Dans notre précédent article consacré à la critique photo, nous avons constaté que certaines personnes semblent ne pas savoir comment critiquer une photo. Et dans de nombreux cas, au lieu d’apporter des pistes à suivre à l’auteur de la photo (critique positive, ou constructive), certains s’ingénient à ne mettre l’accent que sur ce qui ne va pas sur ladite photo (critique négative, ou destructive).

Constater ce qui ne va pas est sans doute important mais pas suffisant ! C’est pourquoi nous allons aujourd’hui tenter d’identifier les points qui sont à examiner, selon le type d’image à analyser. Ce sont des points qui ont particulièrement retenu notre attention, qui nous semblent faire l’unanimité. Mais ils ne sont pas obligatoirement les seuls.

 

 

Que faut-il examiner dans une photo soumise à la critique ?

Bien sûr, quand on critique une photo, il est impossible d’être complètement objectif. Chacun réagit en fonction de sa sensibilité propre sur la plupart des points que l’on peut examiner. Mais il est tout de même essentiel de préciser que l’analyse qui est faite n’est que le ressenti de celui qui analyse et non LA VÉRITÉ universelle et absolue. Ce qui, par voie de conséquence, n’oblige pas celui qui la reçoit à la considérer comme unique et immuable.

Il est absolument nécessaire de distinguer les aspects technique et artistique.

L’aspect artistique est probablement celui qui est le plus sujet à controverse, car il dépend fortement de la sensibilité de chacun. Et il est très rare d’avoir exactement la même sensibilité que l’auteur de la photo.

Le côté technique, lui, est théoriquement moins subjectif : l’aspect d’une photo apparaît immédiatement aux yeux de celui qui l’analyse. Par exemple, sauf cas particulier, si l’horizon d’un paysage où figure un plan d’eau n’est pas… horizontal, cela crée a priori un certain malaise chez celui qui regarde l’image.

Quoi qu’il en soit, ayez toujours présent à l’esprit que ce que vous devez « critiquer », c’est une image et jamais la personne qui l’a produite.

 

 

La critique personnelle

Pour être efficace, elle nécessite quelques prérequis :

  • Avoir acquis des connaissances suffisantes en ce qui concerne la composition d’une image, le cadrage et l’exposition. Dans les circonstances de la prise de vue, vous devez savoir vous adapter rapidement. De très nombreux ouvrages existent sur ces sujets : une recherche sur le Web vous donnera rapidement des réponses,
  • Etre en mesure d’appliquer ces connaissances pour pouvoir déterminer là où vous avez failli,
  • Etre intransigeant avec vous-même,
  • Pouvoir remettre en question vos pratiques et vos habitudes.

Alors vous pourrez être sélectif sur vos images, ce qui est une forme de critique puisque vous éliminerez ce qui ne correspond pas à une bonne pratique. De cette façon, vos images seront aptes à être soumises à une critique « extérieure ».

Cependant, ceci ne doit pas annihiler tout esprit créatif. Ainsi, et vous le savez bien, s’il est nécessaire de connaître les règles de la composition, ce n’est pas pour autant que vous devez TOUJOURS les appliquer de la même manière, ni les appliquer tout court ! Laissez aussi libre cours à votre imagination. Montrez ce que vous avez envie de montrer. N’ayez que votre propre personnalité et pas celle que certains voudraient vous imposer d’avoir. S’il est avéré que « L’ennui naquit un jour de l’uniformité » (Antoine Houdar de la Motte, « Les Amis trop d’accord », 1719), c’est particulièrement le cas en photographie.

Rien ne serait pire que des images toujours construites de la même manière, sans imagination, uniquement en appliquant les sacro-saints principes que des « dictateurs » voudraient imposer, même quand ils s’en défendent.

Mais rien ne vous interdit, bien au contraire, de vous appliquer à vous-mêmes les quelques conseils ci-après.

 

 

Critiquer les aspects techniques d’une image

Que faut-il noter (au sens de « relever ») ?

 

L’exposition

En tout premier lieu, c’est l’aspect général qui attire. Si une image est trop claire (hors high key) ou trop sombre (hors low key), cela se voit immédiatement, avant tout autre critère !

