Pour ce troisième et dernier volet du dossier « graffiti », il nous a paru utile, pour celles et ceux qui seraient attirés par cette forme d’art, de leur signaler, essentiellement en région parisienne, les lieux où se situent actuellement des graffiti de qualité et les supports sur lesquels on les trouve. Nous disons bien « actuellement », car, et nous avons déjà évoqué cette question, parfois rien n’est plus éphémère que ces œuvres.

Crédit photo : chaque fois qu’il a été possible d’identifier les auteurs des photos et des graffiti, leurs noms ont été indiqués sous chacun d’eux.

 

Lorsque l’on déambule dans les rues de beaucoup de villes, et surtout dans ce qu’il est convenu d’appeler « les banlieues », on a parfois l’impression d’être « agressé » par toutes sortes de graffiti, où qu’ils soient placés. Ici, une inscription obscène, là un dessin maladroit, une inscription en lettres stylisées que l’on a du mal à déchiffrer et parfois, mais plus rarement, une fresque racontant un fait ou même une histoire.

L’art de la rue s’exerce… dans la rue, c’est logique. Pas dans toutes les rues cependant ! A Paris, il serait très étonnant de croiser des graffiti sur l’avenue des Champs Elysées et dans les quartiers des ambassades ou les rues abritant des ministères : ces lieux, s’ils venaient à être taggués, seraient très rapidement nettoyés. Et il existe bien peu de chances qu’ils soient taggués, tellement la surveillance y est exercée avec assiduité ! C’est tout le contraire dans les rues des quartiers populaires, tout particulièrement dans les quartiers de l’Est parisien pour ce qui concerne la capitale. La surveillance y est sans doute moins pressante, ce qui laisse le temps aux graffeurs de graver leurs œuvres sur des supports divers.

 

Dans le début des années 1980, la « mode » du tag, du graffiti, nés aux Etats-Unis, est arrivée en France. De nombreux artistes se reconnaissent dans cet art. Mais, autant il est facile pour un peintre de laisser trace de son talent sur une toile de quelques dizaines de centimètres carrés, autant pour un graffeur c’est une « mission impossible » ; il lui faut de la surface : la bombe de peinture ne se manipule pas avec autant de facilité – si l’on peut parler de facilité – qu’un pinceau.

A ce propos, ne nous y trompons pas : il faut beaucoup de dextérité, de précision, de maîtrise pour tracer une fresque avec des bombes de peinture : la pression sur l’embout doit être modulée avec douceur pour obtenir le résultat escompté ; selon l’intensité de cette pression, la distance bombe-support, la rapidité du geste, l’angle d’attaque, le résultat obtenu sera très différent. Si, en peinture, le colorant est déposé directement et avec délicatesse par le pinceau sur la toile, il en va autrement pour le graffiti : le colorant est projeté sur le support, le geste n’est donc pas du tout le même. Pour autant, si cela demande une plus grande surface, il ne faut pas moins de précision.

 

Les premiers supports

Un des premiers supports, c’est le métro : tout le monde a sans doute vu les graffiti tracés sur le métro new-yorkais et sur le métro parisien : malgré l’interdiction, cela subsiste et nombre de rames sont, encore aujourd’hui, « décorées » par des artistes au talent variable. Et quand ce n’est pas l’extérieur des rames qui sert de support, c’est parfois l’intérieur : vitres (parfois « gravées »), sièges. Et qui dit « métro », dit aussi « trains » et notamment ce que l’on appelait à l’époque les « trains de banlieue ».

La nécessité d’une grande surface – tout est relatif : grande ne veut pas dire immense ! – fait que la plupart des graffiti se rencontrent sur les murs des immeubles, les palissades de chantiers, les rideaux des commerçants. Et, au milieu des années 80, le lieu le plus célèbre, à Paris, était le terrain vague dit « de Stalingrad ». C’est dans ce lieu que s’exerce la culture hip-hop, sous l’impulsion de graffeurs tels que Bando (Philippe Lehman), français qui a découvert le graffiti aux USA où vit une partie de sa famille, et de Mode2, britannique, qui s’installe aussi à Paris. De nombreux autres les rejoindront. A cette époque, moyennant 2 francs, tout le monde pouvait « franchir la palissade » pour accéder au terrain sur lequel cette culture hip-hop s’épanouissait en musique et graffiti. A cette époque, l’illégalité du graffiti n’est pas véritablement établie, il existe, au moins pendant quelques années une sorte de tolérance, du moins tant que l’activité s’exerce dans des lieux comme ce terrain vague de Stalingrad. Et quand sont apparues les mesures répressives, elles n’ont pas pour autant arrêté le mouvement, bien au contraire. L’argent n’étant pas la motivation des graffeurs, ils ont continué d’exercer leur art, même « illégalement », sur toutes sortes de supports.

