Règles de base de la construction-composition d’une photo.

 

 

Introduction

La composition, mot important, incontournable en photo. Mot que l’on rencontre régulièrement, auquel on se heurte souvent, trop souvent. En quoi consiste donc cette composition ? C’est un processus qui se fait suivant un ensemble de règles. Ces règles « disent » la façon dont doit ou devrait être construite une photo, pour qu’elle soit jugée « bonne ». En un mot c’est un ensemble de codes que tout photographe est censé connaître, respecter et appliquer.

Ces règles sont un produit culturel, créé par une culture historiquement et géographiquement déterminée. Il en existe d’autres, tout aussi historiquement et géographiquement déterminées. Ces règles sont apparues dans la culture où est né l’appareil photo, la culture européenne. Elles sont donc un reflet de l’esthétique façonnée par la culture européenne d’abord puis « occidentale » désormais. Qui se dit ou se croit universelle. Ainsi le sens de lecture – de haut en bas et de gauche à droite, qui est « universel » pour les cultures qui lisent de cette manière – est celui de la photographie. Nous vivons dans un milieu civilisationnel donné, dans une société dont nous avons intérêt à connaître les règles et à les appliquer plus ou moins, faute de quoi nous nous excluons de cette société, et elle nous exclut à son tour.

Nous avons intérêt à connaître ces règles pour pouvoir décider si nous les appliquerons, à quel point et de quelle manière.

Tout ce qui va suivre est le produit de la culture occidentale, issue du bassin méditerranéen, héritée en partie de découvertes faites par les architectes égyptiens et Grecs de l’Antiquité, peaufinée plus tard par la Renaissance italienne, puis « enrichies » aux XIX et XXe siècles avec les considérations liées au nombre d’or, la « divine proportion », elles ont une forte base géométrique.
Plutôt que de parler de « règles », il vaudrait mieux parler de principes. Quels sont-ils ?

 

 

Les principes de construction

  1. Les trois tiers – l’étagement des plans
  2. Les diagonales – la perspective – les fuyantes
  3. L’équilibre des masses, des densités
  4. L’agencement des couleurs, des intensités de couleurs
  5. La circulation du regard
  6. La dynamique – dynamique / statique

Ce groupe de « règles » a pour but d’aider à construire des photos équilibrées et harmonieuses. On peut ne y pas adhérer, on peut les juger contraignantes et vouloir s’en affranchir, mais pour cela il faut les connaître. Ne pas les connaître, ce n’est pas s’en libérer, c’est seulement ne pas les connaître. Un photographe qui ne connaît pas ces règles ne produit pas les mêmes photos qu’un autre qui les connaît et les outrepasse. En général cela se voit.
Voyons-les dans le détail. [Respirer un grand coup]

 

 Les 3 tiers

Au départ le principe des 3 tiers a été établi dans la Grèce antique par Euclide (ça vous rappelle quelque chose ?) Il avait appelé cela « Proportion d’extrême et moyenne raison », terme pas très marketing. Cette proportion, la plus harmonieuse, est obtenue par la formule :

Formule du nombre d'or

Cette formule donne le nombre irrationnel 1,618…

À la Renaissance ce nombre fut repris est rebaptisé « divine proportion », terme beaucoup plus glamour, tout comme l’autre : « nombre d’or ». Au XXe siècle il a passionné des gens comme Le Corbusier, Dali, le compositeur Xenakis… Et, par dérive progressive, il est devenu une règle. Le léger décalage entre le rectangle d’or et la proportion photo du 24×36 a conduit au décalage entre les 3 tiers d’origine et celui que nous appliquons des 3 tiers égaux. Peu importe, les 2 grilles sont proches.

Ce qui importe, c’est l’idée, pas le double-décimètre. Dans Lightroom, en mode développement-recadrage (raccourci, une pression sur la touche O affiche la grille quadrillée classique, chaque nouvelle pression sur O amène successivement : les tiers égaux (fig.1), les diagonales de 2 carrés (fig.3), la diagonale & triangles (fig.2), les tiers du nombre d’or, la spirale de Fibonacci, les cadres 2/3 – 5×7 – 4×5. Aide au choix d’un cadrage, peut-être associé au retournement horizontal avec bonheur (si aucun lettrage visible ne gêne ce retournement).

