La pérennité du matériel photo

En toute chose, la pérennité est le caractère de ce qui dure éternellement ou, pour le moins, très longtemps. Dans cette dernière hypothèse, encore faudrait-il pouvoir chiffrer la durée. C’est très souvent impossible. Et pour le matériel photo ?

Considérations générales sur la pérennité

Le titre de notre sujet pose le problème en termes de matériel photo uniquement. Nous entendons par là les boîtiers et les objectifs seulement. Il faut donc exclure par hypothèse les photographies elles-mêmes, car c’est un autre sujet, et les accessoires de prise de vue qui bien souvent, presque par définition, semblent beaucoup moins « pérennes ».

Pérennité et durabilité

Même si parfois on les confond, ce sont deux choses à nos yeux très différentes.

La pérennité

Le mot de « pérennité » paraît contenir une notion d’éternité (supposée et non pas réelle), en tous cas une très longue durée d’existence, une existence permanente en quelque sorte. Toutefois, sans entrer dans des considérations philosophiques, peut-on considérer que quoi que ce soit sur la Terre (et même dans l’Univers) a eu, a et aura une existence éternelle ? Vaste question ! Si l’on assimile pérennité à éternité, alors il ne fait pas de doute que le matériel photo n’est pas pérenne : il évolue dans le temps, même si on peut évidemment le faire durer très longtemps.

La durabilité

La durabilité, si elle exprime bien une stabilité dans le temps, comporte toutefois la notion de « limite ». En droit, elle désigne la période d’utilisation d’un bien. Au surplus, et c’est de nos jours devenu important, le mot désigne ce qui a été fabriqué selon les principes du développement durable. Sans crainte de faire erreur, on doit pouvoir affirmer que ce qui est durable n’est pas éternel ! Donner une valeur chiffrée à la durabilité, c’est quasiment impossible. Un même matériel peut rester fonctionnel durant de nombreuses années dans les mains d’un utilisateur. Il peut aussi s’avérer fragile dans les mains d’un autre et, finalement, disparaître très vite. Dans cette optique, si l’on peut dire, n’oublions pas les problèmes de fabrication qui peuvent très vite rendre pratiquement inutilisable le matériel qui en est victime. On a connu des exemples chez certains constructeurs.

Ceci étant posé, il est quand même bien plus judicieux de parler de durabilité du matériel photographique, plutôt que de pérennité. On pourrait presque dire que la durabilité est une pérennité limitée. Bon, j’en conviens, c’est sans doute une opinion très personnelle, et, dans le cadre de ce sujet, « légèrement capillotractée ». Si l’on tient à donner des valeurs chiffrées, alors on pourrait dire que la durabilité c’est plusieurs années quand la pérennité, elle, c’est plusieurs décennies. Sans réelle certitude, toutefois.

Le goût pour la nouveauté

En toute chose, l’être humain a tendance à se lasser des choses au fur et à mesure qu’il utilise un bien, un objet, parfois même qu’il vit une situation. On change, on évolue tout au long de la vie. Rares sont les personnes qui ne changent jamais d’avis, ce qui, finalement, est aussi rassurant sur leur niveau intellectuel !

Bien connaître son matériel

Le matériel photo n’échappe pas, bien évidemment, à cet état de choses. Quand on a le sentiment de connaître parfaitement son matériel de prise de vue, l’envie de changement a tôt fait d’apparaître.

Il y aurait bien des commentaires à faire sur la « connaissance parfaite » de son matériel. C’était sans doute assez vrai avec le matériel argentique, dont le fonctionnement longtemps mécanique ne gardait pas très longtemps son mystère. Celui (celle) qui avait une connaissance suffisante de la photographie en général et de ses exigences, trouvait assez rapidement les limites de son matériel et savait même, la plupart du temps, y remédier, voire les dépasser.

QuickTape 100 d'Apple
Le QuickTape 100 d’Apple, un des premiers APN au look étrange et sensibilité déplorable… Qui s’en souvient ?

 

C’est probablement très différent avec nos boîtiers numériques qui, s’ils présentent des caractéristiques communes avec l’argentique, comportent une part d’électronique bien plus importante et, sans nul doute, beaucoup plus mystérieuse. Électronique et informatique sont ici liées : on est certes utilisateur, mais pas obligatoirement connaisseur « pointu ». Toute la technologie photographique (on ne parle pas de technique photo) a évolué au gré des progrès scientifiques, ce qui n’est pas obligatoirement le cas du degré de connaissance des utilisateurs dans ce domaine.

