La photographie panoramique – les bases

Voici une couverture de la vue globale par une mosaïque non seulement à l’horizontale mais aussi verticale. L’exemple comporte 9 images en mode « paysage ».

La réalisation d’une photographie panoramique est un exercice à la portée de tous. C’est même à la fois, une forme de dépannage (nous verrons pourquoi), une façon originale de regarder ce qui entoure l’amateur d’images et une technique qui peut passionner les experts.

 

Qu’est-ce qu’une photographie panoramique ?

On peut commencer par observer que c’est une question de format. Si la plupart de nos photos possèdent des rapports largeur/hauteur de 1,5 (cas des 24×36 et des APS/C) ou de 1,33 (avec le µ4/3 ou certains smartphones par exemple), le panorama s’expose avec un rapport qui commence à 2 et peut aller beaucoup plus loin.

Obtenir une photo aussi large avec un objectif habituel va nécessiter de réaliser une composition de plusieurs clichés. Pour ceux qui s’y sont amusés, la simple juxtaposition des plusieurs images, que ce soit avec une paire de ciseaux ou sur un écran, n’est pas une mince affaire, d’abord géométrique et ensuite de raccords tant des contenus que des nuances de couleurs. Heureusement des logiciels, même gratuits font cela à peu près bien aujourd’hui et il serait dommage de passer à côté !

Nous allons passer en revue les trois étapes habituelles du photographe et voir ensemble à quel point le panorama est accessible.

 

La préparation matérielle

Pas besoin d’un appareil dédié aux panoramas, un bon compact ou un reflex muni de votre objectif de balade préféré suffit. La plage des distances focales à utiliser est assez large, entre 30 mm et 300 mm. La contrainte la plus importante est que l’objectif ne crée pas de déformations excessives ou qu’elles puissent être corrigées.

Comme chacun le comprendra, plus la focale est élevée, plus les angles de champ horizontal et vertical sont petits et plus le nombre de clichés doit être grand pour couvrir l’image future. Aussi à ce stade, nous pourrions recommander de commencer par le 50 mm qui a l’avantage de remplir les deux conditions facilement. L’angle de champ horizontal du Pentax FA 50 en FF est de 40° et de 27° en vertical. Avec le format APS/C, l’équivalent sera par exemple un FA 31mm ou encore un DA 35mm.

Faut-il un pied ? À cette question, nous ferons une réponse normande. S’il est indispensable dans certains cas, rien n’empêche de réussir des panoramas sans pied ! Deux avantages et un inconvénient au pied : le support rigide permet à la prise de vue d’éviter les flous issus du tremblement des mains aux vitesses peu élevées et surtout, il permet de faire tourner l’appareil à l’horizontale dans un plan fixe qui va éviter les trous dans le paysage. Les plus malins sauront même en réalisant un petit rapporteur d’angles sur le pied, séquencer la série de clichés à prendre. L’inconvénient du pied c’est bien sûr son poids et son encombrement, mais c’est principalement d’être parti léger et sans lui !

Exemple de rapporteur de confection rapide
Exemple de rapporteur de confection rapide

 

Mais nous savons bien qu’une photo réussie est parfois celle qu’on n’avait pas planifié de prendre. Parti sans pied photo, le photographe peut réellement envisager le panorama, moyennant quelques précautions.

 

La Prise de vue

Nous venons de voir que le moment de presser le déclencheur n’est pas toujours planifié. Aussi nous recommanderons quelques règles simples pour y arriver. Devant le paysage ciblé, la première question sera : combien de clichés prendre ?

Un bâtiment qui n’entre pas dans l’objectif !
Un bâtiment qui n’entre pas dans l’objectif !

 

Dans le cas ci-dessus, un rapide coup d’œil dans le viseur montre qu’il fallait deux clichés en vertical. Nous notons qu’un certain recouvrement apparaît. Il est indispensable. Une bonne valeur est de 30 %, même si on peut réussir avec un peu moins.

De façon plus générale, il faut retenir le champ angulaire horizontal de son objectif (ici 40°). Une grande vue de gauche à droite (sur 180°) avec des recouvrements de 30 % va exiger :

180°/(40°-30 % x 40°) = 180°/28° = 6,42 arrondi à 7 prises de vues.

 

Exemple du montage d’un rapporteur confectionné sur la tête du pied photo
Exemple du montage d’un rapporteur confectionné sur la tête du pied photo

 

À noter que l’usage d’un objectif de plus longue focale offre l’avantage d’images plus plates et moins distordues. En revanche, il conduit à un nombre plus élevé de prises à faire. En reprenant l’exemple d’un panorama de 180°, sa réalisation avec un objectif Pentax DA 200mm dont le champ est de 10°, va nécessiter 26 clichés côte à côte.

