Nous avons tous fait un jour ou l’autre, et même plus, de la photographie d’architecture. En faisant du tourisme, en allant visiter le Louvre, les châteaux de la Loire, Londres.  Nous avons tous essayer de fixer des grands monuments, des beaux lieux construits par l’homme que nous avons visités. Nous nous sommes donc frottés à la photographie d’architecture. Nous nous sommes posés la question: « Qu’est-ce que j’ai envie de faire?  – Une photo qui dit mon émotion ou une photo qui montre l’endroit ou le monument dans sa splendeur indiscutable. C’est à cette question qui englobe toute la photographie d’architecture que cet article va s’efforcer de répondre.

En effet la photographie d’architecture peut s’aborder sous deux angles.

 

L’angle professionnel

C’est une approche extrêmement rigoureuse, où l’impératif est une fidélité géométrique absolue. La fidélité chromatique est évidemment un impératif tout aussi important, mais cet impératif concerne également tout le monde, amateurs comme professionnels, donc il n’est indispensable d’entrer dans les détails ici. Nous en dirons quelques mots plus loin.

L’impératif géométrique signifie dans l’absolu une prise de vue avec pied, pour avoir un positionnement rigoureux du boitier. Les pieds de bonne qualité comportent un niveau à bulle rond, permettant un réglage dans les axes longitudinal et latéral. Les boitiers Pentax récents ont un horizon artificiel intégré qui fait le même travail.

Cet alignement horizontal rigoureux vise à l’absence de déformation géométrique. Et il permet de l’obtenir. Il correspond à des photos «globales» qui englobent le sujet dans son entier, le plus souvent dans un cadrage construit autour des 2 axes de symétrie, vertical et horizontal. Donc des photos assez statiques, ce qui ici n’est pas un défaut.

Le cadrage et les 2 axes de symétrie. Une photo est un cadre (généralement) rectangulaire coupé en 4 rectangles (ou carrés) égaux par 2 axes H-horizontal et V-vertical qui se coupent en C

 

Considérons que le sujet est un château médieval.

Pour ne pas avoir de déformations géométriques (avec un objectif ne déformant pas) il faut que l’axe longitudinal, celui de l’objectif, vise le point central C et soit horizontal. Il faut aussi que l’axe latéral du boitier, celui du plan du capteur (en rouge sur le schéma), soit parallèle au plan de la photo, du sujet de la photo. Le sujet, le château, sera non déformé.

Si vous inclinez le l’axe longitudinal de votre ensemble objectif-boitier vers le haut, en contre-plongée, vous allez coucher les fuyantes du sujet. (déformation dans le plan H)

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schéma 1 Un gratte-ciel au coeur de Manhattan, New-York  IMGP5984

 

Si vous inclinez l’axe longitudinal vers le bas, en contre-plongée, vous allez au contraire évaser le sujet. Avec un château c’est assez difficile à faire sans hélicoptère ou mongolfière !

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schéma 2 Ci-dessus Chicago vue du haut d’un des plus hauts gratte-ciel de la ville  IMGP5985

 

Si vous vous écartez de l’axe central, vous allez déformer le sujet dans le plan V, de la même façon que précédemment, mais dans le plan vertical et non horizontal.

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schéma 3 Un immeuble de la Cité Universitaire à Paris   IMGP5987

Dans les 2 cas la partie la plus proche de l’appareil est plus grande, la partie la plus éloignée plus petite.

Avec un château, le plus souvent on cumule les déformations 1 et 3(Gauche ou Droite)

On a donc intérêt à se placer le plus possible vers le point C ou tout au moins vers l’axe V. Mais c’est très théorique.

Dans la pratique…

En photographie d’architecture on est souvent obligé de travailler en contre-plongée avec les déformations classiques de fuyantes couchées, pour pouvoir cadrer les parties hautes des monuments. La remède à ce problème est le décentrement.

Ce décentrement peut prendre 2 formes à la PdV.

  • Le décentrement par l’objectif. Cette solution implique un objectif à décentrement, mécaniquement complexe, lourd et encombrant. Et cher. Ces objectifs ont toujours été peu nombreux, des 28, 35 et 50 mm. Certaines marques en ont produit, dont Pentax, mais pas toutes. Actuellement ces objectifs se trouvent d’occasion et leur cote est élevée.
  • L’autre possibilité de décentrement consiste à élever l’appareil le plus haut possible, plus l’appareil est haut moins la contre plongée est nécessaire. mais cette solution n’est pas toujours facile à mettre en œuvre (pied très haut = marche-pied, voire escabeau).
  • Une autre solution est apparue avec le post-traitement numérique qui permet de réduire les déformations géométriques de façon généralement satisfaisante. Il reste cependant des déformations difficiles à réduire car elle sont le résultat de l’accumulation de déformations différentes. Lorsque le post-traitement doit redresser simultanément plusieurs déformations, souvent il en crée une quand il corrige l’autre. Au final il parvient à des résultats impressionnants, mais pas toujours parfait. Il arrive que ce résultat présente un aspect de photo «de travers» qui impose de choisir le moindre mal.

