Comme vous avez sans doute pu le constater, début mars, une hausse des tarifs est intervenue pour certaines marques. En cette rentrée de septembre 2016, Canon applique une nouvelle hausse, déguisée. Déguisée, car elle s’effectue sous le couvert d’une évolution de son boîtier 5D et de « nouveaux » objectifs :

  • 5D mk IV : 4100€ – Le 5D mk III coûte 2850€, soit une hausse de 43%
  • le nouveau 16-35/2.8 : 2650€ – ancien modèle : 1600€, soit une hausse de 65% !
  • le nouveau 24-105/4 : 1270€ – ancien modèle : 1000€, soit une hausse de 27%

Si cette différence entre anciens et nouveaux modèles est certainement en partie justifiée, elle va laisser un goût amer aux acheteurs.

Pourquoi parler de Canon et pas de Pentax ? Parce que Canon est le premier a dégainer en cette rentrée et que d’autres augmentations sont susceptibles d’arriver.

Pourquoi ? Tentons d’apporter une explication à ce phénomène.

 

 

La relative cherté de Pentax

Pour commencer, un petit satisfecit pour Pentax, car finalement, la marque n’est pas si chère. Certes, comparer le 5D mk IV et le K-1 peut-être compliqué, surtout sur la partie vidéo. Mais, en matière de fonctionnalités et de qualité d’images fixes, le Pentax n’a pas à rougir… Pour un prix deux fois moindre !

Si on pousse la comparaison tarifaire pour le zoom grand-angle, celle-ci montre qu’il y a presque 1000€ d’écart entre les deux modèles.

Voici un tableau comparatif boîtier et objectifs pour les 4 principales marques du marché. Côté boîtier, il s’agit des reflex FF « expert pro » avec un capteur compris entre 30 et 42mpx. Côté objectifs, le choix s’est porté sur du « standard », sans exotisme, que tout un chacun est susceptible d’acheter pour s’équiper de manière basique.

 PentaxCanonNikonSony
BoitierK-1 : 1999€5D mk IV : 4100€D810 : 2999€A7R II : 3590€
Zoom Grand-Angle15-30/2,8 : 1699€16-35/2,8 : 2650€14-24/2,8 : 1899€16-35/4 : 1349€ (attention, pas de f/2.8 dispo)
Zoom Standard 24-7024-70/2,8 : 1299€24-70/2,8 : 1999€24-70/2,8 : 2489€24-70/2,8 : 2419€
Zoom 70-20070-200/2,8 : 1999€70-200/2,8 : 2199€70-200/2,8 : 2349€70-200/2,8 : 2998€
Focale fixe 3535/2 : 599€35/2 : 499€35/2 : 319€35/1,8 : 459€
Focale fixe 5050/1,4 : 398€50/1,4 : 345€50/1,4 : 448€50/1,4 : 1798€
Pack Boitier + 24-70 +353897€6598€5807€6468€

Prix constatés en magasins spécialisés le 26/08/2016 – tarifs susceptibles de modification à terme.

 

 

Une hausse des prix qui continue

La hausse des prix, entamée il y a deux ans, n’est pas terminée. Plusieurs causes l’expliquent et aucune n’est satisfaisante pour nous, consommateurs et acheteurs de nos marques préférées.

 

La hausse du Yen et la chute des ventes

Les entreprises japonaises pensent, monétairement parlant, en Yen (¥). Peu importe si le $ et parfois l’€ sont les principales devises en matière d’échange. Leurs comptes se font dans cette devise et quand ils établissent les prix de revient et leur tarif, c’est dans cette valeur. Puis, ils convertissent.

Evolution parité yen-euro depuis septembre 2015

Évolution parité yen-euro depuis septembre 2015

Or, cette parité était pour 1€ de 137¥ au début septembre 2015. Un an plus tard, elle n’est plus pour 1€ que de 113¥. Si on regarde la parité ¥-$, on s’aperçoit que la baisse est identique, passant pour 1$ de 120¥ il y a une année, à 100¥ pour 1$ aujourd’hui. Soit une dépréciation de l’euro et du dollar d’environ 20% en une année.

Pour la petite histoire, le « brexit » a « juste » coûté 5¥ le jour des résultats. Depuis, le Yen n’est pas redescendu, son cours s’établissant au niveau de 113 pour 1 de manière « durable » (c’est-à-dire sur 2 mois). Or il se murmurait depuis 6 mois dans certains milieux qu’en deçà de 115¥ pour 1€, les marges deviendraient négatives et qu’il y aurait une réaction.