Dans la vue de paysage, il est important de ne pas oublier que l’image finale se rapprochera d’une vue en « grand angle ». Par conséquent, le lointain va rapetisser et ce qui peut n’être que du décor, comme le sol ou le ciel deviendra prépondérant. La prise de vue doit donc se réserver de l’espace en hauteur pour que l’aspect final ne soit pas une image complètement étirée ou ne manque de matière entre deux clichés.

 

 

C’est ici la raison pour laquelle on choisira par exemple de prendre les clichés en mode « portrait » (gain de 50 %) ou de doubler chaque direction avec une image haute et une image basse (gain de 80 % environ puisqu’il faut laisser un espace de recouvrement).

Voici une couverture de la vue globale par une mosaïque non seulement à l’horizontale, mais aussi verticale. L’exemple comporte 9 images en mode « paysage ».

Voici une couverture de la vue globale par une mosaïque non seulement à l’horizontale mais aussi verticale. L’exemple comporte 9 images en mode « paysage ».
Voici une couverture de la vue globale par une mosaïque non seulement à l’horizontale, mais aussi verticale. L’exemple comporte 9 images en mode « paysage ».

 

Pour s’assurer de la couverture générale, il n’est pas suffisant de suivre l’horizon. Un bon repère vertical permet de s’assurer que la photo suivante recouvrira bien la précédente.

 

L’exposition

Dès que le champ du panorama va dépasser une largeur de 90° (le fameux angle droit), il va se poser la question de l’exposition. En effet, tourner à droite ou à gauche sur une telle ampleur va souvent signifier un éclairage du soleil différent. Si chaque photo trouve dans l’appareil un mode adapté selon les automatismes choisis, il est probable que d’un cliché à l’autre, il soit différent. Au moment de la prise des vues, cela a deux implications.

La première est qu’il faut éviter l’emploi de filtre polarisant qui va accentuer les écarts ; la seconde est de choisir un réglage du couple ouverture/temps de pose identique pour toutes les prises. Il convient donc de prendre les mesures extrêmes, du plus lumineux au plus sombre et de fixer un réglage moyen qui devrait convenir à l’ensemble au moment du montage.

 

Quelle qualité d’enregistrement ?

Vaut-il mieux enregistrer au format RAW ? A priori, la réponse est non. Tous les logiciels acceptent les JPEG et ceux qui savent réaliser les panoramas à partir de RAW sont plus lents dans ce cas. Si le RAW est utilisé dans le but d’élargir les possibilités de retouches d’exposition dans le logiciel préféré, alors il est souhaitable de réaliser les conversions en JPEG avant le montage. Il est d’ailleurs recommandé d’utiliser des réglages de post traitement semblables sur les vues, ce que Lr et Dxo savent faire de façon simple, afin de disposer de clichés qui seront plus faciles à harmoniser ensuite.

 

Parallaxe

Enfin, la dernière question que doit se poser le « panoramiste de paysages » est celle de la parallaxe. Cette vieille ennemie du photographe qui date des appareils à visée non reflex revient taquiner l’amateur.

La prise des vues 1 et 2 souffre de la parallaxe créée par le déplacement de l’appareil. L’arbre au premier plan ne pourra être intégré correctement que pour les clichés 3 et 4. Il convient donc que le photographe veille à maîtriser la parallaxe en déplaçant le moins possible le « point nodal ».

 

Dans le meilleur des mondes, un dispositif parfait placerait le capteur de l’appareil en un point immuable de l’espace, le temps que son usager le tourne de gauche à droite et éventuellement de haut en bas pour prendre ses clichés. On l’appelle le « point nodal » et il correspond à peu près au centre du capteur de l’appareil. Mais en l’absence d’un tel système, le photographe amateur va légèrement se déplacer et créer un décalage qui pourrait nuire au recollage des images. À ce stade et sans investir dans ce qui s’appelle une « tête panoramique », il est loisible de réussir moyennant trois recommandations.

La première est de débrancher l’autofocus pour éviter que la mise au point change entre deux images devant se recouvrir. La seconde est de très peu déplacer l’appareil et au contraire de se déplacer soi-même dans le mouvement de rotation. (cf. Schéma)

La dernière est évidente. Plus un objet sera près de l’appareil et dans son champ, plus il sera difficile d’éviter le défaut d’alignement. Sur un paysage naturel avec une focale de 50 mm, la distance minimale du premier plan devrait être d’environ 10 mètres.

Chacun comprend donc pourquoi le panorama n’est pas destiné à concurrencer les petites merveilles comme les Theta 360 (en fait 2 fois 180°).

 

Le montage de base du Panorama

Ici, il faut reconnaître que l’ordinateur apporte une supériorité que les procédés argentiques ne pouvaient pas atteindre. Les méthodes de composition d’image réalisées avec la colle et les ciseaux atteignaient vite des limites réservées aux artistes.

