Longtemps la photo au grand-angle a signifié posséder un 35mm. Traditionnellement les grands-angles qualifient les objectifs de 35 mm [23,3] (21 mm) à 28 mm [18,6] (18, puis 18-  en zoom) et les focales plus courtes sont qualifiées de Ultra Grand-Angle (cf. article « Photos de paysage et objectifs« ).

Actuellement, avec les progrès technologiques (guidage laser des machines, lentilles hybrides, asphériques, formules optiques sophistiquées, traitements de surface des lentilles et des fûts, verres LD… Les UGA sont devenus courants et la frontière dans le public s’est déplacée vers un seuil plus bas. Dans la pratique la différence de champ qui change vraiment la perception du cadre se situe entre 28 et 24 mm. C’est à partir de 24 mm et moins que, dans une photo non urbaine, on n’a plus de réelles fuyantes dans le cadre, car elles sont trop proches de l’horizontale pour être perçues comme fuyantes.

Lorsque nous dirons GA, nous entendrons toutes les focales inférieures à 35mm, sinon nous ferons la distinction entre GA (Grand Angle) et UGA (Ultra Grand Angle). Nous parlerons ici en focales de format 24×36, en indiquant entre crochets [] l’équivalent APS-C Pentax et entre parenthèses () la focale existant chez Pentax.

 

 

Quels sont ces objectifs ?

Nous citons ici ceux qui existent en monture K, qu’ils soient rares ou courants.

 

 

Les UGA et GA

  • Irix 4/11 (prévu en K)
  • DA 4/12-24,
  • DA 2,8/14,
  • Irix 2,4/15,
  • DA 4/15 [22,5],
  • FA 2,8/20,
  • DA HD 3,2/21 AL [31,5],
  • FA* 2/24 Al [IF],
  • FA 1,8/31Ltd (sur K-1)
  • FA2/35 AL (sur K-1),
  • DA 2,4/35 « plastic wonder » (sur K-1),
  • DA 2,8/35 macro ltd (sur K-1),
  • D-FA 2,8/15-30,
  • Sigma EX DG 2,8/17-35,
  • FA 4/20-35 AL,
  • Tamron XR Di AL ld (IF) 2,8/28-75 (sur le K-1)
  • D-FA 3,5-5,6/28-105 (sur le K-1).

(sur le K-1) Montés sur un APS-C ne sont plus ou plus réellement des GA.

Optiquement les GA et UGA ont une formule spécifique, relativement simple à l’origine, qui se complique ensuite pour supprimer les défauts géométriques et chromatiques. Un exemple éclairant : le Takumar 35mm f:3,5 de 1959 est un 5 lentilles en 4 groupes de 150 g, le Takumar 35mm f:2 de 1963 est un 8 lentilles en 7 groupes de 395 g. (voir photo 1).

 

Zoom grand angulaire en coupe.

Zoom grand angulaire en coupe.

 

 

Les fish-eyes

Et pour n’oublier personne, il convient de citer les fisheyes. Ce sont des objectifs à focale très courte et/ou à formule optique qui donne une image circulaire ou à déformations très marquées. Ces objectifs existent depuis longtemps, ils n’ont jamais disparu, mais ne sont jamais fait une grande place non plus. Ce qui se comprend vu l’image déformée qu’ils délivrent. On peut trouver en monture K le Da-fish-eye 3,5-4,5/10-17 ED (IF) et zenitar 2,8/16 (compatible FF). Ils donnent tous les 2 des images rectangulaires, mais avec des déformations.

 

Takumar 35 f:3,5 au milieu en bas Takumar 35f:2 en haut à droite

Takumar 3,5/35 au milieu/bas                     Takumar 2/35 en/droite       *

 

DA-2,8/14mm

DA-2,8/14 mm (sur un APS-C équivaut à un 21 mm)     *

 

Irix 2,4/15mm

Irix 2,4/15 mm      *

 

 

Les précautions de base

Les GA et les UGA, plus spécialement, se divisent en 2 catégories :

Ceux qui déforment. Ce sont les plus nombreux, les anciens déforment pratiquement tous, les plus récents déforment moins, mais encore un peu.

Ceux qui ne déforment pas. Ils sont pratiquement totalement corrigés par l’utilisation de lentilles asphériques. Ils sont assez rares et plutôt récents. Les exemples emblématiques de ces objectifs sont le DA 4/12-24 et plus récemment l’Irix 15, ou l’Irix 11 compatibles FF.

Avec les premiers les déformations ne sont pas forcément importantes. Ce sont des déformations géométriques en barillet, visibles sur les bords, particulièrement avec les lignes verticales latérales. Disons simplement qu’il vaut mieux éviter la photographie d’architecture rigoureuse. Par contre dès que l’on incline un tant soit peu ces objectifs vers le haut, ils couchent très fortement, voire monstrueusement, les verticales. Et ils les courbent.

