Sans lumière, point de photographie, puisque, comme vous le savez, « photographie » signifie « dessin par la lumière ».

La lumière est essentielle pour distinguer les choses. Ne vous est-il jamais arrivé de vous éveiller, dans la nuit, et de constater, dans la pénombre de votre chambre à coucher, que les objets qui vous entourent apparaissent tous dans des nuances de gris ? Sans lumière, les couleurs ne sont pas discernables.

Mais, direz-vous, « shootons » alors en noir et blanc, le problème de lumière sera ainsi résolu. Ce n’est pas aussi simple : quand la lumière manque, le relief, donc le contraste, manque aussi : les photos sont plates, sans intérêt. La lumière est donc nécessaire.

Et il n’est pas de lumière plus naturelle que celle de l’astre du jour, même quand elle est difficile à maîtriser.

Dans un récent article, nous vous avons présenté les dangers du soleil dans la prise de vue, en mettant l’accent sur les précautions à prendre pour s’en protéger et pour protéger le matériel.

Aujourd’hui nous allons essayer de nous focaliser sur les atouts de la photographie, éclairée par la lumière solaire, et la manière de gérer cette lumière.

 

Bien entendu, il est impossible de faire un catalogue de toutes les situations susceptibles d’être rencontrées et de donner la solution photographique correspondante : ce n’est jamais aussi « mathématique », la démarche artistique du photographe devant aussi trouver à s’exprimer. On ne photographiera pas de la même manière (c’est-à-dire avec les mêmes paramètres) en plein désert du Sahara, dans la campagne française, sous les tropiques ou aux pôles, même quand le soleil y brille à son zénith.

Du reste, et vous le savez bien, il est déconseillé de photographier en plein soleil, surtout en été, aux heures les plus « lumineuses » de la journée, c’est-à-dire, en général, entre 9h et 16h (en hiver cette plage horaire est généralement plus courte) : ce sont les heures où les ombres sont dures et où la lumière très « crue » donnera des images parfois trop lumineuses. Cela étant, il vaut parfois mieux une image avec des défauts que pas d’image du tout. Nous y reviendrons.

 

 Nota : sauf indication contraire, les images de ce dossier ont été réalisées en Camargue, en août 2014, avec un Pentax K-3 et un zoom 55-300mm.

 

Cadrage et composition

La difficulté est surtout de gérer l’abondance de lumière.

Le « confort » apporté par une lumière abondante est toutefois bien appréciable : le photographe peut ainsi se concentrer davantage sur le cadrage et la composition de ses images. La démarche artistique trouve ici tout son sens et se trouve facilitée par cette abondance lumineuse. Enfin, « facilitée » n’est peut-être pas le mot idéal car le nombre de solutions possibles peut aussi embarrasser les photographes les moins aguerris : comment s’y prendre ? Faut-il tenter un contre-jour ? Placer le soleil à droite ? A gauche ? Derrière soi ? Tout dépend, bien sûr, du résultat qu’on espère obtenir. Se déplacer et jouer sur les cadrages permettra d’obtenir des images variées d’un même sujet, parmi lesquelles un choix, pas forcément facile, pourra être effectué… ou pas !

 

L’exposition

Ce n’est sans doute pas le plus facile à gérer « finement », mais au moins il n’est pas nécessaire de chercher la lumière puisque le soleil se montre généreux. Quoique ! Si vous faites le portrait d’une personne qui a le soleil dans le dos, vous aurez sans doute besoin d’un éclair de flash pour éviter que son visage n’apparaisse trop sombre sur l’image : c’est ce qu’on appelle le « fill-in ». A vous de voir, dans cette situation, si vous faites confiance aux automatismes de l’appareil, ou si vous voulez la gérer manuellement (la puissance de l’éclair ne doit généralement pas être maximale, sous peine de « cramer » la photo).

Si la source de lumière (le soleil dans le cas qui nous préoccupe) provient d’un côté du sujet, le côté opposé sera dans l’ombre, et l’image ainsi réalisée sera comme coupée en deux : un côté éclairé, un côté sombre. Résultat désagréable, donc.

Dans ce cas, l’utilisation de réflecteurs, à positionner face au soleil du côté « ombre », viendra « déboucher » cette ombre en y apportant suffisamment de lumière pour percevoir les détails du sujet, sans pour autant fournir la même intensité d’éclairage que la source de lumière elle-même.

