Le titre, de lui-même, pose la problématique :

 

Comment cadrer ? En format horizontal ou vertical ?

Avant de répondre à cette question faisons un petit crochet par les Arts. En peinture le format horizontal s’appelle paysage, et le format vertical – portrait. Ces noms ne sont pas l’effet du hasard.

Assez logiquement un paysage est généralement plus large que haut. Dans certains cas il est même tellement plus large que haut que sa hauteur est réduite. Il s’appelle « marine ». En photo on dit panoramique. Donc le paysage étant plus large que haut, on le photographie à l’horizontale. C’est logique et c’est ce qui arrive le plus souvent. Mais pas seulement parce que c’est logique. Cela se passe ainsi  parce que c’est l’habitude, parce que les boîtiers sont faits pour cadrer à l’horizontale, comme ils sont faits pour les droitiers.

Depuis l’avènement du format 135, concrètement du 24×36, le cadrage standard est horizontal. Pour quelle raison ? Il est difficile de donner une réponse évidente, car il n’y a pas de raison rationnelle à ce choix. Le format rectangulaire (9×12 – 6×9) des foldings contemporains du Leica n’empêchait pas de cadrer dans les 2 sens. Il y a pourtant forcément une raison. Une des raisons invoquées ça et là serait que la vision naturelle est horizontale. Ce qui n’a pas empêché les chambres d’être verticales ou carrées. La raison la plus sérieuse a probablement été d’ordre technologique. La compacité et la structure mécanique du boitier Leica (devenu l’archétype du boitier photo de ce format) ne permet guère d’y caser un viseur mixte horizontal/vertical, à plus forte raison 2 viseurs. Donc il y a eu un choix du genre : nous ne pouvons pas concevoir un boitier « universel », l’utilisateur compensera. La pratique a montré que cette compensation n’a fonctionné que de faction très partielle. Il est évident que la moindre facilité à cadrer verticalement a plombé le pratique du cadrage vertical. Le choix du format et de son sens est un résultat direct de l’utilisation des principes de construction que nous avons évoqués dans les deux articles sur la composition précédemment publiés.

Concrètement, dans quels cas le cadrage horizontal est-il naturel ?

 

Le cadrage horizontal

est naturel dans les cas suivants:

  • le paysage dans toutes ses variantes
  • toutes les constructions dans lesquelles la structure principale est horizontale, les places, les ponts…
  • les photos dans lesquelles les fuyantes partent sur les côtés

Un cadrage horizontal donne une impression de stabilité, de solidité. Il renforce une composition statique, calme.

8- LX - 35mm double exposition- main levée

Paysage de Peterbourg

 

 

Le cadrage vertical

se justifie naturellement dans les cas suivants:

  • – le portrait d’abord, quel que soit son type, visage seul [cadrage serré – ovale vertical], buste, cadrage américain – ellipse verticale], en pied [ellipse verticale étirée]
  • – les groupes à petit effectif, dont la hauteur est plus grande que la largeur [proportion similaire au cas 1 du portrait] – les rues relativement étroites bordées d’immeubles élevés.
  • – les photos où les fuyantes partent vers le haut
  • – lorsque la structure, l’axe du sujet n’est pas horizontal.
  • – de manière générale avec tous les sujets construits autour de perspectives dont l’axe est vertical [ensembles architecturaux comme les tours; les cathédrales, les stupas, les gratte-ciel…]

Un cadrage vertical donne une impression d’envol, de mouvement, de dynamisme. Il renforce une composition tonique.

JL Sieff 1964

Jean-Loup Sieff – Ponton 1964

Le sens de cadrage introduit dans la photo une dimension qui va inspirer la photo.
Une utilisation du format contrariant la composition du sujet tasse, écrase le sujet (un personnage long et élancé est écrasé par un cadrage horizontal) ou l’enserre, le coince comme dans une cellule de confinement (un sujet large comme un groupe de vingt personnes dans un cadrage vertical).

