Parmi les innombrables manières de photographier, la « méthode Brenizer » fait sans nul doute partie de celles qui font se poser des questions.

Qu’est-ce donc que cette méthode ? Qui l’a inventée ? En quoi consiste-t-elle ? Et dans la pratique, comment faire ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter d’apporter des réponses, non pas de spécialistes, mais de curieux qui s’y sont essayés.

 

 

Qui a inventé la méthode Brenizer ?

Le « coupable », c’est Ryan Brenizer, photographe américain contemporain, spécialiste des photos de mariage. Et c’est principalement dans le cadre de cette activité qu’il a mis au point sa méthode.

Ryan Brenizer
Image tirée du site : https://www.fearlessphotographers.com

 

 

En quoi consiste la méthode Brenizer ?

Elle vise à obtenir une image qui serait l’équivalent d’une prise de vue au grand-angle (large champ), mais qui présenterait la particularité d’une très faible profondeur de champ. Comme si la prise de vue avait été réalisée avec un téléobjectif.

Certains pensent peut-être que c’est impossible ou bien qu’il faut disposer d’un matériel de professionnel ? Rien de tout cela, vous allez voir. Dans un premier temps, il faut savoir que la prise de vue ne se limite pas à une seule image, mais qu’il en faut plusieurs, voire plusieurs dizaines.

 

 

Quel est le matériel nécessaire ?

Les boîtiers

A priori, tout type de boîtier convient, qu’il s’agisse d’hybride, de reflex (APS-C ou Full Frame) ou autre. L’expérience et les caractéristiques de ces boîtiers prouvent que les plus adaptés sont tout de même, dans notre mode d’amateurs, les boîtiers reflex plein format. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à ouverture et focale égale, ils offrent une moindre profondeur de champ que leurs « cousins ». Et c’est précisément le but recherché ! Mais Ryan Brenizer lui-même a réalisé des images « Brenizer » avec des boîtiers APS-C.

 

 

Les objectifs

Là encore on peut pratiquer la méthode Brenizer avec toutes sortes d’objectifs. Toutefois, pour des raisons de commodité, mais surtout d’efficacité, les focales fixes sont nettement préférables aux zooms. La raison principale est qu’elles offrent des ouvertures généralement plus grandes. Nettement plus grandes dans certains cas ! Ce qui, bien évidemment, favorise les faibles profondeurs de champ. Vous aurez compris, dès lors, que les objectifs (fixes ou pas) qui n’ouvrent pas plus grand que f:2.8 ne seront pas très adaptés à ce type de prise de vue.

Quelle focale doit-on utiliser ? Les plus recommandées sont les focales de 70 à 85mm, celles qui sont les plus fréquemment utilisées pour le portrait. Eh oui, c’est le portrait en extérieur qui se prête sans doute le mieux à la méthode Brenizer ! Toutefois, il n’est pas interdit d’utiliser des 100mm ou des 135mm, à condition qu’ils disposent d’une très grande ouverture, encore une fois.

 

Pour les besoins de ce dossier, nous avons utilisé le Pentax FA 77mm f:1.8 Limited.

N’oubliez tout de même pas que si vous voulez utiliser de plus longues focales (200 ou 300mm), vous devrez les utiliser à pleine ouverture et… disposer du recul suffisant pour englober tout votre sujet dans le champ. À utiliser en connaissance de cause, donc !

Un trépied ?

Est-il indispensable ? La réponse est non. Mais il peut être utile, surtout si vous manquez de lumière.

 

Maintenant que vous disposez du matériel nécessaire, que vous tenez votre sujet et que vous maîtrisez son environnement, reste à savoir comment procéder.

La prise de vue selon la méthode Brenizer

Les réglages du boîtier

Il s’agit, bien entendu, de la première chose à faire.

Vous allez devoir prendre plusieurs photos (sans doute 2 ou 3 dizaines) pour ensuite les assembler. Cela prend un peu de temps : on n’opère pas en rafale. Dès lors il faut veiller à ce que l’exposition soit constante. Pour cela, une seule solution : passer en prise de vue manuelle. Choisissez la sensibilité ISO (100 ISO recommandé, mais ce n’est pas obligatoire : simplement, il ne faudra plus la changer !)