Avec les GA, plus encore qu’avec les autres focales, il est cordialement conseillé de veiller, autant que faire se peut, à ce que l’axe longitudinal soit le plus près possible de l’horizontale. Cette horizontalité présente toutefois un risque : celui d’amener l’horizon au milieu de la photo. Cela crée une symétrie verticale très statique et peu appréciée. Ce « défaut » peut être évité en modifiant la hauteur du boîtier à la prise de vue. Les écrans arrière du K-1, du KS-2, du K70 ou du KP sont pratiques pour ce faire.

De façon générale, le soin apporté à la composition et au cadrage doit être plus poussé encore que d’habitude. Les approximations ne pardonnent pratiquement pas avec une GA. Un cadrage pas tout à fait horizontal représente plusieurs mètres de hauteur à 20 mètres de distance avec un 28mm. Ce qui se signifie des coupes difficiles quelque part, quand on redresse un « travers » en PT. Par ailleurs, les détails sont visuellement petits, beaucoup plus petits qu’avec un 50mm [33,5] (31-35). Ils se voient beaucoup moins bien à la visée, sauf à la loupe en LV. Cela aussi justifie un cadrage très soigneux. En fait, la visée avec un GA devrait se faire au pied.

 

 

Les champs d’utilisation des GA – UGA

De façon générale quand on a besoin d’un angle large. C’est le cas des sujets statiques monumentaux, parmi lesquels le paysage occupe une place de choix. Mais pas seulement. On associe souvent au grand-angle les sujets comme : la baie de Somme ou de Rio, les plages de Vendée ou d’Arcachon, le Sahara, le grand canyon du Colorado au GA. Bref les immensités. C’est facile, trop facile. D’abord parce que dans tous ces cas, le grand-angle entre en concurrence avec le panoramique.

Il vaut mieux alors faire directement du panoramique.

  • Soit en coupant en haut et en bas pour enlever tout ce vide qui écrase.
  • Soit en utilisant carrément un appareil panoramique à objectif rotatif, mais argentique, soit un Fuji GX617, mais argentique et MF qui délivre des négatifs/diapos de 59x170mm !
  • Soit en pratiquant la prise de vue multiple suivie en PT de fusion ou montage en puzzle d’image non GA. Cette dernière solution est, avec la première, assez simple pas très coûteuse.

 

Dans le cas des grands espaces/paysages, on est souvent confronté à l’absence de lignes pouvant structurer la photo, comme une route, un canal, une rangée d’arbres, ou autre élément perpendiculaire à l’horizon (ou oblique). Quand on a un, il faut en profiter. Quand on n’en a pas, il faut faire avec ce qu’on a – des plans horizontaux, des successions de silhouettes qui feront les plans, dans le style de la peinture chinoise qui ne connaît pas la perspective.

Ce type de prise de vue au GA présente un autre écueil, celui des ciels. Par grand beau temps, un ciel sans nuages est un grand espace vide. Avec un GA, c’est un immense espace vide. Qui plus est il présente souvent, à cause de son angle (grand) une zone plus claire. Cette zone peut se supprimer, ou tout au moins s’estomper, avec un filtre polarisant (circulaire). Et là, le GA s’avère taquin. À cause de son angle justement, il ne supporte que de très grands filtres, sous peine de créer du vignettage. Certains UGA, comme l’irix 15, ne supportent aucun filtre avant, seulement des filtres arrière, internes. Mais les polarisants circulaires internes n’existent pas. Tant qu’on n’a pas inventé les filtres télécommandés . Ce qui serait une idée ça ! Tiens !

Dernier écueil avec les GA et les grands espaces : le premier plan. Si vous ne coupez pas le bas et le haut de vos clichés d’immensités pour en faire des panoramiques, il va vous falloir « garnir » vos premiers plans. Et ce n’est pas facile du tout. Plus la focale est courte, plus le premier plan est important et difficile à garnir. Si vous n’y prêtez pas une attention redoublée, vous allez au-devant (…) de gros rebuts pour cause de « désert du Ténéré » au premier plan. Comme en général ce premier plan est net…

Il est un autre cas où le GA est incontournable. C’est celui des espaces offrant peu de recul. Les intérieurs prenant la plus grande place. Ces derniers sont toujours plus difficiles à faire rentrer dans le cadre qu’une grande plage vide. Et ils correspondent généralement à une faible distance de MAP et apportent leur lot de grosses déformations géométriques très difficiles à supprimer.

Mais au moins le problème du premier plan vous est généralement épargné. Dans ce cas les problèmes de composition et de cadrage ne sont pas spécifiques, on retrouve les mêmes règles et préconisations qu’avec les autres focales, les problèmes de déformations en plus. Par contre un problème apparaît que l’on ne connaît pas avec les focales plus longues : celui de la couverture angulaire des flashes. Une des solutions, le plus commode pour résoudre ce problème est de travailler en éclairage indirect. C’est à dire de diriger la torche du cobra vers le haut (avec ou sans réflecteur) et si le plafond n’est pas trop haut, ni sombre, de compter sur sa réflexion. Les résultats sont souvent satisfaisants, beaucoup plus qu’en éclairage direct, mais trop restreint, ce qui crée des zones insuffisamment éclairées sur les côtés. Autre solution : la montée en Isos.