Le cadrage attendu est celui qui respecte la forme globale du sujet principal. Si celui-ci est plutôt LARGEURx hauteur il vaut mieux cadrer horizontalement, pour que la photo fasse autour de lui une sorte de marie-louise naturelle. Il est habituellement considéré qu’une marie-louise verticale dans un cadre horizontal est disgracieuse. L’inverse l’est tout autant.

Le choix du cadrage peut être le résultat d’une volonté de donner à la photo un caractère particulier. Cela peut peut fonctionner par contraste, rechercher l’inattendu pour obtenir un impact plus fort. Par exemple un cadrage vertical là où l’on attendrait un horizontal ou l’inverse. Cet « inattendu » oblige le spectateur à se concentrer sur l’image et donc à la voir mieux. Mais cela n’exclut pas le risque de refus du spectateur qui passe devant cette image pour aller voir autre chose, une image qui le rassure.

Ces quelques précisions sont des règles de base. Elles sont faites pour être respectées… ou pas. Vous pouvez, par exemple, cadrer un portrait serré, pas de face, et l’inscrire dans un côté de la photo, le regard dirigé vers l’autre partie de la photo. le cadrage devient ainsi un élément « actif » (visible) du caractère de la photo. Vous avez créé de cette manière un portrait qui affiche ouvertement un regard extérieur sur la personne. Si l’on symbolisait les regards par des flèches, on aurait ici 2 flèches : la première suivant le regard du modèle, dans le plan de la photo. La seconde allant du photographe/spectateur au sujet. Ce qui crée un dynamique et une circulation à 3 dimensions. Si vous photographiez une personne de face, la photo ne comporte qu’une seule flèche à double sens entre le personnage qui vous regarde et vous qui le regardez. Cela peut être intense, mais ce n’est pas dynamique. Vous pouvez faire des portraits de plusieurs personnes, éventuellement même de groupes. Et les regards peuvent ne pas aller dans la même direction. Vous obtiendrez ainsi une photo plus complexe, à circulation de lecture plus riche. Attention, ce genre de photo est plus complexe à cadrer. Saisir le bon moment du déclenchement est également plus délicat. Vous risquez du déchet et dans la situation décrite ici, refaire la photo est souvent peu évident. Enfin une proportion non négligeable des spectateurs potentiels n’apprécient que moyennement les photos complexes, facilement ressenties comme « illisibles ».

Petit aparté puisque nous parlons de cadrage : une règle est apparue, relativement récemment, selon laquelle il faut éviter de cadrer « centré ». Cela concerne, bien sûr au premier chef, les portraits. C’est une règle omniprésente dans les revues et magazines photo, dans la rubrique critique photo des forums, dans les séances analyse d’image des photo-clubs. Cette règle entend éviter l’excès et elle conduit à l’excès inverse, par simplification.Pourtant, vous aurez remarqué que la plupart des grands photographes cadrent leurs portraits le plus souvent centrés. Surtout quand ils sont serrés – Il est quasiment impossible de cadrer un portrait serré autrement que centré… sans le desserrer – Cette règle concerne en fait les portraits en pied, à 5-8 mètres. Cette règle devrait être énoncée, accompagnée de considérations/conseils sur la composition, dont le cadrage est un élément constitutif. Vous aurez remarqué également que les constructeurs ont longtemps centré dans le viseur l’instrument de mesure de la distance, le stigmomètre, puis le collimateur AF sur les numériques. Depuis les collimateurs AF se sont multipliés, la surface couverte s’est étendue. Mais des sondages auprès des photographes montrent que le pourcentage de ceux qui choisissent le seul collimateur central (ou les collimateurs centraux) est très largement dominant. Le réflexe de centrer son sujet est donc assez universel. Cette règle qui vise à l’éviter est donc à connaître absolument et à utiliser avec… doigté.

