le range on aboutit à la gageure.

Les conséquences sont connues : perte de qualité à une extrémité du range, voire aux deux, le plus souvent. Le phénomène est encore aggravé si l’on utilise des lentilles de grand diamètre pour rendre le zoom lumineux.

L’inconvénient majeur des zooms, c’est qu’ils rendent fainéants, qu’ils donnent l’habitude fâcheuse de remplacer la recherche de cadrage par le zooming, sans changer de place…

 

Un zoom, pour quel usage ?

Les zooms apportent des « plus » évidents. Si vous devez partir en voyage et voulez partir léger, le zoom est LA solution.

DA16-85_copie

Le DA16-85, très polyvalent sur un APS-C

 

d-fa-28-105mm

La D FA 28-105 à peu près équivalent sur un FF

 

Pour un zoom de 16-85mm, prévu pour l’APS-C, donc un équivalent 24-128mm en FF, objectif compact et assez léger, vous avez l’équivalent de 15 objectifs focale fixe : 16 – 17 – 18 – 20 – 21 – 24 – 28 – 30 – 31 – 35 – 40 – 50 – 55 – 70 – 77 – 85mm .

Etant donné la qualité atteinte par certains zooms actuels, le choix peut être difficile. Afin de le rendre moins cornélien, nous vous proposons de considérer quelques critères :

Critères objectifs
  • Qualité optique : piqué / modelé / bokeh / ouverture maxi -fixe ou glissante éventuellement
  • Qualité mécanique : fûts métal ou non / finition / robustesse / WR / fragilité (les zooms de type téléscopique, qui s’allongent au zooming sont forcément plus fragiles et vulnérables que les IF à zooming interne) / quick shift / verrou
  • Encombrement et poids
  • Prix (évidemment)

 

Critères subjectifs
  • Besoins et pratique photographique éprouvée
  • Goûts
  • Envie de changer.

 

Un essai préalable à l’achat est toujours le bienvenu.

 

Zoom ou focale fixe, si les deux ont des avantages et des inconvénients, au fond, pourquoi choisir ? Un sac photo mixte, avec des fixes et un ou deux zooms n’est pas une abomination. Vive la tolérance !

Pour aller plus loin dans vos démarches de recherches d’objectifs, vous pouvez vous référer aux tests d’objectifs parus sur PENtaxKlub, ainsi qu’à l’article « Quels objectifs pour le K-1 ?« , plus particulièrement dédié au plein format .

Et maintenant, à vous de bien choisir !