Ce que l’on appelle cage reflex est le centre névralgique du boîtier reflex.

C’est un cube dont la face avant, verticale, est fermée par l’objectif, fixé au boîtier par la baïonnette, la face arrière, verticale elle aussi, par le capteur (la surface sensible), caché derrière l’obturateur, la face supérieure, horizontale — le plafond — par le dépoli installé sous le prisme.

À l’intérieur de ce cube se trouve le miroir, dont l’axe est à l’intersection des 2 dernières faces. De la position à 45°, d’où il renvoie l’image vers le haut, dans le prisme, puis dans l’oculaire, au moment de la visée, il pivote vers le haut pour laisser l’image atteindre le capteur, découvert par l’obturateur. Quand tout cela est fait, le miroir revient à sa place initiale. En faisant le moins de bruit et de vibrations possibles, à la cadence de 4,5 cycles par seconde, dans les conditions décrites ci-dessus. Si le miroir ne redescend pas entre deux photos, la cadence peut être supérieure, mais le photographe ne voit plus rien pendant la rafale.

Coupe du K-5

Coupe du K-5

 

Ce cube est l’âme de l’architecture du boîtier reflex. Il a des dimensions conditionnées par la taille du capteur. Les autres caractéristiques en découlent aussi. Voyons ces caractéristiques dans l’ordre de dépendance.

 

 

Le cercle image

C’est le cercle — et le diamètre — de l’image que projette l’objectif sur le plan du capteur. Pour des raisons de qualité, ce cercle doit être plus grand que le capteur. Pourquoi ?

Parce que la qualité des bords d’image étant mauvaise, il était prudent de recadrer (croper) quelque peu. Parce les chambres photographiques permettaient (et permettent toujours) de pratiquer la bascule ou le décentrement, et même les deux en même temps. La bascule (tilt en anglais) consistait à incliner l’objectif par rapport à son axe longitudinal. Ce précédé permettait de modifier la profondeur jusqu’à obtenir la netteté du premier plan à l’infini.

 

schéma de la bascule: l'objectif est incliné ici vers le bas.

Schéma de la bascule : l’objectif est incliné ici vers le bas.

 

Bascule arrière

Bascule arrière

 

La bascule pouvait aussi se faire par l’arrière, c’est à dire en déplaçant la surface sensible ce qui avait pour effet de modifier-corriger la perspective à la visée. Les deux bascules étaient cumulables et permettaient ainsi d’augmenter le champ de netteté sur une perspective corrigée !  La bascule offre seize variantes et une infinité de réglages dans chaque variante, c’est-à-dire d’énormes perspectives, au propre et au figuré !

Le décentrement (shift en anglais) consistait à déplacer l’objectif en le faisant glisser sur le côté par rapport à son axe longitudinal. Ce procédé permettait de redresser les lignes verticales couchées par une contre-plongée.

 

Schéma du décentrement: l'objectif est déplacé ici vers le bas

Schéma du décentrement : l’objectif est déplacé ici vers le bas

 

Décentrement haut (beaucoup plus courant que le bas)

Décentrement haut (beaucoup plus courant que le bas)

 

Ces deux manœuvres avaient aussi pour conséquence de déplacer le cercle image par rapport au capteur. Pour que celui-ci se trouve toujours dans le cercle image, il fallait impérativement qu’il soit plus grand que le capteur. Si vous souhaitez plus d’informations sur cette question, vous pouvez consulter ce site : https://www.galerie-photo.com/mouvement-chambre-photographique.html

Les possibilités qu’offraient ces manœuvres donnent à comprendre l’importance d’un cercle image « généreux » qui permettait leur usage. Sinon on avait du vignettage. Avec les appareils plus petits, sans possibilité de décentrement et de bascule, cette nécessité s’est trouvée réduite. Elle a subsisté néanmoins, car il existe encore des objectifs tilt-shift. Elle continue de garantir l’absence de vignettage avec la SR et le pixel Shift.

 

 

Le tirage

C’est la distance entre le plan du capteur et le plan de la baïonnette qui permet de fixer l’objectif au boîtier.

Le tirage: sur un reflex en haut, sur un télémétrique ou un hybride en bas.