Notre premier conseil est de faire une première photo en mode Av pour noter les paramètres choisis par le boîtier (cette photo ne fera pas partie de celles qui seront assemblées). Passez alors en manuel (mode M) et reportez ces paramètres sur votre boîtier. Vous n’y toucherez plus pendant la prise de vue. De même qu’après avoir fait le point sur le sujet (les yeux si c’est une personne), vous ne devrez plus toucher à la bague de mise au point : il n’est pas question d’autofocus, vous opérez, bien sûr, en mise au point manuelle.

N’oubliez pas le paramètre « Balance des blancs », même si vous shootez en RAW et que vous pourrez dans ce cas la rectifier si c’est nécessaire.

 

 

La prise de vue

C’est prêt ? Alors vous allez maintenant pouvoir vous consacrer à l’activité harassante qui consiste à cadrer et à presser le déclencheur. Combien de fois ? 10 fois, 20 fois, trente fois… à votre guise. Mais il semble que l’effet soit meilleur avec un nombre d’images… suffisant ! Bien sûr, il ne s’agit pas de faire 10 fois, 20 fois ou plus la même photo ! Il va donc falloir avoir réfléchi au préalable à ce que vous voulez obtenir. Nous allons y revenir un peu plus loin.

Le principe de la méthode Brenizer c’est d’obtenir un sujet net, très net, sur un fond aussi flou que possible, avec un seul et même objectif. Combiner les caractéristiques d’un téléobjectif et d’un grand-angle dans une seule et même image.

Pour y parvenir, la première chose à faire est de photographier le sujet (statique, sinon le flou ne sera pas celui que l’on désire). Une photo ou plusieurs, peu importe, pourvu que le sujet puisse être « reconstitué » par l’assemblage des images. Si le sujet est une personne, soignez tout particulièrement l’image de son visage. Placez-vous aussi près que possible afin d’obtenir un fond bien flou. Inutile, pour autant, de vouloir faire une image type macro de ses yeux ! Si le fond est éloigné du sujet, le flou n’en sera que meilleur. La distance de prise de vue choisie, il ne faudra plus en changer.

Ensuite, shootez, sans changer de place et sans avoir modifié un seul des réglages de votre boîtier, tout ce qui est dans son environnement. Quand on dit « tout », il ne s’agit pas, évidemment, de faire une image à 360°, mais de réaliser une image finale qui englobera le champ d’un grand-angle. Bien sûr, sera flou tout ce qui sera hors de la zone de mise au point, mais c’est précisément ce que l’on doit obtenir, alors pas de scrupule !

Quand vous en aurez terminé avec la prise de vue, vous vous consacrerez au travail d’assemblage et à la finition.

 

L’assemblage des images

Ordinateur indispensable

Il est nécessaire, en numérique, de disposer d’un ordinateur, aussi puissant que possible pour un travail rapide, et de logiciels capables de traiter les images. Pour l’assemblage, vous avez le choix des logiciels : Photoshop (payant), Hugin (gratuit), Autopano (payant) et bien d’autres encore. Pour notre part, nous avons utilisé un logiciel gratuit de Microsoft (c’est suffisamment rare pour être souligné), nommé ICE : Image Composite Editor. Nous vous renvoyons à celui que vous maîtrisez le mieux. Si vous n’en maîtrisez aucun, eh bien, faites quelques essais et choisissez. De même vous devrez choisir les paramètres de sortie.

Une chose à savoir : certains logiciels n’acceptent pas les fichiers RAW et particulièrement les RAW des constructeurs (PEF pour Pentax, par exemple). Dans ce cas, convertissez au préalable vos fichiers en format JPEG, avant de les donner à votre logiciel d’assemblage.

 

 

La finition

L’assemblage réalisé, travaillez ensuite l’image obtenue comme vous le feriez pour n’importe quelle autre image. Il y a de fortes chances (mais cela dépend du nombre d’images prises et de leur format) que vous obteniez un très gros fichier de plusieurs dizaines de méga-octets. Redimensionnez-le à des proportions plus raisonnables.