Toutefois, attention aux réflecteurs utilisés. Ceux qui sont vendus dans le commerce sont souvent argentés d’un côté, dorés de l’autre. Le résultat ne sera pas identique dans les 2 cas, le côté doré orienté vers la lumière donnant plus de « chaleur » que l’autre (accessoirement, cela donne un côté dur à la photo). Cela dépend donc de votre vision de l’image finale.

Si vous ne possédez pas de réflecteur (accessoire peu onéreux et très utile), vous pouvez très bien utiliser dans ces situations soit de grandes feuilles de papier blanc, soit des plaques de polystyrène blanc tenues par un assistant : bien veiller à ce que l’angle formé par ce réflecteur par rapport au sol permette bien d’éclairer la partie souhaitée du sujet et pas…le ciel ou le sol !

 

Paramètres du « triangle magique » (sensibilité (ISO), vitesse d’obturation et ouverture)

S’agissant de la sensibilité, c’est le moment, ou jamais, de régler votre APN sur la valeur la plus basse qu’il permet : chez Pentax, cette valeur est très souvent de 100 ISO (par exemple sur le K-3 et le K-3II), parfois de 80 ISO (K-5, K-5II, K-5IIs notamment) : reportez-vous au guide technique de votre boîtier pour avoir les informations le concernant et la manière de gérer cette sensibilité. Chez d’autres constructeurs, on trouve parfois 50 ISO.

Nous sommes loin de l’argentique où nous pouvions choisir des pellicules de moindre sensibilité, comme la Kodachrome 25 (25 ISO) qui fournissait, dans ces conditions de lumière, des résultats incomparables. C’était un autre temps.

Ce réglage sur la valeur la plus faible vous permet, dans des conditions normales, d’obtenir des images sans « bruit » numérique (le « bruit » est équivalent au « grain » sur les images argentiques : il donne un aspect moutonneux, granuleux aux images. Bien sûr, il peut être, au moins partiellement, corrigé en post traitement, mais c’est toujours un peu destructeur pour l’image).

 

La vitesse d’obturation. La lumière abondante permet de conserver des valeurs « hautes », mais toujours dépendantes, pour une exposition correcte, des autres paramètres (sensibilité, ouverture), et du rendu souhaité pour le sujet, selon qu’il se déplace ou non, ou que le photographe lui-même est en mouvement ou non. Photographier une cascade en plein soleil au 1/8ème de seconde ne donnera pas le même résultat qu’au 1/250ème : dans le premier cas, le mouvement de l’eau sera apparent (avec un fort risque de surexposition), dans le second cas, il sera figé (avec un moindre risque de surexposition).

Tous les avantages d’une vitesse d’obturation élevée sont ici possibles quand on veut une image parfaitement nette, en évitant, par exemple, le flou de bougé non désiré.

 

 L’ouverture du diaphragme de l’objectif. Là encore, tout dépend du résultat que vous désirez obtenir : sujet net sur fond flou ou scène entièrement nette ? Mais il est certain que votre latitude est bien plus grande avec une bonne lumière solaire que par temps gris. Le but est d’obtenir le bon équilibre avec les deux autres paramètres de la prise de vue. Il n’existe donc pas de réglage standard. Tout au plus peut-on affirmer que les petites ouvertures, favorisant la profondeur de champ, deviennent plus facilement utilisables qu’en l’absence de lumière ou que par lumière trop faible.

 

A quelle heure photographier ?

Pour ce sujet, nous partons du postulat que le soleil brille abondamment toute la journée.

Quand on a la chance d’avoir une journée ensoleillée, les meilleures heures pour photographier se situent en début de journée (du lever du soleil à 9/10h) et en fin de journée (de 16/17h au coucher du soleil, du moins en été). Encore une fois, cela n’interdit pas de sortir son APN entre temps ! Mais les conditions et les résultats seront différents.

Mais quelle que soit l’heure, il est bon de tenir compte de la température de couleur de la lumière, et d’ajuster en conséquence la balance des blancs, sauf bien sûr si l’on fait une confiance aveugle à la BdB automatique.

 

En début de journée, la lumière, relativement chaude, offre des contrastes intéressants car pas trop marqués : les ombres sont assez douces. Avantage intéressant : les « lieux de photographie » sont beaucoup moins fréquentés à ces heures, laissant aux courageux « lève-tôt » la quiétude nécessaire pour s’adonner à leur passion, ce qui est loin d’être négligeable. Mais cela ne garantit pas, pour autant, de faire de bonnes photos.

