La photographie numérique au flash

Dans un article précédent, nous avions abordé les bases de la photographie au flash. Nous n’allons évidemment pas parler ici de ce que nous avions évoqué , mais des évolutions apportées par la photographie numérique au flash. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de préciser quelques points importants :

 

La montée en ISO et la complexité

Les possibilités de montée en Iso des boîtiers récents n’ont pas modifié les bases de la photo au flash. Elles en ont changé les pratiques d’utilisation.

 

La montée en ISO a réduit l’utilisation du flash

Ce qui a beaucoup changé avec l’évolution de la technologie dans la photographie numérique au flash, c’est l’usage même du flash. Avec la montée en ISO sans conséquence irréversibles, c’est à dire chez Pentax avec l’arrivée du K-x en 2005 (3200 Iso), confirmée avec le K-5 en 2010 (6400 Iso) et les boîtiers suivants, l’utilisation du flash ajouté au boîtier (c’est-à-dire un flash cobra) a fortement reculé et, avec elle, les ventes des flashs. Tous les vendeurs expérimentés vous le confirmeront.

 

Une trop grande complexité d’utilisation, cause du recul

On devrait plutôt dire la cause seconde, c’est que les avancées techniques des boîtiers se sont accompagnées de réglages beaucoup plus fins de nombreux paramètres de prise de vues, comme la balance des blancs, le mode de prise de vues, etc. Or tous ces paramètres ne se règlent pas automatiquement sur les boîtiers sophistiqués, dits experts. Paradoxalement. Et le phénomène s’est étendu aux flashs. Ce qui a rendu leur utilisation plus complexe que celle des flashs argentiques des années 90. Le flash cobra, la bête sérieuse, au Nombre Guide (NG) musclé (≥ 40), au prix lui aussi musclé, n’est plus si automatique que cela !

Ce qui n’est paradoxal qu’en apparence. Une technologie qui s’adapte mieux à tous les cas particuliers d’utilisation n’est pas forcément capable de déterminer elle-même de quel cas particulier il s’agit, ni à plus forte raison de ce que veut obtenir le photographe. Les boîtiers haut de gamme ont eu (et ont encore) pour gérer la mesure de lumière en mode multizone des data importants de cas types de répartition de la lumière dans le champ de mesure. Ce qui permet à leur calculateur intégré de choisir le bon couple Ouverture/Vitesse. Ce qui n’a pas totalement résolu le problème, puisqu’est apparue depuis la possibilité de lier la mesure Æ à l’AF… en mesure multizone.

 

Energie et Tension électrique

L’autre cause de limitation du parc des flashs, qui existait déjà à l’époque argentique, est le problème de l’énergie. Les flashs sont de gros consommateurs d’énergie. Et ce d’une façon pernicieuse.

Lorsque les piles commencent à se décharger, le temps de recharge du condensateur s’allonge, et donc la cadence des éclairs baisse. Ce qui sur le terrain est pénible, voire peu supportable. En tous cas fortement handicapant. Avec des accus rechargeables, le temps de recharge reste stable. Mais l’autonomie des accus est inférieure à celle des piles. Et surtout les accus s’arrêtent de fonctionner sans prévenir. Ce qui sur le terrain peut être encore pire qu’une cadence qui ralentit. Enfin ils souffrent d’une autodécharge notable.

Dans les 2 cas, il faut gérer le problème de l’énergie des flashs à part. Cela implique de prévoir les piles nécessaires pour chaque shooting, et le ou les chargeurs d’accus. Tout cela est pénible et lourd, matériellement (pour le sac) et humainement (pour le cerveau). En fait cette gestion n’est vraiment pratiquée que par les professionnels avec la solution du flash très puissant alimenté par un accu additionnel surpuissant du type des accus de webcam utilisé par les équipes de télévision (voir plus bas la torche GoDox.). Le résultat de ces facteurs cumulés est que l’utilisation de flashs s’est nettement resserrée sur la pratique de studio.

 

La tension électrique

Avec le passage au numérique, la tension électrique des flashs a changé. Ce qui fait courir le risque de dommages irréversibles des circuits électriques du boîtier. Et a pour effet d’obliger à changer son matériel d’éclairage auxiliaire, flashs et câbles. Et bien sûr, les tarifs n’ont pas baissé !

