Gilles Caron

Nous vous avons précédemment présenté un certain nombre de photographes français (voir iciici et  ou encore ). Ces articles ne prétendaient pas être exhaustifs. Aussi nous allons vous présenter maintenant un photographe français que nombre d’entre vous connaissent, mais ne le savent pas. Il s’agit de Gilles Caron.

Nous connaissons tous cette photo, une des plus emblématiques de mai 68 en France.

Daniel et le CRS

 

Mais sans savoir qu’elle est l’œuvre de Gilles Caron. L’exposition organisée par la Mairie de Paris à l’occasion du cinquantenaire de mai 68 a dû légèrement diminuer le nombre de ceux qui ne faisaient pas le lien entre la photo et son auteur, mais légèrement seulement.

Gilles Caron

Est né le 8 juillet 1939 à Neuilly sur Seine.

Gilles Caron derrière son F1

Enfance et adolescence

Il passe son enfance à Maisons-Laffitte. À la séparation de ses parents, il est envoyé à l’Argentière, en Savoie. Il y restera 7 ans. Il y apprendra à monter à cheval, participera à des courses et gagnera même une coupe. A 19 ans il revient à Paris et suit un cursus de journalisme d’une année à l’École des hautes études internationales. L’été suivant il part en auto-stop en Yougoslavie, Turquie puis Inde. Cette période de sa vie est assez caractéristique de sa personnalité et sera un des ressorts de sa vie de reporter de guerre.

L’âge adulte

Il passe le brevet de parachutisme civil, ce qui lui vaut d’être versé dans les « paras » quand il est appelé sous les drapeaux et envoyé en Algérie. En 1961, au moment du putsch d’Alger, Gilles Caron refuse de suivre les putschistes, il est interné pendant 2 mois, puis il lui est interdit de porter une arme. Libéré de son service militaire en 1962 il rentre en France et épouse Marianne Montely qu’il connait depuis 1946.

La carrière professionnelle

En 1965

Il commence sa carrière professionnelle à l’Agence Parisienne d’Information Sociale. En août, il est sur le tournage de La guerre est finie d’Alain Resnais. La même année il rencontre Raymond Depardon.

En 1966

Le 9 février Gilles Caron fait la une de France Soir avec Marcel Leroy-Finville, un des protagonistes de l’affaire Ben Barka,* photographié durant sa promenade à la prison de la Santé. Fin 1966 Gilles rejoint Raymond Depardon dans l’équipe de l’Agence Gamma.

* Ben Barka, opposant au roi du Maroc Hassan II, a été enlevé à Paris, séquestré et vraisemblablement torturé. On ignore s’il a été tué avant ou après son transport au Maroc, où il a été inhumé dans un lieu tenu secret jusqu’à nos jours. L’affaire a fait beaucoup de bruit à l’époque.

En 1967

Au début de l’année, il est sur le tournage de Weekend de Jean-Luc Godard. En juin, au moment de la guerre des Six Jours, il part en Israël.  Il entre à Jérusalem avec Moshe Dayan et quelques jours plus tard il est sur les bords du canal de Suez avec Ariel Sharon. Ses photos, publiées par Paris Match, propulsent l’Agence Gamma au top des agences.

Guerre des 6 jours – Moshe Dayan dans Jérusalem

Dès novembre, il est au Vietnam, à Dak To.

Soldat américain à Dak To

En 1968, l’année lourde

En février 1968, Gilles Caron est sur le tournage de Baisers volés de François Truffaut. Puis en mars il est à Nanterre où il croise Daniel Cohn-Bendit. Et en avril il couvre la guerre civile au Biafra. Il y retrouve Don Mac Cullin, qui est un ami… et un concurrent qui travaille pour le Sunday Times, Magazine londonien. De retour à Paris en mai, Gilles couvre les « évènements » étudiants. Dès le mois de juillet, il repart au Biafra, avec Raymond Depardon cette fois. Revenu à Paris, il est sur le tournage de Slogan de Pierre Grimblat. En septembre il est à Mexico après la répression violente des manifestations étudiantes juste avant les jeux Olympiques. Et en novembre il repart une troisième fois au Biafra.