Une certaine lassitude

Pour autant, même si on n’atteint ainsi jamais le niveau de connaissance absolue de son matériel numérique, on perçoit vite que tel ou tel constructeur propose des technologies nouvelles, auxquelles on associe – à tort ou à raison – des progrès dans les résultats de l’utilisation de ces matériels. Alors on se lasse de ce que l’on possède. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Impossible de répondre à la place de chacun. Un des exemples les plus récents de « progrès » est bien entendu la visée électronique.

Néanmoins, nous ne referons pas ici le débat qui accapare et souvent passionne les photographes sur ce sujet. On se limitera à constater que tout progrès (réel ou supposé) provoque, et c’est normal, un certain intérêt auprès des consommateurs de photo en même temps qu’il prétend rendre obsolète l’existant.

La pratique des constructeurs

L’évocation de ces évolutions (terme que l’on peut préférer à celui de « progrès ») démontre l’envie des constructeurs de matériel photo de proposer « autre chose » supposé meilleur, plus efficace, plus pratique, etc. Encore une fois, le but n’est pas de nier l’évidence : depuis son invention, la photographie a connu des évolutions (et aussi des progrès) considérables. Ce n’est pas très différent des autres technologies. Un exemple ? Qui, aujourd’hui, envisagerait un trajet Paris – Nice dans un véhicule hippomobile, voire automobile d’il y a plus d’un siècle ? Sûrement pas celles et ceux qui ont l’impérieuse nécessité de se rendre aussi rapidement que possible de Paris à Nice.

Du matériel particulier

En photographie, il a existé (et il existe encore pour quelques initiés et perfectionnistes) ce que l’on appelle les chambres photographiques (voir notre article). Bien sûr, elles n’ont pas les mêmes caractéristiques qu’aux débuts de la photo et ont aussi évolué, y compris en adoptant parfois des dos numériques. Voir à cet égard un article publié en 2017 par « Les Numériques ».

Que faut-il en conclure ? Que les chambres photo sont pérennes ou qu’elles sont durables ?

Pour ma part, je dirais que si le concept de chambre photo (donc grand format) est pérenne, en revanche le matériel utilisé n’est que durable : les progrès et évolutions existent bien, même s’ils paraissent beaucoup moins évidents et rapides que pour d’autres formats.

Chambre Sinar 4x5" avec son support
Chambre Sinar 4×5″ avec son support

 

Le progrès technologique vu par les constructeurs

De fait, le but des constructeurs est de vendre leur production, et, pour cela, de créer le besoin. Le progrès est donc pour eux un devoir absolu. Soit dit en passant, il serait bon, cependant, que ce progrès corresponde aussi toujours aux envies et aux besoins des utilisateurs. Là encore, une partie des utilisateurs sera satisfaite, une autre beaucoup moins, une autre encore pas du tout : c’est normal, la vérité absolue et incontestable n’existe pas plus dans ce domaine que dans bien d’autres.

Ainsi, la visée évolue (EVF vs OVF) *, mais aucune des deux technologies ne garantit de réussir ses photos : heureusement, le savoir-faire du photographe a encore la primauté dans le résultat obtenu. Le « combat » Reflex (à miroir) contre Hybride (sans miroir) a encore de beaux jours devant lui… jusqu’à ce qu’une nouvelle invention vienne y mettre un terme.

Les conséquences

Qu’en reste-t-il ? Il en reste que si le format des boîtiers et des capteurs est (relativement) pérenne, il n’en va pas de même pour la durabilité des matériels proposés. Pour s’en convaincre, il n’est qu’à observer l’évolution des gammes : les matériels « de base », ou d’entrée de gamme, n’existent plus chez aucun constructeur, mangés tout cru par les photophones. Cependant il existe toujours, pour un temps que l’on espère couvrir au moins notre propre existence – même si rien n’est garanti – des capteurs 24×36 et des capteurs APS-C (entre autres, bien sûr !).

Ces formats, chez chaque constructeur, présentent une certaine pérennité, mais leur durabilité a été et reste aléatoire : les capacités en nombre de pixels ont considérablement évolué depuis les débuts de la photo numérique.

Les conséquences ont été importantes : les progrès chez les constructeurs entraînent de nouveaux besoins, plus ou moins avérés, chez les utilisateurs, en tous cas des envies de nouveauté, qui bien sûr est contraire à la pérennité du matériel, mais surtout à sa durabilité.

La pérennité en pratique

Nous ne l’envisagerons que côté utilisateur, car c’est le plus prégnant et celui qui nous intéresse le plus.