 

La tendance du marché

À ces causes qui sont plutôt d’ordre technique, il faut en ajouter une 4ème qui est nettement moins technique : la tendance forte à la compacité des matériels. Cette tendance est d’ailleurs plus un argument de marketing (de vente) qu’une réalité qui ne touche effectivement que les boîtiers, et encore…

Toujours est-il que l’époque des sacs d’épaule volumineux de reporter est révolue. Le flash cobra, fièrement dressé, qui transforme un boîtier et son 35 ou 50 mm en grosse bête menaçante (bien que fragile, mais ça peu de gens le savent), est lui aussi révolu. Cela faisait chic/pro à une certaine époque ; c’est devenu incongru, pour ne pas dire ringard !

Pour rester sérieux, les flashs ont toujours eu une portée faible, sauf les flashs à vocation professionnelle de NG > 40 et s’étageant jusqu’à 60…  Ils ont toujours posé des problèmes de fromage blanc à courte distance. Comme la meilleure méthode pour éviter cet effet fromage blanc est de diminuer la puissance du flash, il était tentant (et facile) d’équiper les boîtiers d’un petit flash pop-up. On avait la compacité et l’efficacité… grand public.

Les constructeurs, n’étant que très accessoirement producteurs de flashs, ils n’ont probablement pas mesuré le risque de diminution des ventes de flashs cobras induits par les boîtiers à flashs incorporés. L’illustration la plus éclairante de cette analyse est la disparition des flashs incorporés sur les boîtiers de type pro (même appelés seulement experts). Les pros n’ont que faire d’un flash pop-up, même pour un usage de flash pilote. Pour cela ils ont du matériel pro, par les performances ou par l’esprit et donc la conception.

 

Actuellement

Quels sont les traits caractéristiques des flashs ?

  1. Ils sont plus puissants. Ou plutôt la part des gros cobras puissants est plus importante. Attention le mode d’affichage de leur puissance est très tendance… affichage de com. C’est-à-dire affichage fumeux pour ne pas dire enfumage. Les règles traditionnelles de détermination du NG (voir article 1) étaient : NG indiqué pour 100 ASA / ISO à 50 mm. Ces règles sont allègrement contournées par des mesures à 100 ISO pour 105 mm ou 200 ISO pour 100mm. Ce qui permet d’afficher un NG de 60 au lieu de 42 ou 36 en réalité ! Quand les conditions de mesure sont indiquées, c’est bien entendu en petits caractères maigres.
  2. Ils ont pratiquement tous des caractéristiques techniques haut de gamme : synchronisation vitesse lente, rideau 1, rideau 2, HSS, stroboscopie…
  3. Ils comportent de plus en plus une connexion USB permettant la mise à jour de leur firmware.
  4. Ils sont de plus en plus conçus, sinon tous, pour fonctionner en mode déporté. C’est à dire pas fixé sur le boîtier. De cette manière le problème des yeux rouges est supprimé ou au moins minimisé. Cette utilisation existait depuis longtemps déjà, mais elle traînait avec elle le problème des câbles. Ce problème connaissait déjà une solution : les cellules de déclenchement. Mais elle se heurtait au problème de la spécificité des contacts adoptés par chaque marque. Et concrètement cette solution nécessitait des accessoires séparés avec les problèmes de rangement induits bien connus. Un seul accessoire manque ou est défectueux et rien ne marche. La solution est venue d’une cellule de déclenchement incorporée. Elle s’est généralisée. Mais elle nécessite un flash-maître qui depuis le boîtier déclenche les autres flashs, appelés esclaves (slave), par son éclair. Ces flashes sont installés sur des pieds légers ou portés par des assistant(e)s. Ce système permet de commander plusieurs flashs.
  5. Ils sont utilisés de plus en plus en groupes de flashs. C’est-à-dire en conditions de studio. Pour cela ils sont dotés de cellules de déclenchement incorporées et de systèmes d’intercommunication sans fil. Ces systèmes sont actuellement plutôt équipés d’intercommunication radio que lumineuse. L’avantage est que la radio permet une portée nettement plus grande et un réglage de la fréquence utilisée. Ce dernier point concerne plus particulièrement la pratique professionnelle.
  6. Ils font appel à la technologie LED qui remplace les lampes à tube dans la torche. Cette technologie est moins énergivore et permet l’éclairage flood. C’est-à-dire l’éclairage continu permettant la vidéo.
  7. Ils sont de plus en plus chinois : Yongnuo, GoDox et beaucoup d’autres, moins connus… Ce qui ne signifie pas mauvaise qualité, loin de là. Et même au contraire, plutôt haut de gamme, fiabilité et astuces de conception. Par exemple la petite torche secondaire n’est plus sur la façade avant du bloc principal, mais sous le bloc torche orientable. Quand celui-ci est dirigé vers le haut, la torche secondaire est dégagée et activée, c’est à dire justement lorsqu’on utilise ladite torche secondaire. Leurs prix sont plus abordables (relativement s’entend) que ceux des concurrents japonais ou allemands, à performances égales. Les marques chinoises très connues ne sont guère que 2, mais leurs ventes sont importantes…
  8. Globalement les flashs sont de plus en plus orientés vers l’usage de studio. Où ils remplacent les traditionnels flashs professionnels de type Elinchrom ou autres, avec alimentation par le secteur, avec câbles d’alimentation, lampe pilote, etc. Ils sont conçus pour fonctionner « en groupes » avec l’aide de systèmes Type Cactus ou GoDox. C’est-à-dire un boîtier émetteur lié à l’appareil photo, et des boîtiers récepteurs couplés à chaque flash. La liaison est sans fil, par radio à canaux multiples (jusqu’à 20, voire plus). Le réglage indépendant de chaque flash est possible, en fonction de sa position par rapport au sujet, de la fonction assignée dans le cliché par le photographe. Les réglages peuvent être en partie automatisés, selon le matériel utilisé. Mais de toute façon, une des grandes qualités du numérique est la possibilité de faire des clichés d’essai pour déplacer des flashs, doser leur lumière de façon à obtenir le résultat attendu. Cela correspond à une pratique professionnelle de studio, ou d’extérieur. Mais à une pratique professionnelle. Les propositions sur le marché des flashs montrent que c’est bien le marché correspondant à une pratique professionnelle qui est visé.