L’amateur trouve aujourd’hui des outils logiciels et je n’en citerai que quelques-uns, accessibles quelle que soit la plate-forme support (PC ou Mac). Gratuits, il s’agit de Hugin et chez Microsoft de ICE (Image Composite Editor) ou encore PT Assembler. À petit prix, on trouve Photoshop Elements chez Adobe (menu automatisation/photomerge). Nous oublierons AutoPano qui n’est plus disponible.

Le processus à suivre est le suivant :

  •  D’abord réunir, de préférence dans un même dossier, les images (fichiers JPEG) des clichés issus d’un même point de vue.
  • Ensuite d’entrer ces images dans le logiciel qui va demander le type de montage souhaité.
  • Enfin, le logiciel produit un aperçu ou une première version de la vue d’ensemble. Il est alors loisible d’en sélectionner une fenêtre rectangulaire correspondant à l’ouverture recherchée.
  • La dernière étape est commune à tout travail photographique, visant à cadrer, retoucher, le cas échéant, et mettre en boîte.

 

Le choix de la projection

Selon l’usage de la photo, il y a différentes façons de mettre en valeur une vue panoramique. Un plan très large (exemple à 360°) s’accommodera bien de la projection cylindrique, voire sphérique, si le sol accepte un peu de déformations.

Si le plan est plus étroit, une projection de type Panini (Perspective chez Adobe) mettra plus en valeur le centre de l’image que les bords.

Si on ne sait lequel choisir, il y a la solution de laisser les automatismes agir ou de faire plusieurs essais.

Voici une vue d’église dont l’objectif (ici un 28mm en FF) coupe le clocher, faute d’un recul suffisant dans la rue.
Voici une vue d’église dont l’objectif (ici un 28 mm en FF) coupe le clocher, faute d’un recul suffisant dans la rue.

 

La prise de cinq clichés verticaux avec le même objectif va permettre de réaliser un petit panorama.

La projection cylindrique procure une image un peu arrondie et sans champ latéraux corrects. La hauteur du clocher est aussi un peu exagérée.
La projection cylindrique procure une image un peu arrondie et avec un champ latéral étriqué. La hauteur du clocher est aussi un peu exagérée.

 

La projection en perspective redonne du champ.
La projection en perspective redonne du champ.

 

Dans le second exemple de la Mairie, le plan est naturellement plus large :

Projection en perspective
Projection en perspective

 

Le montage en perspective déforme à l’excès le bâtiment à gauche et il manque au final de la matière en haut à droite.

Projection cylindrique
Projection cylindrique

 

Avec le choix de la projection cylindrique, les lignes de fuite ne convergent plus exactement, mais la vue d’ensemble est beaucoup mieux restituée.

En revanche, les modes 3D ou fish-eye produiront des effets proches des objectifs du même nom, un peu à l’encontre de l’idée de paysage. Mais c’est possible.

Les amateurs d’astrophotographie trouvent leur bonheur dans des assemblages sphériques plus complexes de par le nombre important d’images à réunir.

 

Le traitement de l’aperçu

Les logiciels dans leurs versions les plus récentes aident non seulement à positionner les images, mais ils les déforment légèrement aussi pour faire coller les « points de contrôles » et surtout, ils offrent le plus souvent un ajustement supplémentaire des parties plus ou moins lumineuses des images. C’est presque magique de voir ainsi sortir une merveilleuse vue qui aurait nécessité un grand angle (voire ultra grand-angle) que l’on ne possède pas ou que l’on n’avait pas emporté !

Une fois cadrée, la future image peut parfois manquer de contenu dans un coin que les prises de vues ont délaissé. Eh bien les logiciels peuvent vous proposer un complément de texture à l’image du contexte et ainsi compléter votre travail (option « fond basé sur le contenu » chez Photoshop).

Composition de 13 vues – Glacier Upsala
Composition de 13 vues – Glacier Upsala

 

La sauvegarde et l’impression

Dernière étape, le travail effectué doit être enregistré. Mais l’image peut être assez volumineuse. Sur certains logiciels, il faut penser à un peu réduire la taille (nombre des pixels) et penser qu’une impression sur A4 ne sera possible que si la dimension de la largeur ne dépasse pas 30 cm. À cet effet, je recommande de limiter la hauteur à 10 cm, ce qui peut permettre de tirer deux images de rapport 3×1 sur un A4 en tête-bêche.

 

Pour finir

Chacun l’aura compris, la photographie panoramique est à la portée de tous. Avec quelques recommandations, il est possible de réussir quelques belles vues, pour lesquelles vous devrez malgré tout continuer de penser aux règles habituelles. Un premier plan (disons second parce qu’on a vu que trop près c’était difficile), un centre d’intérêt et de jolies couleurs… À vos appareils.

Lago Argentina 140 degres en trois vues
Lago Argentina 140 degrés en trois vues

 

 

Crédits photos : © Lebigben – Cliquez sur les photos pour agrandir