 

 

Nos conseils

Cette expérience de la méthode Brenizer, qui nous était assez étrangère, nous a conduits à nous interroger sur la manière de procéder pour réussir une image aussi parfaite que possible. Nous en avons déduit quelques principes, que voici.

 

Nécessité de « penser » sa photo AVANT de photographier

Il est en effet nécessaire de savoir dès le départ si l’on veut obtenir une image en format paysage ou en format portrait. L’influence sur la prise de vue n’est pas négligeable puisque les zones à photographier ne seront pas les mêmes dans un cas et dans l’autre.

De la même manière, il vous faut penser à la composition de votre image, au cadrage final, à l’équilibre des masses et des couleurs. Bref, cela ne dispense pas des « obligations » habituelles. Mais c’est rendu un peu plus difficile par le fait que tout se passe mentalement, sans voir dans le viseur quel sera le résultat final.

 

Nécessité de couvrir un rectangle aussi régulier que possible

Le format étant décidé, n’oubliez pas que les images devront être assemblées pour n’en former qu’une seule. Dès lors, shooter de manière à couvrir un large rectangle autour du sujet facilitera la tâche d’assemblage et vous laissera plus de latitude pour éliminer ce qui pourrait nuire à l’image finale.

 

Nécessité de prévoir des zones de recouvrement

Pour que le logiciel d’assemblage puisse accomplir sa tâche, il faut qu’il dispose de repères. Vous ne pouvez les lui fournir que par ces zones de recouvrement. Chaque image shootée devra donc comporter une partie de la précédente. Pour y parvenir, pas question de shooter « au hasard ». Une méthode est nécessaire : nous pensons que shooter « en escargot » peut constituer cette méthode. Vous partez du sujet (on le répète, quitte à en faire plusieurs images) et les autres images seront prises en formant, toujours dans le même sens, des « cercles rectangulaires » (si l’on peut dire !) autour du sujet (voir exemple dans le schéma ci-dessous).

Le sujet principal est dans la partie en rouge. Le reste constitue les zones de recouvrement.

 

Nécessité de respecter l’horizontalité et la verticalité pour chaque vue

C’est très recommandé afin de faciliter l’assemblage par le logiciel et éviter les déformations qu’il ne saurait pas résoudre. Sur des boîtiers comme le K-1, c’est facilité par les échelles horizontale et verticale dans le viseur. Une bonne habitude à prendre si vous ne l’avez pas déjà.

 

Nécessité de se déplacer dans le même plan :

Si l’environnement du sujet que vous voulez intégrer à l’image est étendu, il peut être nécessaire de se déplacer pour shooter, afin d’éviter les déformations sur l’image finale. Dans ce cas, redoublez de vigilance et ne vous déplacez que le moins possible et toujours sur un plan strictement parallèle à celui des images du sujet.

 

Les meilleurs résultats, comme toujours, sont obtenus lorsque l’on a acquis une certaine pratique. Alors, n’hésitez pas si cette technique vous intéresse. Et pour vous convaincre, n’hésitez pas non plus à visiter les sites de Ryan Brenizer (ICI, par exemple). Vous y trouverez des images d’une grande esthétique.

Nous ne pouvons pas totalement passer sous silence ce que d’aucuns appellent « la méthode Brenizer du pauvre ». Cette « méthode » consiste à extraire les images d’une séquence vidéo au moyen d’un logiciel approprié pour ensuite les assembler comme indiqué dans cet article. Sachant que les séquences vidéo sont faites à au moins 30 images par seconde, il vaut mieux choisir une très brève séquence sous peine de surcharger l’ordinateur pour l’assemblage. À ce rythme, une séquence de 10 secondes se traduit en effet par 300 images à assembler. Qu’il nous soit permis de douter du résultat. Mais comme nous ne l’avons pas essayée, cette « méthode » garde pour nous tout son mystère et nous ne demandons qu’à être convaincus de la qualité du résultat.

