Nous avons évoqué au fil de différents articles ( ou  par exemple) le temps de pose. Mais pas la photo à haute vitesse. Aux origines de la photographie, on prenait effectivement le temps de la pose. Ne demandait-on pas au sujet de prendre la pose… et de la garder (de ne pas bouger) ?

Et puis les choses ont changé. La sensibilité des pellicules et la technologie des obturateurs évoluant, on est passé de plusieurs secondes mesurées à l’estime ou en comptant 1… 2… 3, au 1/25sec, et progressivement au 1/30sec, au 1/125sec. Ensuite on a pu atteindre 1/500sec. Le 1/1000sec a été une barrière magique, Le K 1000 était un boîtier Pentax qui atteignait le 1/1000sec en 1975. On en est arrivé au 1/8000sec avec les reflex haut de gamme, et même à 1/24000 avec certains hybrides ou le dernier KP à obturateur électronique.

La vie s’est accélérée, la photo aussi. Il n’y a pas si longtemps (dans les années 60 du siècle dernier, hier !) de nombreuses voitures étaient dangereuses à 60 km/h. À 120 km/h on vivait le souvenir de sa vie ! Les avions de ligne volaient à 600 km/h. Les pellicules courantes plafonnaient à 800 ASA (= 800 Isos) (Le K-10D plafonnait doucement à 1600 Isos). Et encore plus près de nous, la vitesse d’obturation courante était le 1/125sec.

Actuellement si vous photographiez un sportif (amateur) au 1/125sec, vous allez être horrifié(e) par le flou présent dans votre photo. Nous sommes tous habitués aux photos d’athlètes parfaitement figés au moment de leur effort final au 100 m ! Le flou a quasiment disparu de la photo sportive. C’est un indicateur très marquant de l’évolution profonde de la photographie et de l’utilisation de la vitesse. Grâce à la montée en sensibilité effective des capteurs (~ 51200 Isos) il est possible d’utiliser le 1/8000sec avec une souplesse satisfaisante à l’intérieur de la triplette T – A – Isos (vitesse ouverture – Isos). Ce qui permet la montée en vitesse et étend largement ses possibilités d’utilisation. Quelles sont-elles ces possibilités d’utilisation ?

 

 

Les champs d’applications de la haute vitesse

 

La photo sportive

Dans toutes les spécialités où les mouvements et les déplacements sont rapides :

  • Athlétisme
  • Natation
  • Sports de mer (à la surface et en l’air)
  • Tous les sports collectifs de manière générale
  • Arts martiaux
  • Sports de glisse
  • Sports mécaniques (vélo, moto, auto…)…
  • Les parades aériennes pour la partie présentation en vol. La partie statique présente des difficultés d’un tout autre ordre.

 

Golfeur - vitesse relativement basse: tête de club, sable et balle flous

Golfeur – vitesse relativement basse : tête de club, sable et balle flous

 

Athlétisme - couple T-A bien géré: geste sportif figé, bokeh agréable.

Athlétisme – couple T-A bien géré : geste sportif figé, bokeh agréable.

 

Nageuse - couple T-A bien géré: nageuse nette gouttes d'eau figées. Mais la vitesse aurait pu être plus élevée et le diaph plus ouvert

Nageuse – couple T-A bien géré : nageuse nette, gouttes d’eau figées. Mais la vitesse aurait pu être plus élevée et le diaph plus ouvert

 

Coureur de haie - couple T-A parfait: coureur net et figé (sauf pied et main devant) sujet isolé et bokeh parfait

Coureur de haie – couple T-A parfait : coureur net et figé (sauf pied et main devant) sujet isolé et bokeh parfait

 

 

La photo scientifique

Nous n’en parlerons pas ici de crainte de concurrencer Science & Vie. Et aussi parce que de nombreux domaines scientifiques sont peu accessibles au grand public, en tant que photo.

