Dans le précédent dossier sur l’histoire de Pentax, nous avons évoqué l’arrivée timide de la marque dans le monde de la photographie numérique. Cette troisième partie est intégralement consacrée au cheminement de Pentax dans cette technologie.

 

Les débuts du numérique Pentax

En 1981, Sony a présenté son premier Mavica (abréviation de MAgnetic VIdeo CAmera), mais il intéresse peu, Sony n’est pas en mesure de le produire en série et il ne réapparaîtra qu’en 1997.

Peu de monde le sait, mais, peu de temps après ce premier Mavica, en 1983, Pentax a produit un appareil photo numérique (APN). Cet appareil portait le nom de Pentax Nexa.

Pentax_NEXA

Pentax Nexa

 

Quand on regarde l’image de ce prototype – la seule diffusée, à notre connaissance ! – , on se rend compte qu’il est parfaitement inutilisable par les personnes dont l’œil directeur est le gauche. Certains disent même qu’il était digne d’un film de science-fiction ! Peu d’informations à son sujet nous sont parvenues : on sait cependant qu’au travers d’un capteur DTC (Dispositif à Transfert de Charge, plus connu sous son acronyme anglais « CCD », pour « charge-coupled device ») il enregistrait des images en noir et blanc sur le support qui devenait un standard, une mini disquette VF (Video Floppy) de 2 pouces. On notera à ce propos que ce sont surtout les progrès de l’informatique qui sont à la base de ces recherches et solutions photographiques.

Bien entendu, il n’a jamais été commercialisé et il est par conséquent tombé dans l’oubli le plus total.

 

Le premier numérique Pentax

Toutefois, Pentax continuait de travailler sur le numérique et son premier appareil opérationnel sortit en 1997 : il s’agit du EI-C90.

PentaxEI-C90

Son esthétique n’a rien à voir avec les standards d’aujourd’hui et ce n’est pas un reflex. Quant à ses caractéristiques, elles sont, pour l’époque, d’un assez bon niveau :

  • capteur 1/4″ CCD avec 410.000 pixels (380.000 pixels effectifs).
  • Objectif de 5,2 mm f/2,8 à mise au point fixe (correspond à un objectif de 50 mm en format 35 mm), possédant 5 éléments en 4 groupes
  • Mise au point de 1 m à l’infini, de 2 cm à 1 m en mode « macro ».
  • Viseur optique, couverture de l’image : 82%, grandissement : 0,64X
  • Contrôle d’exposition : 9 à 19 IL  en exposition auto, correction +/- 2 IL par demi-valeur
  • Vitesse d’obturation de 1/8 sec au 1/4000 sec.
  • Balance des blancs automatique
  • Enregistrement des images sur carte PCMCIA
  • retardateur 10 secondes
  • Dimensions : 107 (L) x 81 (H) x 27 (P) mm
  • Poids : 180g sans piles (2 piles au lithium 3Volts type CR2 ou équivalent)

En accessoire, on trouvait notamment un câble EI-Y190 d’interfaçage avec un PC, pour transmission en série.

 

Dès le début des années 2000, Pentax envisage de produire un appareil reflex avec un capteur au format 24×36. Le MR-52, c’est son nom, est un prototype à capteur 24×36 de 6 Mega-pixels qui est présenté à la Photokina de 2000. Malheureusement, le fabricant chargé de fabriquer ce capteur (Philips) ne produira qu’une version peu performante et Pentax abandonnera son projet en 2001. Ce fut sans doute un mal pour un bien : en effet, Contax avait, à la même époque, choisi le même capteur et avait massivement investi sur la production d’un APN qui l’utilisait : peu de temps après, en raison probablement des piètres performances de ce capteur, la marque disparut.

Dans le même temps, les autres grands de la photo, Canon et Nikon, avançaient avec leur propre capteur et ils prirent une avance déterminante.

 

L’année 2000 verra tout de même la sortie d’un APN compact nommé EI-200 (capteur CCD de 2,11 millions de pixels), puis un EI-2000 doté d’un capteur de 2,24 millions de pixels offrant une résolution maximale de 1 600 x 1 280 pixels. Il est équipé d’un zoom équivalent à un 34-107 mm en format 24 x 36. Les images sont enregistrées sur des cartes compact flash.