Ce qui reste constant avec les GA et UGA, c’est la remarque sur la petite taille des objets dans le viseur, quand l’espace que l’on photographie est vaste. Cette taille ne permet pas le plus souvent de voir tout ce qu’il faudrait voir quand on cadre. Il y a donc une part d’aléa dans ces prises de vue. Un peu comme une illustration du proverbe « Qui trop embrasse mal étreint ».

Vous allez finir par croire que je n’aime pas les GA. Pas du tout, j’ai un 16mm, un18mm et un zoom 20-35. Et un Horizon 202, panoramique à objectif rotatif de 35 mm, angle de champ : 120 °.

Dernière remarque réconfortante. On peut toujours croper les clichés réalisés avec un 24mm pour avoir une photo cadrée comme avec un 50mm (*). Le contraire est totalement impossible !

(*) Ce qui n’est pas tout à fait exact, la géométrie ne sera pas similaire. Un spécialiste verra la supercherie.

 

Fuji panoramique GX617 (59 x 170mm)

Fuji panoramique GX617 (59 x 170mm)

Avec ça on peut faire des tirages de 1,20 m x par 3,40 m, le rapport d’agrandissement n’est pas supérieur à celui d’un 50 x 70 cm avec un fichier de FF !

 

Et les zooms ?

Ne pas parler des zooms eut été une mauvaise blague. Les zooms GA ou UGA (ou fish-eye) peuvent être très bons, ou excellents, s’ils offrent un range qui reste homogène. C’est-à-dire que les focales des extrémités de son amplitude sont dans le cadre d’une même formule optique. C’est le cas du D-FA 2,8/15-30, du FA 4/20-35 ou encore du Sigma EX DG 2,8/17-35mm. Le premier délivre des images superlatives sur tout le range, mais il pèse 1040g et il est gros. Le second délivre de très bonnes images, qui n’ont pas le même caractère ; 18 ans les séparent… Il est compact et pèse 245 g.

Dans les 2 cas Pentax s’est donné la peine de sortir un objectif de haut niveau, à commencer par le range. Si un zoom doit, pour changer de focale, basculer d’une formule optique dans une autre ; la tâche devient une gageure que même des solutions onéreuses et pesantes (et fragiles) ne réussissent pratiquement jamais. Les transtandarts en sont un exemple, qui sont souvent faibles à partir de 120-150. C’est même étonnant qu’ils ne le soient pas avant…

 

Zoom UGA D-FA 2,8/15-30mm

D-FA 2,8/15-30mm

 

Et puis l’énorme avantage des zooms, c’est que si 24 mm ne vous convient pas, qu’il y a des choses autour qui vous gênent, vous pouvez taper à 26 mm. Et rester fainéant !  Et il n’y aura pas de supercherie.

 

 

Illustrations

DA- 4/12-24 à 12mm

DA- 4/12-24 à 12 mm (=18 mm en FF)

Immense ciel vide, ici volontaire. Mais ça passe… ou pas.

 

La grande arche -argentique au Roussar-MR2 (20mm)

La grande arche -argentique au Roussar-MR2 (20 mm) sur FED-3

Belle déformation par un 20 mm du siècle dernier, et la contre plongée violente n’arrange rien.

 

Manhattan vu d'hélicoptère au smc 3,5/18mm

Manhattan vu d’hélicoptère au smc 3,5/18 mm sur LX.

Sujet lointain, pas de déformation, seulement le voile atmosphérique et la verrière galbée de l’hélico.

 

Brooklyn Bridge depuis le 102e étage d'une Twyn Tower au smc 3,5/18mm (1991)

Brooklyn Bridge depuis le 102e étage d’une Twyn Tower au smc 3,5/18 mm sur LX. (1991)

Ciel typique obtenu avec un UGA

 

Manhattan, l'Hudson dans le dos au zenitar 2,8/16mm sur LX

Manhattan, l’Hudson dans le dos au zenitar 2,8/16 mm sur LX

 

Manhattan-42st. au zenitar 2,8/16mm su LX

Manhattan-42st. au zenitar 2,8/16 mm sur LX

Tant qu’à utiliser un 16mm, autant jouer sur la déformation.

 

Architecture au 17mm -1

Architecture au Sigma 2,8/17-35 à 17 mm -1 (sur K-1)

Le premier plan est trop important, bien que « rogné » par les marquages au sol.

 

Architecture au 17mm -2

Architecture au 17 mm -2 (sur K-1)

Ici il y a un objet qui occupe (trop) le premier plan. Il paraît énorme parce qu’il est très près (à 2 m).

 

Architecture au 17mm -3

Architecture au 17 mm -3 (sur K-1)

Le premier plan est « sauvé » par le marquage au sol très visible.

 

Architecture au 17mm -4

Architecture au 17 mm -4 (sur K-1)

Ici, la cycliste, les voitures et le marquage au sol meublent bien le premier plan.

 

Terrasse de café au Tamron 28-75 à 33mm

Terrasse de café au Tamron 28-75 à 33 mm

Et là, le GA, pourtant seulement à 33 mm, donne de l’importance aux chaises du premier plan, ce qui est l’effet souhaité.

 

crédit photographique Valia, sauf schémas et photos marquées d'un *