Le tirage : sur un reflex en haut,
sur un télémétrique ou un hybride en bas.

 

Cette distance dépend :

  • de la dimension du capteur, FF, APS-C, 4/3 … capteur plus petit = tirage plus court
  • de la structure de l’appareil. Sur les appareils reflex cette distance est de +/- 4,5cm. Elle est liée à la taille du miroir, donc de la cage reflex. Sur les appareils télémétriques (type Leica) ou hybrides elle est plutôt de +/- 2cm, mais pas beaucoup moins, car cela exigerait des objectifs très divergents à la sortie arrière, ce qui affaiblirait la qualité de l’image obtenue. Ces dimensions datent de l’époque argentique et n’ont pas varié avec le numérique. La conception d’un objectif, pour une même formule optique, et un même cercle image variera selon le tirage. Ainsi, une formule Sonnar, produite par les Russes sous le nom de Jupiter était fabriquée en 2 versions, différentes par le tirage et donc non interchangeables, selon qu’elles étaient destinées au Zenit reflex ou aux télémétriques Zorki et Fed. Ces 2 derniers, bien que de marques différentes, utilisaient le même objectif, car ils avaient le même tirage. Et ils avaient tous la même fixation vissante de 39mm de diamètre. Actuellement, et pour les mêmes raisons, les objectifs conçus pour des reflex peuvent être montés sur des hybrides avec une bague d’adaptation qui les éloigne du capteur et les positionne selon leur tirage. Avec l’inconvénient de recréer l’encombrement longitudinal d’origine, et par ailleurs la perte de certains automatismes, car assurer la compatibilité électronique des systèmes complexes que sont les boîtiers et les objectifs actuels n’est visiblement pas facile (ni forcément rentable…)

 

 

La baïonnette

C’est le maillon purement mécanique du système. À l’origine l’objectif se fixait sur une planche qui, elle même se montait sur la façade avant des chambres. Puis viennent, les box, les folding… appareils à objectif fixe. Avec le Leica, on devient encore plus compact, et on retrouve les objectifs interchangeables. Ils se vissent sur le boîtier par un filetage de 39mm de diamètre. Le vissant sera le standard pendant 25 ans, passant seulement à 42mm. Cette fixation était sûre, mais malcommode sur le terrain : il fallait 3 rotations complètes pour que l’objectif soit en place. Elle a donc été remplacée par un système à baïonnette.

Lancée pour la 1ère fois par Leica en 1954, de façon, disons, confidentielle, elle entre sur le marché avec la baïonnette K de Pentax. Sa sœur presque jumelle est celle de Nikon ; presque jumelle parce que toutes deux sont issues de la baïonnette de grand diamètre inventée par l’Italien Telemaco Corsi, pour son Rectaflex. Les japonais l’ont achetée pour une Lire symbolique au moment de la faillite de la firme italienne. La K tourne dans le sens horaire initial. La Nikon dans le sens inverse. Ces 2 baïonnettes ont supporté sans problème 40 d’évolution technologique. Les autres, plus petites, ont dû être agrandies une ou plusieurs fois…

Ces baïonnettes permettent de fixer l’objectif par une rotation d’un quart de tour. Elles se sont vues ajouter des contacts électriques, de plus en plus nombreux, pour assurer le couplage des réglages de prise de vue, puis la communication des données nécessaires à l’ajustement des réglages de plus en plus fins et nombreux. Mais la baïonnette K, jusqu’à présent, a tout encaissé sans poser le moindre problème. Elle vient de connaître une nouvelle évolution avec la version KAF4, compatible avec le système de contrôle du diaphragme électronique apparu sur les derniers réflex Pentax (a priori le K-70 de manière certaine, et les K-1, K-3II et K-S2 sous réserve de mise à jour du firmware).

Ces informations peuvent paraître un peu théoriques et rébarbatives. Elles sont pourtant fondamentales et permettent de comprendre comment fonctionne son matériel, quelles sont ses limites indépassables. Et donc de le maîtriser mieux, d’en tirer tout le « jus ». Ce qui au fond est ici notre but permanent de photographes.