Dans de précédents articles (ici et ), PentaxKlub vous a fait découvrir ou re-découvrir des photographes africains de renom. Mais la plupart d’entre eux ont disparu. Une nouvelle génération a fait son apparition. Nous avons choisi de vous présenter brièvement 6 photographes parmi les plus prometteurs.  Il s’agit de 3 femmes et 3 hommes, pas seulement pour la parité mais surtout parce que le talent n’a pas de sexe. On pourrait cependant en citer des dizaines, tant ces jeunes photographes font preuve de talent et de créativité, sans pour autant renier les traditions de leur continent. Certains d’entre eux ne sont pas nés en Afrique. Cependant, tous sont imprégnés de la culture africaine et, loin de chercher à la faire oublier, tendent au contraire à la magnifier et à nous la faire partager. Et, à notre avis, il faut suivre dans les années à venir l’évolution de ces jeunes talents.

Nous avons choisi de vous les présenter dans l’ordre alphabétique de leur nom : il ne saurait être question, en effet, d’établir une sorte de « hiérarchie » !

Joana Choumali

Joana Choumali (Image tirée de son site - voir ci-après)

Joana Choumali (Image tirée de son site – adresse ci-dessous)

 

Joana Choumali est née en 1974 à Abidjan (Côte d’Ivoire).

C’est essentiellement une portraitiste qui montre la culture africaine, mais aussi une documentariste.

Ainsi, dans une série de 2008 intitulée « ces invisibles » elle montre la vie dans les bidonvilles d’Abidjan..

Plus récemment, elle montrait la féminité et la beauté africaines dans une série intitulée « Awoulaba ».

Dans sa série « Hââbré, la dernière génération », elle expose les portraits de personnes ivoiriennes dont le visage porte des scarifications. Cette pratique des scarifications, très répandue il y a quelques décennies, était courante chez les personnes d’un certain rang et participait à leur identité sociale. Elle tend aujourd’hui à disparaître et, très souvent, les personnes qui les portent sont rejetées ou mises à l’écart.

« Hââbré » signifie « écriture, scarification » en langage Kô (Burkina Faso).

Cette série a obtenu le Prix International de la photographie POPCAP 2014 et a été présentée à Paris en septembre 2015 (Photoquai 2015).

Sa derniere série  » sissi Barra » ( travail de fumée)  a été soutenue par la Fondation Magnum. Voir cet article publié par « Fraternité Matin ».

Joana Choumali vit et travaille à Abidjan.

Une promenade sur son site.

 

Delphine Diaw Diallo

Delphine Diaw-Diallo (avec l'aimable autorisation d'Antoine Tempé)

Delphine Diaw-Diallo (avec l’aimable autorisation d’Antoine Tempé)

Cette photographe franco-sénégalaise est née à Paris en 1977. En 1999, elle obtient un diplôme dans la catégorie des Arts Visuels délivré par l’Académie Charpentier à Paris et travaille ensuite dans l’industrie musicale. Ce n’est que quelques années plus tard, en 2009, qu’elle se tourne vers la photo, déçue par un monde dirigé par la consommation de masse.

Grande admiratrice des photographes Malick Sidibé et Seydou Keita, elle trouve refuge à Saint Louis du Sénégal (d’où son père est originaire), où elle crée le studio « Magic » ainsi nommé en hommage à Sidibé. Elle y réalise la série « Renaissance », avec des photos des membres de sa famille (neveux, nièces, …), traduisant ainsi en images les difficultés de la vie. Elle revendique le fait que « la famille est une connexion importante entre les êtres humains », et que « ce lien peut être étendu à une idée universelle de vivre ensemble et de partage » (extrait d’une interview accordée à Photoquai).

Ses travaux mêlent réalité et imagination, tradition et modernité, photo de mode et photo documentaire.

En 2009, elle est sollicitée par Peter Beard, photographe américain, pour des prises de vue au Botswana destinées au Calendrier Pirelli.

Delphine Diallo est désormais installée à New-York où, selon elle, l’artiste peut s’exprimer plus facilement qu’à Paris.

Une promenade sur son site.

Omar Victor Diop

Omar Victor Diop (Image tirée de son site - voir ci-après)

Omar Victor Diop (Image tirée de son site – adresse ci-dessous)

 

Omar Victor Diop est né en 1980 à Dakar, capitale du Sénégal. Il a fait ses études à Paris (Ecole Supérieure de Commerce) et à Dakar (Institut Supérieur de Management). Des études qui, a priori, n’ont rien d’artistique. Du reste, il a travaillé dans la communication d’entreprise pour différentes multinationales installées en Afrique.

C’est donc un photographe autodidacte, admirateur des « grands » de la photo africaine que sont Malick Sidibé, Mama Casset ou encore Seydou Keïta.

S’il n’a pas appris la photo dans des écoles, il se dit influencé par de grands peintres, notamment Vélasquez et… Matisse. Deux mondes différents !

Il a participé aux Rencontres de Bamako, en 2011, avec la série « Le futur du beau » et a exposé aux Rencontres Internationales de la Photographie dʼArles 2012.

A « Photoquai 2015 », il a exposé une série « Diaspora » dans laquelle il rend hommage à d’anciennes personnalités africaines de premier plan. Cette série prend parfois la forme d’autoportraits en costume d’époque, recréés pour l’occasion dans son studio de Dakar.

Omar Victor Diop vit et travaille à Dakar.

Une promenade sur son site et des images sur le site Photoquai.

 

 

Namsa Leuba

Le cas de cette photographe est un peu particulier : elle est née en 1982 en Suisse d’un père suisse et d’une mère guinéenne. Ses études l’ont conduite dans différentes écoles d’Art. C’est d’abord les écoles d’Art  suisses (La Chauds-de-Fonds, Lausanne, où elle réside… quand elle n’est pas ailleurs !), puis l’école des Arts Visuels à New-York.