Le constat

Du point de vue matériel

Encore une fois, on constate l’utilisation de plus en plus importante de « matériel léger » pour photographier : les smartphones (ou photophones) ont pris une place prépondérante sur le marché pour toutes les raisons que l’on sait et qui ont déjà été évoquées sur notre site.

Si cela pérennise toujours un peu plus ce type de matériel pour faire des photos, c’est bien sûr au détriment du « vrai » matériel photographique, c’est-à-dire le matériel dédié à cet usage. Certains diront : « peu importe le matériel, c’est la photo qui compte ». Ce n’est pas complètement faux, évidemment, et les progrès réalisés et en réalisation le démontrent amplement. Est-ce une raison pour ne pas s’en inquiéter ? Il est indéniable que toute chose sur Terre nait, vit et meurt. Ce sera sans doute vrai aussi pour le matériel photographique, hier argentique, aujourd’hui numérique et demain ? Holographique ? D’une autre technologie ? Il est à peu près certain que la pérennité du matériel photo actuel n’est qu’un concept à durée de vie limitée. Durable encore, probablement. Pérenne, sans doute pas ! En tous cas à longue échéance.

Utiliser des boîtiers argentiques

Car rien n’interdit, aujourd’hui encore, d’utiliser, pour faire des photos, des boîtiers d’il y a cinquante ans, autrement dit des boîtiers argentiques ! Il en existe encore qui fonctionnent toujours, bien aidés en cela par l’absence (ou la présence très faible) d’électronique dont on sait les bienfaits, mais aussi la durabilité globale relativement faible. Il existe cependant des limites, ou plutôt des limitations :

  • La nécessité de posséder des objectifs adaptés : heureusement il en existe encore d’excellents, bien plus durables que les boîtiers, pour diverses raisons. Parfois peu adaptés aux nécessités des capteurs numériques récents, ils sont bien plus à l’aise avec les films argentiques ;
  • L’existence en petit nombre aujourd’hui de pellicules photo. Nombreuses et variées au temps de l’argentique, elles sont aujourd’hui largement aussi performantes, mais l’utilisateur a moins de choix. Il existe cependant encore des fabricants et des fournisseurs, que l’on trouvera facilement en parcourant les sites Web (voir aussi ICI).
  • Une certaine pénurie de composants ou de pièces détachées susceptibles pourtant de prolonger la vie, de façon non négligeable, de matériels tombés en panne. Cela dit, ce point s’applique aussi au matériel numérique, surtout en cette période de pandémie entraînant de nombreux et importants retards de fabrication et/ou de livraison.
Utiliser d’anciens boîtiers numériques ?

Il est assez symptomatique de constater que, si l’on parle d’utilisation de matériel argentique, on ne parle quasiment jamais d’utilisation de matériel numérique ancien. Par exemple, chez Pentax, très peu de photographes utilisent des *IstD ou autres variantes : leurs performances en montée ISO, leur définition (6 mégapixels !) sont très largement dépassées par des photophones d’entrée de gamme. On pourrait multiplier les exemples chez les autres fabricants et on aboutirait au même constat : la pérennité de ces matériels sur le marché de la photo n’était, au mieux, qu’une durabilité de quelques 3 ou 4 années. Ce qui ne leur interdisait pas de produire de bonnes photos.

Pentax *IstD
Pentax *IstD

 

De plus, à cette époque, il sortait bien plus de modèles de boîtiers qu’aujourd’hui. Malgré leurs défauts et leurs relatives fragilités (voir dans cet article), les plus récents ont une durée de vie bien supérieure !

Du point de vue technologique

D’une certaine façon, et malgré ce qui est dit ci-avant, pour la majorité des photographes l’arrivée de la technologie numérique a, en quelque sorte, « ringardisé » la technologie argentique. Une majorité n’a cependant pas toujours raison. Coluche disait : « ce n’est pas parce que vous êtes les plus nombreux à avoir tort que vous avez raison ». L’humoriste n’avait pas lui-même toujours tort !

Ce qui tend à démontrer une certaine pérennité de la photo argentique et, par conséquent, des matériels pour la pratiquer. Elle est minoritaire, certes, mais encore présente.

