Nous savons tous le rôle majeur que jouent la lumière et les angles dans la photo. Mais qu’en est-il exactement ? L’angle que peut faire la lumière (ou sa source naturelle, le soleil) avec le photographe (ou l’axe de visée) se situe sur 2 plans.

 

Lumière et angles

Lumière et angles

 

 

Le plan vertical

Le plan vertical est celui de la hauteur du soleil. Avec la variation saisonnière de la hauteur du soleil et de l’horaire été-hiver, c’est donc une question d’heure. Ce n’est théoriquement un secret pour personne qu’il vaut mieux éviter de déclencher lorsque le soleil est haut, surtout en été sous certaines latitudes. Aucune indication n’est absolue, mais, entre 11h-12 h et 15h-16 h, il vaut mieux faire la sieste et laisser son obturateur se reposer lui aussi. Les photos faites dans ce créneau horaire seront souvent sans relief, sans modelé, parce que sans ombre, avec une lumière dure, des contrastes violents et des couleurs sans nuances. Autour de ce créneau, au contraire, la voie est libre.

Géométriquement il convient d’éviter que le soleil soit au-dessus de 45 ° d’élévation. En hiver le problème est nettement moins présent, car le soleil ne monte jamais très haut, la lumière n’est jamais zénithale.

 

Lumière d'hiver basse et latérale. Elle souligne le relief de la façade à gauche et souligne les plans successifs des passants. Berlin

Lumière d’hiver basse et latérale. Elle souligne le relief de la façade à gauche et souligne les plans successifs des passants. Berlin

 

Lumière latérale à 45°. Souligne bien la matière des façades. Paris, rue des Rosiers.

Lumière latérale à 45 °. Souligne bien la matière des façades. Paris, rue des Rosiers.

 

 

Le plan horizontal

Le plan horizontal (que l’on pourrait appeler plan latéral) est celui que fait le soleil avec l’axe de visée du photographe. Il faut imaginer l’angle projeté au sol.

Il convient d’éviter le plein contre-jour et le soleil dans le dos à toutes les heures de la journée, mais plus particulièrement quand le soleil est bas sur l’horizon, tôt le matin et tard le soir. Pour ne pas être sérieusement gêné par le soleil, il vaut mieux s’écarter de l’axe du soleil de ~30 °. Ce faisant on rend l’éclairage latéral. Il reste donc un champ de 120 ° dans lequel on peut opérer en toute tranquillité. Bien évidemment avec les UGA la liberté d’action dans ce champ va rencontrer de sérieuses limitations. Le premier problème sera celui du ciel décoloré du côté du soleil. Ce problème peut se résoudre à l’aide d’un filtre polarisant.

Lumière type contre-jour. Soleil haut = nécessité de la cacher derrière l'arbre. Effet de silhouette. Paris, place Clichy

Lumière type contre-jour. Soleil haut = nécessité de le cacher derrière l’arbre. Effet de silhouette. Paris, place Clichy

 

Lumière dans le dos. Ecrase la perspective qui n'est que géométrique (taille des chaises). Problème d'ombre portée du photographe. Paris, place Clichy.

Lumière dans le dos. Écrase la perspective qui n’est que géométrique (taille des chaises). Problème d’ombre portée du photographe. Paris, place Clichy.

 

Bien sûr, dans la réalité d’une prise de vue, les deux plans sont toujours combinés. Il convient donc de penser celle-ci en 3D. Ce qui n’est pas toujours évident.

De façon générale, il convient d’éviter de photographier face au soleil ou dos au soleil. Face au soleil, les couleurs s’assombrissent et tirent vers le noir. En échange vous aurez des AC plus facilement ! Dos au soleil, le relief disparaît à cause de l’éclairage frontal, les visages sont « surrex » et… les yeux fermés, ou cachés derrière des lunettes de soleil. Ce qui ne veut pas dire que la photo dans ces conditions soit à proscrire, elle est simplement à pratiquer avec finesse et doigté. Quand on doit être rapide… Ce n’est pas toujours gagné.

