Parodiant Groucho Marx, on pourrait être tenté de dire que « la photo minimaliste est à la photo ce que la musique militaire est à la musique ». Cela pourrait peut-être faire sourire, mais ce ne serait pas complètement exact. La musique militaire est un style de musique particulier. Mais il ne répond pas aux mêmes « règles » – en tous cas, pas toutes – que la musique classique.

Pour la photo minimaliste, c’est un peu différent : c’est un style de photo, mais qui reprend de très nombreux principes de la photo en général. Il ne faut pas s’imaginer que la photo minimaliste est de la photo simpliste.

 

 

 

Les principes de la photo minimaliste

 

Nota : dans la suite de cet article, le mot « sujet » doit être pris au sens large. Cela peut être aussi bien un objet qu’un personnage. Mais c’est dans tous les cas ce que l’on veut mettre au maximum en valeur dans une photo minimaliste. Non, non, ce n’est pas contradictoire !

 

Dans cette pratique, on recherche bien sûr la simplicité. Mais cela ne signifie pas qu’il faille se satisfaire de tout et n’importe quoi !

Vous l’aurez remarqué : ci-dessus, nous ne parlons pas de « règles » pour la photo. La raison en est simple : la photo en général ne répond pas à des règles (c’est-à-dire finalement des règlements, en tous cas sur le plan technique) mais plutôt à des principes. Vous connaissez sans doute déjà la plupart de ces principes, notamment la composition, l’exposition. Ils existent aussi dans le domaine de la photo minimaliste. Ce n’est pas parce qu’un sujet est simple, épuré, qu’il doit être traité n’importe comment. Au contraire ! puisqu’il est simple, il faut tout faire pour le mettre en valeur.

 

 

 

Le but de la photo minimaliste

Il s’agit, dans le fond, de délivrer un message avec le moins possible d’éléments, sans le dévoiler de façon trop évidente.

On cherche à impliquer le lecteur, on lui demande de faire l’effort de chercher le sens de la photo. Pour cela, la simplicité est essentielle, le regard ne doit pas s’égarer, se disperser. Il n’est pas nécessaire que la photo raconte une histoire. Le lecteur ou le spectateur doit se poser des questions pour chercher le sens que vous avez voulu donner à votre image.

 

 

Comment valoriser le sujet ?

L’essentiel, en photo minimaliste, c’est l’unicité de sujet, même si, dans certains cas, il est répété.

De très nombreuses possibilités s’offrent au photographe et elles ne sont limitées que par son imagination. Passons en revue quelques-unes.

 

 

La symétrie

Un sujet placé sur une surface claire vitrée et qui se reflète sur cette surface. Par exemple un verre placé sur une surface réfléchissante.

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L’ambiguïté sur la nature de l’objet

  • Si vous photographiez une toute petite partie d’un grand objet, il existe de fortes chances pour que le « lecteur » de la photo s’interroge sur la nature de cet objet. C’est donc un moyen de l’intéresser à l’image qu’il a sous les yeux.

 

La couleur

les yeux marron globuleux d’une grenouille, se détachant de la mare couverte de lentilles d’eau vertes. L’opposition des couleurs constitue la base de cette image minimaliste. Dans ce domaine, il n’existe guère de limites !

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Grenouille en habit vert

 

 

La technique du high-Key

Dans cette technique, le but est d’utiliser la lumière : on surexpose volontairement le cliché. Mais attention à ne pas « cramer » l’image qui perdrait alors toute lisibilité. Elle doit garder des détails pour permettre au lecteur de bien identifier le sujet. Pour cela, il faudra éviter les ombres trop marquées. Cette technique rend particulièrement bien en photo monochrome.

Aubergine (Photo Valia)

Aubergine (photo Valia)

 

Portrait en HighKey (K-3 - 1/125s à f/9 - ISO 100 - Sigma 50-150/2.8) - © fyve

Portrait en HighKey (K-3 – 1/125s à f/9 – ISO 100 – Sigma 50-150/2.8) – © fyve

 

 

La technique du low-Key

C’est, bien sûr, l’inverse de la précédente, on sous-expose volontairement, un peu comme dans le « clair-obscur ». Notez cependant que « low-Key » et « clair-obscur » ne sont pas synonymes ! La photo en studio s’y prête tout particulièrement. Vous pouvez, par exemple, photographier une personne « de couleur » dans un environnement très sombre. Ce n’est pas si simple à réaliser. L’éclairage extérieur n’intervient pas : il faut faire en sorte que le sujet sombre sur un fond sombre présente tout de même suffisamment de détails pour être identifiable (eh oui : parfois, en photo minimaliste, on DOIT pouvoir identifier le sujet)

 

 

La répétition de motif

Quel que soit ce motif, vous pouvez faire en sorte qu’il remplisse complètement votre image. N’oubliez pas : il doit être unique. On est en photo minimaliste, par conséquent ce motif doit être simple et répétitif, c’est tout ! Des motifs géométriques (lignes, figures diverses) peuvent constituer une bonne base. C’est par exemple le cas si vous photographiez une façade d’immeuble comportant des fenêtres identiques et régulièrement disposées, ou encore, les balcons de ce même immeuble vus de dessous. L’angle de prise de vue est primordial en photo minimaliste : il détermine bien souvent l’intérêt de l’image. Et s’il est original, alors la réussite est au rendez-vous.