Concrètement, cela veut dire que le prix de vente en $ ou en € de biens japonais aurait dû être réévalué de 20% afin que les sociétés japonaises ne rognent pas sur leurs marges, voire vendent à perte.

Si on ajoute à ça que le marché de la photo, APN et objectifs confondus, ne fait que se contracter depuis maintenant 3 ans et qu’aucun signe ne montre une amélioration, le tableau général de la situation est alarmant.

Si les marges ont fondu et qu’une hausse des tarifs est estimée nécessaire par les fabricants japonais pour les rétablir, alors elle aura lieu.

 

D’autres solutions que la hausse des prix ?

Tout dépend d’éléments qui ne sont pas en notre possession,  comme la marge bénéficiaire actuelle et les coûts de production. Il faudrait savoir si la marge bénéficiaire est capable d’absorber de manière satisfaisante la dépréciation et la chute des ventes. Il faudrait aussi connaître les possibilités de diminuer les coûts de production de manière équitable, c’est-à-dire en ne faisant pas travailler des enfants et en donnant des salaires décents. Entre autres.

Certains diront aussi qu’il suffit de baisser le prix de vente final, afin de générer plus de vente. C’est sans doute vrai en terme de volume, mais pas forcément en terme de marges. Augmenter de 10% le total des ventes peut s’avérer catastrophique si ce prix de vente est à perte. Car cela veut dire qu’on augmente la perte.

Peut-on vendre à 100 si le produit coûte 60 à produire ? Quand on regarde du côté des différentes taxes, frais et marge à ajouter au coût de production, on peut en douter. En voici quelques-uns :

  • TVA : 20% (sur le prix du produit HT final !)
  • Marge revendeur : quelque part entre 10 et 20%,
  • Droits de douane : ces droits dépendent des accords existants, mais il est vraisemblable que cela se monte entre 5 et 10% du prix du produit importé
  • Les frais de transport,
  • Les coûts de R&D,
  • La marge du fabricant,
  • Taux de change,
  • Autres coûts…

 

Cette réalité économique existe et se heurte à notre portefeuille. Cela n’arrange pas les affaires du consommateur qui, lui, ne comprend pas ces hausses. La seule chose qui l’intéresse, c’est son pouvoir d’achat. Investir en photo représente un coût de plus en plus important. Si demain Pentax augmentait ses tarifs, alors que nombreux sont ceux qui ont parié sur une baisse des tarifs (parfois massive, à entendre certains), cela se traduira sans nul doute, par de la colère et de l’incompréhension.

Malheureusement, quand il n’est plus possible de rogner sur les marges ou sur la qualité de fabrication, le prix de vente reste le seul levier possible.

 

 

Conséquences

Si le marché de la photo ne reprend pas ou si le taux de change du Yen ne redescend pas, tous les constructeurs vont devoir une nouvelle fois augmenter leurs tarifs. Pentax comme les autres ! Mais pas que. L’allongement de la durée de vie des boitiers est déjà un fait réel. Il suffit de regarder celles du K-50, du K-3 ou du K-3II chez Pentax. C’est pareil chez Nikon (quel âge à le D810 ?), Canon et Sony. Dans le même ordre d’idée, le nombre de nouveaux boitiers est plus restreint d’une année sur l’autre (Sony est le meilleur exemple). L’idée sous-jacente étant de rentabiliser l’investissement sur plus longtemps.

Côté prix, le positionnement tarifaire du K-70 (boîtier nu) montre bien qu’à 699€, il est très proche de celui du K-3II (899€). Trop certainement pour que cela reste sans suite. On peut parier qu’à court terme, les boîtiers K-3II et K-1 vont augmenter, sans doute de l’ordre de 5 à 10% afin de compenser la hausse du Yen. Il est possible que Pentax profite, comme Canon, Nikon et autres, de la présentation de nouvelles versions pour revoir les prix. Quant au reste de la gamme d’objectifs, gageons que les prix augmenteront un jour prochain.

Un bon conseil : vos achats de Noël, commencez-les  dès maintenant…

 

 

mise à jour du 1er septembre : d’après le monde de la photo, le K-1 devrait rapidement augmenter de 100€ et le K-3II, de 50€.