Par contre, dans les autres conditions, et ce en toutes saisons, vous bénéficierez de belles ombres, qui donneront du relief à votre photo, détacheront les plans. Plus le soleil sera bas ou latéral plus les ombres seront longues. La conjonction des 2 angles (hauteur et latéralité) vous permet de jouer avec ces ombres. Ce jeu peut aller de « l’ombre comme simple élément de la photo » à « l’ombre comme sujet central de la photo ». (voir article « Photographier les ombres« .)

Lumière latérale face. Effet de contre jour heureux avec l'eau. Paris, place Félix Eboué.

Lumière latérale face. Effet de contre jour heureux avec l’eau. Paris, place Félix Eboué.

 

Lumière latérale basse. Ombres longues. Donne du relief à tout l'avant plan. Souligne le graphisme des voies. Massy, gare industrielle.

Lumière latérale basse. Ombres longues. Donne du relief à tout l’avant-plan. Souligne le graphisme des voies. Massy, gare industrielle.

 

Lumière en semi-contre-jour, à environ 45°. Effet de de nimbe dans les cheveux. Ombres graphiques. Paris, rue Richelieu.

Lumière en semi-contre-jour, à environ 45 °. Effet de nimbe dans les cheveux. Ombres graphiques. Paris, rue Richelieu.

 

Dernière remarque (concrète) au sujet de l’ombre : quand vous le pouvez, placez-vous vous-même à l’ombre pour photographier, vous faciliterez le travail de votre pare-soleil, bien entendu en place sur votre objectif, mais surtout vous vous faciliterez la visée et le cadrage, la vie en un mot.
Il existe un troisième critère qui recoupe celui de l’heure (plan vertical). C’est celui de…

 

 

La température de l’air

Ce critère concerne la lumière et pas directement les angles. En été, dans le créneau de sieste indiqué dans la partie « plan vertical », la température de l’air peut être très défavorable à l’obtention de bonnes photos. En effet, lorsque la température dépasse 25 °C, l’air entre en mouvement et monte en tremblant au-dessus des surfaces généralement bien plus chaudes que 25 °. Cet air en mouvement, parfois visible à l’œil nu, trouble les images. Plus la distance au sujet est grande, plus le phénomène est important. Photographier les lointains au 300 mm à 13h en été en zone géographique chaude est simplement voué à l’échec. Et à se mettre en mauvais termes avec son 300 mm !

Les plus belles photos, pour ce qui est de la pureté des couleurs, leur transparence, la netteté, se font par des températures se situant entre -10 ° et 25 ° (voir les 2 premières photos ci-dessus). Leurs couleurs légèrement aquarellées, lumineuses et douces en même temps, indiquent qu’il faisait frais le jour où elles ont été prises. En deçà de -10 °, la lumière reste bonne, mais les conditions se dégradent pour le photographe et l’électronique, les batteries en particulier. Par contre au-delà de +25 ° les conditions se dégradent pour les résultats. C’était le cas pour l’argentique, cela reste vrai avec le numérique. Ces phénomènes sont liés à la température. Ils sont tempérés (ha, ha !) par la présence de l’eau (lacs, mer…)

 

Toutes ces indications ne sont évidemment pas des impératifs catégoriques, mais seulement des bornes, qu’il est utile de connaître pour s’appuyer dessus. On peut très bien jouer avec les limites, mais pour cela il vaut mieux les connaître. Il est important de croiser ces indications et les acquis de son expérience personnelle et d’accorder la primauté à cette dernière. Ces indications ne sont là que pour éclairer ces acquis, nous ramener aux fondamentaux. Nous avons tous tendance à oublier ces fondamentaux de temps à autre, par habitude, par lassitude. Ces petits retours aux bases sont comme des révisions techniques qui permettent de continuer à rouler en toute tranquillité.

 

La photographie, notre photographie ne peut qu’y gagner.