 

Flash Yongnuo Speedlite YN560 IV – compatible toutes marques
Torche pro Godox avec accu dédié surpuissant -NG 80
Flash Metz 64AF-1 – pour Pentax

 

Les systèmes de télécommande

Les derniers points 5, 6, 7 et 8 du paragraphe précédent montrent qu’il est nécessaire de parler de ces systèmes. Dès que vous désirez travailler de manière posée avec une lumière au flash un tant soit peu maîtrisée, vous allez déporter votre flash « loin » de votre boîtier. Donc vous allez le commander à distance. Si possible sans fil. Il suffit d’avoir travaillé une fois avec un ou des flashs déportés à liaison filaire et donc d’avoir vécu l’expérience inoubliable des fils trop courts, des fils torsadés qui déplacent le flash ou tirent sur le boîtier, des connecteurs multiples qui se déconnectent, de la nécessité de fixer la moitié (au moins) des connexions avec du gaffer pour comprendre pourquoi le sans fil est un rêve… Sans parler de l’obsession de se prendre les pieds dans ces fils.

Les fabricants ont parfaitement compris tous ces problèmes. Ils proposent donc des systèmes comportant un émetteur à monter sur le hot-shoe (sabot) du boîtier et un ou plusieurs récepteurs à monter sous le (ou les) flash(s). Le paramétrage des canaux est possible sur l’émetteur. Le système le plus universel est le Cactus. Mais ce n’est pas le plus distribué (!). Il cohabite avec Godox et Yongnuo.

Un détail est assez symptomatique de ce qui peut orienter le choix du photographe. Le système universel (toutes marques) proposé par Cactus avec le V6 et V6 II coûte approximativement le même prix que le plus petit flash permettant de jouer le rôle de maître dans un système par déclenchement optique par éclair, mais avec une portée et des possibilités de réglage beaucoup plus grandes.

Système Godox complet : émetteur -récepteurs- flashs
Cactus V6 II – émetteur – récepteur universel (dont Pentax)
Phottix – ensemble émetteur-récepteur (pour Canon)

 

Peut-être doit-on considérer, à la lumière de ces quelques indications, que passée une époque de tout flash, de flash mis à toutes les sauces, du flash-pilier-incontournable du sac photo d’épaule type-reporter, on revient aux bases, le flash est, beaucoup plus qu’on ne l’a cru, un outil de prise de vue très avancée, qui requiert un évident savoir-faire. Et dont on peut se passer dans de très nombreuses situations.