 

La photo néo-scientifique

Je veux parler ici des photos de gouttes d’eau qui tombent, de projectiles qui traversent un objet, que l’on voit régulièrement sur le Net et dont certaines sont même qualifiées de manière injurieuse (voir l’article « rafale vs coup d’œil »). C’est insolite, voire drôle, cela occupe une place notable dans les médias. C’est un exploit photographie évidente, mais on a vite fait le tour. À mes yeux c’est très intéressant pour les spécialistes de la mécanique des fluides, c’est son réel côté scientifique, mais pour les photographes c’est d’un intérêt limité.

Chute de gouttes d'eau - beau cliché spectaculaire, couleurs réussies, un + reflet d'une goutte dans l'eau du premier plan.

Chute de gouttes d’eau – beau cliché spectaculaire, couleurs réussies, et un plus : le reflet d’une goutte dans l’eau du premier plan.

 

 

La photographie animalière

Dans ce domaine l’utilité absolue de la vitesse est relative. C’est plutôt la montée en Isos et la discrétion sonore du boîtier qui est vraiment importante. Et, bien sûr, la connaissance approfondie des animaux que l’on photographie. Sans parler de la patience et de l’investissement…

Pour les oiseaux, le propos sur la vitesse n’est pas tout à fait exact, car beaucoup d’entre eux sont très vifs. Et puis il y a des parties de leur corps, les ailes surtout qui bougent trop vite. Ainsi les rémiges (les grandes plumes rigides) qui terminent les ailes battent beaucoup plus vite que le reste de l’aile, comme les jambes et les avant-bras des coureurs de vitesse.

Deux photographes, par ailleurs ingénieurs, ont mis au point il y a une dizaine d’années des flashes shuntés qui émettaient des éclairs beaucoup plus brefs que la normale. Ces flashes leur ont permis de figer intégralement les ailes des mésanges, de réussir des photos superbes… et de découvrir comment les martins-pêcheurs sortent à reculons du nid creusé dans les berges des rivières au moment du nourrissage, basculent sur le dos et ensuite se retournent pour déployer leurs ailes. Avant eux on n’avait jamais vu cette manœuvre. Ce moment a été saisi en AF-C et rafale. C’est un des cas où il n’y a pas d’alternative à la rafale. Cet exploit photographique avait été relaté à l’époque par CI.

 

Jeune cerf - superbe cadrage, netteté sélective et bokeh valorisant. Même les feuilles nettes passent.

Jeune cerf – superbe cadrage, netteté sélective et bokeh valorisant. Même les feuilles nettes passent.

 

Cliché rare de renard en plein saut - couple T-A heureux.

Cliché rare de renard en plein saut – couple T-A heureux.

 

Sans commentaire - photo Vincent Munier; ceci est un hommage et un exemple.

Sans commentaire – photo Vincent Munier. Ceci est un hommage et un exemple.

 

Ours blanc qui s'ébroue. Hommage appuyé au même auteur.

Ours blanc qui s’ébroue. Hommage appuyé au même auteur.

 

 

La photographie générale

Quand on veut fixer, figer un mouvement, tous les domaines photographiques ont en commun l’importance du moment du déclenchement et tout ce qui se rapporte à ce point :

  • connaissance parfaite du temps de cybernation (voir article rafale vs coup d’œil)
  • système de déclenchement, automatique ou manuel. Les systèmes automatiques sont le premier maillon de la chaîne à tester du point de vue précédent.
  • système de fixation du boîtier et visualisation de la visée (si elle est déportée) et de sa gestion.
  • gestion rigoureuse des sources d’alimentation en énergie de tous les maillons de la chaîne, bien sûr.

 

Le premier point est commun à toutes les pratiques photos, son importance devient capitale dans le cas qui nous intéresse ici. Pour les points 2 et 3 il existe des boutiques spécialisées où l’on trouve des barrières infrarouges et tous les accessoires nécessaires à l’installation du système adéquat à la pratique photo projetée. Les cas du même type peuvent aussi se traiter avec le trap-focus (voir article trap-focus), possible avec tous les boîtiers Pentax récents. La plupart des cas peuvent aussi se faire avec bonheur en utilisant l’application…

Dans tous les cas, une des conditions incontournables du succès est la connaissance approfondie de domaine d’activité que l’on veut photographier. On ne fait de très bons clichés sportifs que des sports que l’on connaît bien. Peu importe d’ailleurs comment on les connaît. Que ce soit parce qu’on a pratiqué le sport ou à force de l’avoir vu et photographié. Il en est de même des animaux, et des enfants, dans une moindre mesure.