Plus récemment, la technologie de visée dont nous parlons ci-avant, a considérablement évolué. Nous l’avons maintes fois évoquée. Quels qu’en soient les avantages et les inconvénients, elle marginalise certes les tenants du Reflex (Pentax, pour l’essentiel), sans entraîner pour autant leur disparition, du moins pour le moment. Et il faut bien reconnaître que notre marque a fait preuve d’une certaine vigueur au cours des derniers mois, si l’on en juge par les matériels mis sur le marché. Personne, mis à part peut-être les dirigeants de la firme, ne peut prédire combien de temps cela durera. À défaut d’être pérenne (quoique…) Pentax fait la preuve de sa durabilité, malgré les « vents contraires ».

Du point de vue de l’utilisation

Nous l’avons évoqué ci-avant : on connaissait assez rapidement le fonctionnement de son matériel argentique. Du reste, à cette époque, les constructeurs, toutes marques confondues, mettaient sur le marché plusieurs boîtiers chaque année. Et parfois beaucoup d’objectifs aussi. Ce renouvellement rapide, s’il ne nuisait pas à la pérennité du matériel argentique en général, était bien entendu un limiteur efficace de la durabilité de chacun des modèles de boîtiers en question. Les nouveaux n’apportaient parfois que très peu de changements par rapport à l’existant.

Pour les amateurs

Ce n’est plus tout à fait aussi vrai pour la photographie numérique. Du moins pour des amateurs moyennement passionnés ou ne disposant pas de temps de loisirs pour s’investir à fond dans les possibilités de leur appareil photo numérique.

Car, si, sur un smartphone (ou photophone), on n’a généralement accès qu’à un nombre relativement restreint de réglages, il n’en va pas de même sur la plupart des APN, qu’ils soient de type reflex ou de type hybride. Les constructeurs, grâce à l’informatique embarquée, disposent d’une palette inégalée de réglages possibles et en font bénéficier les utilisateurs qui, de leur côté, en demandent toujours plus… sans, pour autant, pratiquer davantage !

Smartphone de marque Samsung
Smartphone de marque Samsung

 

Il en résulte que connaître toutes les possibilités de son matériel s’avère aujourd’hui quasiment impossible.

Pour les professionnels

Quant aux professionnels, les impératifs de productivité et de rentabilité – celle-ci parfois aléatoire – limitent le temps d’apprentissage du boîtier à ce qui est indispensable à la pratique professionnelle du photographe. Et, de toute façon, ces professionnels n’utilisent que du matériel haut de gamme, solide et donc relativement pérenne. Quand il vient à tomber gravement en panne, il est alors purement et simplement remplacé. « Gravement en panne » signifie que les réparations auraient un coût notablement trop élevé au regard de la valeur vénale du matériel.

Photo et cinéma

De fait, c’est tout le monde de l’image traditionnelle (argentique) qui a tendance à s’effacer devant les technologies numériques. En photographie, évidemment, puisque c’est ce qui nous passionne au premier chef.

On observera toutefois que c’est vrai aussi dans le domaine de l’image animée : depuis déjà de nombreuses années, une grande majorité de films se tournent en format numérique. Il reste très peu de place aux procédés traditionnels. Certains cependant se battent pour pérenniser un savoir en même temps qu’un savoir-faire.

Parmi ces « résistants », en région parisienne, l’association L’Abominable, à La Courneuve propose encore des solutions argentiques avec son « Navire Argo » : utilisation de machines méticuleusement entretenues et régulièrement utilisées pour ne pas laisser disparaître des techniques et technologies certes plus à la mode, mais encore très prisées par bien des utilisateurs. Comme en photo argentique, finalement, des opérateurs, mus par une passion indéniable, agissent efficacement pour ne pas laisser mourir ces façons de faire qui, si elles sont issues d’un passé parfois ancien, ne sont pas passéistes pour autant.

Comment pérenniser le matériel photo

Les bonnes attitudes

Utiliser le matériel

Nos lecteurs les plus anciens ont encore sans doute en mémoire une publicité qui affirmait, au sujet d’une pile électrique dont le nom finissait par « der » : « La pile W… der ne s’use que si l’on s’en sert ». C’est vrai. Mais il est tout aussi vrai qu’une pratique ou un matériel s’use aussi quand on ne s’en sert pas. Vous ne me croyez pas ? Demandez donc aux possesseurs du DA* 50-135/2.8 ou du smc DA* 16-50/2.8. L’expérience a démontré que les moteurs SDM de ces zooms tombent moins souvent en panne quand les objectifs sont utilisés régulièrement.