C’est en 2011 qu’elle a voulu, d’une certaine manière, retrouver ses origines guinéennes à l’occasion d’un voyage en Guinée (République de Guinée, francophone, dont la capitale est Conakry. Cette Guinée doit être distinguée de la Guinée-Bissau, lusophone, et de la Guinée Equatoriale, principalement hispanophone). Ses pas l’ont également conduite en Afrique du Sud.

Les cérémonies religieuses et la culture zouloue ont été une importante source d’inspiration (« Zulu Kids).

En 2015, elle présente une partie de ses travaux à Londres (Exposition « The African Renaissance ») où expose également Baudouin Mouanda (voir ci-après).

Elle oscille continuellement entre ses deux appartenances, européenne et africaine. Namsa Leuba conjugue ainsi avec bonheur ses travaux dans le domaine de la mode (Christian Lacroix) et ceux qui se rapportent aux traditions africaines et notamment celles qui concernent les femmes (« Mmabatho »).

Toujours en mouvement, elle se rend aussi bien à Lagos, collaborant avec des artistes locaux, qu’au Sénégal pour soutenir l’exposition « Lumière d’Afrique » déjà présentée à Paris, au Théâtre National de Chaillot. D’autres projets en Afrique mais aussi aux USA ou encore à Haïti lui permettront d’approfondir son intérêt pour la tradition vaudoue.

Une promenade sur son site et d’autres images encore !

Baudouin Mouanda

Baudouin Mouanda (Image tirée de son site - voir ci-après)

Baudouin Mouanda (Image tirée de son site – adresse ci-dessous)

 

Né en 1981, originaire de la région de Brazzaville (Congo), Baudouin Mouanda est un des talents les plus prometteurs de la jeune photographie africaine. Il « entre en photographie » en 1993 « empruntant » l’appareil photo de son père (professeur de sciences physiques) à l’insu de ce dernier.  Ce père, pour qui la photographie n’était qu’un moyen d’illustrer les cours à ses élèves, lui offrira un « Zenit » pour le récompenser d’avoir repris ses études interrompues par la guerre civile au Congo. Il lui donnera aussi les conseils indispensables à tout débutant. Mais Baudouin s’initie de lui-même à la technique photo, tout étonné de constater que ses premières prises étaient les meilleures.

Il devient alors photo-journaliste puis s’interrompt avant de reprendre en 1997.

De stages en concours (2003), il finit par se faire remarquer et remporte le titre de meilleur photographe 2003 décerné par l’Ecole Académique des Beaux-Arts. A cette époque, il n’y avait pas d’école de photo en Afrique. C’est donc en se confrontant avec des artistes européens que Baudouin Mouanda apprendra « le métier » et trouvera son style.

En 2007, à l’occasion d’une formation à Paris, il réalise un travail sur la société congolaise installée dans la capitale et sa banlieue, et notamment sur sa manière de se vêtir. C’est « Sapologie », poursuivi l’année suivante à Brazzaville. Cette série sera exposée d’abord à Paris en 2009 et 2010 puis à Bamako aux Rencontres Africaines de la Photographie où le photographe obtient un prix.

Baudouin Mouanda se consacre surtout au photo-reportage, mais réalise aussi des travaux d’auteur. Il adapte sa manière d’opérer au travail à réaliser, passant avec un égal bonheur du noir et blanc à la couleur. Il anime aussi différents ateliers en direction de ses jeunes confrères.

Une promenade sur son site.

 

 

Lakin Ogunbanwo

Lakin Ogunbanwo (Image tirée de son site - adresse ci-dessous)

Lakin Ogunbanwo (Image tirée de son site – adresse ci-dessous)

Lakin Ogunbanwo est un jeune photographe nigérian né à Lagos en 1987. Il n’était pas nécessairement destiné à embrasser une carrière photographique. En effet, la raison le dirige initialement vers des études de droit, d’abord dans son pays (Université de Babcock) puis en Grande Bretagne. Malgré ses diplômes, il décide de ne pas poursuivre dans la carrière juridique pour se diriger vers la photographie – sa passion. Il en fait son métier à partir de 2012 et devient photographe de mode et portraitiste.

Artiste « versatile », c’est toutefois son pays qui l’intéresse le plus. Ses images, très épurées, décrivent les différentes ethnies et leurs caractéristiques, au-delà même de ce qu’elles expriment extérieurement.

Il commence à être connu de nombreux médias et a fait l’objet d’articles de journaux, tant à  New-York qu’en Grande-Bretagne.

En 2013, il expose une série de portraits à Johannesbourg (R.S.A., République Sud-Africaine).

Fin 2014, au Cap (R.S.A), il expose « New Work ».

Début 2016, il expose, toujours au Cap, son projet réalisé en 2015 « Are we good enough » (littéralement « Sommes nous assez bons »), série de « portraits de dos » où seul apparaît le haut du dos des modèles, qui portent des coiffures traditionnelles.

Le « British Journal of Photography » l’a classé parmi les 25 meilleurs photographes de 2015.

Après avoir résidé à Paris, il est désormais installé à Lagos (Nigéria).

Une promenade sur son site.

 

 

D’autres artistes africains continuent d’émerger. Parmi eux, citons Kristin-Lee Moolman ou encore  Owise Abuzaid. L’Afrique n’a pas fini de nous étonner par son dynamisme artistique.

 

Crédits : Les images publiées appartiennent à chacun de leurs auteurs.

Merci à Joana Choumali pour sa participation active à la rédaction de cet article.

Nota : la photo de titre est issue du site www.phototheque.net de Michel HASSON