Nous avons vu dans l’article précédent les principes de base (ou règles) de construction d’une photo. Nous allons aborder maintenant les phases de cadrage et de composition qui vont aboutir au « produit fini » : la photo. Cette organisation en deux phases – cadrage et composition – peut paraître artificielle, arbitraire, voire discutable, car elles sont intimement liées, imbriquées, à tel point que certains photographes qui les pratiquent avec beaucoup de réussite ne les discernent plus forcément. D’ailleurs, le plus important ce sont les photos et non l’analyse du processus de cadrage-composition. Pour liées qu’elles soient, examinons néanmoins ces moments dans un ordre que l’on peut considérer comme chronologique.

 

 

Le cadrage

C’est l’opération qui consiste à fixer dans le cadre ce que l’on souhaite y mettre. Le plus clair de cette opération a pour but de choisir un sujet. Une fois ce sujet trouvé, à le mettre en valeur, le plus souvent en évitant d’inclure dans la photo tout ce qui peut lui nuire, le parasiter et polluer la pertinence de la photo.

Cette opération passe par le choix :

  1. du format : horizontal, vertical ou carré.
  2. de la focale qui semble convenir à ce que l’on prévoit.
  3. du type d’objectif, focale fixe ou zoom.
  4. du point de vue le plus approprié au cadrage proprement dit. Ce qui peut conduire à se déplacer pour trouver ce point de vue. Ces déplacements, infimes ou plus importants, permettent de sortir les éléments indésirables du cadre. C’est ce qu’à l’époque argentique on appelait « nettoyer les bords de la photo ».

 

Les phases 1-2 et 3 peuvent très bien se faire dans un autre ordre, selon les circonstances et vos intentions. Vous pouvez, par exemple, décider un jour de shooter avec une focale donnée et d’adapter le type de photos que vous ferez ce jour-là. Les sujets découleront de cette contrainte. Cet exercice contraint est très utile pour enrichir ses façons de cadrer. C’est le cadrage qui permet également de choisir la distance pour le portrait, ou bien la focale appropriée, les deux allant généralement de pair. Le résultat change de caractère selon ce choix. Ainsi en studio ce problème est réduit (un peu), puisque prédéterminé par la distance, pas modifiable à l’infini. Le choix du format, horizontal-vertical ou carré, ne modifie pas les règles de construction ni celles du cadrage (voir article sur les formats).

Cliché panoramique natif 24x58. Provence-1977

Cliché panoramique natif 24×58. Provence-1977

 

Ici la photographie, faite avec un boîtier panoramique offrant un angle de 120° a été faite en coupant le cadre en 2 par un bout de maison à l’angle de 2 rues. Les 2 perspectives divergentes créent une dynamique et des fuyantes donnant de la profondeur. Le personnage de gauche passait. Il a suffi d’attendre qu’il soit au « bon » endroit pour déclencher, le photographe à droite ne bougeait pas et était bien dans le cadre. Sans les 2 personnages, la photo eut été quelconque.

 

 

 

La composition

Elle permet de faire entrer ou de laisser entrer des éléments dans le cadre, pour lui donner de la vie, lui ajouter une autre dimension, et éventuellement équilibrer la photo par la même occasion. Cette opération peut faire la différence entre une photo bonne, certes, mais sans plus, et une photo exceptionnelle ou heureuse. Attendre l’entrée de l’élément souhaité (une voiture, un avion, un passant, un oiseau, un chien, un rayon de soleil ou quelques gouttes de pluie) demande parfois de la patience et n’est pas toujours couronné de succès.

Jean-Christophe Béchet, photographe et longtemps collaborateur du magazine « Réponses Photo » dit que « le cadrage est ce qui permet d’enlever des choses de la photo et la composition d’en ajouter » dans « Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique » (éditions Créaphis)

Willy Ronis- Paris 1950 Avenue Simon Bolivar

Willy Ronis – Paris 1950 Avenue Simon Bolivar

 

Ronis a raconté comment il avait attendu que la femme arrive en bas de l’escalier et qu’elle décolle le pied du sol pour qu’il soit en l’air sur la photo.

 

Willy Ronis -Venise 1959

Willy Ronis – Venise 1959

 

Ronis a bien évidemment attendu que la petite fille soit engagée sur la passerelle pour déclencher. Sans elle la photo serait bien construite, mais sans plus. À noter quand même la répartition des masses sombres et leur équilibrage par les densités de gris et noir.

 

Willy Ronis -Paris-Ménilmontant 1947Willy Ronis - Aubagne 1947

Willy Ronis – Paris-Ménilmontant 1947

 

Là encore Ronis a attendu que les deux personnages s’inscrivent dans la « fenêtre », situé à l’endroit parfait.

Notez que les 3 photos ont été recoupées, de toute évidence pour des raisons d’équilibre de la composition.

 

Paris - Grand Train

Paris – Grand Train

 

Les diagonales sont bien visibles, soulignant l’aspect graphique. Sans l’avion qui renforce la diagonale de la guirlande et « habille » le ciel, la photo serait peu intéressante. Elle pourrait fonctionner en N&B aussi bien.

 

Paris-Grand Train- N&B

Paris-Grand Train- N&B

 

L’autre élément important de composition que l’on fait entrer dans la photo est le flou.

 

Il s’agit bien sûr d’une introduction volontaire. C’est vous qui décidez d’utiliser le flou, quel type de flou (général, partiel, de MAP, de bougé), dans quelle proportion, dans quelle zone de la photo… Et l’on retrouve les règles de construction de l’article précédent. Ce flou ne sera évidemment pas un simple élément décoratif, ou un truc, mais un moyen d’expression, au même titre que les éléments de construction de la photo. De même le choix de la couleur peut entrer dans la catégorie composition, tant il est vrai qu’une photo couleur et une photo N&B ne se conçoivent pas de la même façon (voir articles « Comment se conçoit… »). Certaines photos tiennent la route en couleur comme en N&B, mais pas toutes, et elles ne disent pas la même chose, de toute façon. Si vous travaillez en RAW, vous ne ferez votre choix qu’à l’editing, quel qu’ait été votre processus mental à la prise de vue.

Enfin il convient de parler du post-traitement.

 

 

 

La post-production (ou post-traitement)

Cette dernière phase, car, pour le coup, elle vient bien après les autres, est, avec le numérique, incontournable. Cette phase de travail peut se diviser en 2 approches :

1- L’approche minimaliste de retouche cosmétique légère. Elle se borne à accentuer, très peu, les données de bases – Tonalité : exposition,contraste, Présence : clarté, Netteté : gain, rayon, détail, et Corrections de l’objectif.

2- L’approche de transformation, qui à l’aide de tous les curseurs de retouche vous permet de créer à peu près tout ce que vous voulez, N&B, densités, intensités, teintes claires, sombres, saturées, transparentes, solarisées ou floues. Mais sauf à faire des fusions, et même en en faisant, vous resterez dans le cadre des principes de construction de cet article – partie 1, ou déciderez de vous en affranchir totalement. Comme nous l’avons déjà dit, la différence se voit. Une photo faire par un béotien (qui ne connaît pas les principes de base de la construction photographe) ne ressemble pas à une photo faite par un iconoclaste (quelqu’un qui s’assoit sur ces principes).

L’important est de faire votre choix et de l’assumer !

 

Pour avoir une vue complète de la composition nous vous conseillons de consulter les articles :

 

 

Crédits photo Valia (sauf précision) - Cliquez sur les photos pour agrandir