Ces 3 tiers permettent de construire cet équilibre plus haut. Ils concernent au premier chef les paysages – paysages larges avec l’infini très lointain, ou paysages urbains où l’infini n’est qu’à quelques centaines de mètres. Il aide à étager les plans successifs, à construire la profondeur de la photo, même quand ces plans sont frontaux (parallèles au plan du capteur). Ce principe est évidemment plus facile à appliquer avec un dépoli quadrillé aux tiers.

Il explique un des « tabous » : celui de l’horizon au milieu. Il vaut mieux éviter de couper la photo en deux, surtout si le ciel est un grand vide bleu et uniforme. Ce tabou complique la vie, car généralement, pour éviter de placer l’horizon au milieu on a tendance à incliner l’axe optique en passant en plongée ou contre-plongée. Ce qui a pour effet de courber l’horizon vers le haut ou vers le bas. Pour éviter cet effet malheureux, il vaut mieux baisser ou élever son appareil en laissant l’axe optique bien horizontal. Ce n’est certes pas un réflexe naturel. L’autre solution est le recadrage en PT, ce qui modifiera le format en en faisant un panoramique. Une des règles corollaires des 1/3 est le sens de lecture.

Dans notre culture il est de Gauche à Droite et de Haut en Bas. Ce sens de lecture se superpose à la grille aux 9 cases. Le point privilégié est « naturellement » aux environs du croisement des axes vertical II et horizontal 2 (voir schéma), là où le regard va arriver in fine. Le dernier volet de cette « règle » est lié à l’étagement des plans, dans les paysages plus particulièrement. Pour des raisons liées à la géométrie (encore une fois), il est admis que la hauteur des plans successifs se réduise progressivement quand on « monte » vers l’infini. Cette règle va se retrouver dans les paragraphes 3 & 4, avec les densités et les intensités qui croissent en légèreté et transparence dans le même temps.

Les Trois 1/3. Grille du format 2/3

fig:1 Les Trois 1/3. Grille du format 2/3

 

La diagonale et les triangles

fig:2   La diagonale et les triangles

 

 

Les diagonales

C’est une structure forte de la géométrie de la photo. Elle est héritée de la perspective, inventée par la Renaissance italienne. Elle articule cette perspective, donne du mouvement à la photo, ordonne les fuyantes, qui peuvent d’ailleurs s’articuler aussi selon les 3 tiers (voir fig:1). Ces diagonales ne sont pas nécessairement rigides ni visibles matériellement dans la photo (voir photo couleur ci-dessous). Elles peuvent être virtuelles, portées par un agencement d’objets, de personnages, la posture d’un personnage, son regard, ou par des densités de gris, des couleurs et leur intensité. La structure de la photo sera simplement plus ou moins soulignée, ou sous-entendue. Mais si cette structure est absente, cette absence sera visible.

Les diagonales: Violettes, Vertes = carrés, Rouges= rectangle 24x36

fig:3 Les diagonales : Violettes, Vertes = carrés, Rouges = rectangle 24×36

 

 

L’équilibre des masses

L’équilibre est la raison maîtresse qui sous-tend toutes les règles de construction. Ici, il s’agit de faire en sorte que les masses, sombres ou denses, mais aussi les masses claires ou blanches, soient réparties de façon équilibrée. Ce qui ne veut pas dire symétrique, ni même rigoureusement égale. Ces masses peuvent être densité. En N&B plus une masse est sombre, plus elle tire vers le noir absolu, plus elle est dense et massive. Et dans la photo, à surface égale, elle aura un poids visuel plus grand. De l’autre côté de la palette, le blanc attire le regard de façon magnétique, indépendamment de sa surface. Un point blanc (de blanc absolu) accroche le regard de façon tellement forte qu’il empêche de fonctionner tout le reste. À éviter donc, ou à supprimer en PT si c’est possible.

