Origine

Graffiti est, à l’origine, le pluriel d’un mot italien (graffito), dérivé de « graphium », lui-même tiré du grec « graphein » (γράφειν) et qui signifie, indifféremment « écrire », « dessiner » ou « peindre ».

L’usage, en langue française, n’a retenu que le mot pluriel « graffiti », le considère aussi bien singulier que pluriel et admet même une graphie « pluriel » de ce mot en « graffitis » !

« Photographie », nous avons déjà eu l’occasion de le dire, vient des deux mots grecs

  • φωτoς – photo – (lumière)
  • γραφειν – graphein – (écrire, dessiner).

Cette origine commune, entre « graffiti » et « photographie » ne vous avait sans doute pas échappé !

Mais si les pratiquants de la photographie, sont bien dénommés des « photographes », ceux qui pratiquent le graffiti ne sont pas des graffiteurs, ni d’ailleurs des « graphistes » mais plutôt des « graffeurs ». Les nuances sont d’importance !

On ne vous expliquera pas, ici, les différentes formes de l’art de rue : graffiti, tags, lettrage,…

On ne vous dira pas quand sont apparus les premiers graffiti : doit-on considérer comme des graffiti les oeuvres des premiers hommes sur les murs des cavernes ? Que faut-il penser des gravures ou impressions sur les murs déjà photographiés par Brassaï (voir notre article sur les photographes français) ?

On ne vous citera pas davantage tous les artistes dont le talent est de plus en plus reconnu, mais quelques uns, quand même : Rammellzee, Daze, Lady Pink, Dondi White (américains), Bando (français). On remarquera que la plupart d’entre eux sont nés dans les années 60 (1960 !), certains ayant déjà disparu. Ils sont très nombreux.

Admettons cependant qu’il faut un sacré talent, parfois, pour réaliser des figures admirables par pression sur le bouton d’une bombe – de plusieurs bombes – de peinture. Et n’occultons pas le fait qu’il faut BEAUCOUP plus de talent encore pour réaliser à plusieurs (« crews ») des fresques de plusieurs mètres-carrés.

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Bombes de peinture aux couleurs « de base ».

 

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Une (petite) partie de l’assortiment de bombes proposées par la boutique « Maquis-Art », rue Quincampoix à Paris

Mais, allez-vous dire, où veulent-ils en venir ?

Il n’est pas question non plus, dans cette étude, de dire COMMENT photographier des graffiti (non plus que les tags, d’ailleurs) : cela n’aurait que peu d’intérêt ici et en tous cas pas davantage que d’expliquer comment photographier un paysage. Pour ce dernier, il est toujours possible de se limiter en étendue, en cadrant une partie seulement de ce que l’on voit. En matière de graffiti aussi… mais pas toujours !

Certaines fresques sont si larges que n’en conserver qu’une partie c’est parfois renoncer aussi à une partie de l’histoire qu’elles racontent. Dès lors, si l’on veut tout cadrer, il va falloir se reculer, ce qui n’est pas toujours possible, selon le support de l’œuvre et/ou son environnement, et ainsi perdre parfois des détails très intéressants. Il existe toutefois une solution, comme pour le paysage : le panoramique ; un trépied de qualité, un peu de temps et pas trop de bousculade et hop ! Ce n’est pas forcément toujours facile en milieu urbain, même si c’est dans ce milieu qu’on rencontre 99,99% des graffiti, mais il suffit le plus souvent de bien choisir le bon moment !

Pourquoi parler des graffiti puisque les mêmes questions – ou des questions semblables – se posent aussi pour tous les autres sujets ? Tout simplement parce que l’auteur de ces lignes apprécie les bons graffiti qui, pour certains, sont de réelles œuvres d’art réalisées par de véritables artistes pétris de talent. Peut-être aussi parce que, dans certains endroits, ils « passent » et disparaissent très vite, soit qu’ils sont effacés en raison de leur caractère illicite à certains endroits, soit encore qu’ils soient vandalisés – et c’est très fréquent – par des individus dont le talent à détruire est notablement plus important que le talent à créer des œuvres similaires.

Mais alors pourquoi photographier des graffiti ? Nous allons y venir, mais cette question comporte un préalable qu’il ne faut pas négliger : est-il permis par la loi de photographier des graffiti ? Et, si la réponse est affirmative, cette question a un corollaire : quels sont les « droits » du photographe ? Et surtout, quels sont ses « devoirs » ? Nous allons tenter d’apporter des éléments d’information !

 

Peut-on photographier des graffiti ?

La réponse est évidemment oui… sauf indication contraire. Nous entendons par là qu’un graffiti qui serait apposé sur un édifice interdit à la photographie (dans une enceinte militaire, par exemple, ou bien en raison d’une disposition règlementaire particulière), ne doit évidemment pas être photographié. Et, s’il l’est, il vaut mieux que la photo réalisée reste dans la sphère personnelle de son auteur et ne fasse l’objet d’aucune diffusion. Pourquoi ? Tout simplement parce, selon le champ visuel embrassé par la photo, des éléments interdits pourraient apparaître : des installations militaires par exemple. C’est un cas extrême, sans doute, mais mieux vaut être prudent avec ces questions !

Dans la plupart des cas, cependant, le but (uniquement ?) artistique poursuivi par le photographe n’est pas répréhensible et ne fait donc pas obstacle à « l’immortalisation » d’un graffiti !

 

Pourquoi photographier des graffiti ?

On ne peut pas, dans ce domaine, faire une réponse différente de celle que l’on ferait pour n’importe quel autre sujet : on photographie parce que l’on veut conserver une trace d’une « œuvre » digne d’intérêt.