Ainsi, pour ce qui est du matériel argentique, s’il existe encore, c’est parce que de nombreux adeptes s’en servent régulièrement pour tout un tas de raisons, bonnes pour eux et mauvaises pour d’autres. Si son avenir n’est pas obligatoirement illimité, il est néanmoins suffisant pour satisfaire certains des pratiquants d’aujourd’hui. Le problème vient surtout de la difficulté parfois à le faire réparer. Les réparateurs compétents sur l’argentique ont tendance à disparaître et c’est dommage ! Une autre difficulté est qu’il n’est plus guère fabriqué, donc plus renouvelé, le numérique ayant largement pris le dessus.

Pentax ME Super vu de face
Un boîtier argentique connu : le Pentax ME Super vu de face

 

Pour cette dernière technologie, il est probable qu’elle va encore évoluer et qu’on se dirige vers toujours plus d’automatismes. Ce qui d’ailleurs risque fort de mettre à mal la pérennité du matériel en question.

La pérennité des marques

La nécessité d’avoir à faire réparer, à plus ou moins brève échéance, un matériel de haute technologie, devrait inciter les utilisateurs, avant tout achat, à s’assurer de la pérennité des marques elles-mêmes.

D’anciennes marques

Les marques qui étaient présentes sur le marché au temps de l’argentique – disons il y a environ 40 ans – ont pour la plupart disparu, soit purement et simplement, soit qu’elles ont été reprises par d’autres… pour mieux les « tuer ». Tel est le cas par exemple de Minolta qui fut une grande marque. D’autres aussi : Chinon, Topcon, Contax, etc. Nous n’irons pas plus loin dans l’énumération, la liste serait beaucoup trop longue. Chaque histoire étant différente des autres, il serait vain de donner les raisons de ces disparitions.

Des grandes marques

Concernant les grands fabricants de boîtiers argentiques (moyen format exclu), la plupart ont survécu, avec des fortunes diverses. Tous se sont tournés, plus ou moins tôt, vers le numérique, d’abord en format APS-C puis en format FF. La plupart des fabricants « historiques » et tous les nouveaux venus se sont plus récemment tournés vers l’hybride. À ce jour, seul Pentax reste encore – mais de plus en plus isolé – sur le marché du reflex. La question qui se pose à son sujet est : jusqu’à quand ? C’est une question des adeptes de la marque, mais pas de la marque elle-même qui mise résolument sur la technologie de visée avec miroir.

Des fabricants indépendants

Ceux-ci ne fabriquent généralement (à l’exception notable de Sigma) que des objectifs. On me rétorquera qu’il en existe d’autres. Certes, mais ce n’est pas ici le lieu pour étudier tout le marché de la photo, très diversifié malgré les « concentrations » apparues au fil du temps. On y trouve quasiment tous les cas de figure.

Toutefois, le marché qui intéresse les utilisateurs équipés de boîtiers Pentax, c’est celui des objectifs. Aujourd’hui, les « indépendants historiques » que sont Sigma et Tamron, ne fabriquent plus d’objectif en monture Pentax. Par conséquent, s’il rencontre un problème sur des objectifs de ces marques, le pentaxistes aura toutes les peines du monde à les faire réparer, soit que les pièces détachées auront disparu (cas le plus fréquent), soit que le savoir-faire lui-même se sera perdu. C’est dommage, ces marques ayant produit des objectifs extrêmement performants à des prix souvent bien moins élevés que ceux de la marque du boîtier. Pérennité, disions-nous ? Durabilité ? On s’en éloigne grandement !

La réparabilité

Réparer un matériel défaillant est un des moyens de le pérenniser, en tous cas de lui assurer une durée d’utilisation satisfaisante.

Aujourd’hui, on trouve sur le marché de certains appareils de haute technologie (notamment les photophones, mais aussi en électroménager) des « indices de réparabilité ». Ainsi, au moment de l’achat, le consommateur est informé des possibilités de faire réparer son matériel en cas de défaillance, et pendant combien de temps. Ce n’est pas gratuit, bien sûr, et ce n’est pas une garantie contractuelle. Tout au plus cela donne-t-il une idée. C’est toutefois déjà important !

Et si les fabricants de matériel photo (surtout pour les boîtiers) adoptaient un système similaire ? Il faudrait, pour cela, bien sûr, une entente au niveau international. N’est-ce pas déjà le cas pour les smartphones/photophones ?

On peut en rêver, bien sûr, mais on peut aussi se dire que parfois la réalité dépasse la fiction. Donc, pourquoi pas ? On ferait ainsi œuvre utile en ne gaspillant pas inutilement des ressources. Au contraire, on les ferait durer, au bénéfice des utilisateurs autant que pour le bien de notre planète.