 

Pour finir, vous vous demandez peut-être à quoi correspond une « image Brenizer » en termes d’équivalence de focale et d’ouverture de diaphragme. Il existe pour cela un calculateur accessible à cette adresse.

Pour l’exemple ci-après, il donne les résultats suivants :

(l’image résultante mesure 23 060 x 11 112 pixels)

Longueur focale réelle : 26,62mm

Ouverture réelle : 0,69

Ce sont la focale et l’ouverture de l’objectif qu’il aurait fallu utiliser pour obtenir cette image. Nous n’en connaissons pas !

Un exemple de réalisation

La partie centrale du sujet principal (c’est l’image que l’on obtient normalement avec l’objectif de 77mm, à 3,5m du sujet) :

 

Les images nécessaires (outre l’image ci-dessus)

Elles sont présentées dans l’ordre de la prise de vue (de gauche à droite et de haut en bas)

On peut noter de vastes zones de flou : les images seraient inexploitables, prises séparément.

 

Les opérations d’assemblage

Importation des images dans le logiciel ICE

 

Le logiciel assemble les images

 

Image brute issue de l’assemblage

 

Zone de crop (image « utile »)

 

Image finale dans le logiciel

 

Le logiciel permet un choix de format pour l’image enregistrée sur le disque

 

L’image après finition

Image panoramique finale Brenizer (ici réduite)

 

Conditions de réalisation

Ce « panorama » a été réalisé selon la méthode Brenizer dans les conditions suivantes :

  • Pentax K-1 + HD FA 77mm Ltd f:1.8, utilisés en mode manuel (f:2 / ISO 100 / 1/200s) . Une image de test en mode AV a été au préalable réalisée afin d’établir ces paramètres d’exposition. Enregistrement des images en mode RAW+ (RAW + JPEG).
  • Le « sujet » est situé à environ 3,5m de l’objectif. La végétation à l’arrière commence à environ 2m derrière le sujet. Ainsi, seule est nette celle qui est située sur le même plan que lui.
  • La mise au point est réglée manuellement sur le sujet et n’est plus modifiée.
  • 29 images du sujet et de son environnement ont été prises, toujours à la même distance et dans les mêmes conditions, uniquement en pivotant et de façon à « élargir » le champ.
  • On a pris soin de ménager des « zones de recouvrement » afin de faciliter l’assemblage.

Les 29 fichiers JPEG, directement sortis de l’appareil et NON MODIFIES en quoi que ce soit, ont été assemblés au moyen du logiciel gratuit MICE (Microsoft Image Composite Editor). Durée du traitement : 2 minutes et 30 secondes environ.

La partie rectangulaire la plus large possible a ensuite été « prélevée », ce qui représente une image de 23060×11112 points. Son « poids » est de 23,1 Mo.

Cette image a été redimensionnée afin de ne pas dépasser 1024 pixels dans sa plus grande dimension. Ainsi, l’image présentée mesure 1024×493 pixels, pour un « poids » de 308 Ko.

Une autre image expliquée

Un "combiné" focus-stacking et méthode Brenizer

Un « combiné » focus-stacking et méthode Brenizer

 

Pour cette image, 19 vues ont été prises.

Les 6 premières, centrées sur la partie avant des bicyclettes, ont été prises avec un léger décalage de mise au point afin d’assurer, par focus-stacking, une zone de netteté plus importante.

L’image résultante a été combinée aux 13 autres images selon la méthode Brenizer. La vue obtenue a ensuite été recadrée et redimensionnée pour être présentée ici.

Selon le calculateur évoqué ci-avant, elle correspond à une image prise avec un objectif de 31mm ouvert à f/0,8, alors que les prises de vue ont été faites avec le FA 77mm à f/2.

 

Conclusion

En agissant de la sorte, on obtient une image telle qu’elle aurait pu être prise au moyen d’un objectif grand-angle (voire UGA), sans déformations de perspectives et avec une profondeur de champ qui correspond approximativement à celle d’un moyen téléobjectif (un vrai grand-angle ou UGA aurait donné une PdC bien plus importante).