Et, dans le domaine, parfois rien n’est plus éphémère que ces œuvres, dont la « légalité » peut être sujette à caution, surtout quand elles sont réalisées sur des supports privés sans autorisation des propriétaires de ces supports (murs de maisons, d’immeubles, par exemple). Dans ce cas, les propriétaires en question ont tôt fait d’effacer les traces du passage des graffeurs, surtout si ces traces ne sont constituées que de tags informes et sans recherche, ou de motifs obscènes comme c’est parfois le cas.

Il ne faut pas oublier que si le graffiti, en tant que tel, n’est pas interdit, le fait de le réaliser sur le bien d’autrui peut être considéré comme du vandalisme ou une dégradation de ce bien. Et, à ce titre, l’auteur, s’il est identifié, bien sûr, peut faire l’objet de poursuites. Innombrables sont ainsi les graffeurs ayant eu le « privilège » de gardes à vue et de passages devant le Juge.

Parfois aussi, les graffiti sont réalisés dans des périmètres urbains contrôlés par divers organismes officiels, comme par exemple, les Bâtiments de France, qui peuvent exiger que les immeubles compris dans le périmètre obéissent à des normes soit d’architecture, soit d’aspect. C’est le cas de la maison « bar » ci-dessous qui, aujourd’hui, ne comporte plus les graffiti que l’auteur de ces lignes avait photographiés :

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Cet immeuble n’affiche plus, désormais, ces graffiti.

N’oublions pas aussi une chose essentielle : photographier des graffiti et en diffuser les images répond aussi à un besoin essentiel des graffeurs. En effet, s’ils opèrent sur des supports visibles de tous (et non chez eux) c’est simplement qu’ils ont envie que leurs œuvres soient vues du plus grand nombre. C’est pourquoi certains agissent sur des supports mobiles, donc susceptibles de « voyager » très loin, comme les trains ou les poids lourds (plus rarement des voitures), d’autres préférant des supports fixes mais situés dans des lieux de passage. N’est ce pas aussi le principe de la publicité ? Certes, celle-ci est règlementée, contrairement au graffiti !

 

Parfois, dans certaines communes, des murs sont « réservés » à l’expression artistique des habitants (du moins de certains d’entre eux). Ainsi, dans une grande ville de la banlieue parisienne, un mur, à l’entrée d’une rue piétonne, est régulièrement utilisé pour présenter des œuvres artistiques picturales (graffiti, dessins, peintures diverses, …). Ces œuvres n’y sont que pour une période relativement courte et sont régulièrement renouvelées. Cette initiative mérite d’être saluée et encouragée, les œuvres présentées ayant un caractère artistique certain. Il peut être intéressant pour un photographe d’en conserver l’historique.

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Peinture d’Harald Wolff « Gloire du duo » 2013

 

Quels sont les droits (et devoirs) du photographe de graffiti ?

Il est utile ici de rappeler le principe de la propriété intellectuelle : le ou les auteurs (dans le cas de « crews », groupes de graffeurs) sont les indiscutables titulaires des droits d’auteur sur leurs œuvres. Il serait donc a priori indispensable de demander leur autorisation avant toute utilisation de l’image de ces œuvres. Si la prise de vue et la consultation dans un cadre familial ne sauraient poser de problème, il en va tout autrement en cas de diffusion et, a fortiori, de reproduction. Notons cependant :

  • que la diffusion est souvent souhaitée par le graffeur, qui se fait ainsi connaître sans investir lui-même pour sa publicité,
  • que, la plupart du temps, les graffiti sont tracés de façon illicite et, par conséquent, leurs auteurs évitent de laisser tout élément permettant de les identifier : dans ce cas, il est impossible de solliciter leur autorisation pour la diffusion. Mais il est alors aussi improbable que le graffeur vous traîne en justice pour avoir diffusé son œuvre tracée illégalement sur un support éventuellement protégé ! La jurisprudence sur ce point semble complètement inexistante.
  • que parfois, des commerçants font appel à des graffeurs pour « décorer » leurs vitrines ou leurs rideaux métalliques. Cela ne fait pas obstacle au fait que l’auteur – qui dans ce cas n’est pas en infraction – peut se retourner contre le photographe, pour contrefaçon. Dès lors, avoir son autorisation de diffusion – et celle du commerçant – met à l’abri de poursuites, même si elles sont rares.

 

Dans tous les cas de figure, nous déconseillons d’utiliser les graffiti photographiés dans un but commercial (cartes postales, par exemple) : l’intention strictement artistique du photographe ne serait bien entendu pas admise !

Dans le cas d’artistes de rue au talent reconnu, il est prudent, avant toute diffusion d’une oeuvre, de s’assurer qu’elle n’a pas déjà fait l’objet d’une exploitation commerciale. Ainsi des dessins de Miss.Tic ont été utilisés en timbres par La Poste : les réutiliser constituerait un plagiat.

Les photographes doivent aussi garder à l’esprit que leurs images de graffiti ne constituent pas, en tant que telles, des œuvres originales. L’originalité, la créativité, se situent dans le graffiti photographié. L’image photographique n’est là que pour mettre en exergue cette créativité et le talent du graffeur. Par conséquent, elle ne doit être qu’un hommage à l’artiste-graffeur qu’elle contribue à faire connaître. Il serait indécent, voire répréhensible, de tirer profit (pécunairement parlant) du talent d’un autre, quelle que soit, par ailleurs, la qualité de la photographie.

Pour terminer cette étude, nous vous encourageons vivement, si vous le pouvez, à aller visiter l’exposition organisée actuellement par la Pinacothèque, à Paris, et ayant pour thème « Le Pressionnisme ». On peut y voir des oeuvres sur toiles d’une grande beauté, extrêmement variées, et dont les auteurs sont des artistes universellement reconnus dans le monde du graffiti.

 

Prochainement : l’interview d’un graffeur et les lieux de graffiti.