 

 

* EVF = Electronic View Finder (viseur électronique)

* OVF = Optical View Finder (viseur optique)

  • Lorenzato
    18 décembre 2021 at 18 h 03 min

    Encore un bel article chez PENtax Klub où j’apprends le désir de Pentax à être le seul fabricant à vouloir conserver un vrai viseur « reflex » (optique). Le viseur étant l’outil le plus important de la camera, il est totalement aberrant d’envisager son remplacement par un système électronique si performant soit-il, qui éloigne encore plus la scène de la réalité et de l’instant crucial (pour ne pas reprendre une expression bien connue d’un preneur de vues non moins bien connu).
    Sans en être un adepte, mieux vaudrait-il encore préférer un viseur télémétrique avec ses défauts inerrants.
    Sur la « longévité » du matériel photographique, points si bien développés ci-dessus, la sophistication de la technologie l’interdit. ET si j’osais, sans doute le mal du nouveau monde* est de vouloir jeter l’ancien pour ne conserver que le récent, sans autres raisons que le refus du vieillissement. ET les multiples possibilités offertes par les APN** sont-elles vraiment toutes nécessaires à la construction d’une image photographique de qualité ? (Oui, le jour où mon cerveau sera remplacé par un robot :-))).
    L.

    * Éric Fiat, Ode à la fatigue, Paris, éditions de l’Observateur, collection La Relève, (Humensis mai 2018) février 2020.
    ** Sans remettre en cause la commodité de la numérigraphie, notamment pour de l’éphémère.

    • Micaz
      19 décembre 2021 at 12 h 26 min

      Bonjour et merci pour votre message.
      Mon avis personnel est que la technologie évolue (pour tout le monde), progresse (pour certains), mais en aucun cas elle ne régresse. « Visée optique ou visée électronique » : le débat a été tranché par beaucoup… En attendant que les choix d’aujourd’hui soient remis en cause par les évolutions de demain.

  • Lorenzato
    19 décembre 2021 at 19 h 42 min

    Merci à vous ! pour tous ces propos de qualité.
    Bien sûr que la technologie ne régresse pas (et que je préfère mon dentiste à celui de mon grand-père) par contre, l’homme, lui, peut vouloir la faire à son idée comme une programmation obsolescente, une idée de mode, un désir d’hégémonie… et nous n’en sommes encore que là aujourd’hui, à quelques exceptions près.
    Cependant pour moi, « visée optique ou visée électronique » a quelque chose à voir avec le « pourquoi faire simple alors que le compliqué existe ». (En fait, je suis mauvais juge car je ne pratique que la photographie et non la « numérigraphie », non par refus catégorique mais en dehors de mes propos. Ne manque plus qu’un article sur « Seul le résultat compte-t-il ? » :-)))
    Au plaisir de vous lire dans de prochaines publications.
    L.

  • Clofoto
    1 janvier 2022 at 18 h 01 min

    Article intéressant mettant en perspective l’homme et ses outils.
    Dans sa volonté de conserver le viseur optique a tout prix, Pentax ne risque t-il pas de se ringardiser, surtout quand Canon sortira son dernier DSLR ?
    Pentax communique t-il son indice de réparabilité ? Je n’ai rien vu sur leur site alors que c’est obligatoire en Europe. Une enquête sera la bienvenue.

    • Micaz
      3 janvier 2022 at 11 h 28 min

      Merci pour ce message.
      Nous, simples amateurs, n’avons pas plus de renseignements que les autres utilisateurs sur un quelconque indice de réparabilité de Pentax. De toute manière, un tel indice n’existe (depuis le 01/01/2021) que pour certains types de matériels (dont le matériel photo ne fait pas partie) et, semble-t-il, en France seulement.

  • Lorenzato
    5 janvier 2022 at 10 h 06 min

    Vouloir maintenir un viseur optique pour la « numérigraphie » n’est pas être « ringard » dans le sens de « professionnel de second plan » mais plus en rapport avec la « barre de fer servant à attiser le feu ». Il s’agit d’un choix stratégique, courageux et, certes, risqué à notre époque, mais tellement logique sur un plan qualitatif et compréhension de ce qu’est la détermination du point de vue, la conception de la prise de vue. C’est ce qui permet de garder un doigt sur le vivant de la scène et peut, vraisemblablement, rapprocher cette « numérigraphie » de la photographie : le vraiment-vrai.
    Espérons que ce choix soit porteur, surtout pour une entreprise qui a su produire le si merveilleux « 6×7 ».
    L.