Ainsi un bâtiment sombre – forte densité de gris -, s’il occupe toute une moitié de la photo, va complètement la déséquilibrer. Sauf si dans l’autre moitié se trouve une masse plus petite, mais beaucoup plus dense (ici plus noire), l’effet sera une opposition marquée des 2 masses, mais équilibrée visuellement, comme si une petite masse très dense équivalait à une grande masse moins dense. Bien sûr le résultat final dépendra aussi de la forme et de la position de ces masses dans la photo.

Etagement des plans.

Étagement des plans.

Cette photo est à la fois presque symétrique par son axe central vertical (2 personnages proches et dôme des Invalides), mais les personnages ont des postures qui partent des directions diverses (2 personnages proches marchent vers la droite – les autres personnages regardent vers la gauche). La diagonale HG – BD est sensible. Les masses sombres sont disposées en triangle pointe en bas, équilibrant celui de fuyantes qui partent vers le haut, vers le dôme au fond de la photo. Photo plus équilibrée que dynamique.

 

 

L’agencement des couleurs, des intensités

Nous retrouvons ici la même problématique que dans le point 3, mais avec les couleurs, les intensités et les teintes. L’équation est seulement plus complexe parce que les possibilités de la « seule » gamme de gris sont multipliées par la quantité de couleurs. La nécessité d’agencer les couleurs, leurs intensités respectives (couleurs vives / couleurs aquarellées) s’ajoutent à celle d’équilibrer les masses.

Premier plan massif , mais arrière plan présent-diagonale HG-BD nette

Premier plan massif, mais arrière plan présent – diagonale Haut Gauche – Bas Droit nette

 

 

La circulation du regard

À l’habitude de lecture, que nous avons évoquée dans la première réflexion (H-G > B-D), s’ajoute la circulation du regard qu’induit la construction de la photo : les personnages, par leur position dans la photo, leur posture, imposent une circulation du regard au spectateur. Celui-ci suivra le regard du personnage. Ainsi il est entendu qu’il « faut » laisser de la place pour le regard du personnage. Sauf si vous voulez marquer l’enfermement du personnage.

Même chose avec les postures, les gestes. Par exemple, si vous photographiez un tennisman qui arme son geste en fixant la balle arrivant sur lui, le regard du spectateur va chercher cette balle. Si elle n’est pas dans la photo, le regard du spectateur se perd et l’effet de votre photo aussi. Oubliez-la, même si vous avez bien saisi l’attitude du joueur. Ce qui nous amène au dernier point :

 

 

La photo dynamique & la photo statique

La différence (et l’opposition) ne se situe pas seulement au niveau d’une photo d’athlète qui court ou saute, ou bien d’une F1 qui fait fumer les gommes, la différence se trouve aussi dans la construction – plane-frontale-symétrique – c’est à dire statique, ou construite en profondeur – suivant une ou plusieurs perspectives obliques, créant des fuyantes, non symétriques, avec des regards ; des mouvements qui circulent – c’est à dire dynamiques. La première pour fonctionner devra être plus graphique, visiblement plus rigoureuse, homogène, ou ironique, humoristique et jouer sur le contraste. La seconde devra être tout aussi rigoureuse, mais il vaut mieux que cela ne se voie pas, seule la circulation du regard devra être évidente.

Willy Ronis - Joueur de pétanque- Aubagne 1947

Willy Ronis – Joueur de pétanque- Aubagne 1947

 

Bien que frontale, cette photo est dynamique par son sujet en mouvement, que Ronis a réussi à dégager du fond. Noter la répartition en triangle des masses sombres des pantalons et du platane.

 

N&B frontal-statique vs fuyantes point de fuite flou dynamiques

N&B frontal-statique mais fuyantes dynamiques vers un point de fuite flou – photo légèrement recoupée

 

Voilà les bases de la construction d’‘une photo. C’est sur ces bases que reposent les 2 autres moments importants de ce qui fera la photo finale : le cadrage et la composition ; nous les aborderons dans la deuxième partie.

 

À suivre…

 

Crédits photo Valia (sauf précision) – Cliquez sur les photos pour agrandir