Si vous savez gérer les paramètres de prise de vue, la qualité de la lumière du matin est incomparable dans beaucoup de domaines photographiques, paysage et macro, notamment.

Un petit avantage : vous pouvez décider vous-même de « votre seuil » de luminosité au-delà duquel vous rangerez votre APN sans son fourre-tout : c’est moins vrai le soir, surtout sous certaines latitudes, quand la nuit tombe assez rapidement et que vous n’avez pas encore photographié ce que vous vouliez immortaliser. Cela dit, tout ceci n’est finalement qu’une question de gestion de son temps !

La difficulté, le matin, peut provenir d’éléments perturbateurs tels que la brume, qui vient gommer les détails et les contrastes. Mais, loin de vous arrêter, sachez en tirer profit en intégrant de tels éléments dans une atmosphère photographique sortant des sentiers battus.

Et n’oublions pas qu’une photo de lever de soleil est tout aussi intéressante – et moins banale – qu’une image de coucher de soleil.

Un héron dans la lumière du matin

Un héron dans la lumière du matin

 

La lumière du soleil de mi-journée, cela vous a été maintes fois répété, n’est pas la meilleure pour obtenir de belles images, sauf à être un expert sachant la maîtriser intégralement (ces experts sont une « espèce » rare). Elle a tendance à créer des ombres dures, à accentuer trop violemment les contrastes, à écraser les volumes. Elle se prête mal aux belles photos de paysages et au portrait. En revanche l’angle sous lequel elle frappe les surfaces peut constituer un avantage : ainsi, l’eau renverra moins de reflets (mais on peut aussi les supprimer avec un filtre polarisant). Elle peut aussi vous aider en photo sous-marine à faible profondeur.

Si vous tenez à photographier à ces heures de lumière dure et si vous en avez la possibilité, opérez dans les endroits protégés de cette lumière : à l’ombre des arbres, de bâtiments, sous un pont, selon le sujet photographié.

Parfois, à l’ombre, en forêt par exemple, il suffit de capter le rayon de soleil qui s’immisce entre les branchages (image prise en mai 2015 à 14h30) :

IMGP8327A

Roseau dans la mare (Pentax K-5 + Pentax F 28-105mm à 98mm – f5.6 – 80 ISO – 1/50s)

 

 

Et si vous voulez montrer les contrastes les plus violents, alors assumez pleinement ce choix et peaufinez vos réglages afin que les images soient bien à la hauteur du but poursuivi.

Lumière de mi-journée

Lumière de mi-journée : forts contrastes, la partie droite est « cramée »

Dans cette image, la partie gauche est plutôt correctement exposée alors que la partie droite est très fortement surexposée : impossible de rectifier « proprement » en post-traitement et de récupérer ce qui est irrémédiablement cramé.

 

Forts contrastes de mi-journée

Forts contrastes de mi-journée, avant post-traitement

 

Forts contrastes de mi-journée

Forts contrastes de mi-journée, après post-traitement

 

La lumière du soleil en fin de journée est très souvent la préférée des photographes, surtout des « lève-tard », mais pas seulement. On retrouve, avec plus de chaleur, la qualité de lumière du matin, avec des contrastes suffisamment marqués, mais pas trop, et des ombres adoucies. Même moins intense, et sans doute parce qu’elle est moins intense, elle s’apprivoise plus facilement que la lumière de mi-journée. A vous les couchers de soleil flamboyants et – peut-être – le fameux « rayon vert » qui est parfois censé l’accompagner (voir par exemple sur ce site).

Coucher de soleil sur l'Atlantique

Coucher de soleil sur l’Atlantique (05/10/2014 – 19h36)

 

La gestion de la lumière est essentielle en photographie : apprenez à observer les différences, l’évolution de cette lumière dans la journée. Ne vous en remettez pas aux automatismes de votre boîtier, vous iriez au devant de grandes déconvenues. Sachez apprendre à maîtriser les paramètres de prise de vue qui changent en même temps qu’évolue la lumière.

Sachez aussi jouer avec les ombres qui, parfois, offrent des sujets très intéressants et originaux. Notez enfin que, selon la saison, la lumière du soleil n’est pas identique, ses effets non plus et que par conséquent le photographe doit constamment s’adapter aux circonstances pour ramener les meilleurs images possibles.