Il est donc utile de se poser la question de savoir si le photographe a retenu l’exposition adéquate. Pour le déterminer avec un maximum de précision, il est utile de disposer des EXIF (métadonnées) de l’image.

Lié à l’exposition, l’éclairage est aussi un élément important de la prise de vue, notamment pour la photo de studio, mais pas seulement. En photo de rue, il donne du relief à l’image et, bien utilisé, peut mettre en valeur certaines parties de la photo. En revanche, il ne doit pas être trop violent, ce qui aurait une influence négative sur l’appréciation de l’exposition.

 

La balance des blancs

Il arrive que des erreurs soient commises et que les couleurs ne soient pas ce qu’elles devraient être. C’est souvent, en pareil cas, en raison d’une balance des blancs inadaptée.

 

La mise au point

D’une manière générale, la zone de netteté absolue doit être positionnée sur ce qui constitue le centre d’intérêt principal de l’image. Par exemple, pour un portrait, les yeux du modèle doivent être aussi nets que possible. Mais ceci est vrai aussi pour un animal : en macro, a priori, les yeux d’un insecte ont besoin d’une plus grande netteté que les ailes. C’est d’autant plus vrai qu’en macro, la profondeur de champ est très courte.

 

La profondeur de champ

C’est l’élément qui permet de mettre en valeur ce que l’on souhaite montrer dans une image. À ce titre, c’est un critère tout à la fois technique et artistique. Pour revenir à l’exemple de la macro, il n’est pas nécessaire (c’est même très nuisible) que l’arrière-plan soit aussi net que l’insecte photographié. Si c’était le cas, ce dernier ne se détacherait pas du fond. Cela aurait pour conséquence de donner une image très plate, sans intérêt.

En revanche, pour un paysage il est bon de disposer d’une grande profondeur de champ. Si elle est limitée à l’avant-plan, cela signifie que le photographe n’a pas voulu photographier le paysage, mais bien cet avant-plan. Cela change, bien entendu, l’appréciation de celui qui analyse !

 

La netteté

Elle est très étroitement liée à la qualité de la mise au point. Si la mise au point a été faite sur le centre d’intérêt principal de la photo, alors, dans la plupart des cas, ce centre d’intérêt doit être parfaitement net. C’est une difficulté plus grande s’il est en mouvement : dans ce cas il faut déterminer si la vitesse d’obturation a été suffisante pour le figer.

 

Le contraste

Le contraste est essentiel dans le ressenti vis-à-vis d’une image. Il participe largement à l’impression générale de netteté et d’agrément. S’il était insuffisant (cela dépend bien sûr du sujet) là où l’on attend généralement qu’il soit bien prononcé, cela donnerait aussi une image plate et peu flatteuse.

C’est probablement dans les images en noir et blanc qu’il est le plus apprécié.

 

Le piqué

La plupart des photographes actuels recherchent le maximum de piqué : c’est parfois une erreur, car tous les sujets ne le méritent pas ! Par exemple un portrait de près, s’il présente trop de piqué, va révéler les défauts de la peau du modèle. Et ce n’est pas souhaitable. Dans ce cas, le modèle risque même de ne pas aimer du tout l’image en question.

Et puis cette impression de piqué est largement tributaire de l’objectif utilisé et d’une vaste gamme d’autres facteurs : luminosité, distance du sujet, etc. Il ne faut donc pas en faire un critère absolu.

 

Le bokeh

Ce terme, d’origine japonaise, caractérise le flou d’arrière-plan. Sa qualité, son côté agréable (ou pas), sont étroitement liés à la mise au point, à la distance séparant le sujet principal de l’arrière-plan. Le bokeh est aussi lié à l’objectif utilisé. Une scène prise dans strictement les mêmes conditions par deux objectifs différents présentera à coup sûr deux bokehs différents.

 

Le post traitement

Quand tous ces éléments ont été pris en considération, il en reste un, essentielle, qui ne doit rien ni à l’objectif ni au boîtier utilisé, mais uniquement au photographe lui-même. C’est le post-traitement. Etape finale, c’est donc la dernière opération avant présentation à la critique.

Parfois, des images qui pourraient être plaisantes sont gâchées par un post-traitement inapproprié ou maladroit.