La seule différence réside dans le temps nécessaire pour acquérir cette connaissance. Connaître les animaux sauvages, par exemple, demande plus de temps que connaître les courses de motos. Encore que connaître tous les circuits ne soit pas évident non plus. En particulier les bons emplacements de prise de vue. De plus, les bonnes places sont âprement disputées… Nettement plus que celles, en haute montagne, pour photographier des chamois.

Quand vous connaissez bien le domaine que vous voulez photographier, « le reste n’est que de l’intendance ». Au sens large du terme, c’est-à-dire le matériel et le savoir-faire. Le savoir-faire comprend aussi la manière de tirer le maximum de son matériel. Pour la même raison qu’il est vivement déconseillé de partir en voyage avec un objectif ou avec un boîtier acheté quelques jours avant le départ, il vaut mieux ne pas photographier les disciplines concernées ici avec un matériel avec lequel vous n’êtes pas familiarisé(e).

 

 

Concrètement

  • Vous allez d’abord choisir LE paramètre dont tout va découler : la vitesse. Vous choisissez celle-ci en fonction de la vitesse du mouvement de votre sujet, de la distance qui vous en séparera. Plus la distance est courte, plus la vitesse devra être élevée. Les lois de la photo font qu’en augmentant la vitesse vous augmenterez l’ouverture. Ce qui est mieux puisque votre PdC sera plus courte. Vous aurez donc moins de risques que les seconds plans ou arrières plans ne soient trop nets et polluent votre photo.
  • Vous déterminez (ou vérifiez) ensuite le diaphragme. Choisissez celui qui vous convient et que permet la lumière. À ce stade vous laissez le boîtier choisir la sensibilité. En cas de bonne lumière (suffisante) et que vous pouvez choisir, prenez la sensibilité la plus basse possible. une fois la triade définie, vous faites un cliché « à blanc » pour vérifier les couleurs. Si c’est bon, il reste un dernier point à régler. Si votre lumière est stable et votre distance de MAP peu variable, mettez-vous en mode manuel, en reportant T et V et éventuellement en fixant les Isos. Mais si la lumière est changeante, laissez les Isos en auto dans une fourchette que vous jugez admissible du point de vue résultat. Au besoin, vérifiez ces résultats « à blanc » pour définir votre fourchette Isos. Si le paramètre distance de MAP doit varier sérieusement, fixer votre diaph optimum pour que l’arrière-plan ne pollue pas vos photos et travaillez avec le couple TA ainsi déterminé, c’est le boîtier qui réglera les Isos à l’intérieur de la fourchette que vous aurez définie.
  • Vous êtes prêt(e).

Le reste, la prise de vue, dépendra de votre AF, de votre coup d’œil et de votre AF-C (ou pas) selon votre préférence.

L’échelle de vitesse tournera dans la plupart des cas autour de 1/1000sec et plus. Si l’action vous le permet, vérifiez votre résultat le plus tôt possible. Si la vitesse donne le résultat attendu, c’est parfait. Sinon changez vos paramètres dans le sens voulu. Ensuite il ne vous restera plus qu’à faire l’editing et le PT.

Ces indications sont valables, quel que soit le domaine photographique. Avec l’expérience la variable se réduira aux paramètres permettant l’adaptation à la lumière.

 

En photo générale, la démarche est assez proche, simplement plus variée. Figer l’eau d’une fontaine, les vagues de l’océan, l’eau d’une cascade, les éclaboussures d’ébats en piscine n’est pas réellement différent (voir article). C’est surtout l’arrière-plan et le cadrage qui induiront des variables pas forcément faciles à gérer, parce que plus ou moins contradictoires. C’est vous qui pourrez mémoriser le « catalogue » des cas que vous avez pratiqués et ne pas oublier ce catalogue. Cette méthode est un des éléments qui vous permettra de transformer votre passion et votre pratique en source de grandes satisfactions.