La photographie panoramique est née peu de temps après la naissance de la photographie

Le premier appareil panoramique, un cylindrographe autrichien est apparu en 1841 !  On verra ensuite des rotosténopés. Toutes les solutions techniques qui se développeront plus tard naissent très vite. Le premier appareil produit « industriellement » est le Cirkut de Kodak en 1907.

 

L’argentique rotatif

Ces premiers appareils sont rotatifs, toute la chambre tourne sur un pied, dans le même temps la surface sensible défile derrière une fente.  Le système est délicat à faire fonctionner, les mouvements doivent être sans à-coup, faute de quoi des stries apparaissent sur la photo. Ce qui est souvent le cas. La protection du film contre les lumières parasites n’est pas toujours parfaite, ce qui produit des voiles.

Avec la réduction du format des pellicules au  » rouleau de 120 « – longue bobine de film permettant des clichés de 60mm de hauteur (1)- vont apparaitre des  appareils à objectif rotatif.  L’objectif est monté dans un cylindre rotatif qui tourne devant la pellicule fixe. Celle-ci forme un arc de cercle derrière le cylindre. Les problèmes mécaniques précédents sont simplifiés, la fiabilité y gagne, le problème du défilement régulier reste néanmoins présent, car le mécanisme d’entrainement est de type horlogerie. Les systèmes de régulation d’un mouvement mécanique actionné par un ressort sont de type gyroscopique. C’est un appareil délicat et cher à réaliser et difficile à monter dans un appareil photo.  La régularité a toujours été la bête noire des horlogers, jusqu’à l’apparition des impulsions du quartz. Le problème a été le même avec les appareils à objectif rotatif.

Tous les pays produisent des appareils panoramiques, surtout après la Deuxième Guerre Mondiale. Les plus célèbres sont:

  • La Linhof Technorama 612  allemande  format 56mm x 112mm
  • La Horseman 612 et 617  américaines  format 56 x 112 et 56 x 170
  • La Silvestri italienne format 6 x 12
  • La Plaubel  allemande format 56 x  82
  • Le Widelux japonaise 1500  format 50 x 120
  • Le Noblex allemande (est) 150 format 50 x 120

Noblex-35-120

Noblex 35mm      et 120

Noblex-int
chemin du film sur les appareils rotatifs

 

L’argentique version 24×36

Avec l’arrivée massive du format 24×36, les panoramiques vont passer eux-aussi à la pellicule de 35mm. 

Et vont apparaitre des appareils plus simples à construire et à utiliser, des boitiers à objectif fixe et boitier large, voire très large permettant un format de type 24 x 56. Le même type de boitier sera produit également en format 120 avec des format allant jusqu’à 56 x 168mm.

L’idée est très simple: utiliser un objectif de type chambre, c’est à dire donnant une grande, voire très grande image, sur un boitier utilisant un film de 35mm. Il n’y a plus aucune pièce mobile, donc plus aucun problèmes de bandes verticales dues à l’éventuelle irrégularité de la rotation de l’objectif.  En contrepartie l’objectif est gros et lourd, le boitier aussi et le tout est cher. Et la pellicule utilisée est forcément du rouleau de 120 ou 220 (2). C’est un type d’appareil qui sera surtout utilisé par des professionnels.

Les progrès de la construction mécanique et l’apparition de micro-moteurs électriques va permettre aux appareils rotatifs de perdurer en format 35mm comme en format 120.

Là encore les productions sont internationales:

  • Le FT en  1948 , puis les Horizons  russes  format 24mm x 58mm  rotatifs
  • Le Noblex  allemand (est)   format 24 x 66  rotatif
  • Le Hasseblad X Pan 1  suédois  format  24 x 65  plan
  • Le Fuji G 617  japonais, en format 120   56 x 168mm  plan

Horizons-Widelux

Widelux & Horizons (1967)et202 (1989)

PanoHorizon-5115

photo faite à l'Horizon 202

Hasselblad-2
Hasselblad X Pan 1

FujiG617

Fuji G 617

 

Tous ces appareils nécessitent l’utilisation d’un pied stable, donc robuste et d’un niveau à bulle commode.  Ce qui va limiter la photographie panoramique à une place marginale, mais qui ne disparaitra jamais. Particulièrement dans le pays aux grands espaces.

En 1988 Hiroji Kubota, photographe japonais, membre de Magnum, expose à l’Ecole des Beaux Arts de Paris des photos faites en Chine au Fuji G617: des tirages de 1,20m x 4m simplement fantastique.  On imagine  le matériel de laboratoire nécessaire pour faire de tels tirages.

 

Hiroji Kubota Magnum Chine 1985

photo faite au Fuji G 617

La photographie panoramique argentique ne demande pas que des appareils particuliers et du matériel de laboratoire, au moins adapté au format 6×6, elle demande aussi de composer sa photographie de façon spécifique. La nécessité d’assurer une horizontalité bidirectionnelle pour éviter des déformations rédhibitoires n’est qu’un détail technique. Il faut soigner les premiers plans et les « habiter ». Il faut structurer sa photo en sachant que les règles classiques de diagonales, et des 1/3 ne jouent pas de la même manière dans un format panoramique. Une composition réussie est beaucoup plus délicate, dans tous les sens du terme. Les diagonales sont nettement plus difficiles à construire dans le format 1/3 ou 1/4. L’étagement des plans prend plus d’importance encore que dans un format de type 2/3. Le point d’intérêt principal au 1/3 droit de la photo est beaucoup plus difficile à placer. En un mot les « règles » de composition ne sont pas différentes, elles deviennent moins présentes, donc le photographe a moins de garde-fou auxquels se référer.