Comme le cadrage horizontal est le plus employé, vous pouvez cadre verticalement pour créer de l’inattendu. À une condition toutefois : Que ce cadrage soit soit un choix voulu et que ça se sente dans la photo. On revient donc à la composition. Que cela se sente, oui, c’est à dire que ça soit justifié. Que cela devienne un « truc », non. Les trucs deviennent vite des tics.

Une illustration de ce propos avec quelques photos du chinois HO FAN :

Ho Fan

Ho Fan

-1 Le cadrage vertical est dicté par la diagonale noir/blanc. Un cadrage horizontal n’aurait pas parmi de caler cette diagonale dans l’angle supérieur droit. Ho Fan place l’autre extrémité de la diagonale dans un autre angle, mais formé par le mur vertical, dans la photo. Il applique la règle de la diagonale, mais de 2 façon différentes : une fois avec le bord de la photo, une autre fois avec un élément dans la photo. Cet élément devient important et il est vertical. C’est extrêmement astucieux et donne à la photo une grande force. Cerise sur le gâteau, on a 5 nuances/densités de gris.

 

Ho Fan 3

Ho Fan – Canal à Hong Kong

2- Illustration éloquente du cadrage nécessairement vertical. Simplement évident !

 

Ho Fan 5 surimpression

Ho Fan 5 surimpression

3- Ici la verticalité n’est pas tellement liée au format non « classique », plus proche du carré que du rectangle. La composition obtenue par surimpression crée à la fois un axe vertical étroit -la pointe sombre centrale-, un axe vertical large -le chevron blanc central-, d’une part, les diagonales non rigoureuses, mais évoquées et les fuyantes vers le haut données par les obliques noir/blanc, d’autre part impliquent fortement un cadrage vertical. Enfin les fenêtres qui dansent apportent une dynamique supplémentaire à cette photo.
Dernière remarque : Ho Fan n’a visiblement pas de format stéréotypé, il adapte le format aux besoins de la composition de son image. Il utilise le format comme un élément constitutif de sa photo.

En conclusion, la question du format horizontal / vertical ne doit pas être intériorisée comme une alternative rigide; le format doit être un outil à votre service, qui vous aide à exprimer ce que vous voulez faire, dire, illustrer, capturer.

Il reste des contraintes, dépassables certes, mais contraintes physiques, financières, de goût dominant. Les boîtiers, dans leur majorité, ne sont pas conçus pour le cadrage vertical. Celui-ci ne devient vraiment commode qu’avec un grip : contrainte physique de taille et de poids supplémentaire, et contrainte financière. Les boîtiers entrée et milieu de gamme n’ont souvent pas de grip optionnel, comme s’il était normal, implicite que leurs possesseurs ne fassent pas de cadrage vertical !

Paradoxalement on a le phénomène inverse avec les smartphones, naturellement conçus pour téléphoner, donc verticaux comme l’axe bouche-oreille, puis ils deviennent aussi appareils à faire des images. Et l’immense majorité cadre à la verticale pour faire des photos qui devraient, dans au moins la moitié des cas, être faites à l’horizontale. De toutes façons, quand vous cadrez à l’horizontale l’appareil vous montre la photo dans l’autre sens, réduite à un gros timbre bordé de noir en haut et en bas. ce qui nous fabrique pléthore de gens bien formés à l’image… Mais nous n’épiloguerons pas sur les smartphones, ce n’est pas le lieu. Dans les faits, il apparaît que le photographe s’adapte plus facilement à ce que lui fait faire l’appareil qu’il a entre les mains, qu’il n’impose à cet appareil ce que, lui, à envie d’en faire. Statistiquement.

Les cadrages verticaux ne sont donc pas courants, donc pas « mainstream », pas « tendance », donc on en fait moins facilement… Voilà donc la réalité, telle qu’elle est. C’est en la connaissant qu’on peut faire du format horizontal ou vertical un outil à son service et non une contrainte à laquelle on se plie sans le vouloir ou même sans le savoir.

À vous de jouer.
À suivre : le format carré.

 

Crédits photos Valia (sauf précision) - Cliquez sur les photos pour agrandir