Mai 68 – manifestantes
Étudiant lançant un pavé
CRS

 

Guerre civile au Biafra

En 1969

Comparativement à la précédente, l’année 1969 est plus « calme ». En août Gilles couvre les « Troubles » de Londonderry et Belfast, manifestations catholiques qui voient l’armée britannique intervenir dans des conditions de guerre. Puis quelques jours après, il est à Prague pour couvrir l’anniversaire de l’écrasement du Printemps de Prague par les chars du pacte de Varsovie (URSS, RDA, Pologne, Hongrie, Bulgarie). Ses deux reportages sont publiés dans le même numéro d’août de Paris Match !

« Troubles » à Londonderry
« Troubles » à Belfast
Gilles Caron – Prague, un an après-1969

En 1970

Au début de 1970, Gilles part avec Raymond Depardon dans le Tibesti (Tchad) pour couvrir la rébellion des Toubous contre N’Djamena. Les photo-reporters tombent dans une embuscade et sont retenus prisonniers pendant un mois par les forces gouvernementales.

Dès le mois d’avril, Gilles part au Cambodge où Norodom Sihanouk vient d’être déposé par les Khmers rouges de Pol Pot. Le 5 avril, il part sur la route N° 1 avec un autre journaliste, Guy Hannoteaux et un coopérant français. On ne les reverra jamais. Gilles Caron avait 30 ans. Il laissait 2 filles.

Les particularités du travail photographique de Gilles Caron

Comme Capa

Gilles Caron, par sa vie (partiellement) et son travail (plus nettement) fait assez furieusement penser à Robert Capa. On peut lui appliquer la devise attribuée à ce dernier : « Si ta photo n’est pas bonne, c’est que tu n’étais pas assez près ! »

Comme Capa, et même peut-être plus encore, Gilles Caron excellait à faire de bonnes photos de guerres. Il avait un coup d’œil aiguisé évident. Mais en plus il parvenait à rendre ses clichés esthétiques, à en faire des photographies emblématiques. Sa biographie de reporter de guerre montre bien qu’il ne reste jamais très longtemps sur place, dans des contextes où les évènements, souvent dangereux, se déroulent vite. Il lui faut donc faire rapidement des clichés « parlants », à forte teneur symbolique.

Sur le vif ou arrangées ?

Quitte à faire des photos prises sur le vif un peu arrangées. Sans forcément faire des mises en scène. Ainsi la plus célèbre de ses photos, le portrait de Daniel Cohn Bendit souriant d’un air sarcastique au CRS, n’aurait pas totalement été prise sur le vif. En effet Gilles avait rencontré Daniel Cohn-Bendit à Nanterre avant le jour où il a fait la célèbre photo. Il l’aurait reconnu, aurait fait en sorte que celui-ci le voie dans la foule. Et par mimiques et coups d’œil aurait « dirigé » son modèle. Lequel se serait très volontiers prêté au jeu, permettant cette photo symbolique. Ainsi ce cliché obtenu sans préméditation, même s’il n’est pas totalement pris sur le vif, n’est ni mensonger ni à plus forte raison une manipulation. Mais tout simplement un cliché talentueux.

Et de nombreux autres clichés de Gilles Caron montrent à l’évidence un photographe talentueux. On peut s’étonner, ou regretter que sa production n’ait pas été plus abondante. Il convient de ne pas oublier, de garder présent à l’esprit que sa carrière n’a duré que 6 années. Six petites années.  Et malgré ça le nombre de clichés remarquables, au sens de « que l’on remarque » est important.

 

Crédit photos : © Gilles Caron – Les images appartiennent à leur auteur – Cliquez pour agrandir.

  • JC Serres
    3 avril 2020 at 15 h 15 min

    le moins que l’ on puisse dire, c’ est que ses clichés ne manquent pas d’ énergie, droit au but, mais avec cet humanisme propre à cette période.
    Que penserait-il de la notre?

    • Valia
      3 avril 2020 at 23 h 34 min

      Effectivement le photo n’offre plus ces grandes photos iconiques de l’époque argentique. Sans nostalgie passéiste. C’est probablement logique dans ce grand tsunami d’images faites à la vite qui nous englouti tous…