 

D’autres supports de graffiti

Le Pont des Arts, à Paris, était connu pour les milliers de cadenas qui y étaient accrochés. Ces cadenas, dont le poids faisait courir des risques à la structure-même du Pont, ont été retirés. Pour les remplacer, les services en charge de l’entretien ont posé des panneaux décorés, ornés de graffiti humoristiques pour la plupart :

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Graffiti sur le Pont des Arts à Paris

Les murs, les ponts, ne sont pas les seuls supports possibles. Tous les objets sont potentiellement « éligibles », même les toiles pour peintres ! Nous en voulons pour preuve l’exposition magnifique actuellement présentée par la Pinacothèque, à Paris, et qui a pour thème « Le Pressionisme » (la pression de l’index sur l’embout de la bombe de peinture), parfois appelé aussi « Pressure Art ».

 

Lieux de graffiti aujourd’hui

Bien qu’il en existe de très nombreux partout, nous nous limiterons à quelques sites de la région parisienne, choisis arbitrairement, bien sûr ! Mais il n’est pas interdit à nos lecteurs de nous signaler les sites qui leur paraîtraient particulièrement intéressants !

A Paris, il suffit de parcourir les rues de certains quartiers de l’Est et du Nord de la capitale.

Ainsi, il y a peu, une promenade dans le quartier du cimetière de Montmartre a permis à l’auteur de ces lignes de découvrir des graffiti sur certains rideaux de magasins, très probablement commandés à un unique graffeur si l’on en juge par le style de dessin, très homogène.

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Environs du cimetière de Montmartre – Paris

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Environs du cimetière de Montmartre – Paris

Près du Bassin de la Villette, des poids lourds donnent raison aux graffeurs qui veulent que circulent leurs oeuvres :

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Camion taggué

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Autre camion taggué

Plus loin, le long du canal de l’Ourcq et quasiment jusqu’à Bobigny, tous les murs et notamment sur le côté droit en s’éloignant de Paris, sont recouverts de graffiti, certains de très grande taille.

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Ancienne cheminée d’usine, le long du Canal de l’Ourcq

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Un « crew » au travail… enfin, pas seulement !

Place de la République à Paris : un incendie ayant récemment détruit un café, l’établissement a été entouré de palissades en attente de réalisation des travaux de réparation. Plusieurs graffeurs – une quinzaine – ont été invités à réaliser une fresque tout autour du « batiment ».

Attention cependant : ce graffiti ne restera en place que pendant la durée de réalisation des travaux, qui devrait être de l’ordre d’un an.

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Partie de graffiti Place de la République à Paris. Auteurs divers (non précisé)

 

Dans le sud de la capitale, plusieurs rues « abritent » des œuvres de graffeurs, connus ou moins connus, notamment dans le quartier de la Butte aux Cailles.

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Et dans le quartier « asiatique », Avenue de Choisy, on peut voir, notamment, les « armoires » de télécommunications décorées d’un œil coloré , ainsi que d’autres graffiti dont l’un d’eux, réalisé par Philippe Beaudeloque révèle une magnifique richesse de détails.

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Armoire « Télécoms »

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Autre Armoire « Télécoms »

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Graffiti de Philippe Beaudelocque.

En banlieue, de très nombreux sites, et particulièrement à Montreuil Sous Bois, servent de support à des graffiti, notamment, mais pas seulement, ceux d’ « Espion », interviewé il y a peu par PentaxKlub.

Plusieurs autres graffeurs de talent exercent dans cette ville. Il faut dire que la Municipalité semble sensible à cette forme d’Art, qu’elle favorise en la « canalisant », en organisant, éventuellement avec le concours de l’Office de Tourisme, des manifestations autour du graffiti. Mais malheureusement, on y voit aussi des graffiti vandalisés, on se demande bien pourquoi.

Les zones industrielles, souvent désertées la nuit, sont aussi des lieux où opèrent les graffeurs. Ainsi des entrepôts, des ateliers abandonnés deviennent-ils le support d’œuvres que trop peu de personnes, en ces lieux, ont l’occasion d’admirer.

 

En conclusion de ce dossier, on devine que certaines questions peuvent se poser et, par exemple, celle-ci : que vient faire le graffiti dans la photographie ? Eh bien, il ne doit pas en être si éloigné que ça si des artistes de la qualité de Brassaï photographiaient déjà des dessins (pas encore conçus à la bombe de peinture) sur certains murs parisiens. N’y avait-il pas là un souci de conservation de ces dessins par fixation sur la pellicule ? Le passage à la photo numérique ne change pas radicalement la donne à cet égard : photographier les graffs actuels, tracés à la bombe, et par conséquent facilement altérables (recouvrables) et – parfois – effaçables, permet d’en garder une trace. Si cela n’avait pas été fait, que resterait-il aujourd’hui, de certaines des œuvres de Rammellzee (disparu en 2010), Dondi White (mort en 1998), voire certaines de Basquiat (décédé en 1988) dont on ignore souvent qu’il a aussi été un graffeur? Poser la question, c’est d’une certaine manière y répondre ! Ces artistes, et beaucoup d’autres, méritent que leurs œuvres, trop souvent éphémères, restent dans la mémoire de chacun de nous.

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Rammellzee, photo de Charlie Ahearn —– source : https://clocktower.org