 

Le EI-3000 qui doit lui succéder est, lui, muni d’un capteur CCD 2/3 de pouce de 3,43 megapixels, et est équipé du même zoom 8,2 – 25,8 mm (équivalent 34-107mm). Il restera à l’état de prototype.

Ces APN sont issus d’une collaboration de Pentax avec Hewlett-Packard.

 

La série *Ist

Ce n’est donc qu’en 2003 que Pentax arrive enfin sur le marché des reflex numériques avec la série des *Ist (à prononcer « Starist »), dont le premier, le *Ist D est doté d’un capteur CCD de 6 Mpxl.

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Pentax *Ist (Photo Phoney.jp)

 

Il fonctionne en mode priorité à l’ouverture, priorité à la vitesse et en mode manuel. La plage de sensibilité s’étend de 200 à 3200 ISO, la vitesse d’obturation de 30s à 1/4000ème de s.

La vitesse de synchronisation du flash est limitée au 1/150ème de seconde.

Son viseur à pentaprisme couvre 95% du champ. La mise au point s’effectue au moyen de 11 collimateurs dont 9 en croix disposés au centre. L’enregistrement des images s’effectue sur carte CF

Suivront le *IstDS et le *IstDL.

Plus léger, plus petit (12,4cm x 9,1 x 6,6), le *IstDS offre moins de préréglages, notamment pour la balance des blancs et moins de modes manuels. En revanche, il offre sept modes scène supplémentaires et voit ses performances améliorées en mode rafale. Son écran LCD en couleurs (5 cm et 210 000 pixels) est plus grand que celui de son prédécesseur (4,6 cm et 118 000 pixels). L’enregistrement des images s’effectue sur carte SD et il dispose d’une interface USB 2 (1.1 sur le modèle remplacé).

Le Pentax *IST-DL dispose, lui aussi, d’un capteur CCD de 6 mégapixels (23,5 x 15,7 mm). Encore plus léger que l’ancien (565 g au lieu de 605), l’écran LCD au dos est plus grand (6,3 cm). Il dispose d’un réglage automatique de la sensibilité (maximum 3200 ISO) mais il comporte par ailleurs moins de fonctions et la mise au point ne s’effectue plus qu’au moyen de 3 collimateurs. Le mode rafale est aussi en retrait : 5 images en continu au lieu de 8 sur le modèle précédent.

La série *Ist a eu le mérite de lancer Pentax sur le marché des reflex numériques, mais leurs performances limitées, comparées à la concurrence, n’aident pas la firme à s’implanter solidement sur le marché de la photographie numérique.

Nous passerons sous silence – ou presque – les anecdotiques K100D (capteur 6Mpx), K100D Super et K-110D (le même, sans stabilisation, qui n’a concerné que le marché européen), sortis peu après le *Ist DL.

Ces « entrées de gamme » ont connu un successeur, le K-200D, avec un capteur 10 Mpx et qui avait la particularité de fonctionner avec 4 piles de type AA.

 

Le K-10D

C’est en 2006 que Pentax frappe un grand coup avec la sortie du K-10D, issu d’une collaboration avec le coréen Samsung, qui, de son côté, produit un clone du modèle Pentax, le GX-10

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K-10D avec son grip

Il ne sera pas décrit plus longuement dans ce dossier, son importance dans le renouveau de la marque ayant conduit PentaxKlub à lui consacrer un dossier complet : https://pentaxklub.com/pentax-numeriques-4-k10d/

 

Le successeur du « semi-pro » K10D est quant à lui annoncé le 24 janvier 2008 : le K20D (son clone chez Samsung est le GX-20 ).

 

Entre temps, Pentax a « changé de main ». Hoya, le célèbre fabricant de filtres (entre autres activités), a lancé en 2006 une « OPA amicale » envers Pentax et en a acquis plus de 90% des parts. En octobre 2007, les 2 firmes annoncent que leurs effectifs respectifs seraient fusionnés et que la société Pentax cesserait d’exister en tant que telle. C’est un coup de tonnerre sur le marché de la photo.