On ne passera pas ici en revue tous les défauts qui peuvent être imputables au post-traitement. Ils sont en effet beaucoup trop nombreux et peuvent concerner la plupart des points évoqués ci-dessus, dans des proportions variables. Une netteté trop accentuée n’a-t-elle pas fait monter le bruit numérique ? L’accentuation n’a-t-elle pas provoqué des artefacts ? Ce sont des questions qu’il convient de se poser.

 

 

Critiquer les aspects « artistiques » d’une image

Il faut, bien entendu, interpréter au sens large ces « aspects artistiques », tellement ils sont liés à la sensibilité de celui qui a produit la photo. Et ce sont des points très personnels qui seront relevés. Par essence, ils ne sont pas « mesurables » comme peuvent l’être la mise au point ou la netteté. Essayons tout de même de dégager des points à examiner.

 

Le sujet lui-même

Il est difficile pour un photographe d’inventer des sujets réellement nouveaux. Tout, ou presque, a déjà été photographié. Reste alors la façon de traiter le sujet en question. L’originalité de ce traitement du sujet est un élément important. C’est ainsi qu’on « jugera » plus favorablement une image inédite qu’une image banalement traitée comme des milliers d’autres. Si la composition, et plus encore le cadrage, sont originaux, c’est un élément très positif à relever.

 

La complexité du sujet

Un sujet complexe peut être un bon sujet. Mais, la question à se poser est : pour CE sujet, la complexité est-elle trop grande ? Nuit-elle à la lisibilité de l’image ? Rend-elle celle-ci un peu désagréable à regarder ?

Si la réponse à ces questions est « oui », alors c’est probablement que la complexité de l’image est inadaptée au sujet.

Il convient alors de suggérer des pistes pour rendre l’image plus simple, car elle aura alors sans doute un plus grand impact, elle sera plus « percutante ».

 

L’agencement général de la photo

C’est particulièrement important dans certains types de photos, particulièrement si elles présentent des motifs graphiques. L’examen de la photo doit permettre de déterminer si l’agencement des motifs et leur répétition éventuelle sont harmonieux ou pas. S’ils ne sont pas le sujet principal, c’est évidemment moins important que dans le cas contraire !

 

La composition

Après l’aspect général de la photo, c’est probablement ce qui se remarque le plus. Il ne s’agit pas de vérifier le respect des « règles » traditionnelles de composition. Le but est plutôt de déterminer si la composition retenue met bien le sujet en valeur, si elle apporte du dynamisme à l’image. Par exemple, pour un paysage, l’étagement des différents plans apparait-il judicieux ?

Il est bon aussi de se poser la question du format : horizontal ou vertical ? Celui qui a été retenu est-il adéquat ?

 

Le cadrage

Selon le sujet traité, le cadrage peut-être plus ou moins serré. Dans la photo examinée, le cadrage est-il adapté au sujet ? Si c’est un portrait, le regard du modèle a-t-il de l’espace devant lui ? L’angle de prise de vue est-il justifié ou, au moins, acceptable ? Le modèle – ou le sujet –  adopte-t-il une pose esthétique ? Autant de questions à se poser pour déterminer si le cadrage donne un sentiment de liberté ou au contraire d’enfermement du sujet.

 

Le ressenti émotionnel

Une image qui « raconte une histoire » est souvent plus agréable qu’une image qui fige le sujet sans qu’on sache vraiment déterminer ce qui se passait avant et ce qui se passera après. Pour autant, notez bien que ce n’est pas ce qu’il faut systématiquement rechercher en toute occasion ! Mais, dans tous les cas, si l’image examinée renvoie une émotion, le photographe a fait du bon travail.

En matière de portrait (au sens large), décèle-t-on une certaine « connivence » entre le modèle et le photographe ou au contraire des réticences ? L’impact sur la photo ne sera évidemment pas le même. Seuls l’attitude et le regard du modèle pourront permettre de se faire une idée sur cette question.

Toute image peut renvoyer des émotions, qu’elles soient positives ou négatives, peu importe ! La palette des sentiments humains est suffisamment vaste pour en inclure une petite partie dans une photo. Ce qui est à éviter, autant que faire se peut, c’est qu’une image ne renvoie rien, qu’elle laisse tout « lecteur » indifférent.