 

L’angle non-professionnel

Il existe une autre forme de photographie d’architecture, moins globale, jouant plus sur les perspectives, traduisant plus la vision subjective du photographe et moins liée à un impératif de représentation objective digne d’édition savante. En un mot plus ludique.

Ce sont des prises de vue partielles, des vues de détails même, ou des vues prises sous des angles créant de fuyantes. Ce sont des photos très graphiques, où le cadrage et la composition jouent un rôle aussi important que l’architecture photographiée. Ce sont des photos où les déséquilibres sont voulus, assumés.

Pour faire ces photos on peut utiliser des objectifs à focales courtes, créant des déformations. Ces mêmes objectifs que la photographie d’architecture pro n’utilise pas justement parce qu’ils déforment. Il convient de préférer des objectifs de grande qualité. Ce qui est vrai pour toutes les photos l’est encore plus pour les photos d’architecture. En fait la focale n’est pas l’élément le plus important. C’est la qualité qu’il faut préférer.

Ce qui n’empêche pas les focales «courtes» comme les 28 et 35 mm pour format FF (18 et 24 mm pour l’APS-C) que l’on rencontre le plus souvent.

Pour toutes les focales, préférer les objectifs présentant le moins d’aberrations géométriques, et pour ces objectifs préférer les ouvertures où les aberrations sont le mieux contenues.

En ce qui concerne la fidélité chromatique, avec les boitiers actuels elle est facile à obtenir, en mode AWB ou dans un mode moins automatique.

Il en est un très efficace et assez simple: celui du test. Il consiste a faire un cliché test, puis si ce cliché n’est pas satisfaisant, à faire les réglages pour obtenir le chromatisme souhaité et à travailler avec ces réglages. Mais la dernière phase n’est nécessaire que si un mode du menu ne donne pas le résultat voulu.

Un point enfin reste commun aux deux formes de photos d’architecture: la réalisation de photos cadrées avec précision, soignées mérite l’utilisation d’un pied photo. Ce qui est évidemment contraignant. Un pied, même en carbone, est toujours trop lourd; un pied, même en aluminium, est toujours trop cher. Et pourtant, même si la stabilisation permet une liberté de travail inégalée, elle ne permet pas un cadrage aussi soigné que le travail sur pied. Un photographe d’architecture réputé, Georges Fessy (*) disait un jour qu’il reconnaissait une photo faite à main levée d’une photo faite au pied, parce que cette dernière était posée. Il entendait par là une image plus précise.

Le corps humain est vivant, il bouge en permanence, même en apnée. La stabilisation peut compenser beaucoup de choses, mais pas tout. Nous savons qu’un pied trop léger n’offre pas la stabilité nécessaire à un boitier reflex équipé d’un objectif lourd. C’est dire si la stabilité est importante. Quelles que soient les performances de la stabilisation intégrée cette stabilité  n’égalera jamais celle d’un pied, mais surtout ne permettra pas la finesse de cadrage que permet le pied. C’est particulièrement vrai en architecture.

Libre à chacun de choisir sa façon de faire de la photo d’architecture, et d’en changer selon les circonstances. Une seule chose ne changera pas: la photo d’architecture demande du temps, pour repérer le sujet, l’angle de prise de vue,  faire les réglages, cadrer et … déclencher.

 

(*) Quelques publications de Georges Fessy:

  • Ouvrage de référence sur l’architecture utopique du XVIII siècle
  • Ouvrage sur la Très Grande Bibliothèque
  • Ouvrage sur l’Institut du Monde Arabe
  • Ouvrage de référence sur l’architecture de Vauban …

 

Illustrations

Quelques photographies de Georges Fessy, photographe professionnel.

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Georges Fessy – Sinar 4×5″

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Georges Fessy – Sinar 4×5″

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Georges Fessy – Sinar 4×5″

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Georges Fessy – Sinar 4×5″

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Georges Fessy – Sinar 4×5″

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Georges Fessy – Sinar 4×5″

 

Quelques photos d’architecture non professionnelles

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LX Zenitar 2,8/16mm *

Capture d’écran 2015-07-03 à 15.49.34

K-5 FA1,4/50mm *

A000029-2

LX smc M 3,5/18mm *

Berlin_2-4278

K-5 FA4/20-35mm  *

Berlin_2-4276

K-5 FA4/20-35mm  *