Il faut se rappeler que Hoya et Pentax ont une « genèse » quasi identique : c’est le 1er novembre 1941 que les frères Shoichi et Shigeru Yamanaka ont créé une société ayant pour activité la fabrication de verres ophtalmiques . Le siège était dans la ville de Nishitokyo City, qui s’appelait alors Hoya. L’activité se diversifie au cours des années suivantes et Hoya Corporation (à l’origine dénommée Optical Glass Factory Hiroshi Azuma, Inc.) se lance dans la fabrication d’objectifs et de filtres pour les appareils photos. Il s’oriente aussi et surtout vers le domaine médical.

C’est cette orientation qui peut laisser supposer que Hoya était probablement plus intéressé par la branche médicale de Pentax que par la branche « photo ». Du reste, Pentax Médical – qui a gardé son nom – est restée propriété de Hoya quand ce dernier a revendu Pentax (division photo) au groupe Ricoh, en juillet 2011.

On notera, par ailleurs, que le nom de « Pentax » apparaît toujours sur les produits médicaux fabriqués par le groupe Hoya (par exemple des endoscopes).

L’acquisition de la branche photo de Pentax par Ricoh a surpris beaucoup de monde : Ricoh était principalement connu en tant que fabricant d’imprimantes et de copieurs professionnels. Ses activités photo existaient cependant depuis assez longtemps (nous en reparlerons dans un prochain dossier qui sera consacré au groupe Ricoh), plus dans le domaine des appareils compacts (et auparavant télémétriques) que dans celui des reflex.

 

Le K-20D

C’est donc sous la tutelle de Hoya que sort le K-20D en 2008.

Si les caractéristiques du K-10D étaient déjà alléchantes :

  • capteur CCD 10,3Mp avec stabilisation optique sensibilité et dépoussiérage
  • 100-1600ISO mesure AEL à 16 segments
  • obturateur 30 s à 1/4000ème rafale à 3 images par seconde
  • couverture du viseur 95%
  • carte SD
  • grip optionnel avec second accu et seconde carte SD (+ logement pour la télécommande),

celles du K-20D ne sont pas en reste, du moins « sur le papier » :

  • Capteur CMOS de 14,6 Mega-pixels (d’origine Samsung)
  • Stabilisation optique intégrée à l’appareil
  • Plage de sensibilité de 100 à 6400 ISO
  • Vitesse d’obturation de 30s à 1/4000ème s, pose B, synchro flash 1/180 s.
  • Enregistrement des images sur carte SD/SDHC
  • Dimensions de 142 x 101 x 70 mm pour un poids de 800g.
  • Construction tropicalisée
  • Ergonomie « technique » de haut niveau.

Les autres caractéristiques du K-10D, succès commercial mais aussi technologique, ont été conservées.

Les observateurs lui reprochent cependant une ergonomie des menus peu claire, une rafale assez lente, et aussi l’absence d’un objectif d’entrée de gamme motorisé.

A l’usage, on se rendra compte que si les images sont irréprochables jusqu’à 400 ISO, une certaine dégradation (apparition de bruit) se fait jour à 800 ISO et devient gênante dès 1600 ISO.

K-20D

Pentax K-20D avec son grip

 

Le K-7

L’année 2009 voit l’apparition du K-7 avec les caractéristiques suivantes :

  • Capteur CMOS 14 Mpx, APS (15,6×23,4 mm), lui aussi d’origine Samsung
  • Stabilisation optique par déplacement du capteur
  • Cartes mémoire SD – SDHC
  • Sensibilité de 100 à 3200 ISO avec possibilité d’extension à 6400 ISO)
  • Mode vidéo 1536 x 1024 ou HD 720p pixels / 30 fps
  • Alimentation par batterie D-LI90
  • Dimensions / Poids 13 x 9,7 x 7,3 cm / 750 g

On le voit, il est légèrement plus compact que son prédécesseur. Il inaugure aussi un nouveau design qui perdure encore aujourd’hui.

Son capteur, quoique de densité similaire à celui du K-20D est cependant totalement nouveau et il dispose de 4 canaux de lecture. Le processeur de traitement des images PRIME II, permet une rafale à 5,2 i/s et l’enregistrement de vidéo en 1280×720 pixels à la cadence de 30 i/s. Le K-7 dispose d’une entrée son stéréo et d’une connexion HDMI (affichage possible sur téléviseur HD).

Le système autofocus est nouveau, lui aussi : il s’agit du nouveau SAFOX VIII+.

L’autofocus opère par un système à 11 collimateurs dont 9 en croix, et le fonctionnement en basse lumière s’en trouve amélioré.