 

Concrètement

Les marques présentes sur le marché sont les suivantes :

  • Les marques de boîtiers (6) proposent encore quelques modèles de cobras. Chez Pentax se sont les : AF360FGZ II, AF540FGZ II et AF201FG. Leurs NG sont respectivement 36, 54 et 20, indiqués par les 2 premiers chiffres de leur numéro de modèle. Ils sont honnêtes…
  • Les marques spécifiques sont pratiquement une trentaine dont Metz, Starblitz, Cullmann, Nissin, Profoto, Godox, Yongnuo, Laowa… Les modèles vont de 1 ou 2 à une demi-douzaine selon les marques.
  • Il est à noter que dans toutes ces marques, seules les marques Metz et Yongnuo proposent des modèles pour Pentax.
Flash Pentax AF540FGZ II
Flash Pentax AF360FGZ II
Flash Pentax AF210FG

 

Dans la pratique, comme il est très difficile d’essayer dans le circuit commercial un flash avant de l’acheter, une bonne approche est la communication avec d’autres photographes. Étant donné que chacun ne connaît bien que son matériel et le défend, puisqu’il l’a choisi, les avis ne sont pas forcément objectifs. Mais ils ont le mérite d’exister. C’est à vous de faire la part des choses. Par ailleurs, si vous connaissez un bon vendeur en qui vous avez confiance, profitez-en. Mais vous vous rendrez vite compte, si ce n’est pas déjà fait, qu’il y a de moins en moins de connaisseurs de flashs. Parce que l’on s’en sert de moins en moins.

 

Quelques conseils

– Définissez soigneusement vos besoins réels de flash. Un bon flash cobra puissant signifie un budget moyen qui tourne autour 400-450 € !

– Explorez Internet pour avoir les idées les plus précises possible de ce à quoi vous devez vous attendre sur le plan de l’utilisation du flash, et des servitudes qui vont avec. Par exemple avec un jeu de 4 piles AA on fait deux bonnes séances de prises de vue, guère plus. Quand vous aurez l’impression d’avoir tout envisagé, lancez-vous !

– La seule vraie recette efficace d’utilisation d’un flash est la vérification préalable de ses éclairages et l’expérience pratique, à la façon des professionnels.

– Dans la pratique de terrain, quand il n’est pas possible de faire des clichés de réglage, par exemple dans un mariage, les réglages préalables seront le fruit de l’expérience acquise sur des séances photos précédentes, dans des conditions similaires. Ce qui vous permettra de « taper » juste, avec la certitude d’avoir le bon cliché avec trois photos tout au plus.

 

Ce simple énoncé dit de lui-même, que le flash ne peut être utilisé qu’à bon escient. De gros départs de flash qui claquent dans une église peu lumineuse risquent de fortement perturber la cérémonie… et votre carrière de photographe de mariage. Cet exemple est une des raisons du recul du flash. Désormais on veut des belles photos, mais « naturelles ». Et un éclair de flash n’est pas naturel. L’éclair d’un flash puissant peut même être traumatisant. D’autant plus qu’il devient rare. Le « pouf » d’un départ de flash passe rarement inaperçu, alors qu’une rafale de 5 clichés à 6400 Iso est totalement indécelable. Venant d’un K-5, d’un K-3 ou d’un K-1 en tous cas. Évidemment il manquera peut-être la petite lumière qui fait la différence. Un tout petit flash peu puissant, mais qui recharge vite ? Monté comme un cobra avec un mode de prise de vue surtout pas réglé sur X ? Peut-être ? L’ AF 210 par exemple …

De toute façon, être « flash ou « Oziso » est un choix… cornélien ou shakespearien, mais personnel.

 

  • MamzelAmanda
    18 septembre 2019 à 10 h 40 min

    « Il est à noter que dans toutes ces marques, seules les marques Metz et Yongnuo proposent des modèles pour Pentax. »

    Depuis très peu de temps Godox produit aussi un flash pour Pentax, le Godox V1P mais c’est tellement récent que je n’ai réussi à n’avoir aucun retour dessus pour l’instant.

    • Valia
      18 septembre 2019 à 16 h 13 min

      Effectivement Godox a sorti, après la rédaction de l’article, un modèle V1 P compatible Pentax. Il est doté d’une lampe ronde, très orienté studio, doté de nombreux accessoires à fixation magnétique. Il est vendu entre 230 et 250€. Merci pour cette remarque judicieuse.

  • frédo
    18 septembre 2019 à 19 h 50 min

    Godox produit également depuis presque un an un petit, et léger, flash Cobra le TT350P (NG36 à 105mm 100 ISO, TTL, HSS…) pouvant faire également office de déclencheur radio pour d’autres flashes, à éventuellement mettre à jour avec le firmware compatible avec le système Pentax afin de bénéficier du TTL, HSS…. Par ailleurs, ils proposent un déclencheur radio très complet: le X pro P. J’utilise les deux, et des AD200, sans rencontrer de problèmes particulier sur mon K1 II.
    Bonne soirée, frédo

    • Valia
      18 septembre 2019 à 23 h 35 min

      Mais voilà une bonne nouvelle à ajouter aux infos de l’article. Merci Frédo.