D’autres solutions, plus accessibles ont été proposées. Pentax, par exemple a modifié son Z-1 en  Z-1P en ajoutant 2 volets en haut et en bas de la fenêtre de l’obturateur. La rotation d’un petit bouton placé au dos du boiter amène ces 2 volets dans la fenêtre et permet de passer directement au format panoramique. C’est simple et souple.

La dernière variante de la photographie panoramique argentique a été la mosaïque de photos prise avec un appareil classique, avec des montages de clichés sans recordage, donnant des frises généralement grandes, aux bords brisés, aux proportions nouvelles.

 

Vint l’ère numérique

Puis le numérique est arrivé et avec lui des possibilités nouvelles étonnantes qui prolongent l’aventure de la photographie panoramique de  deux façons.

 

Le panoramique par recadrage

Le post-traitement numérique permet d’obtenir des photos panoramiques en quelques minutes.  Il suffit de couper une ou deux bandes de la largeur voulue, en haut et/ou en bas en format paysage, à gauche et/ou à droite en format portrait, pour obtenir une photo panoramique du format de son choix. Pour un résultat optimum, il convient de cadrer sa photo initiale en pré-voyant  le format panoramique.  De même il est conseillé d’utiliser pour ce type de photo un objectif de la meilleure qualité possible.  Car si vous faites une photo panoramique, vous avez probablement envie d’un tirage panoramique. C’est à dire un tirage avec un fort coefficient d’agrandissement.

 

Le panoramique par mosaïque

Ce procédé utilisé dans la dernière période de l’argentique est permis par le numérique encore plus simplement. Le post-traitement permet avec un appareil « normal » de faire une série de photos qui seront autant de pièce d’un puzzle panoramique.

Techniquement il suffit de d’enchainer le nombre voulu de clichés en effectuant une rotation entre chaque cadrage.  A main levée, pour que l’alignement des photos successives soit correct, il convient de ne bouger que la tête et l’appareil, ce qui assure une rotation régulière et à peu près circulaire de l’appareil.  Il faut également garder autant que faire se peut une inclinaison de l’objectif similaire. Le gyroscope électronique embarqué dans les boitiers Pentax est ici d’une aide précieuse. On peut vérifier l’inclinaison verticale de son boitier pour le 1er cliché, la mémoriser physiquement et la conserver pour les clichés suivants. Les possibles imperfections qu’une telle prise de vue implique sont maintenant corrigées par l’assemblage en post-traitement.

Cette prise de vue peut bien sûr être faite avec un pied, munie si possible d’une bonne rotule, dont le serrage est sûr. Le pied doit être positionné soigneusement pour que sa platine supérieure soit parfaitement horizontale. Ensuite l’appareil monté sur la rotule doit être lui aussi bien horizontal. Le niveau électronique permet de vérifier cela facilement. A ce stade le plus gros de la photo est fait. La rotation sera faite par la rotule toute entière. Attention! Pour que l’image panoramique n’introduise pas de déformation, il faut que la rotation se fasse autour du centre optique de l’objectif et non autour de plan du capteur. C’est à dire que c’est l’objectif qui doit être au dessus de l’axe de rotation de la rotule et non le boitier. Pour cela il faut avoir une platine coulissante montée sur la rotule permettant de décaler le boitier de quelques centimètres ( ~10-15 cm) par rapport à l’axe de rotation.  Ce montage se bricole sans trop de difficultés, mais demande à être fait avec un minimum de soin.

Il existe des rotules dédiés pour la photo panoramique qui permettent la rotation du boitier/objectif autour du centre optique (ou point nodal) de l’objectif sans créer d’ artefacts pénibles en post-production. Il y a 3 catégories de têtes :

  • les têtes cylindriques, bien adaptées pour un panorama sur une seule rangée de photo, mais qui ne permettent pas de photos à 360°.
  • les têtes sphériques autorisant les panoramas multi-rangées mais qui rencontrent des problèmes avec des boitiers/objectifs lourds.
  • les têtes motorisées sont des têtes de type panoramique sphérique dont la rotation et l’inclinaison sont motorisées. Idéal pour des panoramas multi-rangées et la vidéo. 

Le prix de ces têtes très sophistiquées exige évidemment un autre budget que les rotules classiques.

Capture d’écran 2015-05-21 à 17.01.28

l'axe vert passe par le point de rotation et le point nodal,
légèrement en arrière de la lentille frontale de l'objectif

 

Que la prise de vue soit faite sur pied ou à main levée,  le problème de la composition est le même. La description du processus de prise de vue montre bien que la composition de la photo doit être faite pour l’ensemble des clichés et non photo par photo. Donc il faut visualiser dans sa tête la photo entière avant de la faire.

Et ne jamais oublier qu’en photo, plus on pratique en étant critique, moins on fait de « mauvaises » photos. Et le numérique a rendu cette règle encore plus vraie.