Le système d’exposition dispose de 77 zones de mesures et la correction d’exposition est ajustable sur +/- 5 IL.

Les commentateurs l’ont jugé robuste et performant et ont apprécié le mode « priorité sensibilité ». Toutefois, il leur a également paru lourd et assez lent, surtout en mode live-view, et ils ont souligné la mauvaise qualité des images au-delà de 6400 ISO.

K-7

Pentax K-7

Le K-7 poursuit sa carrière, controversée, jusqu’à la fin de l’année 2010 qui voit son successeur, le K-5, entrer en scène.

 

Le K-5 et le K-3

K-5 gripé

K-5 avec son grip

Guide-K3

Pentax K-3

Le nouveau boîtier K-5 présente des caractéristiques de haut niveau :

  • Tropicalisation, optiques standards et grip
  • Capteur CMOS 16,3 Mégapixels stabilisé d’origine Sony
  • Sensibilité 80 à 51 200 ISO
  • Vidéo Full HD 25 i/s, sortie HDMI
  • Rafale 7 i/s
  • Vitesse d’obturation 1/8000e sec.
  • Écran LCD 3’’, 921 000 points, vision extra-large

Il fera, lui aussi, l’objet d’un dossier particulier, tant il a marqué l’histoire photo-numérique de Pentax. On notera aussi à cette occasion la fin du partenariat avec Samsung.

Toutefois, son système autofocus conserve du retard sur ses concurrents, ce qui conduira Pentax à lui donner 2 successeurs : le K-5II et le K-5IIs, ce dernier étant dépourvu de filtre anti aliasing, ce qui a une influence positive non négligeable sur le piqué, au prix, dans certains cas assez rares, d’apparition de moiré.

Le successeurs disposent aussi d’un capteur 16 Mpx, mais qui semble différent du capteur du K-5.

Pentax entre alors dans une nouvelle période de production « tous azimuts » et mettra sur le marché différents boîtiers présentant tous un intérêt : les K-30, K-50, K-500.

Un K-3 est même déjà dans les cartons. Mais l’arrivée de Ricoh change complètement la donne : le projet K-3, oeuvre de Hoya, est complètement abandonné. Ricoh le reprend complètement à zéro pour produire son propre boîtier K-3, dont on sait la carrière qu’il a aujourd’hui, unanimement salué par tous comme un boîtier de très haut niveau, produisant des images d’une dynamique très élevée – même si certains la trouvent inférieure à celle du K-5 et de ses déclinaisons – et d’une qualité colorimétrique que n’atteignent pas nombre de ses concurrents.

K-3 3:4 avant

Le K-3 version Ricoh

Pentax-Ricoh lui adjoint un autre boîtier, le K-3II qui, en perdant le flash intégré, gagne un GPS, le système PixelShift, une amélioration du système autofocus et du SR. Les autres caractéristiques sont similaires à celles du K-3.

Il n’est pas impossible que penser que ce boitier ait permis une validation de choix techniques pour le futur « K-FF » et peut-être d’attirer les critiques sur l’absence de flash.

Dans l’entrée de gamme se trouve aujourd’hui le K-50, dans le milieu de gamme le K-S2, remarquable réussite (capteur 20 Mpx) remplaçant l’erreur commerciale et technologique qu’a constituée le K-S1. On peut se poser des questions sur la paternité et la genèse de ce boitier atypique.

 

Et maintenant se dessine l’avenir de Pentax sous la houlette de Ricoh : le très attendu boîtier 24×36 verra le jour « début du printemps 2016 », selon les termes mêmes du service de communication, des images sont d’ores et déjà disponibles sur le Web, y compris sur PentaxKlub. Dans le même temps, de nouvelles optiques sont développées, certaines déjà en vente (DFA* 70-200 f :2.8, DFA 150-450mm f :4.5/5.6), ou en passe de l’être (DFA 24-70mm), et d’autres en projet pour sortir au cours des 2 ou 3 prochaines années.

Et si c’était le grand retour de Pentax parmi les plus grands de la photographie numérique ? Avec quelques qualités en plus et un rapport qualité-prix supérieur ? L’avenir nous le dira mais les amoureux de la marque le souhaitent fortement. Souhaitons qu’ils soient écoutés et surtout entendus !