Losanges ou carrés ?

Losanges ou carrés ?

 

 

L’isolement

Nous entendons par là l’impression d’isolement que donne le sujet. Par exemple, une petite maison perdue dans l’immensité d’un paysage monotone, voire monochrome. Autre exemple : une vaste prairie, bien verte, vallonnée, se détachant sur un ciel aussi uniforme que possible, et, dans cet environnement, un personnage solitaire… ou un animal seul. Notez que s’il n’y a aucun animal ou aucun personnage, un arbre isolé dans ce même environnement constitue aussi une bonne photo minimaliste. Encore, une fois, la « mise en scène » (la composition) fera toute la différence.

 

 

Monochrome

La photo monochrome peut être l’occasion de minimalisme. Ici, une selle de moto trempée par la pluie.

Eau noire et blanche

Eau noire et blanche

 

 

En proxi-photo (ou en macro) aussi

Fleur de ciboulette

Fleur de ciboulette

 

Bien entendu, cette liste est très loin d’être exhaustive. À vous de trouver d’autres moyens et possibilités.

 

 

Et techniquement ?

Hormis le respect de certaines règles de composition et/ou d’exposition, la photo minimaliste n’exige pas de technique particulière. On l’a vu, la variété des sujets est quasi infinie, le plus important étant de les mettre « en forme ».

Pour ce faire, notons que le format carré convient tout particulièrement, par la liberté qu’il donne dans la composition. Les possesseurs de K-1 qui auront mis à jour le firmware de l’appareil en version 1.30 n’auront donc pas besoin de retailler leur photo.

 

 

Le matériel

Il n’est pas besoin de matériel spécifique pour s’adonner à la photo minimaliste. Et ceci, pour une raison bien simple (elle aussi !) : il n’existe pas vraiment de domaine spécifique à la photo minimaliste. Elle peut être pratiquée aussi bien en macro qu’en paysage, en portrait, en nature morte ou en photo animalière. Tout au plus peut-on dire que certains genres sont plus difficiles à pratiquer que d’autres. Par exemple, la photo de rue. Mais il est toujours possible de photographier une personne seule dans une rue déserte, avec un cadrage serré ne laissant entrer aucun élément perturbateur. Pour des raisons de droit à l’image, il sera préférable, dans ce cas, de la photographier de dos, sauf si l’on obtient son autorisation de publier.

La conséquence de tout cela est que vous utiliserez le matériel adapté au domaine dans lequel vous pensez faire ces photos minimalistes. Vous pourrez donc aussi bien utiliser des UGA (dans certaines conditions) que des téléobjectifs puissants. Il faudra juste veiller à respecter les principes de base. Pour cela, évitez les cadrages hasardeux. Évitez aussi les fish-eyes qui pourraient laisser entrer dans le champ photographié des objets venant y perturber la lecture. C’est vrai aussi pour les UGA, d’où notre légère restriction.

 

 

Pour finir

La photo minimaliste n’est pas de la photo « au rabais ». Il est tout aussi nécessaire que dans les autres domaines de soigner la composition, le cadrage et l’exposition. La mise en valeur du sujet est très importante, et votre capacité à faire passer le message avec un minimum d’éléments sera déterminant dans la réussite du cliché. Pratiquer est essentiel, comme toujours : il est rare de réussir du premier coup de très bonnes images. Celles-ci demandent tout à la fois de la réflexion, du soin dans la réalisation et parfois un peu de chance aussi.

 

 

 

GALERIE 

Crédit photo : Micaz – Cliquez sur les images pour les agrandir.

Nota : ces images n’ont pas été créées spécifiquement pour illustrer cet article

 

Reflet

Reflet

 

 

Comme des poissons dans l'eau...

Comme des poissons dans l’eau…

 

Symphonie de bleu

Symphonie de bleu

 

Le cactus graphique

Le cactus graphique

 

Rapace (K-1 + Pentax 55-300mm)

Rapace (K-1 + Pentax 55-300mm)

 

Repos vertical

Repos vertical