Il ne faut pas oublier non plus que ce ressenti émotionnel peut avoir été « créé » par le photographe, par ses choix de lumière, de bokeh (donc aussi de profondeur de champ)? C’est dire que les aspects techniques d’une image sont loin d’être sans rapport avec les aspects artistiques. Ils y participent au contraire grandement.

 

 

Quelle conduite tenir vis-à-vis de l’auteur de la photo ?

Une analyse de photo ne peut pas être le résultat de quelques secondes d’examen, sauf à être au mieux incomplète, au pire, erronée.

Si vous devez vous livrer à cet exercice, il est recommandé de noter, par écrit, les réponses à quelques-uns des points évoqués ci-avant. Bien sûr, vous ne pourrez pas (et ne devrez pas) tous les commenter, au risque de devoir écrire des pages et des pages. Ce serait peut-être très formateur pour la personne qui recevra votre critique, mais c’est surtout très rébarbatif à écrire et aussi à lire ! Concentrez-vous sur les points qui VOUS paraissent les plus importants ou ceux sur lesquels vous décelez, objectivement, de vraies faiblesses dans la pratique du photographe. Ce qui, au passage, signifie que vous avez compris beaucoup de choses sur le style et la pratique dudit photographe et que vous êtes capable de respecter des prises de décisions qui ne sont pas les vôtres.

 

 

le maître mot : comprendre

Comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur de la photo est plus important qu’exposer ce que vous auriez fait, vous, devant le même sujet. La sensibilité artistique personnelle de chacun doit pouvoir s’exprimer librement. N’oubliez pas non plus que le choix du photographe, sur la plupart des critères mentionnés ci-dessus, peut être parfaitement justifié par son (ses) intention(s). Dans ce cas, le critiquer serait malvenu. Si vous n’en êtes pas sûr, quoi de plus simple, surtout sur un forum, que de le lui demander ? Notre pratique, déjà ancienne, de plusieurs forums nous a enseigné que, malheureusement, c’est rarement ainsi que ça se passe.

Et si désaccord profond il y a, il est impératif de l’exprimer en termes mesurés et jamais agressifs ou donnant l’impression d’être définitivement négatifs. Il est aussi important, dans ce cas, de suggérer des pistes d’amélioration, non pas sur un ton « professoral » et encore moins condescendant, mais plutôt en essayant de convaincre l’auteur qu’il gagnerait beaucoup à suivre ces conseils.

Si une photo ne « vous parle pas », alors ne commentez pas : personne ne vous oblige à commenter.

Si elle vous plaît, efforcez-vous de dire pourquoi, en quelques mots. Indiquez les points sur lesquels se fonde votre impression. L’auteur de l’image en tirera sans doute quelque satisfaction et une certaine fierté, mais les autres lecteurs de l’image pourront aussi y trouver de nouvelles manières de faire et d’améliorer leurs propres images. Cela ne vous interdit pas pour autant de relever quelques défauts mineurs. Mais, dans tous les cas, laissez une impression de bienveillance à votre interlocuteur. Il en acceptera d’autant mieux les critiques que vous aurez pu faire.

le matériel

Enfin, un conseil qu’on n’aurait pas imaginé donner il y a quelques années : quand vous regardez une image que vous allez analyser, attention au matériel que vous utilisez. En effet, de plus en plus, on regarde les photos à partir de smartphones. C’est très pratique, sans aucun doute, mais ce faisant, une partie de l’analyse risque d’être erronée. Ce n’est pas tant la qualité des écrans des smartphones qui est en cause, que leur dimension. On ne voit pas autant de détails sur un écran de 5 ou 6 pouces (au mieux) que sur un écran calibré de 24 ou 27 pouces voire davantage. Un écran de smartphone vous donnera une idée de la photo, mais seul un écran de bonne dimension et de bonne qualité vous permettra d’affiner cette idée, de la préciser. C’est aussi le gage d’un « jugement » mieux fondé.

Et n’oubliez jamais que le choix des mots est d’une importance capitale. Un commentaire oral trop péremptoire peut être immédiatement et facilement tempéré. A l’écrit, c’est très différent.